‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 209 sur 282 · SUR LA COMPASSION DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

SUR LA COMPASSION DE LA SAINTE VIERGE

CottsUiK* admirable de tous sur m croix : ses dernière* disjKKUli»n» : mystère qu'elles contiennent. Combien l'amitte réciproque du Fils eide la Mère sont inconcevables. Excellence et avantages de I'udIod trés-parfailc de Marie avec le Père éternel ; pouvoir de cette Mère sur le ctrur de son Fils. Marie, mère commune de tous les fidèles : comment elle les a enfantés : quelle la mesure de son amour pour eux. En quoi consiste la véritable dévotion à la sainte Ylrrge ; qui sont Ira dévots superstitieux , et ceux que Marie reconnaît pour m

enfants.

Dicit Jésus Matri suœ : Millier, eccc Filins tuus. Deinde dicit disdpulo : Ecce mater tua.

Jésus dit à sa Mère : Femme , voilà voire Fils. Après il dit à son disciple : Voilà voire mère. Joon. xix, 26.

Si jamais l’amour est Ingénieux, si jamais il produit de grands et de uobles effets , il faut avouer que c’est particulièrement à l’extrémité de la vie qu’il fait paraître ses pins belles Inventions et ses plus généreux transports. Comme l'amitié semble ne vivre que dans la compagnie de l’objet aimé ; quand elle se voit menacée d’une séparation éternelle, autant qu'une loi fatale l'élolgnc de sa présence , autant elle tâche de durer dans le souvenir. Cest pourquoi les amis mêlent ordinairement des actions et des paroles si remarquables parmi les douleurs et les larmes du dernier adieu , que lorsque l'histoire en peut découvrir quelque chose , elle a accoutumé d’en faire ses observations les plus curieuses.

L'histoire sainte , chrétiens , ne les oublie pas , et vous en voyez une belle preuve dans le texte que j’ai allégué. Saint Jean, le bien-aimé du Sauveur, que nous pouvons appeler l’Évangéliste d'amour, a été soigneux de nous recueillir les dernières paroles dont il a plu à son cher maître d'honorer en mourant , et sa sainte Mère et sou bon ami; c'est-à-dire, les deux personnes du mondequ’il aimait le plus. O Dieu ! que ces paroles sont dignes d’être méditées , et qu'elles peuvent servir de matière à de belles réflexions I Car, je vous demande , y a-t-ll chose plus agréable que de voir le sauveur Jésus être libéral , même dans son extrême indigence ? Hélas ! Il a dit plusieurs fois que son bien n’était pas sur la terre; U n’y a pas eu seulement de quoi reposer sa tête : et pendant qu’il est A la croix, je vols l'avare soldat qui partage ses vêtements, et joue à trois dés sa tunique mystérieuse ; tellement qu’il semble que la rage de ses bourreaux ne lui laisse pas la moindre chose dont il puisse disposer en faveur des siens. Et cependant , chrétiens , ne croyez

SLR LA COMPASSION

tel

pas qu'il sorte de ec momie sans leur laisser quelque précieux gage de son amitié.

L’antiquité a fort remarqué ' l’action d'un certain philosophe * qui , ne laissant pas en mourant de quoi entretenir sa famille , s’avisa de léguer à ses amis sa mère et ses enfants par son testament. Ce que la nécessité suggéra à ce philosophe, l’amour le fait faire à mon Maître d'une manière bien plus admirai»1,. Il ne donne pas seulement sa Mère à son ami, il donne encore son ami à sa sainte Mcrc, il leur donne à tous deux; et II les donne tous deux ; et l’un et l'autre leur est également profitable ; Ecce filins tuus, ecce mater tua. O bienheureuse Marie, ces paroles ayant été prononcées et par votre Fils et par notre Maître, nous ne doutons pas qu'il ne les ait dites et pour vous consoler et pour nous instruire. Nous en espérons l'intelligence par vos prières; et alin que vous nous fessier entendre les paroles par lesquelles vous êtes devenue mère de saint Jean, nous vous allons adresser une autre parole qui vous a rendue mère du Sauveur : toutes deux vous ont été portées de la part de Dieu ; mais vous reçûtes l’une de la propre bouche de son Fils unique, et l’autre vous fut adressée par le ministère d’un ange qui vous salua en ces termes : Ave, gratid plena.

Parmi tant d’objets admirables que la croix du sauveur Jésus présente à nos yeux, ce que nous fait remarquer saint Jean Chrvsostûme, traitant l’évangile que nous avons lu ce matin , est digne, ù mon avis, d’une considération trèsparticulière. Ce grand personnage, contemplant le Fils de Dieu prêt à rendre i’ême , ne se lasse point d'admirer comme il se possède dans son agonie , et comme il parait absolument maître de ses actions. La veille de sa mort , dit ce saint évéque 3, il sue, il tremble, il frémit, tant l'image de son supplice lui parait terrible; et dans le fort des douleurs, vous diriez que ce soit un autre homme , a qui les tourments ne font plus rien. Il s'entretient avec ce bienheureux larron, d’un sens rassis et sans s’émouvoir : il considère et reconnaît distinctement ceux des siens qui sont nu pied de sa croix , il leur parle , il les console ; enfin ayant remarqué que tout ce qu’il avait à faire était acc .impli, qu’il avait exécuté de point en point la volonté de son Père , il lui rend son âme avec une action si paisible, si libre, si préméditée , qu’il est aisé à juger que « personne ne • la lui ravit, mais qu'il la donne lui-méme de - son plein gré, • ainsi qu'il l’assure : Nemo tollit eum à me, sedegoponoeam à meipso *. Qu’est-

* Lueian Dialog. Toxar.se m dmicit.

* F.uthmiiHas «le Corinthe.

» lu Nom. txtxr, t. fin, n* Bor,, anc.

4 JfMM. x , IK.

ce à dire ceci ? demande saint Jean-ChrysostAmc . comment est-ce que l’appréhension du mal l'afflige si fort, puisqu'il semble que le mal même ne le touche pas? est-ee point que l’économie de notre salut devait être tout ensemble un ou\ rage I de force et d’infirmité? Il voulait montrer par sa crainte qu’il était comme nous sensible aux douleurs, et faire voir par sa constance qu’il savait bien maîtriser ses inclinations , et les faire céder à la volonté de son Père. Telle est la raison que nous pouvons tirer de saint Jean-Chrysostûme; et je vous avoue , chrétiens , que je n’aurais pas la hardiesse d'y ajouter mes pensées, si le sujet que je traite ne m'y obligeait.

Je considère donc le Sauveur pendu à la croix , non-seulement comme une victime innocente qui se dévoue volontairement pour notre salut , mais encore comme un père de famille qui , sentant approcher son heure dernière, dispose de ses biens par son testament ; et , sur une vérité si connue , je fonde cette réflexion que je fais. Ln homme est malade en son lit; on le vient avertir de donner ordre à ses affaires au plus têt, parce que sa santé est desespérée par les médecins : en même temps, si abattu qu'il soit par la violence du mal , il faut un dernier effort pour ramasser ses esprits, afin de déclarer sa dernière volonté d'uu jugement sain et entier. Il me semble que mon Sauveur a fait quelque chose de semblable sur le lit sanglant de la croix. Ce n'est pas que je veuille dira que la douleur ou l'appréhension de la mort aient jamais pu troubler tellement son esprit, qu’elles lui empêchassent aucune de scs fonctions : plutôt ma langue demeure à jamais immobile, que de prononcer une parole si téméraire! Mais comme il voulait témoigner à tout le monde qu’il ne faisait rien en cette rencontre qui no partit d'une mûre délibération , il jugea à propos de se comporter de telle sorte qu'on ne pût pas remarquer la moindre émotion en sou âme ; afin que son testament ne fût sujet a aucun reproche. Cest pourquoi il s’adresse à sa Mère et à son disciple avec une contenance si assurée, parce que ce qu’il avait à leur dire devait faire une des principales clauses de son testament : et en voici le secret.

