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TU01S1EHE POIXT.
Il fallait que tout fût divin dans ce sacrifice : il fallait une satisfaction digne de Dieu , et il fallait qu’un Dieu in fît ; une vengeance digne de Dieu , et que ce fût aussi Dieu qui la fit. Être attaché &un bois infâme, avoir les mains et les pieds percés ; ne se soutenir que sur ses blessures, et tirer ses mains déchirées de tout le poids de son corps affaissé et abattu ; avoir tous les membres brisés et rompus par une suspension violente ; sentir cependant et sa langue et ses entrailles desséchées , et par la perte du sang , et pnrun travail incroyabled’espritetde corps , et ne recevoir pour tout rafraîchissement qu’unbreuvage de fiel et de vinaigre; parmi ces douleurs inexplicables, voir de loin un peuple infini qui se moque , qui remue la tête , qui fait un sujet de risée d’une extrémité st déplorable ; avoir deux voleurs a ses côtés , dont l’un , furieux et désespéré , meurt en vomissant mille blasphèmes : c’est à peu près, mes frères, ce que notre faible imagination peut se représenter de plus terrible en Jésus-Christ crucifié. Ce spectacle , à la vérité, est épouvantable, cet amasde maux fait horreur; mais ni lacroauté de cesuppllce , ni tous les autres tourments dont nous avons considéré la rigueur extrême, ne sont qn’un songeât une peinture, en comparaison des douleurs, de l’oppression, de l’angoisse que souffre l’âme du divin Jésus sous la main de Dieu qui lefrappe. Figurez-vous donc, chrétiens, que tout ce que vous avez entendu , n'est qu'un faible préparatif : le grand coup du sacrifice de Jésus-Christ, qui abat cette victime publique de tous les pécheurs aux pieds de la justice divine , devait être frappé snr la croix , et venir d'une plus grande pulssunce que de celle des créatures.
En effet , il n’appartient qu’à Dieu de venger ses propres injnres ; et tant que sa main ne s'en mêle pas, les péchés ne sont punis que faiblement : à lui seul appartient de faire , comme if faut , Justice aux pécheurs; et lui seul a le bras assez puissant pour les traiter selon leur mérite.
. A moi , à mol , dit-il, la vengeance : eh ! je leur * saurai bien rendre ee qni leur est dû : ■ Mil» vindicta , et ego rétribuant' . Il fallait donc , mes frères, qu’il vint lui -même contre son Fils avec tous ses foudres : et puisqu’il avait mis en lui nos péchés , il y devait mettre aussi sn juste vengeance. II l'a fait , chrétiens ; n’en doutons pas. C’est pourquoi le même prophète nous apprend que , non content de l’avoir livré à la volonté de ses ennemis, lui-même voulant être de la partie, l'a rompu et froissé par les coups de sa main toutepuissante : Et Dominai volait conterere eam in
! 1 /font. KJ1 , Iv
SUR I.A PASSION
infirmilule ' : I! l it fai! , dit-il , il .1 voulu le faire : Yuluil conterere; c’est par uu dessein prémédité. Jugez, messieurs , ou va ce supplice : ni les hommes, ni les anges ne le peuvent jamais concevoir.
Saint Paul nous en donne une idée terrible, lorsque , considérant d'un côté toutes ecs étranges malédictions que la loi de Dieu attache justement aux pécheurs , et regardant d'autre part des yeux de la foi Jésus-Christ tenant leur place en lacroix, Jésus-Christ devenu péché pournous’, comme il parle, il ne craint point de nous dire que • Jésus-Christ a été fait pour nous malédic- ■ tion1 * * »( le grec porte, exécratiou), et cela de la part de Dieu : car il est écrit dans la loi , et c'cst Dieu même qui l'a prononcé : « Maudit de
- Dieu est celui qui est pendu sur le bois 4. • Et saintPaul nous apprend , messieurs , que cette parole était prophétique , et regardait principalement le Fils de Dieu , qui étai t la fin de la loi 5 : c'est pourquoi ii la lui applique determinément. Le voila donc maudit de Dieu : l'eussions-nous osé dire , l'eussions-nous seulement osé penser, si le Saint-Esprit ne nous l'appreuait? Mais puisque cette doctrine vient de si bon lieu, tâchons de l’entendre comme nous pourrons.
