XLV, I
* Nam superlorum imperntorum trmporibas, qnicumque Christian colehant, llcet opinionlbus inter se dlssentirenl , h Gentilibus tomen proil&lcm hnlwbantur.... Quant oh rAusam ainguli facile in unum convenkates, separatim collectas célébraient , rl assidue sérum mutuo colloquent** , tametsi pauci numéro essenl , nequaquam dtssipnti sont. Poat hanc veru iegem, nec public* collectas agcrc eU licuU, lege id prohibent**, ncc cKinrulo, cum singularum civitatum episcopl ac clerici eo* sollicite observartnt. Unde factura est ut plerique eorom . mrtu perçois* , Ercleshr aitholk.r adjunxerlnt AIU vrro, licct in eadrm senteotia peneverarfat , milita taracn opinion is su.v successoribus post se reltetis, ex bat vlta nigraranl : qulppe qui oec in unum cuire permittrrentur, n«*c opénlonls su» oonaortes llbcre oc sine metu docert passent, t Sozom. Hht. lib. il , cap. xxxit.)
die était sortie. Voilà, messieurs, ce que nos pères ont admiré dans les premiers siècles de l'Eglise. Mais nos pères n'avaient pas vu, comme nous , une hérésie invétérée tomber tout à coup ; les troupeaux égarés revenir en foule, et nos églises trop étroites pour les recevoir; leurs faux pasteurs les abandonner, sans même en attendre l'ordre , et heureux d'avoir à leur alléguer leur bannissement pour excuse ; tout calme dans un si grand mouvement; l’univers étonné de voir dans un événement si nouveau la marque ia plus assurée , comme le plus bel usage , de l'autorité , et le mérite du prince plus reconnu et plus révéré que son autorité même. Touchés de tant de merveilles, épanchons nos cœurs sur la piété de Louis ; poussons jusqu'au ciel nos acclamations , et disons à ce nouveau Constantin , à ce nouveau Théodose, à ce nouveau Marcicn , à ce nouveau Charlemagne, ce que les six cent trente Pères dirent autrefois dans le concile de Chalcédoine : « Vous avez affermi la fol, vous avez exterminé les • hérétiques : c’est le digne ouvrage de votre rè-
■ gne , c’en est le propre caractère. Par vous l'hé- « résie n'est plus. Dieu seul a pu faire celte mer- « veille. Roi du ciel , conservez le roi de la terre : « c’est le vœu des Églises; c'est le vœu des ovê-
■ ques *. »
Quand le sage chancelier reçut l’ordre de dresser ce pieux édit qui donne le dernier coup à l'hérésie, il avait déjà ressenti l’atteinte de la maludie dont il est mort : mais un ministre si zélé pour la justice ne devait pas mourir avec le regret de ne l'avoir pas reudue à tous ceux dont les affaires étaient préparées. Malgré cette fatale faiblesse qu'il commençait de sentir, il écouta, il jugea, et Il goûta le repos d'un homme heureusement dégagé, à qui ni l'Église, ni le monde, ni son prince, ni sa patrie, ni les particuliers, ni le public, n’avaient plus rien à demander. Seulement Dieu lui réservait l'accomplissement du grand ouvrage de la religion ; et il dit en scellant la révocation du fameux édit de Nantes, qu’après ce triomphe de la foi et un si beau monument de la piété du roi , il ne se souciait plus de finir scs jours : c'est la dernière parole qu'il ait prononcée dans la fonction de sa charge; parole digpe de couronner un si glorieux ministère. En effet la mort se déclare ; on ne tente plus de remède contre ses funestes attaques : dix jours entiers il la considère avec un visage assuré, tranquille, toujours assis , comme son mal le demandait : on
' H*c aiRna vmro impmo; hacc propria v est ri regnl.... Per le ortbodoxa lkk* Armai» est; per te h*re*l* oon est. Ccelwtis rex , terrenum cuMudi. Per te firmata Me» est.... UnusDcuaqul hoc fecit...- Rex ccrieslU, Augustam custodl , digoam pacis ... Ha-c oratio Ecdesiiraiu ; turc oralio pastorum. (Conc. ChaU'td. act.