Le fils de Dieu n'avait rien qui fût plus à lui que sa Mère ni que ses disciples , puisqu'il se les achetait au prix de son sang : c’est une chose trèsassurée, et il en peut disposer comme d’un héritage très-bien acquis. Or, dans cette dernière disgrâce , tous ses autres disciples l’ont abandonné ; il n’y a que Jean son birn-aimé qui lui reste : tellement que je le considère aujourd’hui comme un homme qui représente tous les fidèles, et partant noos devons être disposés à nous appliquer tout ce qui regardera sa personne. Je vois, 6 mon Sau-

DF. LA SAINTE VIERGE

.si

voir ! que von* lai donne* voire Mère, cl « In- « continent il en prend possession comme de son « bien : ■ lit ex illd hord aterpit cam discipulus in tua Entendons ceci , chrétiens. Sans doute nons avons bonne part dans ce legs pieux : c’est 6 nous que le Fils de Dieu donne la bienheureuse Marie , en même temps qu’il la donne à son cher disciple. Voilà ce mystérieux article du testament de mon Maître, que j'ai Jugé nécessaire de vous réciter, pour en faire ensuite le sujet de notre entretien.

N’attendez pas , à fidèles , que j’examine en détail toutes les conditions d'un testament, afin d'en faire un rapport exact aux paroles de mon évangile : ne vaut-il pas bien mieux que, laissant à part celle subtilité de comparaisons , nous employions tous nos soinsà considérerattentivcment le bien qu’on nous fait; Jésus regarde sa mère, dit l’auteur sacré ' : ses mains étant clouées , il ne peut la montrer du doigt , il la désigne des yeux ; et par toutes ses actious il se met en état de nous la donner. Celle qu’il nous donne, c’est sa propre mère; par conséquent sa protection est puissante, et elle a beaucoup decrédit pour nous assister. Mais il nous In donne afin qu’elle soit notre mère ; par conséquent sa tendresse pour nous est extrême, et elle a une grande inclination de nous bien faire : ee sont les deux points qui composeront ee discours. Afin que nous puissions espérer quelque assistance d'une personne près de la majesté divine , il est nécessaire et que sa grandeur l’approche de Dieu , et que sa bonté l’approche de nous. Marie étant mère de notre Sauveur, sa qualité l’élève bien haut auprès du Père éternel : Marie étant notre mère, son affection la rabaisse jusqu'à compatir à notre faiblesse : en un mot, elle peut nous soulager, à cause qu elle est mère de Dieu ; elle veut nous soulager, à cause qu'elle est notre mèfe. C’est dans la déduction de ces deux raisonnements que je prétends établir une dévotion raisonnable a la sainte Vierge , sur une doctrine solide et évangélique ; et je demande , fidèles , que vous vous y rendiez attentifs.

PBEM1KR POINT.

L’une des plus belles qualités que la sainte Écriture donne au Fils de Dieu, c’est celle de médiateur entre Dieu et les hommes : c’est celui qui réconcilie toutes choses eu sa personne , il est le nœud des affections du ciel et de la terre; et la Sainte alliance qu’il a contractée avec nous, nous rendant son Père propice , nous donne un accès favorable au trône de sa miséricorde. C’est sur

1 Joam. XIX, Î7.

‘ IM. it

cette vérité qu’est appuyée toute l'espérance les enfants de Dieu. Cela étant ainsi, voici comme je raisonne. L’union que nous avons avec le Sauveur, nous fait approcher de la majesté divine avec confiance : or , quand il a choisi Marie pour sa mère, il a fait, pour ainsi dire, avec elle un traité tout particulier; il a contracté une alliance très-étroite , dont les hommes ni les anges ne peuvent concevoir l’excellence ; et par conséquent l’union qu'elle n ave.- Dieu , le crédit et la faveur qu’elle a auprès du Père , n’est pus une chose que nous puissions jamais concevoir. Je n'ai point d’autre raisonnement à vous proposer dans celte première partie : mais afin que nous en puissions pénétrer le fond , je tâcherai de déduire par ordre quelques vérités , qui nous feront reconnaître la sainte société qui est entre Jésus et Marie ; d'ou nous conclurons qu’il n’y a rien dans l’ordre des créatures qui soit plus uni à la majesté divine, que la sainte Vierge.

Je dis donc , avant toutes choses , qu'il n'y eut jamais mère qui chérit son fils avec une telle tendresse que faisait Marie; je dis qu’il n'y eut jamais fils qui chérit sa mère avec une affection si puissante qu« faisait Jésus : j'en tire la preuve des choses les plus connues. Interrogez une mère d’où vient que souvent en la présence de son fils elle fait paraître une émotion si visible : elle vous répondra que le sang ne sc peut démentir ; que son fils c'est su chair et son sang, que c'est là ce qui émeut ses entrailles et cause ses tendres mouvements à son cœur; l’apôtre même ayant dit que « personne ne peut haïr sa chair : ■ Ncmo enim unquum carnem suam odio habuit '. Que si cc que je viens de dire est véritable des autres mères, il l’est encore beaucoup plus de la sainte Vierge ; parce qu'ayant conçu de la vertu du Très-Haut, elle seule a fourni toute la matière dont la sainte chair du Sauveur a été formée : et de là je tire une autre considération.

Ne vous semble-t-il pas, chrétiens, que la nature a distribué avec quelque sorte d'égalüé l'amour des enfants entre le père et la mère? c'est pourquoi elle donne ordinairement au père une affection plus forte, et imprime dans le cœur de la mère je ne sais quelle inclination plus sensible. Et ne scrait-ce point peut-être pour cette raison que quand l'un des deux a été enlevé par la mort , l’autre se sent obligé, par un sentiment naturel , a redoubler ses affections et ses soins? cela, cerne semble , est daus l'usage commun de la vie humaine. Si bien que la tres-pure Marie n'ayant à partager avec aucun homme cc tendre et violent amour qu'elle avait pour son fils Jésus, vous ue sauriez assez vous imaginer jusque* à quel point

1 Rphes. V, SP.

SUR LA COMPASSION

elle en élait transportée , et combien elle y ressentait de douceurs. Ceci toutefois n'est encore ((u'un commencement de ce que j'ai À vous dire.

Certes H est véritable que l'amour des enfants est si naturel , qu'il faut avoir dépouillé tout sentiment d’humanité pour ne l’avoir pas. Vous m’avouerez néanmoins qu'il s’y mêle quelquefois certaines circonstances qui portent l'affection des parents à l’extrémité. Par exemple, notre père Abraham n'avait jamais cru avoir des enfants de Sara ; elle était stérile ; ils étaient tous deux dans un âge décrépit et caduc : Dieu ne laisse pas de tes visiter , et leur donne uu fils. Sans doute cette rencontre fit qu’ Abraham le tenait plus cher sans comparaison : 11 le considérait , non tout comme son fils , que comme le • Fils de la promesse • divine, Pivmisionis filius ', que sa foi lui avait obtenu du ciel lorsqu'il y pensait le moins. Aussi voyons-nous qu’on l'appelle Isaac, c’est-à-dire, Pis 1 ; parce que , venant en un temps où ses parents ne l'espéraieut plus, il devait être apres cela toutes leurs délices. Et qui ne sait que Joseph et Benjamin étaient les bien-oimés et toute la joie de Jacob, à cause qu'il les avait eus dans son extrême vieillesse d’une femme que la main de Dieu avait rendue féconde sur le déclin de sa vie? Par où il parait que la manière dont on a les enfants , quand elle est surprenante ou miraculeuse, les rend de beaucoup plus aimables. Ici , chrétiens, quels discours assez ardents pourmient vous dépeindre les saintes affections de Marie? Toutes les fois qu’elle regardait ce cher Fils, O Dieu ! disait-elle , mon Fils , comment est-ce que vous êtes mon Fils? qui l’aurait jamais pu croire, que je dusse demeurer vierge, et avoir un Fils si aimable? quelle main vous a formé dans mes entraillesîcomment y êtes-vous entré, comment en êtes-vous sorti, sans laisser de façon ni d'autre aucun vestige de votre passage? Je vous laisse a considérer jusqu’à quel point elle s’estimait bienheureuse, et quels devaient être ses transports dans ces ravissantes pensées : cor vous remarquerez, s’il vous plait, qu’il n’y eut jamais vierge qui aimât sa virginité avec un sentiment si délicat. Vous verrez tout à l’heure où va cette réflexion.