Je trouve, dans l'Écriture, que la malédiction de Dieu contre les pécheurs les environne par le dehors : Induli malediclioncm sicut vestimentum 6 : « Il s’est revêtu de la malédiction ainsi
- qued'un vêtement: • qu'elle pénétré plus avant, et qu'elleentreau dedans en s'attachant aux puissances del'âme : Inlraoilsicut aquain inieriora ejus ; et enlin qu’elle la pénètre jusque dans le fond de sa substance : et sicul olcum in ossibus ejus i : « et comme l'huile jusque dans la moelle
• des os. • Jésus-Christ mon Sauveur, avez-vous été réduit à ce point? Oui, n'en douions pas, chrétiens; la malédiction l’a environné par le dehors. Son Pure, qui, durant le cours de sa vie, s'était plu tant de fois de donner des marques de l'amour qu'il avait pour lui , maintenant le laisse sans aucun secours , sans aucun témoignage de protection :faitescequeque vous voudrez , je l’abandonne. Et que faites-vous? ô Père céleste? c'cst alors qu'il le fallait secourir : Vlqttid, Domine, rccessisti longe? • Pourquoi vous
• êtes vous retiré si loin ? ■ si loin , que vous ne paraissez pas : Despicis in opporlunilatibus ‘ :
1 h. uu, 10.
’ 11. r«r. V, si.
* Gel. lu, 13.
• Dret xxl.M
» Gai. III , 13.
* Pi. CVIII , IS.
> nu.
• Pt. IV , 23.
- Vous dédaignez de le regarder dans le temps « de son besoin et de son affliction, • dans l’occasion la plus importante. Voila les Juifs qui lui disent en termes formels , • que s’il descend de la « croix , ils croiront en lui * : » c'est ici qu'il faudrait que lescieux s'ouvrissent; c'est le temps ou il faudrait faire résonner cette voix céleste: >Ce- « lui-ci est mon Fils bicn-aimé*. • Non , le ciel est d'airain sur sa tête : bien loin de le reconnaître par aucun miracle, il retire jusqu'aux moindres marques de protection , jusque-là que les démons mêmes , sentant bien ce prodigieux abandonnement, s'avancèrent aussi contre Jésus-Christ, pour en faire le jouet de leur fureur. [ Apres avoir achevé toutes leurs tentations, ils s'étaient retirés de lui jusqu'à un autre temps], l ègue ailletnpus ’jcequelessalntsPèresintcrprctent dutemps de sa passion 4 , qui était en effet leur temps. Et je vous laisse à penser si l'ayant remué si terriblement dans le désert, maintenant que voici leur jour, combien ils lui auront fait sentir d’outrages I
Secondement, messieurs, la malédiction de Dieu pénètre au dedans, et frappe Jésus-Christ dansses puissances. Je remarque dans l'Écriture, que Dieu a un visage pour les justes , et un visage pour les pécheurs. Le visage qu’il a pour les justes, est un visage serein et tranquille , qui dissipe les nuages , qui calme les troubles de la conscience ; qui la remplit d’une sainte joie : Adimptcbis ma Iwtitia mm vuUuluo \ O Jésus crucifié ! ce visage était autrefois pour vous; autrefois, autrefois; mais maintenant la chose est changée : il y a un autre visage , que Dieu tourne contre les pécheurs, un visage dont 11 est écrit : Yultus autem Domini super facientes ma/a6: « Levisagede Dieu « sur ceux qui font mal : » c'est le visage de la Justice. Dieu montre à son Fils ce visage, il lui montre cet œil enflammé ; il le regarde, non de ce regard doux et paciflque qui ramène la sérénité , mais de ce regard terrible > qui allume le • feu devant soi : * Ignis in conspcctu ejus exarde.sce/2,doatil porte l'effroi dans les consciences ; il le regarde enfin comme un pécheur, et marche contre lui avec tout l'attirail de sa justice. Mon Dieu , pourquoi vois je contre moi ce visage dont vous étonnez les réprouvés? Visage de mon Père, ou êtes-vous? visage doux et paternel , |e ne vois plus aucun de vos traits, je ne vois plus qu’un Dieu irrité. Deus, Dcus meus! 0 bonté t
1 Malts. xxTll , 43
I* Ibid. XTII , 6.
