SCR LA PASSION DE N. S. JÉSUS-CHRIST
Comment Jésus-Christ crucifié non» apprend à discerner ce qui est digne de notre mépris. Pourquoi le Fils de Diru a-t-il voulu que sa croix fût plus un mystère d'ignominie que de douleur. Grandeur du prix auquel il nous a acheté'». Estime que nous devons concevoi r de nous- mêmes en qualité de chrétiens : obligations ou nous sommes de vivre pour le Sauveur. Victoire qu’il remporte sur la Justice de sou Père par «a contrition et son obéissance profonde. De quelle manière nous devons nous unir h sa douleur qui déplore nos crimes , et n son obéissance qui les répare.
Non eniin judicavi mescire aliquid inter vos, ni si Jesun* Chrutum , et hune crudfixnm.
Je n’ai pas jugé que je susse autre chose parmi vous, que Jésus-Christ, et lui crucifié. I. Cor. n, i.
Quelque étude que nous ayons faite pendant tout le cours de notre vie, et quelque soin que nous ayons pris d’enrichir nos entendements par la connaissance du monde et des affaires, ou par celle des arts et de la nature ; il faut aqjourd’hui , chrétiens, que nous fassions sur le Calvaire profession publique d’une sainte et bienheureuse ignorance , en reconnaissant avec l’apôtre , devant Dieu et devant les hommes , que toute la science que nous possédons est réduite à ces deux paroles : - Jésus, et lui crucifié. » Mais nous ne devons point rougir de cette ignorance, puisque c’est elle qui a triomphé des vaines subtilités de la sagesse du monde, et qui a fait que tout l’univers révère en cejour sacré, comme le plus grand de tous les miracles, le plus grand et le plus étrange de tous les scandales.
Mais je me trompe , messieurs , d’appeler du nom d’ignorance la simplicité de notre foi : il est yrai que toute la science du christianisme est réduite aux deux paroles que j’ai rapportées ; mais aussi clics renferment les trésors immenses
* Vidimus cum , et non eralaspectus. Is. un, 7. n Jésus-Christ défiguré , plus reconnaissable : au jardin - des Olives, par la perte de son repos : entre les mains « des Juifs , par la perte de sa puissance : en la croix , par « l’abandonnement de son Père. »
Ce* paroles, que Bossuet a écrites h la fin de sot sermon , renferment le plan d’uu autre discours sur la passi n. {Edit de D'Jorb.)
DE JESUS-CHRIST
de la sagesse du ciel , qui ne s'est jamais montrée plus à découvert, à ceux à qui la foi a donné des yeux , que dans le mystère de la croix. Ccst là que Jésus-Christ , étendant les bras , nous ouvre le livre sanglant dans lequel nous pouvons apprendre tout l'ordre des secrets de Dieu , toute l'économie du salut des hommes , la règle fixe et invariable pour former tous nos jugements , la direction sàrc et infaillible pour conduire droitement nos mœurs; en un mot, nn mystérieux abrégé de toute la doctrine de l'Évangile et de toute la théologie chrétienne.
C'est, mes sœurs, ce qui m'a donné la pensée de vous prêcher aujourd'hui ce grand et admirable mystère , dont saint Pool nous n parlé dans mon texte : la doctrine de vérité en Jésus souffrant ; la science du chrétien en la croix ! O croix ! que vous donnez de grandes leçons I Acroix ! que vous répandez de vives lumières! mais elles sont cachées aux sages du siècle : nul ne vous pénètre, qu’il ne vous révère; nul ne vous entend, qu'il ne vous adore : le degré pour arriver a la connaissance c’est une vénération religieuse. Je vous la rends de tout mon cœur, A croix de Jésus! eu l'honneur de celui qui vousa consacrée par son supplice , dont le sang, les opprobres et l'ignominie vous rcndentdigned'un culte et d’une adoration étemelle. Joignons-nous , Ames saintes, dans cette pensée , et disons avec l’Église : O crux, ave.
