‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 210 sur 282 · PRÊCHÉ LE MÊME JOUR A L’HÔPITAL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

PRÊCHÉ LE MÊME JOUR A L’HÔPITAL GÉNÉRAL

Sl'R LA NÉCESSITÉ- DE L'AUMONE.

Comment Jésus-Christ nous donne & la croix la loi de la charité, noos en tait connaître l’esprit , noos en prescrit le» effets. Faire l’aumàne avec ptlié. avec Joie, avec soumission : trois choses que Jésus-Christ crucilié nous apprend. Retranchements nécessaires pour pourvoir à la subsistance de» pauvres.

Semper pauperes habetis TobUcum , et cum volueritfe potes tis illis beoefaccre; me a utero non semper habetis.

Vous avez toujours des pauvres parmi vous, et vous leur pouvez/aire du bien quand vous roulez : mais pour moi vous ne m’aurez pas toujours. Marc, xtv, 7. L’Église [nous] appelle à voir Jésus et Marie se perçant de coups mutuels. Comme des miroirs opposés, qui sc renvoient mutuellement tout ce qu’ils reçoivent, multiplient leurs objets jusqu’à l’infini ; leur douleur s’accroît sans mesure, parce que les Ilots qu'elle élève se repoussent les uns

1 Lut 11, 40

Stm L’AUMONE.

sur les autres par un flux et reflux continuel. Dessein de l'Égllsse de nous exciter A la compassion ‘des souffrancesde Jésus par cet objet de pitié. Me sentir » vim dotoris fae, ut tecum lugeam' :

« Faites que je sente la vivacité de votre douleur

■ afln que je pleure avec vous. » Et l'Église de Paris : O passionis mutuœ, Jesu, Maria, conseil, alterna volas ruinera inferrt tandem pareils : • Cessez, A divins amants , de vous percer

• Jusqu’à l'infini de coups mutuels : c’est à nous « qu’est duc toute cette amertume , puisqu'elle est « la peine de notre crime. Ah ! puisque nous con-

■ fessons que tout le crime est A nous , donnez une « partiede la douleur à ceux qui avouent le crime « tout entier : ■ Quem vos doletis, noster est error furorque criminum : totum scetus fatentibus partem doloris reddite. Mais Jésus, après avoir ébranlé nos cœurs par la compassion de ses souffrances, veut appliquer notre pitié sur d’autres objets : Il n’en a pas besoin pour lui-méme , [Il demande que nous la tournions] sur les pauvres; Marie en est la mère. Ave

« Jésus étant A Béthanie , dans la maison de

• Simon le Lépreux, une femme qui portait un

■ vase d’albâtre , plein d’un parfum de nard d'épi

• de grand prix , entra lorsqu'il était A table , et

• ayant rompu le vase , lui répandit le parfum

• sur la tête. Quelques-uns en conçurent de l’indi-

• gnation en eux-mêmes; et ils disaient : A quoi

• bon perdre ainsi ce parfum? car on pouvait le

■ vendre plus de trois cents denters, et le donner

• aux pauvres ; et ils murmuraient fort. Mais

• Jésus leur dit : Pourquoi faites-vous de la peine

• A cette femme?... vous avez toujours des pau- « vres parmi vous, et vous leur pouvez faire du

• bien quand vous voulez : mais pour moi , vous

■ ne m’aurez pas toujours1. *

Jésus-Christ nous apprend que, lorsqu’il n’y sera plus , il entend que toutes nos libéralités soient employées au secours des pauvres , ou plutôt dans les pauvres A lui-méme : il est en eux ; c'est pourquoi il nous les laisse toujours : Pauperes semper habetis. Vous ne m’aurez pas toujours en moi-même , mais vous me posséderez toujours dans les pauvres. Ames saintes, qui désirez me rendre quelque honneur ou quelques services , vous avez sur qui répandre vos parfums, etc., les pauvres; je tiens fait pour moi tout ce que vous faites pour eux.

I-eçon qu’il nous a donnée peu de jours avant sa mort , et que l'Église lit avec l'évangile de sa passion : il a toujours parlé pour les pauvres , jamais plus efficacement qu’à sa croix ; et c'est qu’il

» Prot. Slabat Maler * Marc. XIV, S, *, 6, «, 7.

emploie ce qu’il a de plus pressant pour nous exciter A faire l'aumône. [Il nous impose] la lot de la charité ; [il nous fait connaître] l'esprit de la charité ; [il nous marque] l'effet de la charité.

