P» XXXI, I
couvre à Dieu nos péchés. Mais que j’appréhende que nous ne soyons de ces pénitents dont Isaïe a dit ccs mots : « lis n'ont tissu, dit ce saint
• prophète, que des toiles d'araignée : » Tclas arancœ texuerunt ... lelie corum non erunl in vcstimenlum , neque ope rie ntur ope ribu.i nuis : opéra corum opéra inulilia... cogitaliones eorum cogitaliones inutiles ■ : « leurs toiles ne lenr
- serviront pas de vêtement, leurs œuvres ne les
• couvriront pas; car leurs pensées sont des pen-
• sées vaines, et leurs œuvres, des œuvres inutiles. - Voila une peinture trop véritable de notre pénitence ordinaire. Chrétiens, rendons-nous capables de présenter au Sauveur Jésus de dignes fruits de pénitence, ainsi qu’il nous l'ordonne dans son Évangile , non des désirs imparfaits, mais des résolutions déterminées, non des feuilles que le premier tourbillon emporte, ni des fleurs que le soleil desséche. Pour cela brisons devant lui nos cœurs , et brisons-lcs tellement que tout ce qui est dedans soit anéanti ! • Brisons, dit saint Augus-
• tin , ce cœur impur , afin que Dieu crée en nous ■ un cœur sanctifié : • Il crcctur mundum eor, conte rtilur immuntlum *. Si nous sommes en cet état , courons, messieurs, avec foi au tribunal de la pénitcuce ; portons-y uotre douleur, et tâchons de nous y revêtir de coufusion.
DEUXIEME roi VT.
C'est une règle de justice que l'équité même n dictée, que le pécheur doit rentrer dans son état pour se rendre capable d’en sortir. Le véritable état du pécheur, c'est un état de confusion et de boute ; car il est juste et très-juste que celui qui fait mal soit confondu ; que celui qui a trop ose soit couvert de honte ; que celui qui est ingrat n'ose paraître; enfin que le pécheur soit déshonoré, non-seulement par les autres, mais par lui même, par la rougeur de son front , par la confusion de sa face , par le tremblement de sa conscience. Le pécheur est sorti de cet état, quand il a paru dans le monde la tête élevée , avec toute la liberté d'un front innocent. Il est juste qu'il rentre dans sa confusion : c'est pourquoi toutes les Ecritures bourdonnent de se confondre. Confundimini , cunfuudimini , domus Israël 3 : « Confondez-vous, confondez- vous, maison d’Is-
- raël , - parce que vous avez péché devant le Seigneur.
Pour bien comprendre cette vérité, disons avant toutes choses ce que c’est que la confusion , et pourquoi elle est duc aux pécheurs. La confusion , chrétiens , est un jugement équitable rendu
* I». lu, s, a, 7.
* Srrm. Ill , n* S, L V, Col. 103.
* txrch mu. 31
1)E LA PENITENCE
par la conscience , par L*<|u :■! le pécheur ayant violé ce qu'il y a de plus saint, méprisé ce qu'il y a de meilleur, trahi ce qu’il y a de mieux faisant , est jugé indigne de paraître. Quel est le motif de cet arrêt ? c'est que le pécheur s’étant élevé contre la vérité même, contre la justice même, contre l'être même qui est Dieu ; dans son empire , à la face de ses lois, et parmi ses bienfaits : il mérite de n’êtrc plus , et à plus forte raison de ne plus paraître. C’est pourquoi sa propre raison lui dénonce qu'il devrait se cacher éternellement, confondu par ses ingratitudes , et afin de lui ôter cette liberté de paraître , elle va imprimer au dehors dansla partie la plus visible, laplus éminente, la plus exposée, sur le visage, sur le front même: non point à la vérité par un fer brûlant , mais par le sentiment de son crime comme par une espèce de fer brûlant, une routeur qui le déshonore et qui le flétrit; elle va, dis-je, imprimer je ne sais quoi de déconcerté , qui le défait aux yeux des hommes et il ses propres yeux : marque certaine d’un esprit troublé, d'un courage tremblant, d'un cœur inquiet, d'une conscience convaincue.
