IS.1U.II
SDK L'INTEGRITE
de fidélité à son Créateur, & son Roi, à son Rédempteur-, et, pour comble d’impudence, oser encore excuser de si grands excès et une si noire Ingratitude?
[C’est cependant ce que les pécheurs ne cessent de pratiquer au milieu de leurs désordres : s'ils se sentent pressés par les remords de leur conscience, ils se retirent comme] Adam dans le plus épais de la forêt; s'ils ne peuvent se cacher non plus que lui, [iis tâchent] de s'excuser à son exemple : [ils rejettent leurs fautes sur Ève, sur la fragilité , la complaisance , la compagnie , la tyrannie de l’habitude, la violence de la passion. Ainsi, on n’a pas besoin de se tourmenter à chercher bien loin des excuses ; le péché s’en sert à luimême, et prétend se justifier par son propre excès. Quelquefois convaincus en leur conscience de l'injustice de leurs actions , ils veulent seulàment amuser le monde; puis se taissaut emporter euxmêmes à leurs belles inventions , ils se les impriment en les débitant , et adorent le vain fantôme qu’ils ont supposé en la place de la vérité : • tant . l’homme se joue soi-même et su propre con-
• science : • Adeo noslram quoque conscicnlium ludimtu
Dieu est lumière; Dieu est vérité; Dieu est justice. Sous l'empire de Dieu ce ne sera jamais par de faux prétextes, mais par une humble reconnaissance de ses péchés qu’on évitera la honte éternelle qui en est le Juste salaire. Un rayon très-clair de lumière et de vérité sortira du trône , dans lequel les pécheurs verront qu’il n’y a point d’excuse valable qui puisse colorer leur rébellion ; mais au contraire que le comble du crime c'est l'audace de l’excuser et la présomption de le défendre : Discooperui Etau, rtvelavi abscondita ejus, et celari non poterit 1 : . J'ai dépouillé le « pécheur, j'ai dissipé les fausses couleurs, par les-
• quelles il avait voulu pallier ses crimes , j’ai
• manifesté ses mauvais desseins si subtilement « déguisés, et il ne peut plus se couvrir par aucun
• prétexte : » Dieu ne lui laisse plus que son péché et sa honte.
II veut que la censure soit exercée, et que les pécheurs soient repris ; . parce que, dit saint Au-
■ gustin 5, s'il y a quelque espérance de salut - pour eux, c'est par lé que doit commencer leur
• guérison; et s'ils sont endurcis et incorrigi-
■ blés , c’est par là que doit commencer leur sup-
• plice. »
Cherchez donc des amis , et non des flatteurs ; des juges , et non des complices ; des médecins , et non des empoisonneurs : ne cherchez ni complai-
' Tfrfull. ad Nat. lib. I , n* 10.
* Jerrm. XL41 , 10.
J De Corrept. et Crat. cap. inr, n* «&, f, I, col. 774.
sauce, ni adoucissement, ni condescendance ; venez, venez rougir, tandis que la honte est salutaire ; venez vous voir tels que vous êtes ; afin que vous ayez horreur de vous-mêmes , et que , confondus par les reproches, vous vous rendiez enfin dignes de louanges.
Et toi , pauvre conscience captive , dont on a depuis si longtemps étouffé la voix, parle, parle devant ton Dieu ; parle , il est temps , ou jamais, de rompre ce silence violent que l’on t'impose. Tu n'es point dans les bals, dans les assemblées, dans les divertissements, dans lesjeux du monde : tu es dans le tribunal de la pénitence ; c'est Jésus-Christ lui-même qui te rend la liberté et la voix , fl t’est permis de parler devant ses autels. Raconte à cette impudique toutes ses dissolutions ; à ce traître toutes ses paroles infidèles , ses promesses violées ; à ce voleur public toutes ses rapines; à cet hypocrite, qui trompe le monde, les détours de son ambition cachée; à ce vieux pécheur endurci , qui avale l'iniquité comme l'eau, la longue suite de ses erimes ; fais rougir ce front d'airain, montre-lui tout & coup d'une même vue les commandements, les rébellions, les avertissements, les mépris, les grâces, les méconnaissances, les outrages redoublés parmi lesbienfaits, l’aveuglement accru par les lumières ; enfin toute la beauté de la vertu, toute l’équité du précepte, avec toute l'infamie de ses transgressions, de ses infidélités, desescrimes. Tel doit être l'état du pécheur quand il confesse ses péchés. Qu'il cherche à se confondre lui-même : s'il rencontre un confesseur dont les paroles efficaces le poussent en l'abîme de son néant, qu’il s'y enfonce jusqu’au centre; il est bien juste : s'il lui parte avec tendresse , qu’il songe que ce n'est que sa dureté qui lui attire cette indulgence; et qu’il se confonde davantage encore, de trouver un si grand excès de miséricorde dans un si grand excès d’ingratitude. Pécheurs , voilà l'état où vous veut Jésus; humiliés, confondus, et par les bontés et par les rigueurs , et par les grâces et par les vengeances , et par l'espérance et par la crainte.
