AMM. XXVII, 2S
DK JESUS-CHRIST.
on y va bientôt attacher le divin Jésus, et on l'a déjà chargée sur ses épaules. C'est en ce lieu , chrétiens, que je ne puis vous dissimuler que je sens mon âme attendrie, quand je vois mon divin Sauveur porter lui-même sur ses épaules l’infâme instrument de son supplice. Ce qui me touche le plus vivement, c'est que de toutes les circonstances que nous avons vues , il n’y en a , ce me semble , aucune où il paraisse plus en pécheur. Être attaché à la croix, c’est souffrir le supplice des malfaiteurs; mais porter soi-méme sa croix, c'est confesser publiquement que l'on en est digne : il faut avoir bien mérité la mort, pour être contraint d’eu porter soi-même au gibet le malheureux instrument; tellement que cette Infamie, que l’on ajoutait au supplice des criminels, c'était une espèce d'amende honorable, et comme un aveu public de leur crime.
O Jésus, innocent Jésus, faut-il que vous confessiez que vous avez mérité ce dernier supplice? Il le faut, il le faut, mes frères. Les hommes lui imputent des crimes qu’il n’a pas commis ; mais Dieu a mis sur lui nos Iniquités, et voilà qu’il en va faire amende honorable à la face du ciel et de la terre. Aussitôt qu’il voit cette croix . ou il devait bientôt être attaché : O mon Père , ditil, elle m’est bien due, non à cause des crimes que les Juifs m’imposent , mais à cause de ceux dont vous me chargez. Viens , ô croix , viens que je t’embrasse : il est juste que je te porte , puisque je t’ai si bien méritée. Il la charge sur ses épaules , dans ce sentiment ; il ramasse toutes scs forces pour la traîner jusqu'au Calvaire : en la chargeant sur ses épaules, il se charge et se revêt de nouveau de tous les crimes du inonde, pour les aller expier sur ce bois infâme.
Çà, y a-t-il encore quelque crime dont Jésus ne soit point chargé? qu’on l’apporte et qu’on le jette sur Jésus-Christ; pendant qu’il va au supplice, il ne faut pas qu’aucun lui échappe. Ah! tout y est, la charge est complète. Approchonsnous, chrétiens; et pendant que nos continuelles désobéissances, nos crimes, nos ingratitudes traînent Jésus-Christ au supplice, et sont toutes entassées sur ses épaules , que chacun vienne rccon naître la part qu’il a dans ce fardeau. Hélas! moi misérable, de combien en ai-jeaugmenté le poids? ab ! combien de crimes et d’ingratitudes ai-je entassées sur ses épaules? Pleurons, pleurons, mes frères, envoyant chacun de nouscettecharge infâme dont nous accablons le Sauveur : tous nos péchés sont sur lui, tous lui pèsent , tous lui sout à charge ; mais ceux dont le poids est insupportable , ce sont ceux dont nous ne foisons point pénitence.