‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 223 sur 282 · POL’H · texte numérisé non relu

POL’H

LE DIMANCHE DES RAMEAUX

rntalIÉ DEVANT LE *01.

SUR LES DEVOIRS DES ROIS

Quelle c«t la source de la puissance temporelle. Sentiments d'un roi Mge qui voit lets peuples mm i mis à son empire. Gun- Mro les souverains doivent avoir dans l’esprit la majesté de Dieu profondément gravée. Services que l'£gli>e a droit d'attendre des prince» chrétiens. Quels sont leurs devoirs, pour faire régner JéMivClirist sur leurs peuples Qualité* et dispositions qui leur sont nécessaires pour reudre la Justice cl connaître la vérité.

Diale (dix Sion : Eccc Rcx luus vcoit libi mansuctus, stdens super asinani.

Dites à lu fille de Sion : Voici ton Roi qui /ait son entrie, plein (te bonté et de douceur, assis sur une dnrsse ; paroles du prophète Zacharie , rapportées eu l'évangile de ce jour. Mallli. x\t , 5.

Parmi toutes les grandeurs du monde, il n’y n rien de si éclatant qu’un Jour de triomphe; et j'ai appris de Tertullien , que ces illustres triomphateurs de l’ancienne Rome marchaient avec tant de pompe, que, de peur qu’étant éblouis d’une telle magnificence ils ne s’élevassent enfin au-dessus de la condition humaine, un esclave qui les suivait avait charge de les avertir qu’ils étaient hommes : Resptcc post le , hominem te mémento *.

Le triomphe de mon Sauveur est bien éloigné de cette gloire; et au lieu de l’avertir qu’il est homme, je me sens bien plutôt pressé de le faire souvenir qu’il e>t Dieu. Il semble en effet qu’il l’a oublié. Le prophète et l’évangéliste concourent à nous montrer ce Roi d’Israël monté , disent ils, « sur une ânesse, * sedens super asinam. Chrétiens, qui n'en rougirait? est-ce là une entrée royale? est-ce là un appareil de triomphe? Estce ainsi, ô Fils de David, que vous montez au trône de vos ancêtres et prenez possession de leur couronne? Toutefois arrêtons , mes frères, et ne précipitons pas notre jugement. Ce Roi , que tout le peuple honore aujourd’hui par ses cris de réjouissance, ne vient pas pour s’élever au-dessus des hommes par l’éclat d’une vaine pompe , mais plutôt pour fouler aux pieds les grandeurs humaines , et les sceptres rejetés, l’honneur méprisé, toute la gloire du monde anéantie, font le plus grand ornement de son triomphe. Donc pour admirer cette entrée , apprenons avant toutes choses à nous dépouiller de l’ambition et à mépriser les grandeurs du monde. Ce n'est pas une entreprise médiocre de prêcher cette vérité à ia cour, et nous avons besoin plus que jamais d’implorer le

1 jéJtUf'J U* 33.

SUR LES DEVOIRS DES ROIS

secours d'en haut par les prières de la sainte V ierge. Avgf Maria.

Jésus-Christ est roi par naissance ; il est roi par droit de conquête; il est encore roi par élection. Il est roi par naissance , Fils de Dieu dans l'éternité, Fils de David dans le temps : il est roi par droit de conquête; et outre cet empire universel que lui donne sa toute-puissance, il a conquis par son sang , et rassemblé par sa foi , et policé par son Évangile un peuple particulier, recueilli de tous les autres peuples du monde : enfin il est roi par élection; nous l'avons choisi par le saint baptême, et noos ratifions tous les jours un si digne choix par la profession publique du christianisme. Un si grand Roi doit régner : sans doute qu'une royauté si réelle et fondée sur tant de titres augustes , ne peut pas être sans quelque empire. 1 1 règne en effet par sa puissance dans toute l’étendue de r»iniv/.rs«mîdsil fl ytp|)|| !<>< rnU ppur être les principaux instruments de cette yqisagnee : c'est à eux qu'appartient Ta gloire de faire régner Jésus-Christ; ils doivent le faire régner sur eux- mêmes, ils doivent le faire régner sur leurs peuples.

Dans le dessein que je me propose de traiter aujourd'hui ces deux vérités, je me garderai plus que jamais de rler avancer de mon propre sens. Que serait-ce qu'un particulier qui se mêlerait d'enseigner les rois? Je suis bien éloigné de cette pensée : aussi on n'entendra de ma bouche que les oracles de l’Écriture, les sages avertissements des papes , les sentences des saints évêques , dont les rois et les empereurs ont révéré la sainteté et la doctrine.