Si le pontife de l’Ancien Testament, lorsqu'il paraissait devant Dieu , devait porter sur sa poitrine , comme dit le Saint-Esprit dans l’Exode , « La doctrine et la vérité ' , » dans des ligures mystérieuses ; à plus forte raison le Sauveur, qui est la fin de la loi et le Pontife de la nouvelle alliance , ayant toujours imprimées sur sa personne sacrée, la doctrine et la vérité, par l'exemple de sa sainte vie et par scs actions irrépréhensibles , les doit porter aujourd'hui d'une manière bien plus efficace dans le sacrifice de la croix , où Il se présente à son Père pour commencer véritablement les fonctions de son sacerdoce. Approchons donc avec foi , chrétiens , et contemplons attentivement ce grand spectacle de la croix, pour voir la doctrine et la vérité gravées sur le corps de notre pontife, en autant de caractéres^ju'il n de blessures , et tirer tous les principes de notre science de sa passion douloureuse.
Mais pour apprendre avec méthode cette science divine, considérons en notre Sauveur ccqu’il n perdu dans sa passion , ce qu'il a acheté , ce qu’il a conquis : car il a dû y perdre quelque chose , parce que c'était un sacrifice ; il a dù y acheter
1 EimI. xxviii, ae.
quelque chose, parce que c'était un mystère de rédemption ; il a dù y conquérir quelque chose , parce que c'était un combat : et pour accomplir ces trois choses , je dis qu'il se perd lui-ménre , qu'il achète lésâmes, qu'il gagne le ciel. Pour se détruire lui-même, il se livre aux mains de ses ennemis ; c’est ce qui consomme la vérité de son sacrifice : en se livrant de la sorte , il reçoit les âmes en échange ; c’est ce qui achève le mystère de la rédemption : mnis ces âmes, qu’il a rachetées de l'enfer, il les veut placer dans le ciel , en surmontant les oppositions de la justice divine , qui les en empêche; et c'est le sujet de son combat. Ainsi vous voyez en peu de paroles toute l'économie de notre salut dans le mystère de cette journée. Mais qu'apprendrons -nous pour régler nos moeurs dans ect admirable spectacle? Tout ce qui nous est nécessaire pour notre conduite : nous apprendrons à perdre avec joie ce que Jésus-Christ a perdu , c'est-à-dire , les biens périssables ; à conserver précieusement ce que Jésus-Christ a acheté , vous entendez bien que ce sont nos Ames : A désirer avec ardeur ce que Jésus-Christ nous a conquis parlant detravanx : et je vous ni dit que c'était le ciel. Quitter tout pour sauver son Ame en allant à Dieu et à son i royaume , n'est-ce pas toute la science du ehristianisme?et ne la voyez-vous pas toute ramassée en mon Sauveur crucifié? Mais vous le verrez bien plus clairement , quand j’aurai établi par or- ] dre ces trois v érités proposées qui feront le sujet de ce discours.
I'BEMIEH roiüT.
Je ne pense pas, chrétiens, qu’il y ait un homme assez insensé pour ne pas aimer les biens éternels, s’il avait pu se résoudre à mépriser les biens périssables. Sans doute notre inclination irait droltement à Dieu , si elle n'était détournée par les attaches diverses que les sens font naître pour nous arrêter en chemin : d'où il est aisé de conclure , que le premier pas dans la droite voie , et aussi le plus difficile, c’est de mépriser les biens qui nous environnent ; et par une suite infaillible , que le fondement le plus nécessaire de la science dont nous parlons, c'est de savo r discerner au juste ce qui est digne de notre mépris.
Mais comme pour acquérir celte connaissance par la force du raisonnement , il faudrait un travail immense, Dieu nous ouvre un livre aujourd'hui où toutes les questions sont déterminées. En ce livre, lesdéclsions sont Indubitables , parce que c’est la sagesse de Dieu qui les a écrites : elles y sont claires et intelligibles, parce qu'il ne faut qu'ouvrir les yeux pour les voir : enfin clics sont ramassées en abrégé, parce que, sans parta-
SUR LA PASSION
ger son esprit en des études infinies, U suffit de considérer Jésus-Christ en croix.
Et il n'est pas nécessaire de faire de grandes présuppositions, comme dans les écoles des philosophes , ni de conduire lesesprits à la vérité par un long circuit de conclusions et de principes; il n’y a qu'une chose à présupposer, qui n'est ignorée d'aucun des fidèles : c'est que celui qui est attaché àcc bois intime, est la sagesse éternelle, laquelle par conséquent a pesé leschoses dans une Juste balance.