La loi de la charité, c'est l’obligation delà faire; l’esprit de la charité, c'est la manière de l'exercer; l'effet de la charité, c'est que le prochain soit secouru : il fait ces trois choses A la croix. De peur que vous ne croyiez que le devoir de la charité soit peu nécessaire, il en établit l’obligation : de peurque vous ne la pratiquiez pas comme il veut , il vous en montre la règle : et de peur que le moyen ne vous manque , il en assigne le fonds. Le croirez-vous, chrétiens, que Jésus-Christ crucifié nous donne A la croix un fonds assuré, pour faire subsister les pauvres? Vous le verrez dans ce discours; ainsi rien ne manque plus A la charité.

Afln qu’elle soit obligatoire, il en pose la loi Immuable ; afin qu’elle soit ordonnée , il en prescrit la manière certaine; afin qu'elle soit effective, il donne un fonds assuré pour l'entretenir ; et tout cela A la croix , comme j'espère vous le faire voir.

PREMIER POINT

Jésus-Christ souffrant [nous donne la] loi des souffrances : ceux qui ne souffrent pas, quel salut, quelle espérance [peuvent-ils avoir?] Compatir [A Jésus-Christ et A ceux quisonffrent] , deux seules sources de grâces. La première , source véritable; la seconde, comme un ruisseau, découle de là : on participe A leurs grâces , en soutenant leurs souffrances.

• Rappelez en votre mémoire, dit l'apôtre, ce

■ premier temps, où, après aèoir été illuminés « par le baptême, vous avez soutenu de grands

• combats au milieu de diverses afflictions , ayant « été d’une part exposés devant tout le monde

■ aux Injures et aux mauvais traitements; et de « l'autre , ayant été compagnons de ceux qui ont « souffert de semblables indignités : car vous

• avez compati A ceux qui étaient dans les chal- « nés , et vous avez vu avec joie tous vos biens

■ pillés : » Kememoramini auiem pristinos dies in quibus iUuminati magnum certamen sustinuistis passionum; et in altcro quidem opprobriis et tributationibus spectaculvm facli; in alteroaulem socii taliter conversantium effecti : nam et vinctis compassi eslis , et rapinam bono rum vestrorum cum gaudio suscepistis • .

Il les met ensemble [souffrir, et compatir]; donc ou l’un ou l'autre : car Jésus A la croix a souffert et a exercé la miséricorde; donc, sinon l’un, du moins l'autre: c’est lemoindre. Dieu nous

• Hebr. X, 33 , 33, 34.

Dgle

SUR L'AUMONE

met A l’épreuve la plus facile ; notre damnation aéra donc plus grande. • C'est une chose grande

• et facile, dit saint Cyprien , d'obtenir par des

• œuvres de charité le prix du martyre sans être

• exposé aux périls de la persécution , de mériter

• la couronne dans le sein de la paix : • lies et grandis et facilis, sine periculo persccutionis , corona pacis ■. • Personne ne sera couronné que

• celui qui aura combattu légitimement : > Aon caronalur, nisi qui légitimé certaveri t * . 1 1 change la loi en faveur de la charité. Ah ! ce misérable est aux mains avec la faim , avec la soif, avec le froid , avec le chaud , avec les extrémités les plus cruelles : la couronne lui sera bien due ; si vous le soulagez, vous y aurez part. Corona pacis, couronne dans la paix, victoire sans combats, prix du martyre sans persécution , et sans endurer de violence. Combien est grande cette obligation I U parait par la miséricorde de Jésus-Christ : miséricorde veut être honnorée par la miséricorde. Deux actes de miséricorde : celle qui prévient , celle qui suit. Par la première, Jésus-Christ achète la nôtre : « Soyez miséricordieux comme votre

• Père céleste est miséricordieux : . Estote miséricordes sicut et Pater veste r misericors est 3.

