SCR LA PASSION DE N. S. JÉSUS-CHRIST
Permrlé IroroobUe, magnificence el équité du testament de Jiisu*. Nécessité de l'effusion de «on sang; avec quelle ardeur et quelle profusion il le répand. Motifs que sa passion nous fournit d'une sainte horreur contre les désordres de notre vie, et d'un généreux détachement de la créature. Raison de* souffrances qu’il endure, et de l’ignominie dont it est couvert. Impression que nous devons ressentir de ses douleurs , pour avoir part à la grâce qu'citas nous ont méritée. Peinture vivante de Jésus-Christ mourant , dans les pauvres : sa passion retracée dans leur personne.
flic est sanguis meus oovi testament*.
C'est ici mon sang; U sang du nouveau testament. Matth. xxvi, M.
Le testament de Jésus-Christ a été scellé et cacheté durant le cours de sa vie ; il est ouvert aujourd'hui publiquement sur le Calvaire , pendant que l’on y étend Jésus à ia croix : c'est là qu'on voit ce testament gravé en caractères sanglants sur sa chair indignement déchirée ; autant de plaies, autant de lettres; autant de gouttes de sang qui coulent de cette victime innocente , autant de trafts qui portent empreintes les dernières volontés de ce divin Testateur. Heureux ceux qui peuvent entendre cette belle et admirable disposition que Jésus a faite en notre faveur, et qu’il a confirmée par sa mort cruelle! Nul ne peut connaître cette écriture, que l’esprit de Jésus ne l'éclaire, et que le sang de Jésus ne le purifie. Ce testament est ouvert à tous : et les Juifs et les (ientils voient le sang et les plaies de Jésus crucifié; « mais eeux-là n’y volent que scandale, « et ceux-ci n’y voient que folie *. » Il n’y n que nous, chrétiens, qui apprenons do Jésus-Christ même que le sang qui coule de ses blessures est le sang du nouveau testament; et nous sommes ici assemblés , non tant pour écouter, que pour voir nous-mêmes dans la passion du Fils de Dieu la dernière volonté de ce cher Sauveur, qui nous n donné toutes choses, quand il s’ost lui-même donné pour être le prix de nos âmes.
il y a dans un testament trois choses considérables : on regarde en premier lieu si le testament est bon et valide : on regarde en second lieu de quoi dispose le testateur en faveur de ses héritiers : et on regarde en troisième lieu ce qu'il leur ordonne. Appliquons ceci , chrétiens , à la dernière volonté de Jésus mourant : voyons la validité de ce testament mystique, par le sang et
par la mort dn testateur : voyons la magnificence de ce testament , par les biens que Jésus-Christ nous y laisse : voyons l’équité de ce testament , par les choses qu’il nous y ordonne. Disons encore une fois, afin que tout le monde l'entende , et proposons le sujet de tout ce discours. J’ai dessein de vous faire lire le testament de Jésus , écrit et enfermé dans sa passion : pour cela, je vous montrerai combien ce testament est inébranlable , parce queJésusl’aécrit de son propre sang : combien ce testament nous est utile , parce que Jésus nousy laisse la rémission de nos crimes : combien ce testament est équitable, parce que Jésus nous y ordonne la société de ses souffrances : voila les trois points de ce discours. Le premier nous expliquera le fond du mystère de la passion ; et les deux autres en feront voir l'application et l’utilité : c'est ce que j’espère de vous faire entendre avec le secours de la grâce.
PREMIER POINT
Comme toutes nos prétentions sont uniquement appuyées sur la dernière disposition de Jésus mourant, il faut établir avant toutes choses la validité de cet acte, qui est notre titre fondamental : ou plutôt , comme ce que fait Jésus-Christ se soutient assez de soi-méme , il ne faut pas tant l'établir, qu’en méditerattentivement la fermeté immobile, afin d’appuyerdessus notre foi. Considérons donc, chrétiens, quelle est la nature du testament de Jésus : disons en peu de paroles ce qui sera do doctrine, et seulement pour servir d’appui; et ensuite venons bientôt é l’application, lin testament, pour être valide, doit être fait selon les lois : chaque peuple , chaque nation a scs lois particulières. Jésus , soumis et obéissant , avait reçu ia sienne de son Père; et comme, dans l’ordre des choses humaines, il y a des testaments qui doivent être écrits tout entiers de la propre main du testateur, celui de notre Sauveura ceci de particulier, qu’il devait être écrit de son propre sang, et ratifié par sa mort, et par sa mort violente. Dure condition qui est imposée â ce charitable Testateur; mais condition nécessaire, que saint Paul nous a expliquée dans la divine Épitre aux Hébreux. • Dn testament , dit ce grand apôtre', « n'a de force que par le décès de celui qui teste :
• tant qu’il vit, le testament n'a pas son effet-
• de sorte que c’est la mort qui le rend fixe et in . variable : • e'est ta loi générale des testaments
• Il fallait donc, dit l’apôtre, que Jésus mourût,
• afin que le nouveau testament, qu’il a fait en « notre faveur, fût confirmé par sa mort. « Une mort commune ne suffisait pas; il fallait qu’elle fût tragique et sanglante; il fallait que tout ion
' Mrbr. IX, 16 , 17.