FUNÈBRE
croit assister jusqu'à la fin nu à la paisible audience d'un ministre , ou à la douce conversation d'un ami commode. Souvent il s’entretient seul avec la mort; la mémoire, le raisonnement , la parole ferme, et aussi vivant par l'esprit qu'il était mourant par le corps, il semble lui demander d'on vient qu'on la nomme cruelle '. Elle lui fut nuit et jour toujours présente ; car il ne connaissait plu» I* sommeil , et la froide main de la mort pouvait seule lui clore les yeux. Jamais il ne fut si attentif : « Je suis, disait-il, en faction; « car il me semble que je lui vois prononcer encore cette courageuse parole : « 1 1 n’est pas temps de se reposer. » A chaque attaque il se tient prêt , et il attend le moment de sa délivrance. Ne croyez pas que cette constance ait pu naître tout à coup entre les bras de la mort : c'est le fruit des méditations que vous avez vues , et de la préparation de toute la vie. La mort révèle les secrets des cœurs. Vous , riches , vous qui vivez dans les joies du monde , si vous saviez avec quelle facilité vous vous laissez prendre aux richesses que vous croyez posséder; si vous saviez par combien d’imperceptibles liens elles s'attachent, et pour ainsi dire elles s’incorporent à votre cœur, et combien sont forts et pernicieux ces liens qne vous ne sentez pas , vous entendriez la vérité de cette parole du Sauveur, » Malheur à vous , riches ■ I » et vous )iousseriez, comme dit saint Jacques, « des cris la- « mcntables et des hurlements à la vue de vos ml- ■ sères J. . Mais vous ne sentez pas un attachement si déréglé : le désir se fait mieux sentir, parce qu’il a de l'agitation et du mouvement; mal* dans la possession, on trouve, comme dans un lit, un repos funeste, et on s'endort dans l’amour des biens de la terre sans s’apercevoir de ce malheureux engagement. C'est, mes frères, où tombe celui qui met sa confiance dans les richesses ; je dis même dans les richesses bien acquises. Mais l'excès de l'attachement , que nous ne sentons pas dans la possession , se fait , dit saint Augustin, sentir dans la perte *. C’est là qu’ou entend ce cri d’un roi malheureux, d'un Agag outré contre la mort qui lui vient ravir tout à coup avec la vie sa grandeur et ses plaisirs : Siccine séparai amant mors 4! « Est-ce ainsi que la mort amère
1 « Sa fermeté, dit madame de Sêvtgné, sert d'exemple à tous ceux qui veulent mourir en grands hommes, et sa piété a ceux qui veulent mourir chrétiennement. » (Lettre du 28 octobre 1685, n* RHO.)
* Vie volàto divtlibus ! ( Lue. cap. vi , 14.)
3 ÀRite nunc, divilea; plnrate ululante» lu mlseriis v est ris qu.v ad ventent vobU. ( Jae . cap. v, I.)
* Illi atilem Inflrmioces, qui lerreuls bis bonis , quaravis ea non pnrponrrent Chrlstn, aliquanlula tamen cuplditate coh.TrH.anl , quantum harc nmando peccaverint perdendo senserunt. Tantum qulppe doluerunt, quantum se dolorihus inseruerunt. { de Cl vit. Del, Ub. I, cap. x , n* 2.)
1 1. Jt#f . cap. xi a».
DE MICHEL LE TELL1ER
• vient rompre (ont à coup de si doux liens ! » Le [ «eur saigne ; dans la douleur de In plaie , on sent ; combien ecs richesses y tenaient , et le péché que l'on commettait par un attachement si excessif se découvre tout entier : Quantum ' amando dcliquerint; perdendo senserunt. Par une raison contraire , un homme dont la fortune protégée du ciel ne connaît pas les disgrâces , qui , élevé sans envie aux plus grands honneurs, heureux dans sa personne et dans sa famille, pendant qu'il voit disparaître une vie si fortunée , bénit la mort , et aspire aux biens éternels , ne fait-il pas voir qu’il n’avait pas mis « son coeur dans le - trésor que les voleurs peuvent enlever ’ , » et que , comme un autre Abraham , il ne connaît de repos que « dans la cité permanente J? • Un fils consacré à Dieu s'acquitte courageusement de son devoir comme de tontes les outres parties de son ministère , et il va porter la triste parole a un père si tendre et si chéri : il trouve ce qu'il espérait , un chrétien préparé à tout , qui attendait ce dernier office de sa piété. I.'extrémc-onetion , annoncée par la même bouche à ce philosophe chrétien , excite autant sa piété qu'avait fait le saint viatique. Les saintes prières des agonisants réveillent sa toi ; son Ame s'épanche dans les célestes cantiques , et vous diriez qu'il soit devenu un autre David par l'application qu'il se fait à luiméme de scs divins psaumes. Jamais juste n'attendit la grâce de Dieu avec une plus ferme confiance; jamais pécheur ne demanda un pardon plus humble, ni ne s'en crut plusindigne. Qui me donnera le burin que Job désirait pour graver sur l'airain et sur le marbre cette parole sortie de sa bouche en ses derniers jours , que , depuis quarante-deux ans qu'il servait le roi, il avait la consolation de ne lui avoir jamais donné de conseil que selon sa conscience , et , dans un si long ministère , de n'avoir jamais souffert une injustice qu’il pût empêcher? La justice demeurer constante , et pour ainsi dire toujours vierge et incorruptible parmi des occasions si délicates , quelle merveille de In grâce ! Après ce témoignage de sa conscience, qu’avait-il besoin de nos éloges? Vous étonnez-vous de sa tranquillité? Quelle maladie ou quelle mort peut troubler celui qui porte au fond de son cœur un si grand calme? Que vois-je durant ce temps? des enfants percés de douleur ; car ils veulent bien que je rende ce témoignage à leur piété, et c’est la seule louange qu'ils peuvent
