SUR LA PASSION DE N. S. JÉSUS-CHRIST
Profondeur du mystère de la crois. Pourquoi tant de crime* concourent au supplice du Sauveur- Noire envie , première cause de toutes le* indignité* qu’il souffre. Jusqu’au va son obëtManea : cumulent nous devons Imiter sa patience. De quelle manière Dteu préside même aui mauvais conwii* : paix et couUance que celte pansée doit noua inspirer. Pardon univenci que JésufrCtirist accorde S tous ceux qui Poulr.icenl : motif* pressant* de traiter nu* ennemis avec ta même charité. Nécessité (Tune sage épreuve pour faire une sainte pAque-
Justus périt , et non est qui recogilet la corde soo.
Le juste meurt, et il ne se trouve personne qui médite
cette mort en son cœur. Is. lvh , j.
Toute la science du chrétien est renfermée dans la croix ; et le graud apôtre saint Paul après avoir appris au troisième ciel les secrets de la sagesse de Dieu , est venu publier au monde : qu'il ne savait autre chose que Jésus-Christ, et Jésus- Christ crucifié : Pion enim judicavi me scire aliquid inter vos , nisi Jesum Christum et hune crucifixiim *.
En effet il est véritable que la sagesse divine ne s'est jamais montrée plus A découvert, A ceux A qui la foi a donné des ycnx , que dans le mystère de la croix. C'est IA que Jésus-Christ étendant les bras nous ouvre le livre sanglant dans lequel nous pouvons apprendre tout l'ordre des conseils de Dieu, toute l’économie du saint des hommes , la règle flxe et invariable pour former tous nos jugements, la direction sûre et infaillible pour conduire droitement nos mœurs, enfin un mystérieux abrégé de toute la doctrine de l'Évangile et de toute la théologie chrétienne. Ce n'est donc pas sans raison que le prophète Isaie se plaint dans mon texte que cette mort n’est pas méditée : < Le juste meurt, nous dit-il , et per- • sonne n'y pense en son cœur. » C’est en vain que la sainte Église appelle aujourd’hui tous ses enfants A la croix : tons en révèrent l’image ; peu en contemplent le mystère; aucun presque ne s'en applique la vertu : de sorte que le plus saint de tous les spectacles , et celui qui est le plus capable de toucher tes cœurs, n’a pas de force pour changer les nôtres.
Qui me donnera, chrétiens, que je puisse aujourd’hui vous rendre attentifs A 1a croix de Jésus-Christ; que je puisse graver dans vos cœnrs un souvenir éternel de sa passion et vous décou-
• I. Cov. n , i
SUR LA PASSION
vrir les secrets qu'elle enferme pour votre salut? Mais, mes frères, nul n'est capable d'entendre le mystère de la croix , si auparavant il ne l'adore ; et le degré nécessaire pour pénétrer scs grandeurs, c’est de révérer ses bassesses.
Donc, A croix du Sauveur Jésus qui nous fais voir aujourd'hui le plus grand de tous les miracles dans le plus grand de tous les scandales; 6 croix supplice du juste, et asile des criminels, ouvrage de l'injustice, et autel de la sainteté; qui nous étesJésus-Christ, et qui nous le donnes; qui le fais notre victime et notre monarque, et enfermes dans le mystère du même écriteau la cause de sa mort et le titre de sa royauté ! reçois nos adorations, et fais-nous part de tes grâces et de tes lumières. Je te rends , ô croix de Jésus I cette religieuse adoration que l'Église nous enseigne; et pour l'amour de celui dont le supplice t'honore , dont le sang te consacre , dont les opprobres te rendent digne d'un culte éternel , je te dis avec cette même Église : O crux ! ave.
Ces saintes lamentations que l'Église récite durantees jours, les plaintes qui retentissent dans ses chants , la mystérieuse tristesse de scs cérémonies sacrées, nous avertissent que voici le temps de penser sérieusement à la mort du Juste ; et si nous refusons nos attentions à ce grand et admirable spectacle , le prophète s'élèvera contre nous par ces paroles de mon texte : • Le juste - meurt , dira-t-il , et cette mort si importante au ■ genre humain n'est considérée de personne : » Justus péril, cl non est qui rccoyitet in corde suo. Le juste dont il nous veut faire contempler la mort , c'est celui qui est nommé dans les Écri- I tures le juste par excellence 1 ; c'est celui qui a été | attendu dès l'origine du monde, sous ce titre vraiment auguste; c’est celui qui, ayant paru au temps destiné, a dit hautement à tous les hommes : « Qui de vous me reprendra de péché ' ! » et , pour tout dire en un mot , qui , étant Dieu et homme tout ensemble , est saint d'une sainteté infinie , et appelé pour cette raison le • Saint des •saints G Cependant une cabale impie s'est liguée malicieusement contre lui : elle a trouvé le moyen de corrompre un disciple perflde, d'animer un peuple infidèle , d'intimider un juge trop faible et malheureusement politique , et de faire concourir toutes les puissances du monde au supplice de l'innocent et du saint qu’on attache A un bois infâme au milieu de deux scélérats : Et cu/n iniquis rcpulalus est *.
