‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 222 sur 282 · JI · texte numérisé non relu

JI

* Luc.

quel repos I Que je finirais volontiers sur cette aimable promesse, et sur cet exemple admirable d’humilité et de patience en ce saint voleur, de bonté et de miséricorde dans le Fils de Dieu! Mais il y a des âmes de fer, que les douceurs de la piété n’attendrissent pas; et il faut, pour les émouvoir, leur proposer le terrible exemple de la vengeance exercée sur celui qui souffre la croix avec un cœur endurci et impénitent : c’est par où je m’en vais conclure.

TROISIÈME POINT

Il est assuré, chrétiens, et peut-être vous vous souviendrez que je l'ai déjà prêché dans cette chaire, que la prospérité des impies, et cette paix qui les enfle et qui les enivre jusques à leur faire oublier la mort , est un commencement de vengeance, par laquelle Dieu les livrant à leurs passions brutales et désordonnées, leur laisse « amas- • ser un trésor de haine, comme parle le saint « apôtre • , en ce jour d’indignation et de fureur « implacable. « Mais si nous voyons, dans les saintes Lettres, que Dieu sait, quand il lui plaît, punir les impies par une félicité apparente; cette même Écriture, qui ne ment jamais, nous enseigne qu’il ne les punit pas toujours en cette manière , et qu'il leur fait sentir quelquefois la pesanteur de son bras par des événements sanglants et tragiques. Cet endurci Pharaon , cette prostituée Jézabel , ce maudit meurtrier Achab ; et, sans sortir de notre sujet, ce larron impénitent et blasphémateur, rendent témoignage à ce que je dis, et nous font bien voir, chrétiens, que la croix, qui nous est, si nous le voulons, un gage assuré de miséricorde, peut être tournée par notre malice en un instrument de vengeance; tant il est vrai , dit saint Augustin * , « qu’il faut con- « sidérer, non ce que l’on souffre, mais dans quel

esprit on le souffre; » et que les afflictions que Dieu nous envoie, peuvent aisément changer de nature, selon l’esprit dont on les reçoit.

Les hommes endurcis et impénitents qui souffrent sans se convertir, commencent leur enfer dès cette vie , et ils sont une vive image des horreurs de la damnation. Chrétiens, si vous voulez voir quelque affreuse représentation de ces gouffres où gémissent les esprits dévoyés, n’ailez pas rechercher, n’allez pas rappeler les images ni des fournaises ardentes, ni de ees monts ensoufrés qui nourrissent dans leurs entrailles des feux immortels, qui vomissent des tourbillons d’une flamme obscure et ténébreuse, et que Tertullien appelle élégamment pour cette raison , « les cheminées de « l’enfer : * Jgnis inferni fumariola 3. Voulez-

1 Rom. ii, r».

* De Cirit. Üei , lit». I, cap. vin, t. Tll, fol. 8-

* ïtrtult. I, Pttnil- iT 12.

DES SOUFFRANCES

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vous voir aujourd’hui uue vive peinture de l'eufcr, et un tableau animé d'une âme condamnée voyez un hommequi souffre, et qui ne songe point i se convertir.

En effet, le caractère propre de l'enfer, ce n'est pas seulement In peine , mais In peine sans la pénitence : car je remarque deux sortes de feux dans les Écritures divines. « Il y n un feu qui . purge , et un feu qui consume et qui dévore : » Vniuscujusque opus probabil ignis ■. Cnm igné ilevorante'. Ce dernier est appledans l’Évangile, * Un feu qui r.e s’éteint pas; » Ignis non extinguilur 1 ; pour le distinguer de ce feu qui s’allume pour nous épurer, et qui ne manque jamais de s’éteindre quand il a fait cet ofllee. La peine accompagnée de la pénitence , c'est un feu qui nous purilie ; la peine sans la pér itenec , c’est un feu qui nous dévore et qui nous consume; et tel est proprement le feu de l’enfer. C’est pourquoi nous concluons, selon ces principes, que les flammes du purgatoire purilient les âmes ; parce qu’ou la peine est jointe à la pénitence , les flammes sont purgatives ou purifiantes : et au contraire que le feu d’enfer ne fait que dévorer les âmes ; parce qu’au lieu de la componction de In pénitence , il ne produit que de la fureur et du désespoir.

Par conséquent, chrétiens, concluons qu'il n’y a rien sur la terre qui doive, nous donner plus d'horreur, que des hommes frappés de la main de Dieu, et impénitents tout ensemble : non, il n’y a rien de plus horrible puisqu'ils portent déjà sur eux le caractère essentiel de la damnation.

Tels sont ceux dont David parlait comme d’un prodige, que Dieu avait dissipés , et qui n'étaient pas touchés de componction : Dissipait sunl , nec cumpuncli * : serviteurs vraiment rebelles et opiniâtres, qui se révoltent même sous la verge; frappés et non corrigés; abattus et non humiliés; châtiés et non convertis. Tel était le déloyal Pharaon , qui s'endurcissait tous les jours sous les coups incessamment redoublés de la vengeance divine. Tels sont ceux dont il est écrit dans l'Apocalypse*, que Dieu lesavant frappes d'une plaie horrible, de rage ils mordaient leurs langues, et blasphémaient le Dieu du ciel , et ne faisaient point pénitence. Tels hommes ne sont-ils pas comme des damnés, qui commencent leur enfer à la vue du monde , pour nous effrayer par leur exemple, et que la croix précipite à In. damnation avec ce larron endurci ? On leur arrache les biens de cette

' 1. Cor. in . 13.

1 /#. xxxiu, is.