Cest peu vous dire qu’elle était à l’épreuve de toutes les promesses des hommes : j'ose encore avancer qu’elle était à l’épreuve même des promesses de Dieu. Cela vous parait étrange sans doute; mais il n’y a qu’â regarder l'histoire de l’Évangile. Gabriel aborde Marie, et lui annonce qu’elle concevra dans ses entrailles le Fils du

1 Rom. II, II.

* Omet, ut, e.

Três-IIaut', le Roi et le restaurateur d'fsraé! : voila d'admirables promesses. Qui pourrait s'imaginer qu’une femme dut être troublée d'une si heureuse nouvelle, et quelle vierge n'oublierait pas le soin de sa pureté , dans une si belle espérance? Il n'en est pas ainsi de Marie; au contraire, elle y forme des difficultés. - Comment « se peut-il faire, dit-elle *, que je conçoive ce « Fils dont vous me parlez, moi qui ai résolu de « ne connaître aucun homme? « comme si elle eût dit : Ce m'est beaucoup d'honneur, â la vérité , d'être mère du Messie; mais si je la suis, que deviendra ma virginité? Apprenez, apprenez, chrétiens, à l'exemple de la sainte V ierge, l'estime que vous devez faire de la pureté. Hélas I que nous faisons ordinairement peu de cas d’un si beau trésor! le plus souvent parmi nous on l'abandonne au premier venu , et qui le demande, l’emporte. Et voici que l’on fait à Marie les plus magnifiques promesses qui puisscut jamais être faites à une créature; et c'est un ange qui les lui fait de la part de Dieu : remarquez toutes ces circonstances : elle craint toutefois, elle hésite, elle est prête a dire que la chose ne se peut faire, pareequ'il lui sembleque sa virginité est intéressée dans cette proposition : tant sa pureté lui est précieuse? Quand donc elle vit le miracle de son enfantement , 6 mon Sauveur ! quelles étaient scs joies, et quelles ses affections ! Ce fut alors qu’elle s’estima véritablement bénite entre toutes les femmes; parce qu'elle seule avait évité toutes les malédictions de son sexe : elle avait évité la malédiction des stériles par sa fécondité bienheureuse : elle avait évité la malédiction des mères, parce qu’elle avait enfante sans douleur, comme elle avait conçu sans corruption. Avec quel ravissement embrassait-elle son Fils, le plus aimable des fils; et en cela plus aimable , qu'elle le recoilnnissait pour son Fils, sans que son intégrité en fût offensée !

Les saints Pères ont assuré 5 qu’un cœur virginal est la matière la plus propre â être embrasée de l’amour de notre Sauveur : cela est certain , chrétiens , et ils l'ont tiré de saint Paul. Queldevnitdonc. être l’amour de la sainte Vierge? Elle savait bien que c’était particulièrement à cause de sa pureté , que Dieu l’avait destinée à son Fils unique : cela même , n’en doutez pas , cela même lui faisait aimer sa virginité beaucoup davantage; et d'autre part l’amour qu’elle avait pour sa sainte virginité, lui faisait trouver mille douceurs dans les embrassements de son Fils, qui la lui avait si soigneusement conservée. Elle

■ Luc. i, si, as.

• Ibid. H.

* S. Bernard. Sfrw. lin, in Canlic. Il* s. 1. 1, col 117V.

UE LA SAINTE VIERGE

considérait Jésus-Christ comme une fleur que son intégrité avait poussée ; et dans ce senti ment , elle lui donnait des baisers plus que d'une mère , parce que c’étaient des baisers d'une mère vierge. Voulez vous quelque chose de plus , pour comprendre l'excès de son saint amour? voici une dernière considération que je vous propose , tirée des mêmes principes.

L’antiquité nous rapporte’ qu'une reine des Amazones souhaita passionnément d'avoir un (Ils de la race d'Alexandre : mais laissons ces histoires profanes, et cherchons plutôt des exemples dans l’histoire sainte. Nous disions tout à l’heure que le patriarche Jacob préférait Joseph à tous ses autres enfants : outre la raison que nous en avons apportée , il y en a encore une autre qui le touchait fort ; c'est qu’il l’avait eu de llachel qui était sa bienaimée : cela le touchait au vif. Et saint Jean-Chrysos tôrae nous rapportant , dans le premier livre du Sacerdoce, les paroles caressantes et affectueuses dont sa mère l’entretenait , remarque ce discours entre beaucoup d'autres.

• Je ne pouvais, disait-elle , ô mon fils, me las-

• ser de vous regarder ; parce qu'il me semblait - voir sur votre visage une Image vivante de feu

• mon mari ’. ■ Que veux-je dire par tous ces exemples? Je prétends faire voir qu’une des choses qui augmente autant l'affection envers les enfants, c'est quand on considère la personne dont on les a eus; et cela est bien naturel. Demandez maintenant à Marie de qui elle a eu ce cher Fils : vient-il d'une race mortelle? a-t-il pas fallu qu'elle fût couverte de la vertu du Très- Haut? est-ce pas le Saint-Esprit qui l'a remplie d'un germe céleste parmi les délices de ses chastes embrassements, et qui, se coulant sur son corps très-pur d'une manière ineffable, y a formé celui qui devait être la consolation d'Israël et l'attente des nations ? C'est pourquoi l’admirable saint Grégoire dépeint en ces termes la conception du Sauveur. Lorsque le doigt de Dieu composait la chair de son Fils du sang le plus pur de Marie, « la con- « cupiscence , dit-ll , n’osant approcher, regardait

• de loin avec étonnement un spectacle si nouveau,

• et la nature s’arrêta toute surprise de voir son ■ Seigneur et son Maitre, dont la seule vertu

• agissait sur cette chair virginale : - Stetit nature, contra , et conctspiscetùia longé, cum stu- ]>orc Dominum nalurœ intûentcs in corpore mirabititer operantem J.

Et n'est-ce pas ce que la Vierge elle-même chante avec une telle allégresse dans ces paroles

* Quint, fur, liv. vi.

* 0*? Stwerd lih. i , n* s , 1. 1 , p. 361.

> ira. U, m iMW. B. r. M. inter Op. S. Crra. Thaum.

tdtt. 1621 , p, jo .

4Gi

de son cantique : Fecit mihi magna gui po/rns est • : « Le Tout-Puissant m'a fait de grandes choses? .Et que vousa-t-il fait, ô Marie ?eertcsclle ne peut nous ledire ; seulementelles'écrie toute transportée , qu’il lui a fait de grandes choses : Fr.ci mihi magna gui potens est. Cest qu'elle se sentait enceinte du Saint-Esprit : elle voyait qu’elle avait un Fils qui était d’une race divine ; elle ne savait comment faire ni pour célébrer la munificence divine, ni pour témoigner assez son ravissement d’avoir conçu un Fils qui n'eût point d'autre père que Dieu. Que si elle ne peut ellemême nous exprimer scs transports , qui suis-je, chrétiens, pour vous décrire ici la tendresse extrême et l’impétuosité de son amour maternel , qui était enflammé par des considérations si pressantes? Que les autres mères mettent si haut qu'il leur plaira cette inclination si naturelle qu'elles ressentent pour leurs enfants ; Je crois que tout ce qu’elles en disent est très- véritable, et nous en voyons des effets qui passent de bien loin tout ce que l'on pourrait s’en imaginer : mais je soutiens, et je vous prie de considérer cette vérité, que l’affection d'une bonne mère n'a pas tant davantage par-dessus les amitiés ordinaires, que l'amour de Marie surpasse celui de toutes les autres mères. Pour quelle raison? c’est parce qu'étant mère ! d'une façon toute miraculeuse, et avec des circonstances tout A fait extraordinaires, son amour doit être d'un rang tout particulier. Et nomme l’on dit, et Je pense qu'il est véritable , qu'il faudrait avoir le cœur d’une mère pour bleu concevoir quelle est l'affection d’une mère; je dis tout de même qu’il faudrait avoir le cœur de la sainte Vierge pour bien concevoir l’amour de la sainte Vierge.