' h. xlv, 8. Jer. xxhi, c, !. Joan. il, I.
» Joam. vni, 40.
* Don. IX, 34.
* It. un, I*-
Mais tandis que les Juifs ingrats traitent leur Sauveur en cette sorte ; lui cependant , qui reconnaît l’ordre de son Père dans leur haine aveugle et envenimée , et qui sait que c'est leur heure et la puissance des ténèbres, ne se sert ni de son pouvoir infini , ni de sa sagesse pour les confondre : Il ne fait que baisser la tête; et bien loin d’appeler à son secours des légions d'anges, luimême n'allègue rien pour sa justification. Bien plus, il ne se plaint pas même de ses ennemis. On a vu les innocents affligés faire de funestes imprécations contre leurs persécuteurs ; celui-ci , le plus juste sans comparaison et le plus indignement traité, ni ne dit rien de fâcheux, ni n'invoque contre les Juifs , qui le persécutent , le ciel témoin de sou innocence : au contraire , il n'ouvre la bouche que pour demander leur grâce; et non content de leur pardonner pendant qu'ils le font mourir inhumainement, Il offre encore pour eux ce sang que répandent leurs mains sacrilèges : tant sa bonté est Inépuisable 1
C'est ainsi que pendant que les méchants osent tout contre le Juste , non-seulement il souffre tout par obéissance, mais encore il pardonne tout par miséricorde. O le saint et admirable spectacle! qu'à jamais vu le ciel et la terre qui mérite plus d'être regardé, qu’une telle persécution si injustement entreprise, si humblement soutenue, si miséricordieusement pardonnée? Ouvrons donc les yeux , chrétiens ; et pour obéir au prophète qui nous presse avec tant de force de pensera la mort du Juste, considérons attentivement avec quelle malice on le persécute, avec quelle obéissance il se soumet , avec quelle bonté il pardounc. Mais puisque tout se fait ici pour notre salut, et que nous avons tant de part en toutes manières à la mort de cet innocent, pénétrons encore plus loin ; et nous trouverons, messieurs, dans ses persécutions notre crime, dans son obéissance notre exemple , dans le pardon cru’il accorde notre grâce et notre espérance.
premier roi.vr.
Il est aisé , chrétiens , de rencontrer notre crime dans les injustes persécutions du Sauveur des âmes. Car comme la foi nous apprend qu'il a été livré pour nos péchés * , nous pouvons comprendre sans peine , dit le dévot saint Bernard ’ , que nous sommes les auteurs de son supplice, plus que Judas qui le trahit, plus que les Juifs qui l'accusent , plus que Pilate qui le condamne , plus que les soldats qui le crucifient. Mais c'est d’une autre manière, que je préteuds considérer notre crime dans la passion du Sauveur. Je veux vous
I • Rom. IV, 25.
* » Scrm. Frr. rccund. Patch. jdppcnd. I. U, D* 13, 00 1. Mi.
DE JESUS-CHRIST
y faire voir le» diverse» dispositions de ceux qui ont concouru à persécuter l'innocent , et dons ces dispositions les inclinations et les mœurs des hommes, afin que chacun puisse reconnaître In malignité qu’il porte en son coeur. Pour cela, il faut remonter Jusqu'au principe et remarquer, chrétiens, que c'a été un conseil de Pieu : que Jésus-Christ, qui devait mourir pour le péché, mourut aussi par le péché même; je veux dire qu'étant In victime et In commune propitiation de tous les crimes du monde 1 , il est aussi arrivé que presque tous les crimes ont part à sa mort et à son supplice. C'est pourquoi nous y voyons concourir l'envie, la cruauté, la dérision, les blasphèmes, les artifices , les faux témoignages, l'injustice et la perfidie; enfin il a éprouvé tout ce qu'il y a de plus furieux , de plus injuste et de plus malin dans le cœur de l'homme.
