‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 200 sur 282 · SIR LA FERVEUR · texte numérisé non relu

SIR LA FERVEUR

cd tant que notre péché est contraire à sa sainteté »t à sa justice ; et en ce sens , chrétiens , comme ses divines perfections sont inüniment éloignées de la créature , l'injure qu'il reçoit de nous, quoiqu'elle soit d'une audace extrême , ne porte pas son coup , ne fait pas une impression si prochaine , ne le touche pas de si près. Mais ce Dieu , qui est si fort éloigné de nous par toutes ses autres qualités , entre avec nous en société , s’égale et se mesure avec nous par les tendresses de son amour, par les pressements de sa miséricorde , qui attire à soi notre cœur. Comme donc c'est par cette voie qu'il s’efforce d’approcher de nous , l’injure que nous lui faisons en contrariant son amour, porte coup immédiatement sur lui-méme ; et l'insnlte en retombe, si je l'ose dire, et fait son impression sur le front propre d’un Dieu approchant de nous , qui s'avance, s'il m'est permis de parler ainsi. Mais il faut bien, 6 grand Dieu, que vous permettiez aux hommes de parler de vous comme ils l’entendent, et d’exprimer comme ils peuvent ce qu'ils ne peuvent assez exprimer comme il est.

C'est ce qui s'appelle dans les Écritures, selon l’expression de l’apétre en l’épltreaux Éphésiens, affliger et contrister l’Esprit de Dieu : Notite contristaiv Spiritual sanctum Dei, in quo signati • estis' : • N’attristez pas l’Esprit saint de Dieu, dont vous avez été marqué comme d’un sceau. Car cetto affliction du Saint-Esprit ne marque pas tant l’injure qui est faite à sa sainteté par notre injustice , que l’extréme violence que souffre son amour méprisé et sa bonne volonté frustrée par notre résistance opiniâtre : c’est là, dit le saint j opétre, ce qui afflige le Saint-Esprit, c'cst-à-dire, l'amour de Dieu opérant en nous pour gagner nos coeurs. Dieu est irrité contre les démons; mais comme il ne demande plus leur affection , il n'est plus contristé par leur révolte. C'est à un cœur chrétien qu’il veut faire sentir ses tendresses; c'est dans un cœur chrétien qu’il veut trouver la correspondance , et ce n'est que d’un cœur chrétien que peut sortir le rebut qui l’aillige et qui le contriste. Mais gardons-nous bien de penser que cette tristesse de l’Esprit de Dieu soit semblable àcelle des hommes : cette tristesse de l’Esprit de Dieu signifie un certain dégoût , qui fait que les hommes ingrats lui sont à charge, et croyons que l'apôtre nous veut exprimer un certain zèle de justice , muis zèle pressant et violent qui animeun Dieu méprisé contre un cœur ingrat, et qui lui fait appesantir sa main et précipiter sa vengcauce. Voilà , mes frères , deux effets terribles de cet amour méprisé : mais que veut dire ce poids, et d'où vient cette promptitude? il faut tâcher de le bien entendre.

* it, an.

Je. veux donc dire, mes frères, que l’amour de Dieu Indigné par le mépris de scs grâces , appuie la main sur un cœur rebelle avec une efficace extraordinaire. L’Écriture, toujours puissante pour exprimer fortement lesœuvres deDleu, nous explique cette efficace par une certaine joie qu’elle fait voir dans le cœur d’un Dieu pour se venger d’un Ingrat : ce qui se fait ft-ec joie , se fait avec application. Mais, chrétiens, est-il possible que cette joie de punir se trouve dans le cœur d'un Dieu, source Infinie de bonté? Oui, sans doute , quand il y est forcé par l'ingratitude ; car écoutez ce que dit Moïse au chapitre vingthuitième du Deutéronome : • Comme le Seigneur « s’est réjoui vous accroissant , vous bénissant,

• vous faisant du bien , il se réjouira de la mémo « sorte, en vous ruinant, en vous ravageant, > en vous accablant : » Sicul ante lœtatusesl Dominus super vos, bene vobis facicns, vasque mullipticans ; sic lœlabitur disperdens vos nique subvertens. Quand son cœur s’est épanché en nous bénissant, il a suivi sa nature et son inclination bienfaisante : mais nous l’avons contristé, mais nous avons affligé son Saint-Esprit, et nous avons changé la joie de bien faire en une joie de punir; et il est juste qu’il répare la tristesse que nous avons donnée a son Saint-Esprit, par une joie efficace , par un triomphe de son cœur, par un zèle de sa justice â venger notre ingratitude.

Justement, certes Justement; car il sait ce qui est dù à son amour victorieux , et il ne laisse pas ainsi perdre ses grâces. Non : elles ne périssent pas, ces grâces rebutées, ces grâces dédaignées, ces grâces frustrées; il les rappelle à lui-méme, il les ramasse en son propre sein , où sa justice les tourne toutes en traits pénétrants , dont les cœurs Ingrats sont percés. C’est là, messieurs, cette justice dont je vous parlais tout à l’heure ; Justice du Nouveau Testament , qui s’applique par le sang , par la bonté même et par les grâces Infinies d’un Dieu rédempteur : justice d'autant plus terrible que tous ses coups de foudre sont des coups de grâces.

C'est ce que prévoyait en esprit le prophète Jérénâlc, lorsqu'il a dit ces paroles : Fuyons , fuyons bien loin • devant la colère de la colombe, devant

• le glaive de la colombe : • A fade ira co-

lumbœ o fade gladii cotumbœ • 1 Et nous

voyons dans l'Apocalypse les réprouvés qui s’écrient : • Montagnes, tombez sur nous, et met- « tez-nous à couvert de la face et de la colère de

• l’Agneau : • (Milite super nos et abscondile

• Peut. XX Tilt, en.

