‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 229 sur 282 · XXI. I · texte numérisé non relu

XXI. I

il le regardait en colère , et il jetait sur nous un regard de miséricorde : /'«ter poumons ; fiimitle, Deus, pour lui. Sa colère se passait en sc déchargeant; il frappait son Fils innocent, luttant contre la colère de Dieu. C'est ce qui se faisait à la croix, Jusqu’à tant que le Fils de Dieu, lisant dans les yeux de son Père qu'il était entièrement apaisé , vit enfin qu'il était temps de quitter le monde. Je pourrais ici, chrétiens, vous faire une vive peinture d'un Jésus mourant et agonisant, défaillant peu à peu, attirant l'air avec peine d'une bouche toujours ouverte et livide , et traînant lentement les derniers soupirs par une respiration languissante, jusqu'à ce qu’enfln l’âme se retire, et laisse le corps froid et immobile : ce récit pourrait peut-être émouvoir vos cœurs : mais il ne faut pas travailler à vous attendrir par de vaines Imaginations.

Jésus n’est pas mort de In sorte : il fait l'un après l'antre ce qu'il a à faire. Il parcourt toûtes les prophéties, pourvoir s’il reste encore quelque chose : il se retourne à son Père, pourvoir s'il est apaisé. Voyant enfin la mesure comble , et qu'il ne restait plus que sa mort pour désarmer entièrement la justice, il recommanda son esprit à Dieu ; puis élevant sa voix , avec un grand cri qui épouvanta tous les assistants, il dit hautement : » Tout est consommé' , ■ et remet volontairement son âme à son père, d'une action libre et forte ; pour accomplir , mes frères , ce qu'il avait dit, que nul ne la lui ête par force;

■ mais qu'il la donne lui-même deson plein gré’ ; ■ et ensemble pour nous faire entendre que vraiment il ne vivait que pour nous , puisque , notre paix étant faite, Il ne veut plus rester un moment au monde. Ainsi est mort le divin Jésus, nous montrant combien il est véritable , ■ qu’ayant

■ aimé les siens , il les a aimés jusqu'à la fin1. • Ainsi est mort le divin Jésus , . pacifiant par ses

■ souffrances le ciel et la terre*. « Il est mort , il est mort, et son dernier soupir a été un soupir d’amour pour les hommes.

Et je le dis , et je le répète , et vous n'êtes pas encore attendris : et moi , pécheur , qui vous parle, plus dur et plus insensible que tous les autres, je puis vous parler encore ! Il n’en est pas ainsi de ees personnes pieuses qui assistent à la mort du Sauveur Jésus : la douleur les saisit, de sorte qu'elle étouffe jusqu'aux sanglots , qu'elle ne leur permet pas même les soupirs. 0 Marie , divine Marie ! À de toutes les mères la plus désolée ! qui pourrait ici exprimer de quels yeux

1 J unit, xix, ao.

1 Ibid. X, 18.

* Ibid. xill. I.

' Cotou. I , lu.

fi.rj

SUR LA PASSION

vous vîtes celle mort cruelle? Tous les coups de Jésus sont tombés sur vous, toutes scs douleurs vous ont abattue , toutes ses plaies vous ont déchirée : votre accablement incroyable vousayant en quelque sorte rendue insensible, le dernier adieu qu'il vous dit renouvela toutes vos douleurs et rouvrit violemment toutes vos blessures : vous étiez en cela plus inconsolable , que , bien ioin de diminuer scs afflictions, vous les redoubliez en les partageant , et que vos douleurs mutuelles s'accroissaient ainsi sans mesure, etsemultipliaient jusqu'à l’infini , pendant que les flots qu'elles élevaieut se repoussaient les uns sur les autres par un flux et reflux continuel. Mais quand vous lui vîtes rendre les derniers soupirs , c'est alors que vous ne pouviez plus supporter la vie, et que votre âme le voulant suivre, laissa votre corps longtemps immobile.

Ce n’est pas pour cette V ierge , ô Père éternel , qu'il faut faire éclipser votre soleil, ni éteindre tous les feux du ciel; ils n'ont déjà plus de lumière pour elle : il n'est pas nécessaire que vous ébranliez tous les fondements de la terre , ni que vous couvriez d'horreur toute la nature, ni que vous menaciez tous les éléments de les remettre dans leur première confusion. Après la mort de son Fils tout le monde lui parait couvert de ténèbres ; la ligure de ce monde est passée pour elle , et de quelque endroit qu'elle se tourne , ses yeux ne découvrent partout qu'une ombre de mort. Elle n'est pas la seule qui en est émue : et pour ne point parler des tombeaux qui s'ouvrent et des rochers qui se fendent , les cœurs des spectateurs plus durs que les pierres , sont excités par cette mort à componction. J'entends un centenier qui s’écrie : • Très-certainement cet homme

* était juste '. - Tous ceux qui assistaient à ce spectacle s'en • retournaient, dit saint Luc , bat-

• tant leur poitrine : • perculientes perfora sua rcrertcbaniur ' .

Qu'il ne soit pas dit , chrétiens , que nous soyons plus durs que les Juifs. Ah! toutes nos églises sont aujourd'hui un Calvaire : qu’on nous voie sortir d’ici battant nos poitrines. Faisons résonner tout ce Calvaire de nos cris et de nos sanglots ; mais que ce ne soit pas Jésus-Christ tout seul qui en fasse le sujet. Ne pleurez pas sur moi , nous dit-il ; je n’ai que faire de vos soupirs, ni de votre tendresse inutile. Pleurez, pécheurs, pleurezsur vous-mêmes :et pourquoi pleurer sur nous-mêmes? Quia si ia viridi ligno hœc faciunt, ia arido quid fict 1 ? • Si on fait ceci dans ■ le Irois vert, que scra-t-il fait au bois sec? »

1 Luc. 1X01,47.

* Ibid. in.

* Ibid. 3!.

SI le feu de la vengeance divtae a pris si fortement et si tôt sur ce bois vert et fruetneux ; bois aride , bois déraciné , bois qui n’attends plus que ia flamme , comment pourras-tu subsister parmi ces ardeurs dévorantes? etc. *.

DEUXIÈME SERMON

roc»

LE VENDREDI SAINT

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