Que si vous me demandez quelle a été la cause de ce conseil , et pourquoi tant de crimes ont concouru au snpplice du Sauveur des âmes; je vous dirai, chrétiens, c'est que le Fils de Dieu nous est proposé comme celui qui non-seulement doit expier les péchés et la malice du monde, mais encore ta faire haïr. Il y a dans la créature un fond de malignité infinie qui fait dire A l'apôtre saint Jean, non-seulement que le monde est malin, mais encore qu'il n’est autre chose que malignité : Mun dus lotus in ma/iyno posilus est'. [Elle s'estj produite contre Jésus-Christ pour deux raisons : il est venu combattre la malignité du monde ; il a été nécessaire qu'il la fit déclarer tout entière, afin de faire éclater l’opposition éternelle de lui et du monde : c’est pourquoi elle a , pour ainsi dire, marché contre lui comme en bataille rangée, et déployé contre lui tout ce qu'elle a de malices.
Secondement [il est venu] expier [les péchés] , nous donner les moyens de les connaître , et les motifs de les haïr. Mais rien ne nous peut faire haïr davantage la malignité du monde , que de lui voir répandre contre le Sauveur tout ce qu'elle a de venin. C'est pour cela qu'il a fallu que tout ce qu’il y a de plus secret , tout ce qu'il y a de profondeur dans la malice des hommes parût au jour ; afin qu’elle nous parût d’autant plus digne d'exécration , quelle est plus avant méléc dans le plus noir attentat que l'univers ait jamais vu. Ainsi la manière la plus utile de considérer les persécutions qu'on fait au Sauveur des âmes, c’est; de peser attentivement de quoi le coeur de l’homme a été capable ; afin qu'nutant de fois que nous connaîtrons en nous-mêmes quelque ressemblance avec ceux qui ont affligé et persécuté Jésus-Christ,
1 I. Joan. fl, S.
t tbid. V, 19.
est
nous voyions eu combien de sortes nous renouvelons le crime des Juifs et la passion du Sauveur des âmes.
Venez donc apprendre, messieurs, dans l'histoire de scs douleurs, ce qu'il faut attendre du monde : venez connaître le naturel et les malignes dispositions de l'esprit humain : enfin venez voir ce qu'il faut souffrir de l'amitié, delà haine, de l'indifférence des hommes ; de leur appui , de leur abandon , de leurs vertus et de leurs vices , de leurprobitéet de leur injustice. Tout est changeant, tout est infidèle , tout se tourne en affliction ;et Jésus-Christ nous en est un illustre exemple *
Que lui fera maintenant souffrir la (tireur de ses ennemis? Mille tourments , mille afflictions, mille calomnies. Mais avant que de vous parler de toutes ccs indignités , regardons-en la première cause qui était une noire envie. C'est la pins basse , la plus odieuse , la plus décriée de toutes les passions; mais peut-être la plus commune , et dont peu d'âmes sont tout a fait pures. Apprenons donc à la détester et à la déraciner jusqu’aux moindres fibres, puisquec'estcllcquia inventé ctexécuté tout ce qui aèté entrepris contre le Juste. Les hommes se piquent d'être délicats; et la flatterie de notre amour-propre nous fait si grauds à nos yeux , que nous prenons pour un attentat In moindre apparence de contradiciton, et nous nous emportons si peu qu'on nous blesse.
Mais ce qu'il y a en nous de plus déréglé, c'est que même , tant nous sommes tendres , on nous fâche sans nous faire mal , on nous blesse sans nous toucher. Celul-lâ fait sa fortune innocemment, et il nous rend ses enuemis par scs bons succès : ou sa vertu nous fait ombre , ou sa réputation nous offusque. Les scribes et les pharisiens ne pouvaient souffrir Jésus-Christ, ni la pureté de sa doctrine, ni l'innocente simplicité de sa rie et de sa conduite, qui confondait leur hypocrisie, leur orgueil et leur avarice. • O envie ! dit excel- « lemment saint Grégoire de Nazianze ', tu es la
* plusjusteet la plusinjuste de toutes les passions:
* Injuste certainement, parce que tu affliges les
* innocents ; maisjuste aussi tout ensemble, parce
* que tu punis les coupables : injuste encore une
■ fois , parce que tu incommodes tout le genre « humain; mais juste en cela souverainement,
* que tu commences ta maligne opération par le
■ cœur où tu es conçue. > Les pontifes des Juifs
• Voy« , pour remplir cotte lacune , le sermon précédent , depuis la page cts Jusqu’à la page 652. Il est à croire que Bossuet se proposait d’emprunter de ce même sermon ce qui manque ici, puisqu'il y renvoie dans un autre endroit du ma- 1 nuscrit- ( Édit, de f-'enuiHet. )
1 * Orat. iXTIf, U* 0,1. 1, p. 468, W7.
