LOUIS DE BOURBON
PBINCR DF. CONDK',
Prononcé en l'église de Notre-Dame de Paris, le dixième jour de mars I6S7.
Dominât terum, virorum JbrtiuiM*.... fade in hac fur titudin 4 tua ... Eyo cto iccum. (/wrf. cap. vi, lî, U, 16.)
I «e Seigneur est avec vous, d le plus courageux de tou» les hommes ! Allex avec ce courage dont vous êtes rempli. le serai avec vous.
Monseigmcuh’,
Au moment que j’ouvre la bouche pour célébrer la gloire immortelle de Louis de Bourbon , prince de Condé , je me sens également confondu et par la grandeur du sujet , et, s'il m'est permis de l'avouer, par l'inutilité du travail. Quelle partie du monde habitable n'a pas oui les victoires du prince de Condé , et les merveilles de sa vie ? On les raconte partout ; le Français qui les vante n’apprend rien à l’étranger; et, quoi que je puisse aujourd'hui vous en rapporter, toujours prévenu par vos pensées, j'aurai encore à ré-
lice et de vertu. La part qu’il eul à la révocation de l’édit de Nantes pouvait. Je t'avoue, n’élrc chez lai qu'une erreur, puisque ce fui celle de presque toute la France, et même de Bossuet, qui n’y voyait que le triomphe de la religion dominante. La postérité a pensé autrement, rt l’on convient aujourd'hui que celte grande faute contre la pol.tique en était une aussi contre le véritable esprit du christianisme, qui n'en reste pas moins ce qu'il est , même quand des chrétiens s’y trompent. ( La Harpe.)
' Louis 11 de Bourbon, prince de Condé, naquit .A Taris le a septembre 16-21 , d’Henri II de Bourbon et de Charlotte Marguerite de Montmorency, qui fixa un Instant les inoons Unis désirs d’Henri IV. Son bisaïeul , Louis V r, Joua un grand rdle dans les guerres civiles du seizième siècle, et périt , en IfcfiO, à la talAÜIe de Jamac, ou il fut assassiné par Montesquiou , capitaine des gardes du duc d'Aqjou, depuis Henri 111. Le prince dont Bossuet célébré ici la gloire et les vertus, et qui reçut en naissant le nom de duc d'Knghien , vint au monde dans un tel état de faililessc qu’on craignait qu’il ne mourût au berceau, comme ses trois aînés : les soins paternels le conservèrent a la France. Il fit avec succès ses études qu'il termina k quatorze ans; 11 en avait à peine douze quand Il composa un petit traité de rhétorique ; ce roûI pour les lettres ne le quitta qu’avec la v ie. En 1610 , il épousa , contre son gré, une nièce de Richelieu, Claire-Clémence de Brézé, qui , l'année même ou il sauva la France h Rocroi , lui donna un fils , Heu ri- Jules de Bourbon, seul fruit de cette union. Sans énumérer tons les faits d'une si glorieuse vie, nous nous bornerons a dire ici qu’a Fribourg Condé Jeta son bétou de commandement dans les rangs ennemis au milieu desquels Il se précipita , a la tête de ses troupes, pour le ressaisir, et que cet acte d’intrépidité lui assura la victoire ; a Se nef il eut quatre chevaux tués sous lui. Par sa bravoure el sa prudence Il parvint à soumettre les ennemis de sa patrie. Il passa ses dernières années dan» son château de Chantilly, et mourut le il décembre iti.se , k Fontainebleau , emportant au tombeau l’estime et l'admiration de ses contemporains, qui lui donnèrent le surnom de Grand , que la postérité lui a conservé.
* M. le Prince, !Us du défunt prince de Comté
ORAISON FUNÈBRE
pondre au secret reproche cj\ie vous me ferez d’ètrc demeuré beaucoup uu-dessous. Nous ne pouvons rien , faibles orateurs, pour la gloircdcs Ames extraordinaires : le Sage a raison dédire, que « leurs seules actions les peuvent louer ' ; » toute autre louange languit auprès des grands noms ; et la seule simplicité d'un récit lidcle pourrait soutenir la gloire du princ de Condé. Mais en attendant que l’histoire , qui doit ce récit aux siècles futurs, le fasse paraître, il faut satisfaire, comme nous pourrons, à la reconnaissance publique et nuxordresduplusgranddetousles rois. Que nedoit point le royaume à un prince qui a honoré la maison de France , tout le nom français , son siècle , et pour ainsi dire l’humanité tout entière ! Louis le Grand est entre lui-méme dans ces sentiments : après avoir pleuré cc grand homme , et lui avoir donné par ses larmes, au milieu de toute sa cour, le plus glorieux éloge qu'il put recevoir, il assemble dans un temple si célèbre ce que son royaume a de plus auguste pour y rendre des devoirs publics & la mémoire de ce prince; et il veut que ma faible voix Anime toutes ces tristes représentations et tout cct appareil funèbre. Faisons donc cet effort sur notre douleur. Ici un plus grand objet et plus digne de cette chaire se présente à ma peusée : c'est Dieu qui fait les guerriers et les conquérants. ■ C'est vous, lui disait David, qui avez instruit « incs mains à combattre, et mes doigts à tenir « Pépée *. * S’il inspire le courage , H ne donne pas moins les autres grandes qualités naturelles et surnaturelles et du coeur et de l’esprit. Tout part de sa puissante main : c’est lui qui envoie du ciel les généreux sentiments , les sages conseils , et toutes les bonnes pensées ; mais il veut que nous sachions distinguer entre les dons qu’il abandonne à ses ennemis et ceux qu'il réserve A ses serviteurs. Ce qui distingue ses amis d’avec tons les autres c’est la piété ; jusqu’à ce qu’on ait reçu ce don du ciel , tous les autres non-sculement ne sont rien , mais encore tournent en ruine a ceux qui en sont ornés : sans cc don inestimable de la piété, que serait-ce que le prince de Condé nvec toat cc grand cœur et ce grand génie ! Non, mes frères, si la piété n’nvait comme consacre ses autres vertus, ni ces princes ne trouveraient aucun adoucissement à leur douleur, ni ce religieux pontife aucune confiance dans ses prières , ni moi-méme aucun soutien aux louanges que je £ dois à un si grand homme. Poussons donc à bout la gloire humaine par eet exemple ; détruisons l’idole des ambitieux; qu’elle tombe anéantie devant ces autels. Mettons ensemble aujourd'hui
' Ijmdenl eam in portl* opéra ejus. (Prov. cap. xxxi , XI.)