• Revêtez- vous , comme des élus de Dieu saints

■ et bien-aimés, d'entrailles de miséricorde : ■ Induite vos , sicut electi Dei sancti et dileeti, visée ra misericordiœ *. Par la seconde, il faut que la nôtre achète lasienne : Beati miséricordes, qvnniam ipsi misericordiam consequentur i :

• Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils

• obtiendront miséricorde. - Enchaînement de miséricorde : Jésus-Christ prévient; obligation de le suivre : nous suivons ; Il s’oblige à donner le comble : c’est la loi qu'il nous impose , c’est celle qu'il s'est imposée, la grâce, l’Indulgence , la rémission , le ciel même est & ce prix. Point de miséricorde , si nous n’en faisons : sans la charité , nudité de l'âme; car c’est elle qui « couvre la multitude des péchés : > Operit multitudinem peccatorum 6.

Saint Cyprien remarque que Dieu , après avoir crié contre les péchés , ne trouve point de remède.

• Crie, ne cesse pas, élève ta voix comme une

■ trompette, annonce à mon peuple ses crimes,

■ et à la maison de Jacob ses iniquités’. » Dis-leur que leurs jeûnes , ni leurs bonnes œuvres , ni leurs prières ne m’apaisent pas. Ils font comme s’ils étaientjustes : « car ils me cherchent chaque jour,

* De Oper. et Elecmot. p. îifl.

* II. Tint, il, K.

* Lue. ti , ae.

* ColoM». III , |*.

* Malth. v, 7.

* I. Pctr. it. 8.

1 /«. LVHI, I.

» et ils demandent â connaître mes voies ; comme

• si c était un peuple qui eût agi selon la justice ,

• et qui n'eut point abandonné la loi de son Dieu :

• ils me consultent sur les règles de la justice , et

• ils veulent s'approcher de moi : - Me etenim de die in diem quærunt et scire vins meus volunt; quasi gens quœ juslitiam fecerit, et judicium Dei sui nondereliquerit : rogant me judicia justifiée ; appropinquare Deo volant ■. Ils veulent s'approcher de moi, ils jeûnent et se tourmentent vainement. « Le jeûne que je demande eonsiste- « t-il & faire qu'un homme afflige son âme pen-

• dant un jour l\umquidtale cstjrjunium qwjd elegi, per diem qfjligere hominem animam svam’l Par conséquent nul remède. Voici néanmoins ce qu'il ajoute : • Tel est le jeûne que je « veux : déchargez le pauvre de son fardeau ; de-

• livrez les oppressés des liens et de la tyrannie « des méchants ; ôtez de dessus les épaules infir-

• mes le fardeau qui les accable ; mettez en liberté

• les captifs, et rompez le joug qui les charge.

• Partagez votre pain avec le pauvre, invitez en

■ votre maison les mendiants et les vagabonds ; « quand vous verrez un homme nu , revêtez-le ,

• et respectez en lui votre chair et votre nature.

• Alors votre lumière se lèvera aussi belle que le

• point du jour, et votre santé vous sera rendue

• aussitôt , et votre Justice marchera devant vous,

• et la gloire du Seigneur vous recueillera. Alors

■ vous invoquerez le Seigneur, et il vous exau-

• cera ; vous crierez , et il dira : Je suis à vous.

• Quand vous ôterez les chaînes aux captifs qui « sont parmi vous , quand vous cesserez de me- « nacer les malheureux et de leur tenir des dis- « cours inutiles, quand vous aurez répandu votre « cœur sur les misérables et que vous aurez rem-

• pli les âmes affligées, votre lumière se lèvera

• parmi les ténèbres , et vos ténèbres seront comme

• le midi. Et le Seigneur vous donnera un repos

■ éternel ,et remplira votre âme de ses splendeurs,

• et il fera reposer vos os en paix ; et vous serez

■ comme un jardin bien arrosé , et comme une

• source qui ne tarit pas. « Afin que nous entendions que , sans l'aumône , tout est inutile : celui qui ferme ses entrailles, Dieu ferme les siennes sur lui.

Ce qui presse le plus , c'est que cette miséricorde est nécessaire au salut des âmes. Jésus- Christ a la croix pour sauver les âmes : entrer dans scs sentiments, tirer nos frères de toute* les extrémités qui mctlcnt leur âme dans un péril évident. Deux conditions opposées ont pour écueil de leur salut les mêmes extrémités : les premières fortunes et les dernières ; les uns par

1 It. mil , i.

* Ibid. b.