* Star r. ni . 17

* F), imv. I®.

v Âpoc xti i 9.

vie: ils se privent de ceux de la vie future, du siècle à venir : si bien qu'étant frustrés de toutes parts , pleins de rage et de désespoir, et ne sachant à qui s’en prendre, ils élèvent contre Dieu leur langue insolente par leurs murmures et par leurs blasphémés; - et il semble, dit Salvien,

• que leurs crimes sc multipliant avec leurs sup- « piiees, lu peine même de leurs péchés soit la mere « de nouveaux désordres : » lltpulares pœnam ipsorum criminum, quasi malrem esse viliorum '.

Apprenez donc, A pécheurs, qu'il ne suffit pas d’endurer beaucoup; etqu'encore que, selon la règle ordinaire, ceux qui souffrent eu cette vie aient raison d’espérer du repos en l’autre; par la dureté de nos cœurs, cette règle n’est pas toujours véritable. Plusieurs sont à lu croix, qui sont bien éloignés du crucifié : la croix dans les uns est une grâce ; la croix dans les autres est une vengeance. De deux hommes mis en croix avec Jésus-Christ, l'un y a trouvé la miséricorde , l’autre les rigueurs de la justice ; l’un y a opéré son salut, l’autre y n commencé sa damnation : la croix a élevé jusqu’au paradis la patience de l’un, et a précipité jusques à l’enfer i’impénitence de l'autre. Tremblez donc parmi vos souffrances : [ craingez ] qu’au lieu d’éprouver maintenant un feu qui vous purge dans le temps, vous n'allumiez par votre faute un feu qui vous dévore dans l’éternité.

Et vous , A enfants de Dieu , quelque fléau q ui tombe sur vous, ne croyez jamais que Dieu vous oublie ; et ne vous persuadez pas que vous soyez confondus avec les méchants, quoique vous soyez mêlés avec eux , désolés par les mêmes guerres , emportés par les mêmes pestes, affligés des mêmes disgrâces, battus enfin des mêmes tempêtes. » Le Seigneur connaît ceux qui sont a lui ■ , » et il sait bien démêler les siens de cette confusion générale. Le même feu fait reluire l’or, et fumer la paille : « Le même mouvement , dit saint Au-

• gustin 1 , fait exhaler la puanteur de la bouc , et - la bonneodeur des parfums; -et le vin n’est pas confondu avec le marc, quoiqu'ils portent tous deux le poids du même pressoir. Ainsi les mêmes afflictions qui désolent , consument les méchants , purifient lesjustes; et quoique l'on vous reproche, vous ne serez jamais confondus, pourvu que vous ayez le courage , la force de vous discerner.

Prenez In médecine ; la main de Dieu est invisiblement étendue [ pour vous la présenter : recevez-la avec joie. ] « îles frères, dit l'apêtre saint » Jacques*, considérez comme le sujet d'une ex-

1 lit gubrrnnt. Ü<i, lib- Tl, n” 13, p. I lu.

5 H. Tintolh. il, |î*.

• 3 /Je Cirit. !My lib. I, cap. tiii, I. vu, col. a.

• Jnc. 1,3, 3,4, 11.

SUR LES DEVOIRS DES ROIS

« trime joie les diverses afflictions qui vous arri-

• vent; sachant que l'épreuve de votre foi pro-

• duit la patience : or, la patience doit être par- « fuite dans ses œuvres et dans ses effets , alla « que vous soyez parfaits et accomplis en toute

• manière, et qu’il ne vous manque rien... Heu- « reus celui qui souffre patiemment les tentations

• et les maux de cette vie, parce que, lorsque . sa vertu aura été éprouvée, il rece vra la couronne

• de vie que Dieu a promise a ceux qui l'aiment. • Si la tentation vous presse,» persévérez jusques à ta fin : • Persévéra ust/ue in finem; ■ parce que la

■ tentation ne persévérera pas toujours : » Quia lentalio non persévérât usque in finem'. Mais cet homme m'opprime par ses violences : Et ad hue pusiltum , et non erit peceator 1 : ■ Encore

■ un peu de temps , et le pécheur ne sera plus. Le « médecin flatte son malade, mais ce délai est

• importun : l'infirmité fait paraître long ce qui

• est court : * Inftrmitas facit diu videri t/uod cito est 5. Quand un malade demande a boire, chacun se presse pour le servir; lui seul s'imagine que le temps est long. Ifodie, - aujourd'hui, > dit le Fils de Deu : ne crains pas , ce sera hientiit. Cette vie passera bien vite ; elle s'écoulera comme un Jour d'hiver où le matin et le soir se touchent de près : ce n’est qu'un jour, ce n'est qu'un moment , que l'ennui et l’infirmité fait paraître long; quand il sera écoulé, vous verrez alors combien il est court. O quand vousscrezdans la vie future !

Mais je gémis dans la vie présente, et je suis accablé de maux. Eli bien ! abandonnez-vous à l’impatience : en serez-vous bien plus soulagé, quand vous aurez ajouté le mal du chagrin, et peut-être celui du murmure, aux autres qui vous tourmentent? Profitez du moins de votre misère , de peur que vous ne soyez du nombre de ceux auxquels saint Augustina dit ce beau mot:- Vous > perdez l’utilité de vos souffrances : » Perdidislis ulililatem calamitatis, et miserrimi facti estis, etpessimi permansistis 4 : - Vous perdez

• l’utilité de votre misère, vous êtes devenus

• misérables, et vous êtes demeurés méchants.

1 S. Jug. in Jonn. Tract. XLY, n* IS, tara, ni, pari. Il, col. flou.

M Pt. xxxvi • 10.

* In Pt. xxxvi. tenu. i , n* 10, 1. IV, col.

* De Civil. Un, lli>. 1, cap. xxxtli , I. vu , col. 30 .

TROISIÈME SERMON

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