Et certainement , chrétiens , si nous voulons en juger par les effets , le Fils de Dieu a toujours estimé ce qui méritait de l'estime : la foi de la Cananéenne et [ celle j du Centenier ont trouvé en sa bouche leur juste louange '. Non-seulement il a distingue le mal et le bien , mais il a faità point nommé le discernement entre le plus et le moins : par là il a su connaître la juste valeur du denier de la pauvre veuve 1 ; et de peur de rien oublier, lia mis le prix jusqu'au verre d'eau qui se donne pour son service 5 : enfin tout ce qui a quelque dignité est pesé dans sa balance jusqu'au dernier grain. Qui ensuite ne conclura pas , que ce qu’il n rejeté avec mépris , n'était digne par conséquent d'aucune estime ?
Que si vous voulez savoir maintenant quelles sont les choses qu'il a méprisées , il n’est pas besoin que je parle : ouvrez vous-mêmes le livre , lisez de vos propres yeux ; les caractères en sont assez grand et assez visibles ; les lettres en sont de sang, pour frapper la vue avec plus de force : ona employé le fer et la violence, pour les graver profondément surlecorpsde Jésus-Christ crucifié.
Toute la peine, messieurs, c'est que, dans ce déluge de mnux infinis qui viennent fondre sur notre Sauveur, on ne sait sur quoi arrêter la vue : mais pour fixer nos regards , deux choses principalement sont capables de nous faire entendre l’état où 11 est réduit. C'est que dans cette heure destinée à ses souffrances , pour les faire monter jusqu'au comble , Dieu , par l'effet du même conseil , lâche la bride sans mesure a la fureur de scs envieux , et resserre dans le même temps toute la puissance de son Fils : il déchaîne contre sa personne toute la fureur des enfers, et il relire de dessus lui toute la protection du ciel. Il veut être traité de la sorte , pour rompre avec violence [les liens ] qui nous empêchent d'aller au bien véritable ; ■ et afin que nous puissions acquérir le - bien que nousdésirons, il nous a appris, ensouf-
• frant , à mépriser ce que nous craignons : » Et
• ut possemus bonum assequi quoi opta mus,
• Mail fi. XV, 23; VUI, 10.
• J Mare, xn, 43.
1 Unit*. X , 43.
perpetiendo doruit eontemnere quod lime mus. Ses ennemis sont en état de tout oser, et lui réduit dans le même temps à la nécessité de tout souffrir.
Le souvenir de ses bienfaits miraculeux, qu’il avait répandus à pleines mains sur ce peuple Ingrat , devait apparemment , chrétiens , sinon calmer tout à fait, du moins tempérer un peu l'excès de leur haine; mais c’est la haine au contraire quieffnce la mémoire de tous les bienfaits , et je ne m'en étonne pas. L’un des plus grands supplices du Fils de Dieu devait être l'ingratitude des siens ; c'est pourquoi les douleurs de sa passion commencent par la trahison d’un de ses apêtres. Après ce premier effet de la perfidie , tous ses miracles et tous ses bienfaits vont être couverts d'un épais nuage ; toute la mémoire en est abolie ; l'air ne retentira que de ces cris furieux : C'est un scélérat , c'est un imposteur ; il n dit qu’il détruirait le temple de Dieu ; et la-dessus la vengeance aveugle se précipite aux derniers excès; elle ne peut être assouvie par aucun supplice. * Méchants , dit
• saint Augustin • , quand ils lui rendraient le mal
• pour le mal , ils ne seraient pas innocents ; s’ils
• ne lui rendent pas le bien pour le bien , ils seront | - ingrats ; mais pour le bien ils lui rendent le mal,-
pour de tels bienfaits, de si grands outrages; il I n'y a plus de nom parmi les hommes qui puisse ! exprimer leur fureur.
Mais afin que nous entendions combien Jésus- Christ méprise tout ce que peut lui arracher la haine des hommes, et tout ce qu’elle peut lui faire souffrir; en même temps que scs ennemis sont en la disposition de tout entreprendre , il se réduit volontairement à la nécessité de tout endurer. Chrétiens, réveillez vos attentions; c’est ici que le mystère commence.
Pour en concevoir une forte Idée, je vous prie de considérer que l’heure dernière étant venue , en laquelle il avait été résolu que le Fils de Dieu se mettrait en un état de victime, il suspendit aussitôt tout l'usage de sa puissance , parce que l'état de victime étant un état de destruction , il fallait qu'il fût exposé sans force et sans résistance à quiconque méditerait de lui faire injure : et c’est ce qu'il a voulu nous faire connaître par ces paroles mémorables qu'il adresse aux Juifs dans le moment de sa capture : - Vous venez à moi comme
• à un voleur; cependant jetais tous les jours au
• milieu de vous , enseignant nu temple , et vous
• ne m'avez point arrêté ; mais c'est que c’est ici « votre heure et la puissance des ténèbres : » Sed hœc est hom vestra, et potestas tenebrarum ". Jusque-là, malgré leur fureur, ils ne pouvaient
1 In PmI. WXT11 . n- 33, t. IV , coi 30".
1 lue. XXII S3, 6‘J.