SUR L’AUMONE

la présomption , et les autres par le désespoir arrivent à la même lin de s'abandonner tout à fait au vice. On aime l'oisiveté dans l'un et dans l'autre; car l'un est si abondant qu'on n’a pas besoin du travail, et l'autre S misérable qu'on eroitque le travail est inutile. On ne veut travailler que pour éviter les maux extrêmes ; on y est , on n’espère plus, ons’y habitue ; plus de honte'. Ce qui est le plus horrible, dans l'un et dans l'autre état on néglige son âme : la on y est poussé par l’applaudissement ; on s'oublie soi-même : et ici par je mépris de tout le monde ; on se néglige , on ne se croit pas destiné pour rien qui soit grand. La félicité est de manger : réduit à l'état des bêtes. Tels étaient ces pauvres fainéants , etc.

En ces deux états on oublie Dieu. Les uns par trop de repos, les autres par trop de misères, croient qu’il n’y a point de Dieu pour eux : le premier, point de justice; le second, point de bonté ; tous deux par conséquent , point de Dieu. Ces pauvres savaient-ils qu’il y eût un Dieu? un peupled'iiifldèles parmi les fidèles; baptisés , sans savoir leur baptême; toujours aux églises, sans sacrements. Pour ôter les extrémités également dangereuses de ces deux états , loi de In Justice divine que les riches déchargent les pauvres du poids de leur désespoir, que les pauvres déchargent les riches d'une partie de leur excessive abondance. Aller alterius onera portate : » Porter. le fardeau les uns des autres *. ■ Prouvez aux pauvres que Dieu est leur Père; prouvez- leur les soins de la Providence : il est bon , tant de biens qu'il donne; cela ne les touche pas, rien pour eux : il a commandé de leur donner ; rien pour eux , ou n'obéit pas. Prouvez doue sensiblement sa bonté en donnant. Les enfants, ils ne les ont que pour faire montre de leur misère : toute leur Instruction est de savoir feindre des plaintes.

Passez i cet hôpital ; sortez un peu hors de la ville, et voyez cette nouvelle ville qu'on a bâtie pour les pauvres, l’asile de tons les misérables, la banque du ciel , le moyen commun proposé à tous d'assurer ses biens et les multiplier par une céleste usure. Rien n’est égal à cette ville; non, ni cette superbe Babylone, ni ces villes si renommées que le» conquérants ont bâties. Nous ne voyons plus maintenant ce triste spectacle , des hommes morts devant la mort même , chassés , bannis , errants, vagabonds, dont personne n’avait soin; comme s'ils n’eussent aucunement appartenu û la société humaine. Là on tâche d'Ô-

1 il np faut pas bilnirr Us pauvres hmilcux : la honte «si

le moyen pour le. radier ou travail, et leur faire craindre la mendicité. Cri U’ mntr rat à In tntrr'/r du muntisrrit nnninol.

1 tint. VI, J.

ter de la pauvreté toute la malédietionqu'apporte la fainéantise, de faire des pauvres selon l’Evangile. Les enfants sont élevés; les ménages, recueillis ; les ignorants .instruits, reçoivent les sacrements. Sachez qu'en les déchargeant vous travaillez aussi A votre décharge: vous diminuez son fardeau, et il diminue le vôtre; vous portez le besoin qui le presse, il porte l'abondance qui vous surcharge.

Veuez donc offrir ce sacrifice. Deux lieux de sacrifice , l'autel et le tronc. * Vous êtps riche ,

■ opulente, disait saint Cyprlen A une dame, et

■ vous croyez célébrer les saints mystères , vous « qui ne daignez pas regarder les dons qu’on

• offre à Dieu , vous qui venez au lieu où se fait - l'oblatlonsnnsapportervotrepartdusncrifice: ■ Locuptes et dires es, et dominicum cctebrarete credis, quœ corban omnino non respicis , quœ in dominicum sine sacrificio vents ' . Ancienne coutume du sacrifice : chacun du pain et du vin pour l'eucharistie; le reste pour les pauvres, comme une continuation du sacrifice chrétien. Quoique l'ordre de la cérémonie soit changé , le fond de la vérité est Invariable , et toujours votre aumône doit faire partie de votre sacrifice.