Et que dirai-je maintenant de celui de notre Sauveur? Certes, Je l'avoue, chrétiens, je me trouve bien plus empêché à dépeindre l'affection du Fils , que je ne l’ai été à vous représenter celle de la. mère : car je suis certain qu'autant que Notre-Selgneur surpasse la sainte Vierge en toute autre chose, d'autant est-il meilleur Fils qu'elle n'était bonne mère. Il n'y a rien qui me touche plus dans l’histoire de l’Évangile, que de voir jusqu'à quel excès le sauveur Jésus a aimé la nature humaine : Il n’a rien dédaigné de tout ce qui était de l'homme : il a tout pris , excepté le péché ; tout jusqu’aux moindres choses ; tout jusqu’aux plus grandes infirmités. Que j’aille au jardin des Olives, je le vois dans la crainte, dans In tristesse , dans une telle consternation , qu'il sue sang et eau , dans la seule considération de son supplice. Je n'ai jamais oui dire que cet accident fût arrivé à autre personne qu’à lui : ce qui mV * Zwrl, 40.

SUR LA COMPASSION

sr.fi

blige de croire que jamais bommo n'a eu les pas- , sions ni si délicates ni si fortes que mon Sauveur. ; Quoi donc ! 6 mon Maître , vous vous êtes revêtu si franchement de ces sentiments de faiblesse , qui semblaient même être indignes de votre personne : vous les avez pris si purs , si entiers , si sincères : que sera-ce après cela de l’amour envers les parents ; étant certain qu'il n’y a rien dans In nature de plus naturel , de plus équitable, de plus nécessaire; vu particulièrement qu’elle est votre mère, non par un événement fortuit, mais que l’on vous l’a prédestinée des l’éternité , préparée et sanctifiée dans le temps, promise par tant d’oracles divias , que vous-même , vous l’avez choisie comme celle qui vous plaisait le plus parmi toutes les créatures.

Et 4 ce propos , j’ose assurer une chose , qui n’est pas moins véritable qu’elle vous paraîtra peut-être d’abord extraordinaire. Jesaisbien que toute la gloire de la sainte Vierge vient de ce qu’elle est mère du Sauveur; et je dis de plus qu’il y a beaucoup de gloire nu Sauveur d'être IcFilsdelaVicrge. N’appréhendez pas, chrétiens, que Je veuille déroger à la grandeur de mon Maître par cette proposition. Mais quand je vois les saints Pères, parlant de Noire-Seigneur, prendre plaisir à l'appeler par honneur le Fils d'une Vierge , je ne puis plus douter qu’ils n'aient estimé que ce titre lui plaisait fort , et qu’il lui était extrêmement honorable. Sur quoi j’apprends une chose de saint Augustin qui donne, à mon avis, un grand poids à cette pensée. La concupiscence, dit-il , qui se mêle , comme vous savez , dans les générations communes, corrompt tellement la matière qui se ramasse pour former nos corps, que la chair qui en est composée en contracte nue corruption nécessaire. Je ne m'étends point a éclaircir cette vérité : je me contente de dire que vous la trouverez dans mille beaux endroits de saint Augustin. Que si ce commerce ordinaire, ayant quelque chose d’impur, fait passer en nos corps un mélange d’impureté; Je puisassurêr au contraire que le fruit d’une chair virginale tirera d’une racine si pure une pureté sans égale. Cette conséquence est certaine, et suit évidemment des principes de saint Augustin. Et comme le corps du Sauveur devait être plus pur que les rayons du soleil ; de là vient, dit ce grand évêque , » qu'il s’est choisi dès l'éternité une mère vierge : *

/ilro virtjincm wnlrcm pin fuie sanction

t/cnncn in sc Jtcri promermtem... de qud créa rrtur dcgit *. Car il était bienséant que la sainte

* //* Pece. merit. lih. n , n" 60, I. X , col. 70. Cont. Julian. lth. v, n* 17; ihid. ml. 6.T7.

1 /le Perçut uurit. et rtiuiu. lilj. il , cap. un , n" », 1. X, roi. Ci.

chair du Sauveur fût, pour ainsi dire, embellie de toute la pureté d’un sang virginal, afin quelle fut digne d'être unie au Verbe divin , et d'être présentée au Père éternel , comme une victime vivante pour l'expiation de nos fautes : tellement que la pureté qui est dans la chair de Jésus , est dérivée en partie de cette pureté angélique que le Suint-Esprit coula dans le corps de la Vierge, lorsque, charmé de son intégrité Inviolable, il la sanctifia par sa présence, et la consacra comme un temple vivant au Fils du Dieu vivant

Faites maintenant avec moi cette réflexion, chrétiens. Mon Sauveur, c’est l’amant et le chaste époux des vierges : il se glorifie d’être appelé le Fils d'une vierge ; Il veut absolument qu'on lui amène les vierges , il les a toujours en sa compagnie, elles suivent cet Agneau sans tache partout où il va : que s’il aime si passionnément les vierges , dont il a purifié la chair par son sang ; quelle sera sa tendresse pour cette Vierge incomparable qu'il a élue dès l’éternité, pour en tirer la pureté de sa chair et de son sang? Concluons donc de tout ce discours , que l'amitié réciproque du Fils et de la Mère est inconcevable, et que nous pouvons bien avoir quelque idée grossière de cette liaison merveilleuse; mais do comprendre quelle est l'ardeur et quelle est la véhémence de ces torrents de flammes qui de Jésus vont déborder sur Marie, et de Marie retournent continuellement à Jésus; crovez-moi, les séraphins , tout brûlants qu’ils sont , ne le sauraient faire. Mais d'autantqucquelques-uns pourraient sc persuader que cette sainte société n’a point d'autres liens que la chair; il me sera aisé de vous faire voir, selon que je l’ai promis, et par les vérités que j’ai déjà établies, avec quels avantages la sninte Vierge est entrée dans l’alliance de Dieu par sa maternité glorieuse ; et de là je vous laisserai à conclure quel est mon crédit auprès du Père éternel.

Pour cela je vous prie de considérer que cet amour de la Vierge, dont je vous parlais tout à l'heure, ne s'arrêtait pas à la seule humanité de son Fils : non, certes; il allait plus avant ; et par l’humanité, comme par un moyen d’union, il passait à la nature divine, qui en est inséparable. Et pour vous expliquer ma pensée, j'ai à vous proposer une doctrine sur laquelle il est nécessaire d'aller pas à pas , de peur de tomber dans l’erreur; et plût à Dieu que je pusse la déduire aussi nettement comme elle me semble solide. Voici donc comme je raisonne : Une bonne mère aime tout ce qui touche In personne de son fils : je sais bien quelle va quelquefois plus avant , qu’elle porte son amitié jusqu’à ses amis , et généralement a toutes les choses qui lui apparlicu-

DE LA SAINTE VIERGE

nent; mai* particulièrement pour ce qui regarde la propre personne de son fils, vous savez qu'elle y est sensible au dernier point. Je vous demande maintenant : qu'était la divinité au Fils de Marie? comment touchait-elle à sa personnel lui était-elle étrangère? Je ne veux point ici vous faire des questions extraordinaires; j'interpelle seulement votre foi : qu'elle me réponde. Vous dites tous les jours en récitant le Symbole, que vous croyez en Jésus-Christ , Fils de Dieu ; qui «st né de la Vierge Marie : celui que vous reconnaissez pour le Fils de Dieu tout-puissant , et celui qui est né de la Vierge, sont-ce deux personnes? Sans doute ce n'est pas ainsi que vous l'entendez. C'est le mêmequi étant Dieu et homme, selon la nature divine est le Fils de Dieu , et selon l'humanité le Fils de Marie. C’est pourquoi nos saints Pères ont enseigné que la Vierge est mère de Dieu. C'est cette fol , chrétiens , qui a triomphé des blasphèmes de Ncstorius, et qui Jusqu’è la consommation des siècles fera trembler les démons. Si je dis après cela que la bienheureuse Marie aime sou Fils tout entier, quelqu'un de la compagnie pourm-t-il désavouer une vérité si plausible? Par conséquent ce Fils qu'elle chérissait tant, elle le chérissait comme un Homme-Dieu : et d'autant qne ce mystère n'a rien de semblable sur la terre , je suis contraint d'élever bien haut mon esprit , pour avoir recours è un grand exemple; je veux dire à l’exemple du Père éternel.