DE JESUS CHRIST
r!«n 60611*6 sa personne parce que sa volonté toute-puisscute leur liait les mains : mais il est maintenant du conseil de Dieu , qu'il resserre volontairement et qu'il retire en lui-même toute sa puissance, pour donner la liberté tout entière à la puissance opposée.
Il faut ici observer que cette suspension surprenante de la puissance du Fils de Dieu , ne restreint pas seulement sa puissance extraordinaire et divine; mais que, pour le mettre plus parfaitement en l'état d'une victime qu'on va immoler, elle resserre la puissance même naturelle , et en empêche tellement l'usage , qu'il n'en reste pas la moindre apparence. Qui ne peut résister a la force, se peut quelquefois sauver parla fuite; qui ne peut éviter d'être pris, peut du moins se défendre quund on l’accuse; celui à qui on ôte la juste défense , a du moins la voix pour gémir et se plaindrede l'injustice. Mais Jésus ne se laisse pas cette liberté : tout est lié ên lui, jusqu'à la langue ; il ne répond pas quand on l’accuse ; il ne se plaint pasquand on le frappe ; et jusqu'à ce cri confus que forme le gémissement , triste et unique recours de la faiblesse opprimée, par lequel elle tâche d’attendrir les cœurs , et d'empêcher par la pitié ce quelle n'a pu arrêter par la force. Il ne plaît pas à mon Sauveur de se le permettre : bien loin de s'emporter jusqu'aux murmures, on n’entend pas même le son de sa voix ; * il n’ou- • vre pas seulement la bouche : » Plon aperuit os suum >. 0 exemple de patience I mat suivi par les chrétiens, qui se vantent d'être ses disciples! Il est si abandonné aux insultes, qu'il ne pense pas même avoir aucun droit de détourner sa face des coups. Un ver de terre que l'on foule aux pieds , fait encore quelque faible effort pour se retirer; et Jésus, comme une victime qui attend le coup, n’en veut pas seulement diminuer la force par le moindre mouvcmentde tète : Faciem meam non averti ab increpantibus et conspuenlibus Ce visage autrefois si majestueux, qui ravissait en admiration le ciel et la terre , il le présente droit et immobile à toutes les Indignités dont s'avise une canaille furieuse. Pour quelle raison, chrétiens? Parce qu’U est dans uu état de victime , toujours attendant le coup ; c'est-à-dire , dans un état de dépouillement qui l'expose nu et désarmé pour être eu butte a toutes les insultes , de quelque coté qu'elles puissent venir, même des mains les plus méprisables.
L'étrange abandonnementde cette victime dévouée nous est très-bien expliqué par un petit mot de saint Pierre, en sa première épitre canonique, où, remettant devant nos yeux Jcsus-Chrlst
1 h. UU. 7.