Ne regardez pas seulement le tronc de l’Église ayez-en un pour les pauvres dans votre maison: c’est un conseil de saint Chrysostôme , fondé snr ces mots de saint Paul : « Que chacun de vous « mette à part chez soi , le premier jour de la se-

• rnainc, ce qu'il voudra, amassant peu A peu > selon sa bonne volonté’. • « Faites ainsi, dit

• saint Chrysostôme1 * 3, de votre maison une église; « ayez-y un petit coffre, un tronc; soyez le gar-

• dieu de l'argent sacré ; constituez-vous vous- « même l'économe des pauvres : la charité et « l’humanité vous confèrent ce sacerdoce : • Apudte sepone ,etdomum tuam fac ecclesiam ; urculam et gazophytacium ; esto existas sacra) pecvniw; à teipso ordinatus dispensator paupcruut ; benignitas et humanitas dat tibi hoc sacenlotium. « Quo ce tronc, continue saint

• Chrysostôme, soit placé dans le lieu où vous

• vous retirez pour prier : et toutes les fois que « vous y entrerez pour faire votre prière, com- « menrez par y déposer votre aumône , et ensuite

• vous répandrez votre coeur devant Dieu : ■ Pauperumque arcutam domi faciamus , quœjuxta locum in quo stas orans sila sil : et quoties ad orandum fueris ingressus , deponc primùm eleemosgnatn , et tune emitte precationem*. -SI

• vous en agissez ainsi, ce tronc vous servira

1 De O per. et El crm os. p, S42.

* !. Cor. xti , S.

1 In Episl. I. ad Cor. Non. xun, t. t. r. toi.

* Ibid. p. 400.

SUR L'AUMONE

. d'armes contre le diable. Le lieu où est déposé

• l'argent des pauvres est inaccessible aui dé- « nions; car l’argent rassemblé pour l'aumône « met une maison plus en sûreté que le bouclier,

. la lance, les armes, toutes les forces du corps,

• toutes les troupes des soldats. Vous donnerez à

• votre prière des ailes pour monter au ciel ;

• vous rendrez votre maison une maison sainte,

• qui renfermera les vivres du roi '. Et pour que

• la collecte prescrite par l’apôtre se fasse aisé-

• ment; que chaque ouvrier, chaque artisan,

• lorsqu'il a vendu quelque ouvrage de son art ,

• donne à Dieu les prémices, en mettant dans ce « tronc une petite partie du prix ; et qu’il partage

• avec Dieu de la moindre portion de ce qu'il re-

• tire de son travail. Qne l'acquéreur, ainsi que

• le vendeur, suivent ce conseil ; et que tous ceux

• en générai qui retirent de leurs fonds ou de

• leurs travaux des fruits légitimes, soient Jldèles

• à cette pratique*. ■

Ne prenez pas pour excuse le nombre de vos enfants : n’en avez-vous point quelqu'un qursoit décédé? ne le comptez-vous plus parmi les vôtres, depuis que Dieu l'a retiré en son sein? pourquoi donc n'aurait-il pas son partage? Mais puisque vous survivrez vous-même a votre mort, pourquoi ne voulez-vous pas hériter de quelque partie de vos biens? et pourquoi ne voulez- vous pas compter Jésus-Christ parmi vos héritiers ? Quand vous laissez vos biens à vos héritiers , vous les quittez, et ils vous oublient : vous faites tout ensemble des fortunés et des ingrats. Quelle consolation d'aller à celui que vous avez laissé héritier d’une partie de vos biens ! et je ne dis pas pour cela que vous attendiez le temps de la mort ; et si vosenfants vivants vous reviennent, [ écoutez] la grave exhortation de saint Cyprlen.

• Mais vous avez plusieurs enfants, et une

• nombreuse famille ; vous dites que vos charges ■ domestiques ne vous permettent pas de vous « montrer libéral aux pauvres : » Atqvi hoc ipso operariamplius dehrs , quomvltorumpignomm patères 1 : c'est ce qui vous impose l'obligation d'une charité plus abondante; car vous avez plus de personnes pour lesquelles vous devez apaiser Dieu , plus de péchés à racheter, plus d’âmes à délivrer de la gêne , plus de consciences à nettoyer des fautes continuelles auxquelles notre fragilité est sujette, et de tant de tentatioas auxquelles elle est exposée. Vous êtes prêtre dans votre famille, vous devez instruire, faire la prière pour tous , sacrifier pour tous : et comme vous augmentez votre table et la dépense de votre

' H omit . de Eleemot. t lit , p. 2M.