CSS
SUK LA PASSION
et les pharisiens , tourmentés nuit et jour de cette lâche passion , s'emportent aux derniers excès contre le Sauveur, et joignentensemble, pour l'accabler, tout ce que la dérision a de plus outrageux et la cruauté de plus sanguinaire.
. C’est une chose inouïe que la risée et la cruauté se joignent dans toute leur force', à cause que l’horreur du sang répandu remplit l'âme d'images funèbres qui rabattent cette joie malicieuse dont se forme la moquerie. Cependant je vois mon Sauveur livré & ses ennemis pour être l’unique objet de leur raillerie’, comme un insensé; de leur fureur, comme un scélérat : en telle sorte, mes frères , que nous voyons régner dans tout le cours de sa passion la risée parmi les douleurs, et l'aigreur de la moquerie dans le dernier emportement de la cruauté.
SECOND POINT
Saint Augustin a remarqué comme trois principes de la mort de Notre-Scigneur. ■ Jésus-Christ,
• dit ce saint évêque 1 * * , a été livré au dernier sup-
• plice par trois sortes de personnes; par son Père, « par ses ennemis , par lui-même. « Il a été livré par son Père; c’est ce qui fait dire à l’apôtre que Dieu n’a pas épargné son propre Fils , mais qu’il « l’a livré pour nous tous : » Pro nobis omnibus tradidit eum ’. Il a été livré par ses ennemis ; Judas l’alivréaux Juifs : Ego vobis eum tradam J; les Juifs l’ont livré à Pilate : Tradiderunl Ponlio Pilato prœsidi 4 *; Pilate l’a livré aux soldats ■ pour le crucifier; • Tradidit eum mitilibus ad crucifigendumi. Non-seulement, chrétiens, il a été livré par son Père, et livré par scs ennemis, mais encore livré par lui-même ; et saint Paul en est touché jusqu'au fond de l’âme, lorsqu'il écrit ainsi aux Galates : « Je vis en la foi du Fils de
• Dieu, qui m'a aimé, et s'est livré lui-même
• pour mol, ■ et tradidit semetipsum pro me 6. Voilà donc le Fils de Dieu livré & la mort par de différentes personnes et par des motifs bien différents : son Père l’a livré par un sentiment de justice, Judas par un motif d’intérêt, les Juifs par l'instinct d’une noire envie, Pilate par lâcheté , lui-même enfin par obéissance.
Mais pour entendre jusqu'où va son obéissance, Il faut rappeler en notre mémoire que s’étant soumis à la volonté de sou Père, et à toutes les volontés, quoique dépravées , de ses plus cruels ennemis ; et s’étant même chargé volontai rement des
1 ln EpUt. Joan. Tract, vit, n‘ 7, t. m, paré H, col. 874, ®7&.
» Bom. toi, 35.
■ NaUK. XXYI, l&.
4 Ibid, xwil , 2.
* Ibid. 20.
• Gnl. 5ü,
iniquités du monde, lajusticcdesonPcrea voulu les veoger sur sa personne : et l'heure n’est pas plutôt arrivée de transporter sur cet innocent toute la peine des coupables pour lesquels il a répondu , qu 'aussitôt le Père éternel fait deux choses étonnantes ; il lâche contre son Fils toute la puissance des enfers , et il semble en même temps retirer de lui toute la protection du ciel. Jusqu’à ce jour, chrétiens, ses ennemis avaient tenté vainement, tantôt de le lapider, tantôt de le prendre : ils pouvaient bien attenter, mais non rien exécuter contre sa personne, jusqu’à ce que le signal fût donné d’en haut. Mais Dieu ayant aujourd’hui lâché la main , vous avez vu en un moment toutes les passions excitées , toutes les puissances émues , toutes les furies déchaînées contre Jésus-Christ. Que ces efforts seraient vains, et que cette rage du monde serait impuissante , si le Fils de Dieu voulait résister! Il ne le fait pas, chrétiens : Il volt son heure arrivée , il adore l’ordre de son Père; et résolu d'obéir, il laisse à la malice des Juifs une puissance sans bornes contre sa personne : si bien que , pendant que scs ennemis sont dans la disposition de tout oser, il se réduit lui-même volontairement à la nécessité de tout souffrir. C’est en cette sorte , messieurs , qu’ils deviennent , pour ainsi dire , tout-puissants i contre leTout-Puissant même, qui s’expose , sans force et sans résistance, à quiconque entreprendra de lui faire outrage.