* Jrrnu. X1T , 3-"; UTI, IG.

DK LA PENITENCE. 54S

nos... ab ira Agni Ce qui les presse , ce qui le Sauveur, dénonçait u toute la terre que la rôles accable , ce n'est pas tant la face du Père ir- 1ère allait venir, que le royaume de Dieu al lait rite ; c’est la face de cette colombe tendre et bien- s'approcher ; tant la grâce et la justice sont inséfaisantc qui a gémi tant de fois pour eux, qui parables. MaisqunndredivinSauvcurcommrnce les a toujours appelés par les soupirs de sa misé- à paraître, il ne dit point qu'il approche, ni que ricorde ; c’est la face de cet Agneau qui s’est Im- la justice s’avance; mais écoutez comme il parle: molé pour eux, dont les plaies oat été pour eux . I.a cognée est déjà, dit-il, à la racine de l’arutic vive source de grâces. Car d'où pensez-vous « bre : » Juin securis ad railicem arborumposila que sortent les flammes qui dévorent les chrc- est '. Oui, la colère approche toujours avec la liens ingrats? de ses autels, de scs sacrements , grâce ; la cognée s’applique toujours par le bicndc scs plaies , de ce côté ouvert sur la croix pour fait même ; et la sainte inspiration , si elle ne

nous être une source d amour inflni : c'est de là que sortira l'indignation ; de là la juste fureur, et d’autant plus implacable qu’elle aura été détrempée dans la source même des grâces : car il est juste et très-juste que tout et les grâces mêmes - tournent en amertume à un cœur ingrat. O poids des grâces rejetées, poids des bienfaits méprisés, plus insupportables que les peines mêmes; ou plutôt et pour dire mieux, accroissement inflni dans les peines! Ah! mes frères, que j'nppréhendeque ce poids ne tombe sur vous, et qu'il n'y tombe bientôt !

Et en effet , chrétiens , si la grâce refusée aggrave le poids des supplices, elle en précipite le cours : car il est bien juste et bien naturel qu'un cœur épuisé par l'excès de son abondance , fasse tarir la source des grâces pour ouvrir tout à coup celle des vengeances; et il faut, avant que de finir, prouver encore en un mot cette vérité.

Dieu est pressé de régner sur nous ; car n'lui , comme vous savez , appartient le règne , et II doit a sa grandeur souveraine de l'établir promptement. Il ne peut régner qu'en deux sortes, ou par sa miséricorde , ou par sa justice : Il règne sur les pécheurs convertis par sa sainte miséricorde; il règne sur les pécheurs condamnes par sa juste et impitoyable vengeance. Il n’y a que ce cœur rebelle qu'il presse et qui lui résiste, qu’il cherche et qui le fuit, qu'il touche, et qui le méprise, sur lequel il ne règne ni par sa bouté, ni par sa justice, ni par sa grâce, ni par sa rigueur : il n'y souffre que des rebuts plus indignes que ceux des Juifs dont il a été le jouet.

Ah! ne vous persuadez pas que sa toute-puissance endure longtemps ce malheureux interrègne. Non, non, pécheurs, ne vous trompez pas, le royaume de Dieu approche : Appropinquavil * : il faut qu'il y règne sur nous par l'obéissance à sa grâce, ou bien il y régnera par l’autorité de sa justice : plus sont grandes les grâces que vous méprisez , plus la vengeance est prochaine. Saint Jean commençant sa prédication pour annoncer

1 Apoe. VI , ifi.

’ Mallh. lll . a.

nous vivifie, elle nous tue.

TROISIÈME SERMON

POCX LE JEl'DI

DE LA SEMALNE DE LA PASSION

raÊcuê a la corn.

SUR L'ISTÉCIUTÉ UE LA PÉ.V1TF.XCE.

Trot* éaraclèrw opposé» des réritablês et des faussai caoversions. Friulrs douteur» par lesquelle» le pécheur trompé 1rs autres; douteurs imparfaites par lesquell.* U s’imposa a lui- même : causes prufuodts d’une aêducUon si subtile. Confusion nécessaire a un vrai pénitent ; quelle est cette confusion ; pourquoi est-elle dure au pécheur. Comment 1rs pêcheurs superbes et indociles cherchent a sc debarrasser de la honte qu'iLa méritent : inutilité de tous leurs faut prétextés. Qui sont ceux qui doivent entrer plus profondément dansrrt état de cm fusion. Remèdes nécessaires pour conserver la grAce de la pénitence : combien lis sont méprisés ou négligés. ,

Stans rétro accus pedes cjus, lôrry mi s ccepit rigarc pedes

ejus.

Madeleine se jetant aux pieds de Jésus , commença a

tes lacer de ses larmes . Luc. vu, 38.

Est-ce une chose croyable que l’esprit de séduction soit si puissant dans les hommes, que non-seulement ils se plaisent à tromper les autres, mais qu'ils sc trompent eux-mêmes, que leurs propres pensées les déçoivent, que leur propre imagination leur impose? Il est ainsi, chrétiens , et cette erreur parait principalement dans l'affaire de la pénitence.

Il y a de certains pécheurs que leurs plaisirs engagent, et cependant que leur conscience inquiété; qui ne peuvent ni approuver ni changer leur vie; qui n’ont nulle complaisance pour la loi de Dieu , mais que ses menaces étonnent souvent et les jettent dans un trouble inévitable qui les incommode. Ce sont ceux-là, chrétiens, qui se confessent sans utilité, qui font par coutume un amusement sacrilège du sacrement de la péni tence; semblables à ces malades faibles d'esprit et de corps , qui , ne pouvant jamais se résoudre ni ù quitter les remèdes ni à les prendre de bonne

1 Mtillh. ut, lu.

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