* Hanedlctu» Dominus Drus meus, qui docet manu» nvras ad pritliom, et tlifiilos mcos ad bellura. {Pial, cxliii , i.)
(car nous le pouvons dans un si noble sujelj toutes les plus belles qualités d'une excellente nature ; et , à la gloire de la vérité, montrons , dans un prince admiré de tout l'univers, que ce qui fait les héros, ce qui porte la gloire du monde jusqu'au comble, valeur, magnanimité, bonté naturelle, voilà pour le cœur; vivacité, pénétration , grandeur , et sublimité de génie , voilà pour l'esprit , ne seraient qu'une illusion, si la piété ne s'y était jointe; et enfin que la piété est le tout de l'homme. C'est, messieurs, ce que vous verrez dans la vie éternellement mémorable de trèshaut et très-puissant prince Lotis de Boliibo.v ,
PB1XCE UECoXDE , l’BEUIEn PRINCE DU SA NO.
Dieu nous a révélé que lui seul fait les conquérauts , et que seul il les fait servir à ses desseins. Quel autre a fait un Cyrus, si ce n’est Dieu qui l'avait nomme deux cents ans avant sa naissance , dans les oracles d'Isaïe? Tu n'es pas encore, lui disait-il , • mais je te vois, et je t’ai . nommé par ton nom : tu t'appelleras Cyrus. Je
• marcherai devant toi dans les combats ; à ton » approche je mettrai les rois en fuite; je briserai
■ les portes d’airain. C’est moi, qui étends les « eieux , qui soutiens la terre , qui nomme ce qui « n'est pas comme ee qui est 1 ; . c'est-à-dire, c'est moi qui fais tout , et moi qui \ ois , dés l'éternité , tout cc que je fais. Quel autre a pu former un Alexandre , si ce n'est ce même Dieu qui en a fait voir de si loin et par des figures si vives l'ardeur indomptable à son prophète Daniel? • Le voyez-
* vous, dit-il, cc conquérant ; avec quelle rapi-
« dite ii s’élève de l'occident comme par bonds, ‘tV&Uj
■ et ne touche pas à terre 1 ? . Semblable , dans scs sauts hardis et dans sa légère démarche , à ces animaux vigoureux et bondissants, il ne s’avance que par vives et impétueuses saillies, et n est arrêté ni par montagnes ni par précipices Déjà le roi de Perse est entre ses mains; « à sa « vue il s’est animé ; efferatus est in eum, dit le « prophète; il l'abat, il le foule aux pieds : nul « ne le peut défendre des coups qu'il lui porte ,
■ ni lui arracher sa proie *. » A n’entendre que ces
* H.tc diclt Dominus christo meo Gjrro, cojus apprehendi
dexteram... Ego ante te Ibo : et glortosos terra humiliai*) * porta» «rnu enntiram, et vect» ferra* confrlngam.... ut scia* quia ego Dominus , qui vooo nomen tuum.... Vocavl te nominn tuo... Acdnxl te, et non rogooTbli me.... Ego Dominus, et non est aller, formant* luoem, el creans tenebras, facirns’ pacem , et créons malnm : ego Dominas , facieo* omit la ,
etc. (lui. cap. xlv, 1 , 2, 9, 4 , 7.)
* Venicbatab occident* super faclem loti us terne, et non Inngfhat terrain. (Dan. cap. vin. B.)
* Ce ni par montagnes , ni par précipices a quelque chose de sauvage et d’Apre, qui représente le terrain ou bondit le chamois. La vivacité et la brièveté des phrases qui suivent répondent au choix de la comparaison, et (oui à la fois A rinéviuble impétuosité du grand Condé. Bossuet commence à peine, et déjà son héros est connu. (L'abbé de franxcelles.)
‘ C.ucurrit ad eum In impetu forlltudini* suie; cumque ap. propinquasset propc arietnn , efferalus est in eum , et perçus-