1 Le texte de eaimt Augustin porte : Hæe amirndo peccaverint , «le.
* Kolite thPMurizare vobia thesauro* in l«m.. ubl fum effodiunt et fufentur. Thesaurlzate autan vobis thesauros In cœlo. {.Vatih. cap. vi, 10 , 30, 21.)
• Exspechbat fund&mcnta Imbentem dvIUtan. tftebr. cap. xi , 10.)
et. — T. II.
écontersans peine. Que vois-je encore? une femme forte, pleine d'aumônes et de bonnes œuvres, précédée, malgré scs désirs, par celui que tant de fois elle avait cru devancer : tantôt elle va offrir devant les autels cette plus chère et plus précieuse partie d'elle-même ; tantôt elle rentre auprès du malade, non par faiblesse , mais , dit-elle , ■ pour
- apprendreà mourir, et profiter de cet exemple. - L’heureux vieillard jouit jusqu'à la findestendresses de sa famille, où 11 ne voit rien de faible; mais pendant qu’il en goûte la reconnaissance , comme un autre Abraham , il la sacrifie , et en l'invitant à s’éloigner : - Je veux , dit-il , m'arra-
- cher Jusqu'aux moindres vestiges de l'huma- « nité. - Reconnaissez-vous un chrétien qui achevé son sacrifice , qui fait le dernier effort afin de rompre tous les liens de la chair et du sang, et ne tient plus à la terre? Ainsi , parmi les souffrances et dans les'approehes de la mort , s’épure comme dans un feu l'âme chrétienne ; ainsi elle sc dépouille de ce qu'il y a de terrestre et de trop sensible , même dans les affections les plus innocentes : telles sont les grâces qu'on trouve à la mort ; mais qu'on ne s'y trompe pas, c'est quand on l'a souvent méditée, quand on s'y est longtemps préparé pardc bonnes œuvres ; autrement la mort porte en elle-même ou l'insensibilité, eu un secret désespoir, ou , dans ses justes frayeurs, l'Image d'une pénitence trompeuse, et enfin un trouble fatal à la piété. Mais voici , dans la perfection de la charité, la consommation de l'œuvre de Dieu. Un peu après, parmi ses langueurs, et percé de douleurs aigues , le courageux vieillard se lève , et les bras en haut , après avoir demandé la persévérance : « Je ne désire point, dit-il, la
* fin de mes peines, mais je désire de voir Dieu. - Que vois-je ici , chrétiens? la foi véritable , qui d'un côté ne se lasse pas de souffrir (vrai caractère d’un chrétien), et de l'autre ne cherche plus qu'à se développer de ses ténèbres, et, en dissipant le nuage , se changer en pure lumière et en claire vision. O moment heureux où nous sortirons des ombres et des énigmes pour voir la vérité manifeste 1 ! Conrons-y , mes frères , avec ardeur; hâtons-nous de - purifier notre cœur,
• afin de voir Dieu * , • selon la promesse de l’Évangile : là est le terme du voyage ; là se finissent les gémissements; là s'achève le travail de la foi, quand elle va pour ainsi dire enfanter la vue. Heureux moment, encore une fois, qui ne te désire pas n'est pas chrétien i Apre» que ce pieux désir est formé par le Saint-Esprit
1 Vidant» nuire per «peralum in .Tnlimatr. (I. Car. cap.
nu . v. |J.)
1 Bntl mmtdo corde, tjuoiiitim ip«i Dcutti vidrltuul.t V.M,
ORAISON FUNÈBRE
«fi
dans le eecur de ce vieillard plein de fui, que reste -l-ll, chrétiens, sinon qu'il aille jouir de l'objet qu'il aime? Enfin, prêt à rendre l'iimc : > Je « rends grâces à Dieu, dit-il, de voir défaillir mon
- corps devant mon esprit. * Touché d'un si prand bienfait, et ravi de pouvoir pousser ses reconnaissances jusqu'au dernier soupir, il commença l'hymne des divines miséricordes : Mitcricordias Domini in cctcrnum canlabo' : - Je chanterai,
■ dit-il , éternellement les miséricordes du Sci- » gneur. » Il expire en disant ces mots; et il continue avec les anges le sacré cantique ’.