C’est ce que l’apôtre saint Pierre nous explique excellemment en un petit mot dans sa première épttre canonique 1 , où remettant devant nos yeux Jésus-Christ souffrant , II remarque , qu’il ne ren • « dait point ni opprobres pour opprobres, ni « malédiction pour malédiction, ni menaces pour « menaces. » Que faisait-il donc , chrétiens , dans tout le cours de sa passion? l’apôtre saint Pierre nous l’expliquera dans une seule parole : Tradebat autan judicanti se injuste : • Il se livrait, il « s'abandonnait à celui qui le jugeait injustement.- Et ce qui se dit de son juge , se doit entendre de la même sorte de tous ceux qui entreprennent de lui faire insulte : il sc livre tout à fait à eux pour faire de lui à leur volonté. C'est pourquoi il ne refuse pas sa divine bouche aux perfides baisers de Judas ; Il tend volontairement aux coups de fouet scs épaules innocentes ; il donne lui-même ses mains , qui ont opéré tant de miracles , tantôt aux liens et tantôt aux clous; et présente cc visage, autrefois si majestueux , à toutes les Indignités dont s’avise une troupe furieuse. Il est écrit expressément , qu’il ne détournait pas seulement sa face : Faciem mente, non averti ab.
■ L P'tr. n, M.
DE JÊSUS-CHBIST.
increpantibus et conspuenlibus in me •. Victime humblement dévouée à tonte sorte d’excès , il ne {ait ((u’attendre le coup sans en vouloir seulement éluder la force par le moindre mouvement de tète. Venez donc, A Juifs et Romains, magistrats et particuliers , peuples et soldats , venez cent fois à la charge ; multipliez sans (in vos outrages , plaies sur plaies , douleurs sur douleurs , indignités sur ludignités : mon Sauveur ne résiste pas , et respecte eu votre fureur l'ordre de son Père. Ainsi son innocence est abandonnée au débordement effréné de votre licence , et à la toute-puissance , si je puis l'appeler ainsi , de votre malice.
Si jamais il vous nrri vc , messieurs , de tomber entre les mains de vos ennemis , d'étre décriés par leurs médisances, enveloppés dans leurs artifices, accablés par leur puissance et par leur crédit, souvenez-vous du juste que vous voyez succomber aujourd'hui sous la malice obstinée de ses envieux. C’est là, je le confesse, la plus rude épreuve de la patience : on cède plus facilement dans les autres maux où la malice des hommes ne se mêle pas; mais quand la malignité de nos ennemis est la cause de nos disgrâces, on a peine à trouver de la patience. Et la raison , chrétiens, c'est que par exemple dans les maladies un certain cours naturel des choses nous découvre plus clairement l’ordre de Dieu , auquel notre volonté quoique indocile voit bien néanmoins qu'il faut se rendre. Mais cet ordre qui nous est moutré dans les nécessités naturelles , nous est caché au contraire par la malice des hommes. Lorsque nous sommes circonvenus pardesfraudes, purdesiujustiers, pur des tromperies ; lorsque nous voyons que
• nos eonem is nous ont comme assiégés et en viron-
• nés par des paroles de haine, • ainsi que parle le divin Psalmiste : Sermonibus odii circumdedcrunt me et expugnaverunt me gratis ■ ; [que] les sorties pour nous échapper, les avenues pour nous secourir [sont fermées par] une circonvallation d’iniquité ; et que de quelque cAtc que nous nous tournions , leur malice a pris les devants et nous a fermés de toutes parts , alors il est malaisé de reconnaître l’ordre d’un Dieu juste parmi tant d’injustices qui nous pressent ; et comme rien ne nous parait que la malice des hommes qui nous trompent et qui nous oppriment, notre coeur croit avoir droit de se révolter ; et c’est là qu’on se sent poussé aux derniers excès.
O Jésus crucifié par les impies 1 Ajuste persécuté de la manière du monde la plus outrageuse ! venez ici à notre secours , et faites-nous voir l’ordre de Dieu dans les maux que nous endurons par la malice des hommes. En effet, qu'est-il
■ F». cvill , t.