Mais ceux qui doivent entrer plus profondément dans cet état de confusion , ce sont , messieurs, ces pécheurs superbes qui, non contents d'excuser, osent encore soutenir leurs crimes. « Nous les voyons tous les jours qui les prêchent, « dit l'Écriture , et s’en glorifient comme So- ■ dôme : • Peccatum suum sicut Sodoma.pradicaverunt ' . Ils ne trouveraient pas assez d'agrément dans leur intempérance, s'ils ne s’en vantaient publiquement; ■ s’ils ne la faisaient «Jouir, dit Tertullien, de toute la lumière du « jour, et de tout le témoignage du ciel ; • At
1 II. IU, s.
DK LA. PÉNITENCE.
enim delicta vêtira, et luce omni, et nocte Omni, et iota cotli contcienlia fruuntur Les voyez- vous, ces superbes qui se plaisent à faire les graigls par leur licence ; qui s'imaginent s'élever bien haut au-dessus des choses humaines par le mépris de toutes les lois ; à qui In pudeur même semble Indigne d’eux , parce que c'est une espèce de crainte : si bien qu'ils ne méprisent pas seulement, mais qu'ils font une insulte publique S toute l'Église, A tout l'Évangile, h toute la conscience des hommes? Eryo et tu confundere : c'est toi , pécheur audacieux, c'est toi principalement qui dois te confondre. Car considérez, chrétiens, s’il y a quelque chose de plus Indigne que de voir usurper au vice cette noble confiance de la vertu. Mais je m'explique trop faiblement : la vertu dans son innocence n'a qu'une assurance modeste; ceux-ci dans leurs crimes vont jusqu’à l’audace, et contraignent même la vertu de trembler sous l’autorité que le vice se donne par son insolence.
Chrétiens, que leur dirons-nous? les paroles sont peu efficaces pour confondre une telle arrogance. Qu'ilscontemplent leur Rédempteur, qu'ils jettent les yeux sur cet innocent, juste, et pur jusqu'à l'infini ; Il n'est chargé que de nos crimes. Écoutez toutefois comme il parle à Dieu : « Vous
■ voyez , dit-il , mes opprobres , vous voyez ma
■ confusion, vous voyezma honte:- Tuscisimproperium meum, et confusionem meam, et reverentiam meam ’. Ahl vous voyez les opprobres que je reçois du dehors ; vous voyez la confusion qui mepénètrejusqu'au fond de l'âme ; vous voyez la honte qui se répand jusque sur ma face. Tel est l'état du pécheur, et c’est ainsi qu'il est porté paruninnocent;etnous,pécheursvéri tables, nous osons marcher encore la tête levée ! que ce ne soit pas pour le moins dans le sacrement de pénitence, ni aux pieds de notre juge. Considérons Jésus-Christ en la présence du sien et devant le tribunal de Ponce Pilate : il écoute sesaccusàtions, et il se condamne lui-même par son silence ; il se tait par constance , je le sais bien ; mais il se tait aussi par humilité; il se tait par modestie ; il se tait par honte.
Est-ce trop demander à des chrétiens que de les prier au nom de Dieu de vouloir comparaître devant Jésus-Christ , comme Jésus-Christ a comparu devant le tribunal de Pilate? L'innocent ne s'est pas défendu; et nous, criminels, nous défendrons-nous? il a été patient et humble dans un jugement de rigueur : garderons-nons notre orgueil dans un jugement de miséricorde, où nous ne confessons que besoin? Ah! Il a volontiers ac-
' Ad Art fin*, llb. I, n" 16.