iy Go
1 L Cor. 1 . 23.
SDK LA PASSION
sang fût versé et toutes ses veines épuisées , afin qu’il nous pût dire aujourd'hui : ■ Ce sang, que
• vous voyez répandu pour la rémission des pé-
• chés, c'est le sang du nouveau testament, • qui est rendu immuable par ma mort cruelle et ignominieuse : Hic est enim sanguis meus novi leslamenli... in remissionem peccatorum '. i
Que si vous me demandez pourquoi ce Fils bienaimé avait reçu d’en haut cette loi si dure , de ne pouvoir disposer d’aucun de ses biens , que sous une condition si onéreuse ; je vous répondrai , en un mot, que nos péchés l'exigeaient ainsi. Oui, Jésus eût bien pu donner, mais nous n’étions pas capables de rien recevoir; notre crime nous rendait infâmes, et entièrement incapables de recevoir aucun bien : car les lois ne permettent pas de disposer de ses biens en faveur de criminels condamnés , tels que nous étions par une juste sentence. Il fallait donc auparavant expier nos crimes : c’est pourquoi le charitable Jésus, voulant nous donner ses biens qui nous enrichissent, il nousdonne auparavant son sang qui nous lave, afin qu’étant purifiés, nous fussions capables de recevoir le don qu'il nous a fait de tous ses trésors. Allez donc, 6 mon cher Sauveur, allez au jardin des Olives, allez en la maisou de Caiphe, allez au prétoire de Pilate, allez enfin au Calvaire , et répandez partout avec abondance ce sang du nouveau testament , par lequel nos crimes sont expiés et entièrement abolis.
C'est ici qu’il faut commencer à contempler Jésus-Christ dans sa passion douloureuse , et à voir couler ce sang précieux de la nouvelle alliance, par lequel nous avons été rachetés : et ce qui se présente d'abord â mes yeux , c’est que ce divin sang coùlc de Iui-mémc dans le jardin des Olives; les habits de mon Sauveur sont percés , et la terre tout humectée de cette sanglante sueur qui ruisselle du corps de Jésus. O Dieu I quel est ce spectacle qui étonne toute la nature humaine? ou plutôt quel est ce mystère qui nettoie et qui sanctifie lo nature humaine? Je vous prie de le bien entendre.
N’est-ce pas que notre Sauveur savait que notre salut était dans son sang, et que, pressé d'une ardeur immense de sauver nos âmes, il ne peut plus retenir ce sang, qui contient en soi notre vie bien plus que la sienne? Il le pousse donc au dehors par le seul effort de sa charité; de sorte qu'il semble que ce divin sang, avide de couler pour nous , sans attendre la violence étrangère , «c déborde déjà de Iui-mémc, poussé par le seul effort de la charité. Allons , mes frères, recevoir ce sang : « Ah I terre, ne le cache pas ; - Terra,
» xxvi , as.
ne operias sanguinem istum • : c'est pour nos âmes qu'il est répandu , et c'est à nous de le recueillir avec une fol pieuse.
Mais cette sueur inouïe me découvre encore un autre mystère. Dans ce désir infini que Jésus avait d’expier nos crimes, il s’était abandonné volontairement à une douleur infinie de tous nos excès : il les voyait tous en particulier, et s'en affligeait sans mesure , comme si lui-méme les avait commis ; car il en était chargé devant Dieu. Oui, mes frères, nos iniquités venaient fondre sur lui de toutes parts , et il pouvait bien dire avec David : Torrentes iniquitaiis conturbaverunt me ■ : * Les torrents des péchés m’ac- • câblent. > De là ce trouble où il est entré , lorsqu’il dit : • Mon âme est troublée 1 : » de là ces angoisses inexplicables qui lui font prononcer ces mots , dans l’excès de son accablement : « Mon « âme est triste jusqu’à mourir : - Tristis est anima mea usque ad mortem *. Car en effet, chrétiens, la seule immensité de cette douleur lui aurait donné le coup de la mort, s’il n’eût lui-méme retenu son âme, pour se réserver à de plus grands maux , et boire tout le calice de sa passion. Ne voulant donc pas encore mourir dans le jardin des Olives, parce qu'il devait, pour ainsi dire, sa mort au Calvaire, fl laisse néanmoins déborder son sang, pour nous convaincre, mes frères, que nos péchés, oui , nos seuls péchés sans le secours des bourreaux , pouvaient lui donner la mort. L'cussicz-vons pu croire , 6 pécheur, que le péché eût une si grande et si malheureuse puissance? Ah! si nous ne voyions défaillir Jésus qu’entre les mains des soldats qui le fouettent, qui le tourmentent, qui le crucifient nous n'accuserions de sa mort que ses supplices : maintenant que nous le voyons succomber dans le jardin des Olives, où il n'a pour persécuteurs que nos péchés, accusons-nous nous-mêmes de ce déicide; pleurons, gémissons, battons nos poitrines et tremblons jusqu'au fond de nos consciences. Et comment pouvons-nous n’étre pas saisis de frayeur, ayant en nous-mêmes, au dedans du cœur, une cause de mort si certaine ? Si le seul péché suffisait pour faire mourir un Dieu, comment pourraient subsister des hommes mortels , ayant un tel poison dans les entrailles? Non, non, nous ne subsistons que par un miracle continuel de miséricorde ; et la même puissance divine qui a retenu miraculeusement l’âme du Sauveur, pour accomplir son supplice, retient la nôtre pour accomplir, ou plutôt pour commencer notre pénitence.
* Job. XVI , Ifl-