Et d'abord, pour établir mon sujet, j’ouvre l'Histoire sainte pour y lire le sacre du roi Joas 1 , fils du roi Joram. Une mère dénaturée et bien éloignée de celle dont la constance infatigable n’a eu de soin ni d’application que pour rendre à un fils illustre son autorité aussi entière qu’elle lui avait été déposée, avait dépouillé ce jeune prince , et usurpé sa couronne durant son bas fige. Mois le pontife et les grands ayant fait une sainte ligue pour le rétablir dnns son trône, voici mot à mot, chrétiens, ce que dit le texte sacré : Impoxuerunt ci diadema , et teslimonium, dede runtgue in manu ejux tenendam legem : « Ils » produisirent le fils du roi devant tout le peuple : •• ils mirent sursa tête le diadème et le témoignage; « lui donnèrent la loi en sajnaili xjît jjs Téta; ■ firent roi;." Joïada, souverain pontife, fît la cérémonie de fonction : toute l'assistance fit des vrcux pour le nouveau prince, et on fit retentir

* II. Par. xs:i . io.

; le temple du cri « Vive le roi ! - imprecaliqw xunt eit et dixerunt : Vivat rex • !

Quoique tout cet appareil soit merveilleux ,

I j'admire sur toutes choses cette belle cérémonie \ I de mettre la loi sur la tête et la loi dans la main f du nouveau monarque : car ce témoignage , que j l'on met sur lui avec son diadème , n’est autre ( chose que la loi de Dieu, qui est un témoignage au 1 prince pour le convaincre et le soumettre dans sa conscience ; mais qui doit trouver dnns ses mains J | une force qui exécute , se fasse craindre , et qui ! fléchisse les peuples par le respect de l’autorité, j Sire, je supplie Votre Majesté de se représenter aujourd’hui que Jésus - Christ Roi des rois, et Jésus-Christ souverain pontife, pour accom- ! plir ces figures met son Evangile sur votre tête, et son Évangile en vos mains ; ornement auguste ! et royal, digne d’un roi très-chrétien et du fils aîné de l'Église. L’Evangile sur votre tête vous donne plus d'éclat que votre couronne : l'Évangile : en vos mains vous donne plus d’autorité que votre sceptre. Mais l'Évangile sur votre tête , c’est pour vous inspirer l’obéissance : l’Évangile en vos mains, c’est pour l'imprimer dans tous vos sujets.

• Et par là Votre Majesté voit assez , premièrement que Jésus-Christ veut régner sur vous; c’est ce ! que je montrerai dans mon premier point: et que ! par vous il veut régner sur vos peuples ; mon se- | cond point le fera connaître, et c’est tout le sujet de ce discours.

PIIEMI ER POINT.

« Les rois régnent par moi , » dit la Sagesse éternelle : Per me reges régnant * ; et de là nous devons conclure non-seulement que les droits de la royauté sout établis par ses lois, mais que le choix des personnes est un effet de sa providence. Et certes il ne faut pas croire que le Monarque du monde, si persuade de sa puissance et si jaloux de son autorité, endure dans son empire qu’aucun y ait le commandement sans sa commission particulière. Par lui, tous les rois régnent ; et ceux*', que la naissance établit, parce qu’il est le maître de la nature; et ceux qui viennent par choix, ; parce qu’il préside à tous les conseils; ■ et il n’y a sur la terre « aucune puissance qu’il n’ait or- { « donnée : - Aon est potestas, nisi à Deo, dit.l’oracle de l'Écriture 3.

Quand il veut faire des conquérants , il fait marcher devant eux son esprit de terreur pour effrayer les peuples qu’il leur veut soumettre :

« il les prend par la main , « dit le prophète Isaïe.

« Voici cc qu’a dit le Scigeur à Cyrus mon oint :

! • II. Par. X\|||, II.

\ 1 Pmv. vin , U.

| * Pain, llli, I.

SUR LUS DEVOIRS DES ROIS

« Je tournerai devant ta face le dos des mis enne* « mis : je marcherai devant toi , et j'humilierai a û tes pieds toutes les grandeurs de la terre : je « romprai les barres de fer, je briserai les portes ■ d'airain : - Hœc dicit Dominas Chrislo meo CyrOy cujus apprehendi de x te ram... dorsa regum vertam : Ego ante te ibof ctgloriosos terrœ humiliabo : portas œreas conteront, et vectcs fe rrcos confi ringam .

