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suit LA PASSION
de ténèbres , jour de tempête , jour d'indignation éternelle 1 * * * ; et nous ne considérons pas de quelle sorte nous pourrons porter les coups incessamment redoubles de cette main souveraine. Jésus- Christ succombe sous ce poids terrible : il s’afflige, Il se trouble , il sue sang et eau , il se plaint d’étre délaissé; il ne trouve point de consolation.
Tel est, messieurs, un Jésus sous l'effroyable pressoir de In justice divine. Les femmes de Jérusalem sont émues de compassion, voyant l'excès de ses maux et de scs douleurs ; mais écoutez comme il leur parle : « Ne pleurez point sur moi , > leur dit-il; mais pleurez sur vous-mêmes et sur - vos enfants \ » Déplorez la calamité qui vous suit de prés : • car si on fait ainsi nu bois vert ,
• que fera-t-on au bois sec1? » Chrétiens, qui vous étonnez de voir Jcsus-Christ traité si cruellement , étonnez-vous de vous-mêmes et des supplices que vous attirez sur vos têtes criminelles. Si la justice divine n'épargne pas l'innocent, parce qu’il a répondu pour les pécheurs , que doivent attendre les pécheurs eux-mèmes, s'ils méprisent la miséricorde qui leur est offerte? Si ce bois vert, ce bois vivant; si Jésus-Christ, cet arbre fécond qui porte de si beaux fruits , n'est pas épargné : pécheur, boisaride, bois déraciné, qui n'est plus bon que pour le feu éternel , que dois-tu attendre? C’est ce que nous ne voyons pas; et Jésus touché de compassion des misères qui nous attendent : O I’crei ayez pitié deces insensés qui courent en aveugles à leur damnation, en riant, en battant des mains, en s'applaudissant les uns aux autres. O Père , ayez pitié de leur ignorance ou plutôt de leur stupidité insensée : Pater, dimitte illis; non enim sciunt i/uid faciunl 1 : . Mon Père, pardonnez-
• leur; ear ils ne savent ce qu'ils font. - Nonseulement il prie, chrétiens, maisilsneriflc pour nous : - Dieu était en Christ sc réconciliant le . monde5. »
Mnis que nous sert, chrétiens, que Jésus- Christ ait crié pour nous à son Père, et qu'il ait payé de son propre sang le prix de notre rachat , si nous périssons cependant parmi les mystères de notre salut et à la vue de la croix , en négligeant de nous appliquer les grâces qu’elle nous présente? Ah I voici les jours salutaires où Jésus- Christ veut célébrer la pSquc avec nous ; où les pasteurs, où les prédicateurs, où toute l'Église nous cric : . Mes frères, nous vons conjurons,
• pour Jésus-Christ, de vous réconcilier nvec
1 Joël. Il, i, s.
1 Imc.w ni, sa.
■ Md. 31.
* /.MC XXIII, St-
» lé Cmt. V. IX
DE JÉSUS-CHRIST
• Dieu'. • Qui de nous n’est pas résolu durant ces saints jours d'approcher de la sainte table? O sainte résolution! mais trouvez bon néanmoins que je vous arrête pour vous dire avec l'apôtre : Probel aulem seipsum homo' : • Que l'homme ■ s’éprouve soî-méme. ■ L'action que vous niiez faire est la plus sainte, la plus auguste, la plus importante du christianisme : il ne s’agit de rien moins que de manger de sa propre bouche sa condamnation ou sa vie, de porter la miséricorde ou la mort toute présente dans ses entrailles. Le mystère de l'eucharistie, c'est le mémorial sacré de In passion de Jésus : il y est encore sur le Calvaire ; il y répand encore pour notre salut le sang du nouveau testament : il y renouvelle, il y représente, il y perpétue son saint sacrifice.
Nous avons remarqué, mes frères, dans la passion, le crime de ses ennemis et sa sainteté infinie; maintenant II est question en communiant [de savoir] A laquelle de ces deux choses vous aurez part : sera-ce à In sainteté de la victime, ou aux crimes de ceux qui l'immolent? sera-ce pour perpétuer lu violence ou la soumission, les outrages ou l'obéissance, la trahison de Judas ou [la fidélité du Sauveur] ; Dieu ne venge rien plus terriblement que la profanation de ses saints mystères. Dans une action dont les suites sont si importantes , l'apôtre a raison de nous arrêter et de nous ordonner une sainte épreuve : donc à la vue de ce saint autel que chacun s’éprouve soi-même et rentre dans les replis de sa conscience. Oubliez donc toutes vos affaires ; car quels soins ne doivent céder ù celui de se rendre digne de Jésus-Christ? et peut-on imaginer quelque chose qu'il soit ni plus utile de bien recevoir, ni plusdangereuxde profaner, que son mystère adorable?
Songez-vous à corriger votre vie, à restituer le bien mal acquis, à réparer les injustices que vous avez faites? Je ne puis pas vous en faire ici le dénombrement : songez seulement à celles du jeu si fréquentes, si peu méditées, si peu réparées. Je tremble pour vous quand je considère les avantages frauduleux que vous prenez et que vous donnez, les ruines qui s'en ensuivent, et le repos malheureux que je vois sur ce sujet dnns les consciences. Il semble qu’on se persuade que tout est jeu dnns le jeu ; mais il n'en est pas de la sorte. Los injustices ne sont pas moins grandes, ni les restitutions moins obligatoires; sans que j’y puisse remarquer d'autres différences sinon qu’on y pense moins, et que les fraudes et volerics sont plus ordinaires et plus manifestes.
' H. Cor. y, 20.
* 1. Cor. xi , 2H.
POU U LU JOUR DE PARUES
Pensez y dune, chrétiens : si cc n'est qu'avec vos richesses vous vouliez encore jouer votre lime, ou plutôt non tant la jouer que la perdre tres-assurément , d'une manière bien plus hardie que vous ne faites vos biens. Le grand saint Ambroise s'étonne de la hardiesse des grands joueurs,
■ qui peut-être changent , dit ce grand homme 1 ,
• à tous moments de fortune ; tantôt riches , tan-
■ tôt ruinés, selon qu'il plait au hasard. » Ne vous étonnez pas, chrétiens, si nous descendons à ces bassesses ; et si vous trouvez peut-être que c'est trop rabaisser nos discours, jugez donc combien il est plus indigne de rabaisser jusque-là votre conscience. Mais je ne finirais jamais ce discours, si je voulais faire avec vous tout votre examen : Prnbet autem seipsum homo : • Que
• l'homme s'éprouve soi-même. * Si vous vous mettez & l'épreuve , connaissez votre faiblesse et défiez-vous de vos forces... de cette même bouche dont nous consacrons les divins mystères , recevez-Ies saintement : ne faites point vos pôques par un sacrilège.