• /» Epitl. 1. ad Cor. Nom. XUU, t X, p- *06-

• S. Cyprian. de Oper. et Eleemot. p. 24-1.

maison, selon le nombre de vos enfants, pour entretenir cette vie mortelle; ainsi pour nourrir en eux cette vie céleste et divine : • autant que ■ le nombre des enfants s'accroît , autant devez-

• vousmulliplierla dépensedesbonnesœuvres: • Qui) amptior fuerit pignorum copia , esse et operum débet major impensa'. Ainsi Job multipliait ses sacrifices selon le nombre de ses enfants, et autant qu'il en avait dans sa maison, autant le nombre de ses victimes étnit-ll multiplié devant Dieu ; et pour expier les péchés que l'on commettait tous les jours, il offrait aussi tous les jours des sacrifices pour les expier. Si donc vous aimez vos enfants , si vous ouvrez sur leurs besoins la source d'une charité et d'une douceur véritablement paternelle , rccommondez-les à Dieu par vos bonnes oeuvres; qu'il soit leur tuteur, leur curateur, leur protecteur : soyez le père des enfants de Dieu , afin que Dieu soit le Père de vos enfants. Vous qui donnez l'exmple à vos enfants de conserver plutôt le patrimoine de la terre que relui du ciel , vous êtes doublement criminel ; et de ce que vous n’acquérez pas â vos enfants la protection d'un tel Père, et de ce que de plus vous leur apprenez à aimer plus leur patrimoine que Jésus-Christ même et que l'héritage céleste. Soyez plutôt à vos enfants un père tel qu'était Tobie , qui crut qu'il ne pouvait laisser au sien d’héritage plus assuré que la justice et les aumônes. Ne laissez pas tout à vos héritiers ; songez à hériter vous-même de quelque partie de vos biens.

Voilà donc , si je ne me trompe, l'obligation établie , et les excuses rejetées qui paraissaient les plus légitimes. Le croyez-vous , mes frères? si vous ne le croyez pas, vous le croirez un jour, quand nous entendrez le Juge n’alléguer pour motif de sa sentence que la dureté à faire l'aumône : si vous le croyez, voyez la manière [de vous en acquitter. ]

SECOND POINT

Jésus-Christ crucifié nous apprend trois choses [qui sont de faire l'aumône | avec pitié , avec joie , avec soumission. La première , c’est la compassion; [elle nous est nécessaire pour imiter notre grand pontife, dont l'apôtre dit :J ■ Le - pontife que nous avons n’est pas tel qu'il ne

• puisse compatir à nos faiblesses ; mais il a

• éprouvé comme nous toutes sortes de tentations

• et d'épreuves , hormis le péché : * Non cnim habemus pontijicem qui nonpossil compati t'nfirmitatibus noslris ; tentalum autem pet omnia pro similitudine absque peccato *. « J’ai compas-

• S. Cypr. de Uper . et Eleemot. p. HJ.

• Hebr. !▼, 1b

Digitizi

SUR L'AUMONE

• lion de ce peuple, dit Jésus-Christ ; parce qu’il « y a déjà trois jours qu'ils demeurent continuel- « lement avec moi , et ils n'ont rien à manger. -

• Iflisereor super lurbam , quia ecce jam iriduo > suslinenl me, nec habeeit quod mandueent ' . * La première aumône venait du coeur.

Jcsus-Christ perpétue en deux sortes le souvenir de sa passion , pour nous y faire compatir : I en l'eucharistie , et dans les pauvres. Hoc facile in mram commemorationem : » Faites ceci en

- mémoire de moi, » l'aumône aussi bien que la communion. Se souvenir avec douleur de sa passion , en l'un et en l'autre , avec cette seule différence que la nous recevons de lui la nourriture, Ici nous la lui donnons : Hoc facile in meam eommemoralionem *. Image des peines de Jésus- Christ dans les pauvres ; soulagez-les donc : Hoc facile in meam commemorationem. Voulez-vous baiser les plaies de Jésus, assistez les pauvres : son côté ouvert nous enseigne la compassion; ce grand cri qu’il fait à la croix , par lequel les pierres sont fendues , nous recommande les pauvres. Entrez dans ces grandes sales, [quelle] infinie variété de misère par la maladie et par la fortune I marque de l’infinité de la malice qui est dans le péché. Portcz-lui com passion, soulagez-la : ébranlez les cœurs, pour ouvrir les sources des aumônes. [Je dis que vous devez le faire avec] plaisir, [à l’exemple de Jésus-Christ] ; » qui a souffert

• la croix avec tant de contentement : « Proposilo sibi gaudio sustinuiterueem J. Quel plaisir parmi cet abîme [de souffrances !] plaisir de soulager les misérables, plaisir qui le pressait au fond du cœur. ■ Je dois être, disait-il, baptisé d'un bap-

• téme ; et combien me sens-je pressé jusqu'à ce « qu’il s'accomplisse I » Raptismo habeo baptizari; et quomodo coarctor usque dum perjicialur *. [Pressé] dans l'intime au milieu de scs répugnances.