Reconnaissez maintenant que sa perpétuelle > modération venait d'un cœur détaché de l'amour ' du monde, et réjouissez-vous en Noire-Seigneur de ce que , riche , il a mérité les grâces et la récompense de la pauvreté. Quand je considéré attentivement dans l'Évnngilc la parabole, ou plutôt l'histoire du mauvais riche , et que je vois tic quelle sorte Jésus-Christ y parle des fortunés de la terre , il nie semble d'abord qu'il ne leur laisse aucune espérance nu siècle futur. Eazarc , pauvre et couvert d'ulcères, » est porté par les
* anges au sein d'Abraham ; • pendant que le riche, toujours heureux dans cette vie, - est en- « seveli dans les enfers J. • Voila un traitement bien différent que Dieu fait à l'un et à l'autre, j Mais comment est-ce que le Fils de Dieu nous en j explique la cause? » Le riche, dit-il, a reçu ses
- biens , et le pauvre ses maux dans cette vie *; • et de là quelle conséquence? Écoutez, riches, et tremblez : » Et maintenant , poursuit-il, l'un re- . çoit sa consolation, et l’autre son juste sup-
• plicc 4. - Terrible distinction ! funeste partage pour les grands du monde 1 Et toutefois ouvrez les yeux : c'est le riche Abraham qui reçoit le pauvre Lazare dans sou sein; et il vous montre, ô riches du siècle, à quelle gloire vous pouvez ' aspirer, si , - pauvres en esprit 6 » et détachés de j vos biens , vous vous tenez aussi prêts à les quit- ! ter qu'un voyageur empresse à déloger de la tente ou il passe une courte nuit. Cette grâce , je le eon- ! fesse , est rare dans le Nouveau Testament , où les afflictions et la pauvreté des enfants de Dieu doivent sans cesse représenter à toute l'Église un Jésus-Christ sur la croix ; et cependant , chrétiens , Dieu nous donne quelquefois de pareils
» Puai. UUTI1I, I.
* image douce et louchante qui montre le ciel et tout ce qui l’habile attentif a recueillir le» drnilère* parole» et les dernier» soupir» du Juste. ( U cardinal de Bunuel.)
* Factum «st autem ut moreretur tneodlrt», **t portaretur fcb angelis in douai Abrali*. Mortuus est autem et dive»; et M-piiltiiK est In inferno. (Luc. cap. xvi, 22.)
4 ht dixit illi Abraham : FUI , rccordare quia recepisti bona in vita tua, et taxants dralliter maJa. N une autem hic consolatur, lu veto cruclarls. (Ibid. 3ü.)
* Ibid. 2 T,.
* Brait pcuiperw splrilu ( Malth . cap. v, 3.)
exemples, afin que nous entendions qu'on peut mépriser les charmes de la grandeur même présente, et que les pauvres apprennent A ne désirer pas avec tant d’ardeur ce qu’on peut quitter avec joie. Ce ministre si fortuné et si détaché tout ensemble leur doit inspirer ce sentiment. La mort a découvert le secret de ses affaires ; et le publie, rigide censeur des hommes de cette fortune et de ce rang , n’y a rien vu que de modéré : on a vu ses biens accrus naturellement par un si long ministère et par une prévoyante économie; et on ne fait qu’ajouter à la louange de grand magistrat et de sage ministre , celle de nage et vigilant père de famille , qui n’a pas été jugée indigne des saints patriarches. Il a donc, à leur exemple, quitté sans peine ec qu’il avait acquis sans empressement : ses vrais biens ne lui sont pas étés, et sa justice demeure aux siècles des siècles. C’est d’elle que sont découlées tant de grâces et tant de vertus que sa dernière maladie a fait éclater. Scs aumônes, si bien cachées dans le sein du pauvre , ont prié pour lui 1 : sa main droite les cachait â sa main gauche ; et , â la réserve de quelque ami qui en a été le ministre ou le témoin nécessaire , scs plus intimes confidents les ont ignorées; mais •• le Père qui les a vues « dans le secret lui en a rendu la récompense \ - Peuples , ne le pleurez plus ; et vous qui , éblouis de l’éclat du monde, admirez le tranquille cours d’une si longue et si belle vie , portez plus haut vos pensées. Quoi donc! quatre- vingt -trois ans passés au milieu des prospérités , quand il n’en faudrait retrancher ni l’enfance , où l'homme ne se connaît pas, ni les maladies, où l’on ne vit point, ni tout le temps dont on a toujours tant de sujet de se repentir, parnitront-ils quelque chose à la vue de l’éternité où nons avançons à si grands pus? Après cent trente ans de vie, Jacob, amené au roi d’Égypte, lui raconte la courte durée de son laborieux pèlerinage, qui n’égale pas les jours de son père Isaac ni de son aïeul Abraham J. Mais les ans d’Abraham et d’Isaac, qui ont fait paraître si courts ceux de Jacob, s’évanouissent auprès de la vie de Sem , que celle d’Adam et de Noe efface. Que si le temps comparé au temps, la mesure à la mesure, et le terme au terme, sc réduit à rien ; que sera-ce si l’on compare le temps à l 'éternité, où il n’y a ni mesure ni terme ! Comptons donc comme très-court, chré-