BOMCKT. — TOUf U.
car
jamais arrive au munue par un ordre plus manifeste de la providence de Dieu que la passion de son Fils? et quel événement a-t-on jamais vu ou la malice , où la perfidie , où tous les crimes aient plus de part? C’est là, si nous l'entendons, la cause de ce grand combat de Jésus-Christ contre la justice de son Père. « O Père ! lui dit-il • avec tant d’ardeur dans le jardin des Olives, - que ce calice passe loin de moi. • A la vérité , chrétiens, étant homme comme nous et de même complcxion , il avait une horreur naturelle de la mort et des tourments : mais je ne me tromperai pas en vous assurant que c’est quelque chose de plus rigoureux qui lui fait faire cette prière avec tant d’instance. C’est qu’il voyait dans le calice de sa passion non-seulement des douleurs extrêmes, mais encore des injustices inouïes : c’est ce qui en fait la grande amertume , c’est ce qui cause le plus d’horreur à sa sainte âme : et rien ne l’afflige tant dans scs plaies , que lorsqu’il voit qu'il n'en reçoit point que par autant de sacrilèges. O mon Père ! ce n'est pas ainsi que je voudrais être couvert des péchés du peuple : oh ! je ne refuse pas les douleurs : ehl mon Père, s’il se pouvait que je souffrisse sans tant de crimes de la part de mes ennemis , mes peines seraient supportables : . mais faut-il qu’avec tant de tourments je boive encore , pour ainsi dire, tant d’iniquités, et que je me voie l’unique sujet de tant d'horribles blasphèmes, de tant de violences furieuses? Pater! si possibile est , transfer caticem istum a me : » O Père 1 s’il est possible, délivrez-moi du moins « de cette amertume. Et toutefois , ajoute-t-il , ■ non ma volonté, mais la vAtre : » Vcruntamcn non men voluntas, sed tua fiat Quoi donc, la volonté du Père céleste est-elle dans la trahisou de Judas, dans la fureur des pontifes, et dans tous les autres crimes énormes dont je vous ai fait tant de fois le dénombrement?
C’est ici qu'il nous faut entendre avec le grand saint Augustin ’, que Dieu préside même aux mauvais conseils : il les bride , il les pousse, il lâche la main, il les tient domptes et captifs; et malgré les mauvaises intentions, il les conduit à ses lins cachées : [sans cela], Dieu tout-puissant et tout bon ne permettrait pas tant de péchés. Il ordonne les ténèbres aussi bien que la lumière : c'est-à-dire qu'il rapporte aux desseins secrets de sa providence, non moins les complots criminels que les actions vertueuses; et quelque effort que les méchants fassent pour se retirer de lui , ils retombent d’un autre cAté dans l'ordre de sa prov idence [ et de sa ] sagesse.
' 3/allh. XXVI. 39- Luc. XXII, 4S.
1 Lib. de CraL cl Lib. Arbilr. n* 41 , 42, t. x, col- 740, T4I. Serm. pur, n* », ». ▼, col. «4», «09.
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SUR LA PASSION
Ainsi osez tout , ô méchants esprits ; attaquez, pressez , acvablez, aiguisez vos longues malignes, enfoncez bien avant vos dents venimeuses , assouvissez par vos nflîdisances cette humeur malfaisante qui vous domine : le lidèle doit vivre en repos; parce que vous pouvez bien entreprendre, mais vous ne pouvez rien opérer que ce que Dieu veut. Vous lancez vostrnits empoisonnes; mais ils ne portent pas toujours ou votre main les adresse , et Dieu saura bien , quand il lui plaira , non-seulement les détourner, mais encore les repousser contre vous. Il ne faut donc pas nous troubler pour la malice des hommes : Jésus persécuté et obéissant nous y fait reconnaître l'ordre de son père.
Prenons gnrde seulement , messieurs , à n'aigrir pas nos maux par l'impatience et à n’irriter pas Dieu par nos murmures; allons toujours constamment par les droites voies : si cependant nos ennemis l'emportent sur nous, si les desseins équitables sont les moins heureux, et que la malice prévale contre la simplicité, ne perdons pas pour cela notre confiance; lie croyons pas que nous succombions sous l’effort d'une main mortelle, regardons d'où est parti l'ordre souverain , et disons à nos ennemis comme le Sauveur faisait A Pilate : • Vous ne pourriez rien contre - moi , s’il ne vous était donné d'en haut : » Non haberes jwteslatem adversum me vllam, nisi libi dnlum essel desuper'.
C’est ce qui doit éteindre en nos cœurs tous les sentiments de vengeance : car la malice de nos ennemis , tout odieuse qu'elle est , ne laisse pas d'étre l'instrument d’une main divine pour nous exercer ou pour nous punir. Il faut que cette pensée désarme notre colère; et cclui-IA est trop iinrdi qui voyant paraître la main de Dieu, et l’ordre d'un tel souverain , songe encore A se venger, et non A s’abaisser et se soumettre. Ainsi regardons , messieurs, non ce que les hommes ont fait contre nous, mais qui est ccluiqui leur adonné la puissance de nous nuire : Dnlum est itlis ut nocerent * : alors nos ressentiments n’oseront paraître, une plus haute pensée nous occupera; et par respect pour l’ordre de Dieu nous serons prêts non-seulement A souffrir, mais encore A pardonner : Jésus-Christ crucifié nous en adonné l'exemple.