Le pécheur superbe et indocile ne peut souffrir cet état de honte , et il s'efforce d'en sortir. Pour cela, ou bien il cache son crime, ou II excuse son crime , on il soutient hardiment son crime : il le cache comme un hypocrite; il l'excuse comme un orgueilleux; il le soutient comme un effronté. C’est ainsi qu'il sort de son état, et qu'il usurpe Impudemment a la face du ciel et de la terre les privilèges xle l'innocence : c'est ainsi qu'il titche d’éviter la honte; le premier par l'obscurité de son action , le second par les nrtiliccsde ses vains prétextes , le dernier par son impudence. Ainsi au jugement dernier sera rendue aux pécheurs, à la face de tout l'univers, l'étemelle confusion qu’ils ont si bien méritée : là tous ceux qui se sont cachés seront découverts; là tous ceux qui se seront excusés serontconvaincus ; làtous ceux qui étaient si fiers cl si insolents dans leurs crimes serontabattus et atterrés.
Voici l'oracle de la Justice qui lut crie : Rentre en toi-même, pécheur, rentre en ton état de honte ; tu veux cacher ton péché , et Dieu t’ordonne de le confesser : tu veux excuserton péché ; et bien loin d’écouter ces vaincs excuses, Dieu t’ordonne d’en exposer toutes les circonstances aggravantes : tu oses soutenir ton péché, et Dieu t'ordonne de te soumettre à toutes les humiliations qu’il a méritées : * Confonds-toi , confonds-toi, - dit le Seigneur, et porte ton Ignominie : » Ergo et tu confunderc, et porta ignominiam tuam'.
Ne vous plalt-il pas, chrétiens, que nous mettions dans un plus grand jour ccs importantes
■ Cnrt. 1VI,U.
vérités? Ce pécheur, cette pécheresse, pour éviterdc se cacher, tâche plutôt de cocher son crime sous le voile de la vertu, scs trahisons et ses perfidies sous le titre de la bonne foi , scs prostitutions et scs adultères sous l’apparence de la modestie. Il faut qu’il vienne rougir non-seulement de son crime caché , mais de son honnêteté apparente; il faut qu'il vienne rougir de ce qu'ayant assez reconnu le mérite de la vertu pour la vouloir faire servir de prétexte, Il ne l’a pas assez honorée pour la faire servir de règle : il faut qu'il vienne rougir d'avoir été si timide que de ne pouvoir soutenir les yeux des hommes , et toutefois si hardi et si insenséquedene craindre pas la vue de Dieu : Ergo et tu cnnfundere, et porta ignominiam tuam : - Confonds-toi donc, Ô pécheur,
■ et porte ton Ignominie. »
Mais ce pécheur qui cache aux autres scs désordres, voudrait se les pouvoir cacher a luimême ; Il cherche toujours quelque appui fragile, sur lequel il puisse rejeter ses crimes : il en accuse les étoiles, dit saint Augustin' : Ah I je n'ai pu vaincre mon tempérament : 1 1 en accuse la fortune, c'est-à-dire, une rencontre Imprévue : il en accuse le démon : J'ai été tenté I rop v lolcmment: il faitquelquechosc de plus , il demande qu'on lui enseigne les voies détournées , où il puisse se sauver avec ses vices, et se convertir sans changer son cœur : • Il dit, remarque Isaïe, à ceux qui
■ regardent : Ne regardez pas ; et à ceux qui sont
• préposés pour voir : Ne voyez pas pour nous ce
* qui est droit; dites-nous des choses qui nous
■ plaisent, trompez-nous par des erreurs agréa, - blés : » Qui dicunt videntibus : Nolite videre; et aspicicntibus : Nolite aspicere nobis ea guæ recta sunt; loguimini nabis place ntia, videte nobit e rrn res 1 . « Otez-mol cette vole, elle est « tropdroite ; ôtez-moi ec sentier, il est trop étroit : > Auferte a me riam, declinale a me semitum Ainsi , par une étrange illusion ; au lieu que la conversion véritable est que le méchant devienne bon , et que le pécheur devienne juste, il Imagine
i une nutre espèce de conversion, où le mal se ! change en bien , où le crime devienne honnête, ou « la rapine devienne Justice; et si la conscience ose murmurer contre ses vaines raisons, Il la bride, il la tient captive, il lui impose silence. Ergo cl tu confundere : - Viens te confondre ,ô pécheur : » viens, viens nu tribunal de la pénitence, pour y porter ton ignominie, non-seulement celle que mérite l'horreur de tes erimes , mais celle qu'y doit ajouter la hardiesse insensée de tes excuses. Car est-il rien de plus honteux que de manquer
1 In Pi. cxl, t. IV . col IM7, Isa».
’ /». xx», ni.