Depuis que l'humanité a été unie à la personne du Verbe , elle est devenue l’objet nécessaire des complaisances du Pcrc. Ces vérités sont hautes, je l'avoue ; mais comme ce sont des maximes fondamentales du christianisme, il est important qu elles soient entendues de tous les fidèles ; et je ne veux rien avancer, que je n'en allègue la preuve par les Écritures. Dites-moi, s’il vous plaît , chrétiens, quand cette voix miraculeuse éclata sur le Tbabor, de la part de Dieu , « Celul- « ci est mon Fils bien-almé , dans lequel je me - suis plu > ; > de qui pensez-vous que parlât le Père éternel ? n'était-ce pas de ce Dieu revêtu de chair, qui paraissait tout resplendissant aux yeux des apôtres? Cela étant ainsi , vous voyez bien , par une déclaration si authentique, qu’il étend son amour paternel jusqu'à l'humanité de son Fils; et qu'ayant uni si étroitement la nature humaine avec la divine, il ne les veut plus séparer dans son affection. Aussi est-ce là , si nous l’entendons bien, tout le fondement de notre espérance, quand nous considérons que Jésus, qui est homme tout ainsi que nous , est reconnu et aimé de Dieu comme son Fils propre.

' Vvtth. XTM, s.

Ne vous offensez pas , si je dis qu'il y a quelque chose de pareil dans l’affection de la sainte Vierge, et que son amourembrasse tout ensemble la divinité et l’humanité de son Fils , que la main puissante de Dieu a si bien unies : car Dieu , par un conseil admirable , ayant jugé A propos que la Vierge engendrât dans le temps celui qu'il engendre continuellement dans l'éternité , il l'a par ce moyen associé en quelque façon A sa génération éternelle. Fidèles, entendez ce mystère. C’est l'âssocier à sa génération , que de la faire mère d’un même Fils avec lui. Partant, puisqu'il l’a comme associée Asa génération étemelle , il était convenable qu'il coulât en même temps dans son sein quelque étincelle de cet amour inflni qu'il a pour son Fils : cela est bien digne de sa sagesse. Comme sa providence dispose toutes choses avec une justesse admirable, il fallait qu'il imprimât dans le cœur de la sainte Vierge une affection qui passât de bien loin la nature , et qui allât jusqu'au dernier degré de la grâce ; afin qu'elle eût pour sou Fils des sentiments dignes d'une mère de Dieu, et dignes d'un Homme-Dieu.

Après cela, A Marie, quand j'aurais l’esprit d’un ange, et de la plus sublime hiérarchie , mes conceptions seraient trop ravalées , pour comprendre l'union très parfaite du Père éternel avec vous. « Dieu a tant aimé le monde, dit notre Sau- « veur, qu’il lui a donné son Fis unique » Et en effet, comme remarque l'apôtre’ , nous donnant son Fils , ne nous a-t-il pas donné toute sorte de biens avec lui ? que s'il uous a fait paraître une affection si sincère, parce qu'il nous l'a doané comme maître et comme Sameur; l'amour Ineffable qu’il avait pour vous lui a fait concevoir bien d'autres desseins en votre faveur. Il a ordonne qu'il fût A vous en la même qualité qu’il lai appartient ; et pour établir avec vous une société éternelle , il a voulu que vous fussiez la mère de son Fils unique, et être le père du vôtre. O prodige! ô abîme de charité I quel esprit ne se perdrait pas dans la considération de ccscomplaisances incompréhensibles qu'il a eues pour vous , depuis que vous lui touchez do si près par ce commun Fils, le noeud inviolable de votre sainte alliance , le gage de vos affections mutuelles , que vous vous êtes donné amoureusement l'un a l'autre; lui, plein d’une divinité impassible; vous revêtue , pour lui obéir, d'une chair mortelle? Intercédez pour nous, 6 bienheureuse Marie; vous avez en vos mains, si je l’ose dire, la clef des bénédictions divines. C'est votre Fils qui est cette clef mystérieuse par laquelle sont ouverts les coffres du Père éternel : il ferme , et personne

1 JottM. II!, 16.

* Rom. vil!,

Stn LA COMPASSION

&bS

n'ouvre ; il ouvre , et personne no ferme : c’e*t son sang innocent qui fait inonder sur nous les trésors des gré ces célestes. Et à quelle autre donnerat-il plus de droit sur ce sang , qu'a celle dont il a tiré tout son sang? Sa chair est votre cliair, A Marie , son sang est Votre sang ; et il me semble que ce sang précieux prenait plaisir de ruisseler pour vous à gros bouillons sur la croix , sentant bien que vous étiez la source dont il découlait. Au reste , vous vivez avec lui dans une amitié si parfaite , qu’il est impossible que vous n’en soyez pas exaucée. C'est pourquoi votre dévot saint Bernard a fort bonne grâce , lorsqu'il vous prie de parler au coeur de Notre-Seigncur Jésus-Christ : Loquatur ad cor Domini nostri Jcsu Christi Quelle est sa pensée, chrétiens? qu’est-ce à dire, parlernucoeur ?Cest qu'il la considère « dans

• ce midi étemel , je veux dire dans les secrets

• embrassements de son Fils , ■ parmi les ardeurs d'une charité consommée : In mendie sempitemo, in secretissimis ampkxibus amantissimi Filii. Il voit qu'elle aimcct qu'elle est aimée ; que les autres passions peuvent bien parler aux oreilles , mats que l'amour seul a droit de parier au cœur. Dans cette pensée, n'a-t-il pas raison de demander a la Vierge, qu'elle parle au cœur de son Fils : Loquatur ad cor Domini nostri Jcsu Christi?

Combien de fois, 6 fidèles, cette bonne mère a-t-elle parlé au cœur de son bien-aimé? Elle parla véritablement à son cœur, lorsque touchée de la confusion de ses pauvres gens de Cana qui manquaient de vin dans un festin nuptial, elle le sollicita de soulager leur nécessité. Le Fils de Dieu , en cette rencontre , semble la rebuter de cette parole , bien qu’il eût résolu de la favoriser en effet » Femme, lui dlt-ll , que nous importe à

• vous et & moi? mon heure n'est pas encore vc-

• nue’. » Ce discours parait bien rude, et tout autre que Marie aurait pris cela pour un refus : je vois néanmoins que, sans s’étonner, elle donne ordre aux serviteurs de faire ce que le Sauveur leur commandera : > Faits tout ce qu’il vous or-

• donnera 5 , » leur dit-elle , comme étant assurée qu'il lui a accordé sa requête. D’où lui vient, à votreavis, cette confiance, aprèsune réponses! peu favorable? Chrétiens, elle savait bien que c'était an cœur qu'elle avait parlé , et c'est pour cette raison qu'elle ne prit pas garde à ce que la bouche avait répondu. En effet , elle ne fut point trompée dans son espérance , et le Fils de Dieu , selon la belle réflexion de saint Jean-ChrysostAme * , ju-

* Ad Beat. Firg. Serm. Paneggr. U* 7 , int. flper. S. Bernard. t 11, Col- 6V0.

* Juan, il , t.

* Ibid. ».

4 ln. Juan Honni. XXII, t Tlll, p 127

gea à propos d'avancer le temps de son premier miracle, à la considération de sa sainte Mère.