Quand le temps fatal est venu qu'il a marqué dès l'éternité à la durée des empires, ou il les renverse par la force : « Je frapperai , dit-il , tout

• le royaume d'Israël , je l'arracherai jusques à la

• racine, je le jetterai où il me plaira, comme

• un roseau que les vents emportent : » Perçu -

tiet Dominus Dcus Israël , sicul moveri so/et arundo in aqua : et evcllet Israël et venti-

lai) il cos irons Jlumen * : ou « il mêle dans les « conseils un esprit de vertige , qui fait errer l'É-

• gypte incertaine comme un homme enivré : * Mis cuit in medio cjus spiritum vertiginis : et errarc fecerunt Æggptum ... sicut errât ebrius et vouiens 3 : en sorte quelle s'égare, tantôt en des conseils extrêmes qui désespèrent, tantôt en des conseils lâches qui détruisent toute la force de la majesté. Et même lorsque les conseils sont modérés et vigoureux, Dieu les réduit en fumée par uneconduitecachécet supérieure; parce qu'il est « profond en pensées 4 , terrible en ses conseils « par-dessus les enfants des hommes 5 ; » parce que « ses conseils étant étemels , - Consilium Domini in œiernum manet 6, et embrassant dans leur ordre toute l'universalité des causes , « ils « dissipent avec une facilité toute-puissante les « conseils toujours incertains des nations et des « princes: » Dominus dissipât consilia gentium , reprobat autem cogitationes populorum; et reprobat consilia principum 7.

C’est pourquoi un roi sage , un roi-capitaine , victorieux, intrépide, expérimenté, confesse à Di ‘u humblement que c’est « lui qui soumet ses « peuples sous sa puissance : » Qui subdit popu lum meum sub me 11 regarde cette multitude infinie comme un abîme immense, d'ou s'élèvent quelquefois des flots qui étonnent les pilotes les plus hardis; mais comme il sait que c’est le Seigneur qui domine à la puissance de la mer, et qui adoucit scs vagues irritées; voyant son état ai calme, qu’il n’y a pas le moindre souffle qui

» l$. xit, i, a

1 lit. Rcg. xiy. If*.

• h. XI* , 14.

• Pi. XC1 , 6.

• Ibid. LXV, S.

• Ibid. XXXII, II.

1 Ibid, lu

• Ibid. C\l. III , 3-

en trouble la tranqullite : • O mon Dieu, [dit-il ,]

■ vous êtes mon protecteur ; c’est vous qui faite»

« fléchir sous mes lois ce peuple innombrable : • Prolector meus, et in ipso speravi, qui subdit

poputum meum sub me.

Polir établir celte puissance , qui représente la\ sienne, Dieu met sur le front des souverains et j sur leur visage une marque de divinité. C'est poiîp quoi le patriarche Joseph ne craint point de jurer par la tête et par le salut de Pharaon • , comme par une chose sacrée ; et il ne croit pas outrager i celui qui a dit : « Vous jurerai seulement au nom ! • du Seigneur *; • parce qu'il a fait dans le prlncrf? une image mortelle de son immortelle autorité, j « Vous êtes des dieux , dit David 3 , et vous êtes l . tous enfants du Très-Haut. * Mais , A dieux de chair et de sang, ô dieux de terre et dépoussière,

| vous mourrez comme des hommes. M'importe, vous êtes des dieux , encore que vuus mouriez,^ V C et votre autorité ne meurt pas : cet esprit de | royauté passe tout entier à vos successeurs , et ! imprime partout la même crainte, le même res- | pcet, la même vénération. L'homme meurt, il V4 est vrai; mais le roi, disons-nous, ne meurt ja- j mais : l’image de Dieu est immortelle.

1 1 est donc aisé de comprendre que de tous les hommes vivants, aucuns ne doivent avoir dans L'esprit la majesté de Dieu plus imprimée , que les rois : car comment pourraient-ils oublier celui dont ils portent toujours eo eux-mêmes une image si vive, si evpresse, si présente? Le prince sent en son cœur cette vigueur, cette fermeté , cette noble conflancc de commander : il voit qu'il ne fait que mouvoir les lèvres, et aussitôt que tout se remue d'une extrémité du royaume à l'autre.

Et combien donc doit-il penser que la puissance de Dieu est active! Il pénètre les intrigues, les trames les plus secrètes. - Les oiseaux du ciel lui . rapportent tout 4. • 11 a même reçu de Dieu , par l'usage desaffaires , une expérience , une certaine pénétration qui fait penser qu’il devine : DivinatipjAjabiis re(jis'‘. Et quand il a pénétré 'les trames les plus secrètes, avec scs mains longues et étendues il va prendre scs ennemis aux extrémités du monde, et les déterre , pour ainsi dire, du fond des abîmes , où Us cherchaient un vainnsilc. Combien donc lui est-il facile de s'imaginer que les mains et les regards de Dieu sont inévitables !

Mais quand il voit les peuples soumis, ■ obligé»,

• dit l'apôtre6, à lui obéir non-seulement pour Ig « crainte , mais encore pour la conscience ; ^p?Ct-

* Cf net. Xtll ,

* De ut x , 20.

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