souffrant, il dit • qu'il ne rendait point opprobres
• pour opprobres, ni malédiction pour malédic-
• tion , et qu'il n’usait ni de plaintes ni de mena-
• ces: « Cum paterrtur, noncomminabatur. Que faisait-il donc, chrétiens, dans tout le cours de sa passion? Voici une belle parole : Tradebat autem judicand se injuste ’ « il se livrait, il s’a-
• bandonnait a celui qui le jugeait injustement: • et ce qui se dit de son juge , se doit entendre conséquemment de tous ceux qui entreprenaient de lui faire insulte : Tradebat autem; il se donne à eux pour faire de lui à leur volonté. Un perfide le veut baiser, il donne les levres; on le veut lier, il présente les mains ; frapper à coups de bâton , Il tend le dos; on veut qu’il porte sa croix, il tend les épaules ; on lui arrache le poil , « c'est un
• agneau , dit l’Ecriture • , qui se laisse tondre. • Mais attendez-vous, chrétiens, que je vous représente en particulier toutes les diverses circonstances de cette sanglante tragédie? Faut-il que j'en fasse paraître successivement tous les différents personnages? un Malchus qui lui frappe la joue ; un Hérodc qui le traite comme un insensé ; un pontife qui blasphème contre lui ; un juge qui reconnaît et qui condamne néanmoins son Innocence? Faut-il que je promène le Fils de Dieu par tant de lieux éloignés qui ont sers 1 de théâtre à son supplice, et que je le fasse paraître usant sur son dos à plusieurs reprisestoute la dureté des fouets, lassant sur son corps toute la force des bourreaux , émoussant en sa tète toute la pointe des épines? La nuit nous aurait surpris a vaut que nous eussions achevé toute cette histoire lamentable. Parmi tant d'inhumanités, Il ne fait que tendre le cou, comme une victime volontaire. Enlin assemblez-vous, ôJuifs et Romains, grandset petits , peuples et soldats ; revenez cent fols à la charge, multipliez sans fin les coups, les injures, plaies sur plaies, douleurs sur douleurs , indignités sur indignités; qu'il devienne l'unique objet de votre risée , comme un insensé ; de votre fureur, comme un scélérat : Tradebat autem judicantise ; il s’abandonne à vous sans réserve; il est prêt à soutenir tout ensemble tout ce qu'il y a de dur et d'insupportable dans une raillerie inhumaine , et dans une cruauté malicieuse.
Après cela, chrétiens, que reste-t-il autre chose, sinon que nous approchions pour lire ce livre? Contemplez Jésus à la croix : voyez tous ses membres brisés ctrompusparune suspension violente : considérez cet homme de douleurs, qui, ayant les mains et les pieds percés, ne se soutient plus que sur ses blessures, et tire ses mains déchirées de tout le poids de son corps affaissé et abattu,
1 t. P tir. ||, S3.
* /*. un. 7.
SUR LA PASSION
par la perte du sang et par un travail inconcevable ; qut, parmi ces douleurs immenses, ne semble élevé si haut , que pour découvrir de loin un peuple infini, qui se moque, qui remue la tête , qui fait un sujet de risée d'une -extrémité si déplorable.
Apres ces décisions si sanglantes contre tous les biens de la terre , le monde a-t-il encore quelque attrait caché qui puisse mériter votre estime? Non , sans doute ; il n'a plus d’éclat. Saint Paul a raison de dire « qu'il est mort maintenant - et crucifié ■. > Jésus a répandu sur sa face toute I horreur de sa croix : dans le moment de sa mort, il fit rclirer le soleil , et couvrit de ténèbres pour an peu de temps le monde, qui est l'ouvrage de Dieu , mais il a obscurci pour jamais tout ce qui brille, tout ce qui surprend, tout ce qui éblouit dans ce monde de vanité et d'illusion , qui est le chef-d'œuvre du diable; il l’a détruit principalement dans la partie la plus éclatante , dans le trophée qu’il érige , dans l’idole qu’il fait adorer, je veux dire dans le faux honneur.
C’est pourquoi son supplice, quoique très-cruel, est encore beaucoup plus inftlme : sa croix est un mystère de douleurs, mais encore plus d’opprobres et d'ignominies. Aussi l'apôtre nous dit ,
• qu’il a souffert la croix en méprisant la honte
• et l'ignominie : ■ Sustinuit crueem confusione contempla >. Et il semble même réduire tout le mystère de sa passion u cette ignomiuie, lorsqu'il ajoute que Moïse jugea que • l'ignominie
• de Jésus-Christ était un plus graud trésor que ■ toutes les richesses de l’Égypte : » Majores divitias œslonans thersauro Ægyptiorum, im properium Christi 3. Rien de plus infime que le supplice de la croix ; mais comme l'infamie en était commune u tous ceux qui était nt à la croix, remarquons principlement celle dérision qui le suit dt puis le commencement jusqu'à l'horreur dt sa croix.
C'est une chose Inouïe que la cruauté et la risée se joignent ensemble dans toute leur force; parce que l’horreur du sang répandu remplit lime d'images funestes, qui répriment l'emportement de ccttc joie maligne dont se forme In moquerie, et l'empêche de se produire dans toute son étendue. Mais il ne faut pas s'étonner si le contraire arrive en ce jour, puisque l'enfer vomit son venin, et que les démons sont comme les fîmes qui produisent tous les mouvements que nous voyons.
Tous ces esprits rebelles sont nécessairement cruels et moqueurs : cruels , parce qu'ils sont en-
■ Cal. VI, II.
’ llrhr. VU, s.