Prions donc , A fidèles , qu’elle parie pour nous de la bonne sorte au cœur de son Fils : elle y a une fidèle correspondance; c'est l’amour filial qui s'avancera pour recevoir l'amour maternel , et qui préviendra ses désirs. Ne vous apercevez-vous pas que le vin nous manque; je veux dire la charité, ce vin nouveaude la loi nouvelle, qui réjouit le cœur de l’homme, dont l'âme des fidèles doit être enivrée ? De là vient que nos festins sont si tristes, que nous prenons avec si peu de goût la nourriture célestede la sainte parole de Dieu : delà vient que nous nous voyons de tous eûtes déchirés par tant de factions différentes. Dieu, par une juste vengeance , voyant que nous refusons de nous unir à sa souveraine bonté par une affection cordiale, nous fait ressentir les malheurs demille divisions intestines. Sainte Vierge, impetrez-nous la charité, qui est mère de la paix , qui ndoucit, tempère et réconcilie les esprits. Nous avons une grande confiance en votre faveur ; parce qu'étant Mère de Dieu nous sommes persuadés que vous avez beaucoup de pouvoir; et comme vous êtes la nAtrc , nous ne serons point trompés, si nous attendons quelque grand effet de votre tendresse c'est ce qui me reste à traiter dans cette seconde partie.

SECOSO POtST.

C’est avec beaucoup de sujet que nous réclamon s dansnos oraisons latrès-heureuse Marie, comme étant la mère commune de tous les fidèles. Nous avons reçu cette tradition de nos pères : ils nous ont appris que le genre humain ayant été précipité dans une mortétemelleparun homme et par une femme, Dieu avait prédestiné une nouvelle Eve , aussi bien qu'un nouvel Adam ; afin de nous faire renaître : et de cette doctrine , que tous les anciens ont enseignée d'un consentement unanime, il me serait aisé de conclure que comme la première Eve est la mère de tous les mortels , ainsi la seconde , qui est la très-sainte Vierge , doit être estimée la mère de tous les fidèles. Ce que je pourrais confirmer par une belle pensée de saint Épiphane 1 , qui assure « que celte première * Eve est appelée dans la Genèse, Mère des vi- « vauts, en énigme; c’est à-dire, ainsi qu'il l'expose > lui-même , en figure , et comme étant la repré- « sentation de Marie. * A quoi j’aurais encore à ajouter un passage célèbre de saint Augustin , dans le livre de la sainte Virginité, où ce grand docteur nous enseigne que la VieTge , • selon le « corps, est mèreduSauveur qui est notre chef; et

* Ad vers. lierres. Ilb- ni, Hart*, lxxviii, o* 18, t. I,

|\ IGM).

DE LA SAINTE VIERGE

• selon l'esprit, des fldèlesquisontses membres : > Carne mater eapitis nostri , spiritu mater membrorum rjut'. Maisd'autantquejeme sens obligé de réduire en peu de mots ce que je me suis proposé de vous dire afin de laisser le temps qui est nécessaire pour le reste du service divin , je passe beaucoup dechosesque je pourrais tirer des saints Peres sur ce sujet; et sans examiner tous les titres par lesquels la sainte Vierge est appelée à bon droit la Mère des chrétiens, je tâcherai seulement de vous faire voir ( etc’est à mon avis ce qui vous doit toucher davantage ), qu'elle est mère par le sentiment ; je veux dire qu’elle a pour nous une tendresse véritablement maternelle. Pour le comprendre , vous n'avez , s'il vous plaît , qu'à suivre ce raisonnement.

Ayant présupposé, et sur la foi de l’Église, et sur la doctrine des Peres, encore que je l’ai seulement touché en passant ; ayant , dis-je , présupposé que Marie est véritablement notre mère; si je vous demandais , chrétiens , quand elle a commencé à avoir cette qualité, vous me répondriez sans doute que Noire-Seigneur vraisemblablement la fit notre mère , lorsqu'il lui donna saint Jean pour son fils. En effet, nous y trouvons toutes les convenances imaginables : car je vous ai avertis dés l’entrée de ce discours , et il n'est pas hors de propos de vous en faire ressouvenir, que saint Jean ayant été conduit par la main de Dieu au pied delà croix , y avait tenu la personne de tous les fidèles ; et j'en ai touché une raison qui me semble fort apparente : c'est, s'il vous en souvient, que tous les autres disciples de Notre-Seigneur ayant été dispersés , la Providence n'avait retenu près de lui que le bien-aimé de son cceur ; afin qu’il y pût représenter tous les autres, et recevoir en leur nom les dernières volontés de leur Maître. Sur quoi considérant qu'il y a peu d'apparence que le Fils de Dieu dont toutes les paroles et 1rs actions sont mystérieuses , en une occasion si importante ne l’ait considéré que comme un homme particulier ; nous avons inféré, cemesemble avec beaucoupde raison , qu'lia reçu la parole qui s'adressait à nous tous, que c'est en notre nom qu'il s'est mis incontinent en possession de Marie , et par conséquent c'est là proprement qu'elle est devenue notre mère.

Cela étant ainsi résolu , j'ai une autre proposition à vous faire. D'où vient, à votre avis, que Notre-Seigneur attend cette heure dernière, pour nous donner à Marie comme scs enfants? Vous me direz peut-être qu’il a pitié d’une mère désolée qui perd le meilleur fils du monde, et que, pour la consoler, il lui donne une postéritéctemelle. Cette

* De tau et. y irginit. n* 0, i VI, col. 313.

raison est bonne et solide; mais j'en ai une autre à vous dire , que peut-être vous ne désapprouverez pas. Je pense que le dessein du Fils de Dieu est de lui inspirer pour nous dans cette rencontre une tendressedemère. Commeotceia, direz-vous? nous ne voyons pas bien cette conséquence. 11 me semble pourtant, chrétiens, quelle n'est pas extrêmement éloignée. Marie était au pied de la croix, elle voyait ce cher Fils tout couvert de plaies, étendant ses bras à un peuple incrédule et impitoyable, son sang qui débordait de tous côtés par ses veines déchirées : qui pourrait vous dire quelle était l'émotion du sang maternel? Non , il est certain , elle ne sentit jamais mieux qu’elle était mère; toutes les souffrances de son Fils le lui faisaient sentir au vif.

Que fera ici le Sauveur? vous allez voir, chrétiens , qu’il sait parfaitement le secret d'émouvoir les affections. Quand l'âme est une fois prévenue de quelque passion violente touchant quelque objet, elle reçoit aisément les mêmes impressions pour tous les autres qui sc présentent. Par exemple , vous êtes possédés d'un mouvement de colère; il sera difficile que tous ceux qui approcheront de vous, si innocents qu'ils puissent être, n’en ressentent quelques effets : et de ià vient que , dans les séditions populaires, un homme adroit, qui saura manier et ménager avec art les esprits de la populace, lui fera quelquefois tounier sa fureur contre ceux auxquels on pensait le moins; ce qui rend ces sortes de mutineries extrêmement dangereuses. Il en est de même de toutes les autres passions ; parce que l'âme étant déjà excitée, il ne reste plus qu’à l'appliquer surd'autres objets ; à quoi son propre mouvement la rend extrêmement disposée.