[Voyez] Job, comme il sentait ce plaisir : « Si

• j’ai refusé aux pauvres ce qu’ils voulaient, et « si j’ai fait attendre en vain les yeux de la veuve ;

- si j’ai mangé seul mon pain , et si l’orphelin n’en

• a pas mangé aussi ; car la compassion est crôc « avec moi dés mon enfance, et elle est sorticavec ■ moi dès le sein de ma mère : si j'ai négligé de

• secourir celui qui n'ayant point d’habit mourait « de froid, et le pauvre qui était sans vêtement :

• si les membres de son corps ne m’ont pas béni ,

• lorsqu’ils ont été réchauffés par les toisons de

• mes brebis : « Si nrgavi quod volebant pauperibus, et oculos viduœ expectore feci : si comedi

' Marc, vin , 5.

* tue. xi n, 19.

1 Hrbr. xil , 2.

* Luc. xn, RO.

IWMI'W — 1. II.

bucetlam meam solus, et non comedit pupillus ex ed, quia ab infantià med c revit mecum miscralia, et de utero matris meœ egressa est mecum : si despexi pereuntem eo quod non habueril indumentum, et absque operimento pauperem : si non benedixerunt mihi toléra cjus, et de velleribus ovium mearum calcfactus est'.

[Que] saint Paul [avait bien goûté la douceur de ce plaisir!] « Votre charité, mon cher frère,

> écrit-il à Philémon, m’a comblé de joie et de « consolation , voyant que les cœurs des saints ont reçu tant de soulagement de votre bonté : ■ Gaudium enim magnum habui ctconsotationem in charitate tuâ ; quia viscera sanctorum requieverunt perte, J rater >.

Ce plaisir a dilaté le cœur de Jésus : il n’a point voulu donner de bornes à cette ardeur d'obliger, àcedcsirdebien faire. Donnez-moi que j’entende, ô Jésus , l’étendue de votre cœur ! Le plaisir d'obliger a fait qu'il a voulu être le Sauveur de tous. Entrons dans l'étendue de ce cœur : comme [il a porté] tous les péchés, ainsi nous devons nous charger de toutes les misères. C'est le dessein de cet hôpital , [qui renferme] l'universalité de tous les maux. Jésus-Christ [a pris] tous les nôtres, nous devons aussi prendre tous les siens ; et nous vci rions périr un telle institution !

3“ Servir les pauvres avec soumission. Jésus- Christ lave les pieds a ses disciples. Exemplum dedi vobis *, . Je vous ai donné l’exemple - a la croix. « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour « être servi , mais pour servir, et pour donner pour * la rcdcmption.de plusieurs : • Aon venit ministrari, sed ministrarc, et dure animam sua»» redemptionem pro multis *.

« Abraham, dit saint Pierre Chrysologue, ou- » blie qu’il est maître dès qu'il voit un étanger : ■ Vïso peregrino, dominum se esse nescivit i. Ayant tant de serviteurs et une si nombreuse famille , il prenait néanmoins pour son partage le soin et l’obligation de servir les nécessiteux. Aussitôt qu'ils s'approchent de sa maison, lul-méme s'avance pour les recevoir, lui-méme va choisir dans son troupeau ce qu'il y a de plus délient et de plus tendre , lui-méme prend le soin de servir leur table. Ce père des croyants voyait en esprit Jésus-Christ serviteur des pauvres , et voyant les pauvres être ses images , Il ne songe plus qu'il est le maître. En sa présence sentant ou son autorité cessée devant une telle puissance , ou sa grandeur honteuse de paraître devant uue telle humilité, il oublie qu’il est maitre : Dominum se esse

* Job. XXXI , 11 , 17, II, 10, 30.

> Pbil. 7.

» Joan. XIII, 15.

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