1 Cône I mie eleemoaynam in cordc pauperi» : et Irac pro le exorahit. (Ecct. cap. xxix, ta.)
1 Te facicnte elmmwynam , orsdat dnisfra tua quid facial dextern tua... Et pater tuus, qui videt in abacomiilo , reddet tihi. ( Mallh . cap. vi, 3, «.)
1 He» pondit : Jacob) : Dlcs pcrrgrinntufti» mca? centum triginla annorum »unt, parvi et mali; et non pervenerunt usque ad die» pat ru m reconnu, qtiihus pcrogrinali »uoL (Ci net. cap. xlvii, 9.)
DK I.OUIS DK BOURBON.
tiens , ou plutôt comptons comme un pur néant tout ce qui finit, puisque enfin , quand on aurait multiplié les années au delà de tous les nombres connus , visiblement ec ne sera rien quand nous serons arrivés au terme fatal. Mais peut-être que, prêt à mourir, on comptera pour quelque chose cette vie de réputation , ou eelte imagination de revivre dans sa famille qu'on croira laisser solidement établie. Qui ne voit, mes frères, combien vaines, mais combien courtes et combien fragiles sont encore ces secondes vies que notre faiblesse nous fait inventer pour couvrir en quelque sorte l’horreur de la mort ! Dormez votre sommeil ■ , riches de la terre, et demeurez dans votre poussière. Ab! si quelques générations , que dis-je? si quelques années après votre mort , vous reveniez , hommes oubliés , au milieu du monde , vous vous hâteriez de (entrer dans vos tombeaux , pour ne voir pas votre nom terni , votre mémoire abolie , et votre prévoyance trompée dans vos amis, dans vos créatures, et plus encore dans vos héritiers et dans vos enfants I Kst-cc. là le fruit du travnil dont vous vous êtes consumés sous le soleil , vous amassant un trésor de haine et de colère éternelle au juste jugement de Dieu? Surtout, mortels , désabusez-vous de la pensée dont vous vous flattez , qu'après uue longue vie la mort vous sera plus douce et plus facile. Ce ne sont pas les années , c'est une longue préparation qui vous donnera de l'assurance; autrement un philosophe vous dira en vain que vous devez être rassasiés d’années et de jours , et que vous avez assez vu les saisons se renouveler, et le monde rouler autour de vous, ou plutôt que vous vous êtes assez vus rouler vous-mêmes et passer avec le monde. I.n dernière heure n'en sera pas moins insupportable, et l'habitude de vivre ne fera qu’en accroître le désir. C'est de saintes méditations, c'est de lionnes oeuvres, c'est ces véritables richesses que vous enverrez devant vous au siècle futur, qui vous inspireront de la force ; et c'est parce moyen que vous affermirez votre courage. Le vertueux Michel le Tcllier vous en a donné l'exemple : la sagesse , la fidélité , la justice , la modestie , la prévoyance , la piété , toute la troupe sacrée des vertus, qui veillaient pour ainsi dire autour de lui , en ont banni les frayeurs , et ont fait du jour de sa mort le plus beau, le plus triomphant , le plus heureux jour de sa vie ’.
• Dormterunt *omnum suum , et nlhil Invcnerunt omnes vlri dlvilUrum in manibus suis. ( Ptat. lxxv, #.)
1 Cette oraison funèbre offre on exemple de l'exagération du panégyrique contredite par la sévérité de l'histoire. I.e Tellier rut certainement des qualités estimables , et rendit des serv ices au gouvernement dans le temps de la Fronde ; mais U ne sera jamais regardé comme un modelé de |ua-
ORAISON FUNÈBRE