C’est pourquoi le Fils de Dieu, qui avait résolu de nous donner la sainte Vierge pour mère , afin d'être notre frère eu toute façon ( admirez son amour, chrétiens) , voyant du haut de sa croix combien l'âme de sa mère était attendrie , et que son coeur ébranlé faisait inonder par ses yeux un torrent de larmes amères; comme si c’eût été là qu'il l'eût attendue, il prit son temps delul dire, lui montrant saint Jean : • Femme, voilà ton • fils: » Eccejllius tuus. Fidèles, cesontsesmots; et voici son sens, si nous le savons bien pénétrer : O femme, lui dit-il , affligée ; à qui un amour infortuné fait éprouver à présent jusqu’où peut aller la compassion d’une mère ; cette même tendresse dont vous êtes à présent touchée si vivement pour moi , ayez-ia pour Jean mon disciple et mon bien-aimé, ayez-ia pour tous mes fidèles, que je vous recommande en sa personne ; parce qu'ils sont tous mes disciples et mes bien-aimés : Eccr fitiuslms. De vous dire combien ces paroles ,

SUR LA COMPASSION

poussées du cœur du Fils , descendirent profondément au cœur de la mère , et l’impression qu’elles y firent , c’est une chose que je n’oserais pas entreprendre. Songez seulement que celui qui parle, opère toutes choses par sa parole toutepuissante , qu'elle doit avoir uu effet merveilleux , surtout sur sa sainte mère ; et que , pour lui donner plus de force, il l’a animée de son sang, et l'a proférée d’une voix mourante, presque avec les derniers soupirs : tout cela joint ensemble , il n’est pas croyable ce qu’elle était capable de faire dans l'âme de la sainte Vierge. 11 n’a pas plutôt lâche lemot à saint Jean pour lui dire queMarie est sa mère , qu'incontinent ce disciple se sent possédé de toutes les affections d’un bon fils, et depuis cette heure-là il la prit chez lui : Et ex iUâ hord accepit eam discipulus in sua ' : à plus forte raison, sa parole doit-elle avoir agi sur l'âme de sa sainte Mère et y avoir fait entrer bien avant un amour extrême pour nous, comme pour ses véritables enfants.

11 me souvient à ce propos deces mères misérables à qui on déchire les entrailles par le fer, pour en tirer leurs enfants au monde par violence. Il vous est arrivé quelque chose de semblable, ô bienheureuse Marie : c’est par le cœur que vous nous avez enfantés ; parce que vous nous avez enfantes par la charité : Cooperata est charitate, ut filii Dei in Ecclesid nascerentur, dit saint Augustin *. Et j’ose dire que ces paroles de votre Fils , qui étaient son dernier adieu , entrèrent en votre cœur ainsi qu’un glaive tranchant, y portèrent jusqu’au fond, avec une douleur excessive, une inclination de mère pour tous lesfldèles. Ainsi vous nonsavez,pourainsidire, enfantés d’un cœur déchiré parmi la véhémence d’une affliction infinie : et toutes les fois que les chrétiens paraissent devant vos yeux, vous vous souvenez de cette dernière parole, et vos entrailles s’émeuvent sur nous comme sur les enfants de votre douleur et -de votre amour ; d’autant plus que vous ne sauriez jeter sur nous vos regards , que nous ne représentions à votre cœur ce Fils que vous aimez tant, (ont le Saint-Esprit prend plaisir de graver la j ressemblance dans l'esprit de tons les fidèles; ( d'autant plus] que vous nous voyez, tout autant que nous sommes de chrétiens , tout couverts du sang du Sauveur dont nous sommes teints ctblanchis, et que vous remarquez en nous ces mêmes linéaments.

C’est une doctrine que je tiens des Écritures divines, et qui est bien puissante pour nous exciter à la vertu, outre qu’elle fait beaucoup à éclaircir la vérité que je traite; c’est pourquoi il

' JtM H. \ix, 27.

1 Üe muet. pirg. ubt $npra.

est à propos de vous la déduire : car j'apprends de l’apôtre saint Paul ( et cette doctrine , ô fidèles , est bien digne de votre audience ) , que tous les chrétiens , dont la vie répond à la profession qu’ils ont faite, portent imprimés en leur âme les traits naturels et la véritable Image de Notre-Seigneur. Comment cela se fait-il? certainement la manière en est admirable. Vivre chrétiennement , c'est sa conformer à la doctrine du Fils de Dieu. Or Je dis que la doctrine du Fils de Dieu est un tableau qui est tiré sursa sainte vie : la doctrine est la co. pie , et lui-même est l'original ; en quoi il diffère beaucoup des autres docteurs qui se mêlent d'enseigner à bien vivre : car ceux-ci ne seront jamais assez téméraires pour former sur leurs actions les règles de la bonne vie ; mais ils ont accoutumé de se figurer de belles idées, Us établissent certaines règles, sur lesquelles ils tâchent eux-mêmes de se composer. Tout au contraire, le Fils de Dieu étant envoyé au monde poury être unexemplaire achevé de la plus haute perfection, ses enseignements étaient dérivés de ses mœurs : il enseignait les choses , parce qu’il les pratiquait ; sa parole n’était qu'une image de sa conduite. Que fait donc le Saint-Esprit dans l'âme d'un bon chrétien? il fait que l'Evangile est son conseil dans tous ses desseins , et l’unique règle qu’il regarde dans scs actions. Insensiblement la doctrinedu Fils de Dieu passe dans ses mœurs : il devient, pour ainsi dire, un Évangile vivant : tout y sent le Maître dont Il a reçu les leçons, il en prend tout l’esprit, et si vous pénétriez dans l’intérieur de sa conscience , vous y verriez les mêmes linéaments , les mêmes affections , les mêmes façons de faire qu’en notre Sauveur.

Et c’est ce qui touche sensiblement la bienheureuse Marie, comme il m’est aisé de l'éclaircir par un exemple familier. Vous verrez quelquefois une mère qui caressera extraordinairement un enfant , sans en avoir d'autre raison , sinon que c'est , à son avis , la vraie peinture du sien. C’est ainsi , dira-t-elle , qu’il pose ses mains ; c'est ainsi qu'il porte ses yeux; telle est sonartion et sa contenance : les mères sont ingénieuses à observer jusqu’aux moindres choses. Et qu'est-ce que cela sinon comme une course, si on [peut] parler de la sorte , que fait l'affection d'une mère , qui ne se contentant pas d’aimer son fils en sa propre personne , le va chercher partout où elle peut en découvrir quelque chose. Que si elles sont si fort émues de quelque ressemblance ébauchée; que dirons-nous de Marie, lorsqu’elle voit dans l’âmo des chrétiens des traits immortels de la parfaite beauté de son Fils, que le doigt de Dieu a si bien formes dans leur âme?

| Mais il y a plus : nous ne sommes pas seule-

1)E l.A SAINTE VIERGE.

ment les Images vivantes (lu Fils de Dieu, nous sommes encore ses membres, et nous composons avec lui un corps dont il est le chef ; nous sommes son corps et sa plénitude , comme enseigne l'apôtre; qualité qui nous unit de telle sorte avec lui, que quiconque aime le Sauveur, il faut par nécessité que, par le même mouvement d'amour, il aime tous les fidèles. [ C'est 1 ce qui attire si puissamment sur nous les affections de la sainte Vierge , qu'il n'y a point de mère qui puisse aller A l'égal ; ce qui me serait aisé de vous faire voir par des raisonnements invincibles, si je n’étais pressé de finir bientôt ce discours : et pour vous en convaincre, je ne veux seulement que vous en proposer en abrégé les principes , après avoir repassé légèrement sur quelques vérités <fuc j’ni tâché d'établir dans ma première partie , dont il est nécessaire que vous ayez mémoire pour l'intelligence de ce qui me reste à vous dire.

Je vous al dit , chrétiens , que la maternité de la Vierge n'ayant point d'exemple sur la terre, il en est de même de l'affection qu’elle a pour son Fils : et comme elle a cet honneur d’étre la mère d'un Fils qui n'a point d'autre père que Dieu ; de là vient que, laissant bien loin au-dessousde nous toute la nature, nous lui avons été chercher la règle de son amour dans le sein du Père éternel. Car de même que Dieu le Père , voyant que In nature humaine touche de si près a son Fils unique , étend son amour paternel à l’humanité du Sauveur, et fait de cet Homme- Dieu l'uuique objet de ses complaisances, comme nous l'avons prouvé par le témoignage des Ecritures; ainsi avons-nous dit que la bienheureuse Marie ne séparait plus la divinité d’avec l'humanité de son Fils, mais qu'elle les embrassait eu quelque façon toutes deux par un meme amour. Ce sont les vérités sur lesquelles nous avons établi l'union de Marie avec Dieu : en voici quelques autres qui vous feront bien voir sa charité envers nous.