3 Ida ?. nr, 13.
1 S. Aug. in Pi. xxx , F.narr. H, 11- le, t. ly, col. Ibl * Pi. xv , 1 1.
‘ Pi. XXXIII, I.
■Pi. xux.37.
UE JESUS-CHRIST
6 miséricorde ! ah ! que vous vous êtes retirée bien loin! finis, Drus meus, ul quid deretiquisti mc'î Troisièmement , messieurs , In malédiction de Dieu va pénétrant dans le fond de son âme : il n'appartient qu'à lui de l’aller chercher jusque dans son centre. Le passage en est fermé aux attaques les plus violentes des créatures; Dieu seul en la faisant se l'est réservé ; mais aussi , quand il veut, ■ il la renverse, dit-il, jusqu'aux - fondements : • Commovehil illos afundumenlis \ Cela s’appelle dans l'Écriture, briser les pécheurs : Dominus conleret scelestos et perçatores J. Et pour donner In perfection au sacrifice que devait le divin Jésus à la justice divine, il fallait qu'il fût encore froissé de ce dernier coup : et c'est ce que le prophète a voulu dire dans cc passage, quis'entend de lui à la lettre : Dominus volait cvnlerere eum in infirmitate * : « Le Sei-
* gneura voulu le briser dans son infirmité. » S'attende* pas , mes frères , que je vous représente ee dernier supplice; mais concevez seulement qu'il fallait que le Fils de Dieu sentit en luimême une oppression bien violente , pour s’écrier comme il fit : « Et pourquoi , mon Père, m'aban-
• donnez-vous? • ilfallait pour cela que la divinité de Jésus-Christ se fiit comme retirée en ellemême; ou que ne faisant sentir sa présence que dans une certaine partie de l'âme , ce qui n’est pas impossible à Dieu, qui sait diviser l’esprit d'avec j l'âme, DMsionem animœ oc spirites ' , elle eût abandonné tout le reste aux coups de la vengeance divine ; ou que, par quelque autre secret inconnu aux hommes, ou par un miracle, comme tout est extraordinaire en Jésus-Christ, elle oit trouvé le moyen d’accorder l'union ensemble très-étroite de Dieu et de l'Homme, avec cette extrême désolation où l'Homme-Jcsus-Chrlst a été plongé sous lescoups redoublés et multipliés de la vengeance divine. De quelle sorte tout cela s’est fait, ne le demandez pas à des hommes : tant y a qu’il est infaillible qu'il n’y avait que le seul effort d'une angoisse inconcevable, qui pût arracher du fond de son cœur cette étrange plainte qu’il fait ù son Père : Quare me dervliquisti 6 ? C’est le mystère.
Pendant ce délaissement , Dieu était opérant en Jésus-Christ la réconciliation du monde, ne leur imputant point leurs péchés: en mêmetemps qu'il frappait, il ouvrait les bras aux hommes : il rejetait son Fils , et il nous ouvrait ses bras :
i MdU A. XXTIi, 4*
' Si p. IV, 19
* U. lui, 10.
1 Uehr. IV , I