TB01S1ÈME POINT
Vous avez vu, chrétiens, toute la malignité de la créature déclarée ouvertement contre lui; vous avez vu le juste accablé par ses amis, par scs ennemis, par ceux qui étant en autorité de-
1 Joan. xix , II.
* Jpo c. vil , 1
voient leur protection A son innocence, par la faiblesse des uns , par la cruelle fermeté des autres : il n’oppose rien A tons ccs outrages qu’un pardon universel qu’il accorde A tous et qu’il demande pour tous A son Père : « O Père, dit-il, * pardonnez-leur; car ils no savent ce qu’ils - font : - Dater, dimilte itlis : non cnini scium t/uidfuciunl'. Vous voyez que non content de leur pardonner, sa divine bonté les excuse : il plaint leur ignorance plus qu’il ne blâme leur malice ; et ne pouvant excuser la malice même, il offre pour l'expier la mort qu’ils lui font souffrir, et les rachète du sang qu'ils répandent : Ipso redempii sanguine quem fudcrunl *.
A la vue d’un tel excès de miséricorde , auronsnous l'âme assez dure pour ne vouloir pas aujourd'hui, et excuser tout ce qu'on nous a fait souffrir par la faiblesse, et pardonner de bon cœur tout ce qu'on nous a fait souffrir par la malice? chrétiens, ceux qui nous haïssent et nous persécutent ne savent en vérité ce qu'ils font. Ils se font plus de mal qu'A nous : leur injustice nous blesse, mais elle les tue; ils se percent eux-mêmes le sein pour nous effleurer la peau. Ainsi nos ennemis sont des furieux qui ne savent ce qu'ils font ; qui voulant nous faire boire , pour ainsi dire, tout le venin de leur haine, en font eux-mêmes un essai funeste , et avalent les premiers le poison qu'ils nous préparent. Que si ceux qui nous font du mal sont des malades emportés, pourquoi les aigrissons-nous par nos vengeances, et que ne tâchons-nous plutôt A les ramener A leur bon sens par la patience et par la douceur? Mais nous sommes bien éloignés de ces charitables dispositions ; bien loin de faire effort sur nous-mêmes pour endurer une injure , nous croirions nous dégrader et nous ravllir, si nous ne nous piquions d'être délicats si peu qu’on nous blesse. Aussi poussonsnous sans bornes nos ressentiments : nous exerçons sur ceux qni nous fâchent des vengeances impitoyables ; ou bien nous nous plaisons de les accabler par une vainc ostentation d'une patience et d’une pitié outrageusc, qui ne se remue pas par dédain, et qni feint d'être tranquille pour insulter davantage : tant nous sommes cruels ennemis et implacables vengeurs , qui faisons des armes offensives, et des instruments do colère, de la patience même et de la pitié !
Chrétiens , que ce saint jour ne se passe passons que nous donnions nos ressentiments A Jésus- Christ crucifié : ne pensons pas inutilement A la mort du Juste et A ses bontés infinies. Pardonnons A son exemple A nos ennemis ; et songeons qu’il
! ' Lue. XXIII, S4
! • S. Ju'juil. m Traclat. scil, n* l, 1. tu, ly-rt. Il .