Les mêmes écritures qui m'apprennent que Dieu aime en quelque façon par un meme amour la divinité et l'humanité de son Fils, à cause de leur société inséparable en la personne adorable de Notre-Selgneur Jésus-Christ, m'enseignent aussi qu'il nous aime par le même amour qu'il a pour son Fils unique et bicn-aimé, à cause que nous lui sommes unis comme les membres de son corps; etc'cst de toutes les maximes du christianisme celle qui doit porter le plus haut nos courages et nos espérances. En voulez-vous un l<cnu témoignage dans la bouche même de Notre- Sri- | gneur? écoutez ces belles paroles qu'il adresse à son Père le priant pour nous : Dilcctio, tjuii, r/i- ; lexixti me, in ipsissil, et egn tn eis ' : « Mon

1 Jwin. XVII, 26.

■ Père , dit-il , je suis en eux , parce qu'ils sont mes

■ membres ; je vous prie que l'affection par In-

■ quelle vousm'aimez soit en eux. - Voyez, voyez, chrétiens, et réjouissez-vous. Notre Sauvcureraint que l'amour de son Père ne fasse quelque différence entre le chef et les membres ; et connaissez par là combien nous sommes unis avec le Sauveur, puisque Dieu même , qui a distingué tous les êtres par une si aimable variété, ne nous distingue plus d'avec lui, et répand volontiers sur nous toutes les douceurs de son affection paternelle. Que s’il est vrai que Marie ne règle son amour que sur celui du Père éternel , allez, ô fidèles , allez à la bonne heure a cette mère incomparable; croyez qu’elle ne vous discernera plus d’avec son cher Fils : elle vous considérera comme - la chair de sa chair, et comme les os de ses os , • ainsi que parle l'apôtre ' , comme des personnes sur lesquelles et dans lesquelles son sang a coulé; et pour dire quelque chose de plus, elle vous regardera comme autant de Jésus-Christs sur la terre : l'nmourqu’elle a pour son Fils sera la mesure de celui qu'elle cura pour vous, et partant ne craignez point de l'appeler votre mère; elle a au souverain degré toute la tendresse que cette qualité demande.

C'est , si je ne me trompe , ce que jem'étais proposé de prouver dans ccttc seconde partie; et je loue Dieu de ce qu'il nous a fait la grâce d'établir une dévotion sincère à la saiute Vierge , sur des maximes qui me semblent si chrétiennes. Mais prenez garde que ces mêmes raisonnements, qui doivent nous donner une grande confiance sur l'intercession de la Vierge, ruinent en même temps une confiance téméraire à laquelle quelques esprits inconsidérés sc laissent aveuglément emporter ; car vous devez avoir reconnu, par tout ce discours , que la dévotion de la Vierge ne se peut jamais rencontrer que. dans une vie chrétienne. Et combien y en a-t-il qui, abusés d'une créance superstitieuse, sc croient dévots à la Vierge quand ils s'acquittent de certaines petites pratiques, sans se mettre en peine de corriger la licence ni le débordement de leurs mceuis?Que s'il y avait quelqu'un dans la compagnie qui fût imbu d'une si folle persuasion , qu'il sache , qu'il sache que puisque son coeur est éloigné de Jésus, Marie a en exécration toutes ses prières : en vain tâchez-vous de la contenter de quelques grimaces, en vain l'appelez-vous votre Mère par une pieté simulée. Quoi, auriez-vous bien l'insoleucc de croire quo que ce lait virginal dût couler sur des lèvres souillées de tant de péchés? qu'elle voulût embrasser l'ennemi de son bicn-aimé de ces mêmes bras

1 Epke J. V , 3o,

SUR L’AUMONE

dont elle le portait dans sa tendre enfonce ? qu'étant si contraire au Sauveur, elle voulût vous donner pour frère au Sauveur? Plutôt , plutôt , saches que son cœur se soulève , que sa face se couvre de confusion , lorsque vous l'appelez votre Mère.

Car ne pensez pas, chrétiens, qu’elle admette tout le monde indifféremment au nombre de scs enfants : il faut passer par une épreuve bien difficile , avant que de mériter cette qualité. Savezvous ce que fait la bienheureuse Marie, lorsque quelqu’un des fidèles l’appelle sa Mère? elle l’amène en présence de notre Sauveur : Çà , dit-elle , si vous êtes mon fils , il faut que vous ressembliez à Jésus mon bien-nimé. Les enfauts , même parmi les hommes, portent souvent imprimés sur leurs corps les objets qui ont possédé l'imagination de leurs mères : la bienheureuse Marie est entièrement possédée du sauveur Jésus: c’est lui seul qui domine en son cœur, lui seul règne sur tous ses désirs, lui seul occupe et entretient toutes ses pensées : elle ne pourra jamais croire que vous soyez sts enfants , si vous n’avez en votre âme quelques linéaments de son Fils. Que si, après vous avoir considérés attentivement , elle ne trouve sur vous aucun trait qui ait rapport à son Fils, ô Dieu! quelle sera votre confusion, lorsque vous vous verrez honteusement rebutés de devant sa face , et qu elle vous déclarera que n’ayant rien de son Fils, et ce qui est plus horrible, étant opposés à son Fils, vous lui êtes insupportables!

Au contraire, elle verra une personne (descendons dans quelque exemple particulier) qui pendant les calamités publiques , telles que sont celles où nous nous voyons & présent , considérant tant de pauvres gens réduits & d'étranges extrémités, en ressent son Ame attendrie, et ouvrant son cœur sur la misère du pauvre par une compassion véritable, élargit en même temps ses mains pour le soulager : O , dit-elle incontinent en soi-même , il a pris cela de mon Fils , qui ne vit jamais de misérable , qu'il n'en eût pitié. - J'ai compassion de cette troupe, » disait-il ' ; et à même temps il leur faisait donner tout ce que ses apôtres lui avaient gardé pour sa subsistance , qu'il multiplie même par un miracle, afin de les assister plus abondamment. Elle verra un jeune homme qui aura la modestie peinte sur le visage ; quand il est devant Dieu , c’est avec une action toute recueillie; lui parle-t-on de quelque chose qui regarde la gloire de Dieu, il ne cherche point de vaines défaites, il s’y porte incontinent avec cœur. O qu’il est aimable ! dit la bienheureuse Marie ; ainsi était mon Fils lorsqu’il était en son Age , toujours recueill’. devant Dieu : dès l'Age de douze ans, il quittait parents et amis , pour aller vaquer, disait-

I Van VIII, 3.

Il , aux affaires de son Père '. Surtout elle en verra quelque autre doDt le soin principal sera de conserver son corps et son âme dans une pureté trèsentière; il n'a que de chastes plaisirs, il n’a que des amours innocents; Jésus possède son cœur, il en fait toutes les délices. Parlez-lui d'une parole d'impureté , c'est un coup de poignard à son Ame ; vous verrez incontinent qu’il s’arme de pudeur et de modestie contre de telles propositions. Voilà , chrétiens , voilà un enfant de la Vierge : comme elle s’en réjouit I comme elle s'en glorifie! comme elle en triomphe , avec quelle [joie] elle le présente à son bien-aimé , qui est par-dessus toutes choses passionné pour les Ames pures !

C'est pourquoi excitez-vous, chrétiens, à l’amour de la pureté ; vous particulièrement , qu'une sainte affection pour Marie a attirés dans une société qui s'assemble sous son nom, pour se perfectionner dans la vie chrétienne. C'est votre zèle qui a aujourd’hui orné ce temple sacré , dans lequel nous célébrons les grandeurs de la majesté divine. Mais considérez que vous avez un autre temple à parer, dans lequel Jésus habite, sur lequel le Saint-Esprit se repose. Ce sont vos corps, mes chers frères , que le Sauveur a sanctifies , afin (pie vous eussiez du respect pour eux ; sur lesquels Il a versé son sang , afin que vous les tinssiez nets de toute souillure ; qu'il a consacrés , pour en faire les temples vivants de son Saint-Esprit : afin que les ayant ornés en ce monde d’innocence et d'intégrité, il les ornât en l'autre d'immortalité et de gloire.

ABRÉGÉ D’UN SERMON

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