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DE JESUS-CHRIST
n'y a point de pique pour nous sans cc pardon | doublement aveugles : ils ne savent ni ce qu'ils nécessaire. Je sais que ce précepte évangélique I font ni où ils s’engagent; et permettez-moi, ehrén'est guère écouté ù la cour : les vengeances y tiens, de considérer ici notre aveuglement dans sont infinies; et quand on ne les pousserait pas celui des malheureux Juifs, par ressentiment , on se sentirait obligé de le faire Ils sont misérablement aveugles , puisqu'aprés par politique. On croit qu'il est utile de se faire tant de. signes et tant de miracles ils ne veulent craindre, et on pense qu'on s’expose trop quand pas considérer la dignité de celui snr lequel ils on est d'humeur à souffrir. Et peut-être qu’on mettent leurs mains sacrilèges. Mais voici le dersupporteraiteette maxime antichréticnne, si nous nier excès : c'cst , mcssicnrs , qu’ayant à choisir n'avions à ménager que les intérêts du monde : entre Jésus et Rumbas, » Ils renient, comme dit
mois notre grand intérêt, c'est de savoir nons ■ saint Pierre1, le Joste et leSaint; ils délivrent le concilier la miséricorde divine ; c'est de ménager ■ meurtrier, et font mourir l'auteur de la vie. > Il un Dieu qui ne pardonne jamais qu'a ceux qui n'est pas nécessaire qne je parle ici : c'est déjà pardonnent sincèrement , et n’accorde sa miser!- une chose horrible de voir qn'ils ont mis leur corde qu'à ce prix. Notre aveuglement est ex- Sauveur en croix; mais si nous venons à consitrême , si nous ne sacrifions à cet intérêt éternel dércr de qui il remplit la place , il n’y a rien qui nos intérêts périssables. Pardonnez donc , chré- puisse égaler l'indignité de ce choix. Mais soit tiens ; mais après la grâce accordée , qu'il n'y ait que nous nous indignions contre l’injastice des plus de froideur : je vous le dis devant Dieu, et Juifs, soit qne nous nous étonnions d’un si étrange Jésus-Christ crucifié me sera un témoin fidèle aveuglement, jetons les yeux sur nous-mêmes : que je dis la vérité. La manière de pardonner il n’est pas nécessaire que je parle Ici ; que chaqu’ou introduit dans le monde est une dérision cunsejuge en sa conscience. Que quittons-nous? manifeste de son Évangile : amis, pourvu qu’on que choisissons-nous? que préférons-nous à Jéne se voie pas; on ne veut point revenir des pre- susChristîquc faisons-nous non-seulement vivre, miers ombrages. Pardonner comme Jésus-Christ mais régner en sa place? pour qui est-ce que noire a pardonné ; tâcher de rétablir la confiance per- cœur se déclare? et qu'est-ce qui nous fait dire : due, rappeler le cœur aliéné, et rallumer la cha- * Qu’on Tête, qu’on le crucifie ’?• et [nous] crurité tout éteinte, par des bienfaits effectifs : lie- cillons Jésus-Christ encore une fols*. Quel est nefacitc >. N'cmc demandez point d’autre raison, donc notre aveuglement? et après cet indigne, le mystère me rappelle. Décidons une fols cc que choix quelle espérance nous resterait de notre l’Évangile a décidé : le sang de Jésus-Christ , salut , si Jésus-Christ n'avait prié a la croix pour son exemple , pour toute raison ; autrement nulle ceux qui ne savent ce qu'ils fout? communion avec Jcsus-Christ, nulle société a la Mais uous pensons encore moins U quoi nous croix, et nulle part à la grâce qu’il a demandée nous engageons, et quelle vengeance nous attipour nous à son Père. rons sur nos têtes, par cette outrageuse préfé-
Cnr, mes frères, vous n’ignorez pas que nous rcnce. LesJuifscontentent!eurhaine;etpendant avous tous été compris dans la prière qu'il a faite, qu’lia répandent le sang innocent avec une si fu- Jésus-Christ était attaché U un bois infâme, levant rieuse inhumanité , Ils ont encore l’audace de ùDieu ses mains innocentes, et semblait n'étre dire : -Son sang soit sur nous et sur nos enfants Mélevé si haut que pour découvrir un peuple infini Ils ne savent ni ce qu'ils font ni ec qu’ils disent ; qui se moque de ses maux , qui remue la tête , et et ne pensent pas , les malheureux , que , penfait un sgjct de risée d’une extrémité si déplora- dont qu'ils assouvissent leurpasslon, ils avancent ble. Mais sa vue porte bien plus loin : il voit tous leur jugement, leur dernière ruine. Race maudite les hommes avec tous leurs crimes ; il nous a vu et déloyale , cc sang sera sur toi scion ta parole : chacun en particulier. En cc jour, « je vous ai ce sang suscitera contre toi des ennemis impla- • vu , dit-il , et je vous ai appelé par votre nom *. * cables qui abattront tes murailles et tes fortercs- II est frappé de tous nos péchés non moins que ses , et renverseront jusqu'aux fondements ce de ceux des Juifs qui le persécutent : il ne nous temple l’ornement du monde. Ils ne savent par, trouve ni moins aveugles ni moins inconsidérés ilsn'entende.ntpas;etenchantésparIeurpnssion, dans nos passions; et touché de compassion, il ils ne volent point la colère qui les menace. Et déplore notre aveuglement plutêt qu’il ne blâme nous égaiementenivrés par nos passions Insensées, notre malice. Il se tourne donc â son Père , et lui nous ne regarderons point le jour de Dieu , jour demande avec larmes qu'il ait pitié de notre ignorance. En effet, les hommes qui pèchent sont ' -*<• m, u, is.
1 Joan. xix, 15.
1 A latth. v, 44. * Hebr. ti, a.
' It. \I.HI , I. « Va/M. xxrn,a26
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