‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 24 sur 282 · DE I.01T1S DE BOURBON · texte numérisé non relu

DE I.01T1S DE BOURBON

(bible pour expliquer nvsc force ce qu'ilen sentait,

! il emprunta la voix de son confesseur pour en demander pardon au monde, à scs domestiques , et à ses amis. On lui répondit par des sanglots: ah ! riqiondcz-lui maintenant en profitant de cet exemple. Ixn autres devoirs de la religion furent accomplis avec la même piété et la même présence d'esprit. Avec quelle foi et combien de fois priat-il le Sauveur des finies, en baisant sa croix, que son sang répandu pour lui ne le fût pas inutilement ! C'est ce qui justifie le pécheur, c'est ce qui soutient le Juste, c'est ce qui rassure le chrétien. Que dirai-je des saintes prières des agonisants, où, dans les efforts que fajt l'Église, on entend ses voeux les plus empressés , et comme les derniers cris par où cette sainte mère achève de ■ i ; nous enfanter fi la vie céleste? Il se les fit répéter \ trois fois, et il y trouva toujours de nouvelles consolations. En remerciant scs médecins : « Voilfi , < dit-il, maintenant mes vrais médecins; » il montrait les ecclésiastiques , dont il écoutait les avis, dont il continuait les prières, les psaumes toujours fi la bouche, la confiance toujours dans le cœur. S’il se plaignit , c'était seulement d'avoir si peu fisouffrir pourexpier ses péchés : sensible jusqu'il la fin fi la tendresse des siens, il ne s'y laissa jamais vaincre ; et, au contraire, il craignait toujours de trop donner A la nature. Que dirai-je de ses derniers entretiens avec Icducd'Enghlcn? quelles couleurs assez vives pourraient vous représenter et la constance du père et les ex trémes douleurs du fils? D'ahord le vlsageen pleurs, avec plusdesanglots quede paroles, tantfit la bouche collée sur ces u mains victorieuses , et maintenant défaillantes , tantôt se jetant entre ces bras et dans ce sein paternel, il semble, partant d'efforts, vouloir retenir ce cher objet de scs respects et de ses tendresses : les forces lui manquent , il tombe fi ses pieds. Le prince, sanss’émou voir, lui laisse reprendre ses esprits; puis appelant laduehesscsa bellefille, qu'il voyait aussi sans parole et presque sans vie, avecunetendresse qui n'eut rien de faible il leur donne ses derniers ordres où tout respirait la piété. Il les finit en les bénissant avec celte foi et avec ces voeux que Dieu exauce, et en bénissant avec eux , ainsi qu'un autre Jacob , chacun de leurs enfants en particulier ; et on vitde part et d’autre tout ce qu'on affaiblit en le répétant. Je ne vous oublierai pas,ô prince', son cher neveu, et comme son second fi Is , ni le glorieux témoignage qu'il a rendu constamment à votre mérite , ni ses tendres empressements , et la lettre qu'il écrivit en mourant pour vous rétablirdans les bonnes grâ-

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' Françolfr-Louls dp Bourbon , prince de Contl , mort le M février 1700, quarante-cinq ù ans.

ces du roi, le plus cher objet de vos vœux , ni tant de belles qualités qui vous ont fait juger digne d’avoir si vivement occupé les dernières heures d’une si belle vie ; je n’oublierai pas non plus les bontés du roi qui prévinrent les désirs du prince mourant, ni les généreux soins du duc dÜnghieu qui ménagea cette gréée, ni le gré que lui sut. le prince d'avoir été si soigneux , en lui donnant cette joie V, .* ±0 ' d’obliger un si cher parent. Pendant que son cœur s’épanche, et que sa voix se ranime en louant le roi, le prince de Conti arrive, pénétréde reconnaissance et de douleur: les tendresses se renouvellent ; le deux princes ouïrent ensemble ce qui ne sortira jamais de leur cœur ; et le prince conclut en leur confirmant qu’ils ne seraient jamais ni grands hommes, ni grands princes, ni honnêtes gens , qu’autant qu’ils seraient gens de bien , fidèles à Dieu et au roi. C’est la dernière parole qu’il laissa gravée dans leur mémoire ; c’est, avec la dernière marque de sa tendresse , l’abrégé de leurs devoirs. Tout retentissait de cris, tout fondait en larmes ; le prince seul n’était pas emu , et le trouble n’arrivait pas dans l’asile où il s’était mis *. O Dieu ! vous étiez sa force, son inébranlable refuge, et, comme disait David *, ce ferme rocher où s’appuyait sa constance ! Puisje taire durant ce temps ce qui se faisait à la cour et en la présence du roi? Lorsqu'il y fit lire la dernière lettre que lui écrivit ce grand homme, et qu’on y vit, dans les trois temps que marquait le prince, ses services, qu’il y passait si légèrement au commencement et ù la fin de sa vie , et dans le milieu ses fautes, dont il faisait une si sincère reconnaissance , il n’y eut cœur qui ne s’attendrit à l’entendre parler de lui-même avec tant de modestie ; et cette lecture , suivie des larmes du roi , fit voir ce que les héros sentent les uns pour lesautres ; mais lorsqu’on vint à l’endroit du remerciement ou le prince marquait qu’il mourait content, et trop heureux d’avoir encore assez de vie pour témoigner au roi sa reconnaissance, son dévouement, et, s’il l'osait dire, sa tendresse, tout le monde rendit témoignage à la vérité de ses sentiments; et ceux qui l'avaient oui parler si souvent de ce grand roi dans ses entretiens familiers, pouvaient assurer que jamais ilsn’avaient rien entendu ni déplus respectueux et de plus tendre pour sa personne sa-

1 Quel magniAqne tableau Bossuet nous trace «lu calme que la religion répandit sur !«■* derniers moments du prince «le Condé, avec une siroplidté et une sobriété d'expressions qui pouvaient seules rendre la vérité et la sublimité d’une pareille image ! « Tout retentissait de cris , tout fondait en larmes , le prince seul n'était pas ému, et le trouble n’arrivait pas dans l'asile ou il t'était rois. » J’augureraU avantageusement du goût d’un Jeune candidat de la chaire , qui sentirait et développerait de lui-même tout ce qu’il y a d'admirable dans ce contraste d'émotion et de sérénité. {Le cardinal Maury.)

1 II. Rcg. cap. xxil, a et 3.

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ORAISON FUNEBRE

crée, ni de plus fort pourcélébrer ses vertus royales, sa piété, son cou râpe , son grand génie, principalement à la guerre , que ec qu'en disait ce grand prince avec aussi peu d'exagération que de flatterie. Fendant qu’on lui rendait ce beau témoignage , ce grand homme netait plus : tranquille entre les bras de son Dieu où il s'était une fois jeté , il attendait sa miséricorde et implorait son secours jusqu'à ce qu'il cessa enfin de respirer et de vivre. C’est ici qu'il faudrait laisser éclater scs justes douleurs à la perte d'un si grand homme ; mais pour l'amour de la vérité , et à la honte de. ceux qui la méconnaissent , écoutez encore ce beau témoignage qu’il lui rendit en mourant. Averti par son confesseur que , si notre cœur n’était pas encore entièrement selon Dieu , il fallait , en s'adressant à Dieu même , obtenir qu'il nous fît un cœur comme il le voulait, et lui dire avec David ees tendres paroles : - O Dieu ! créez en

• moi un cœur pur ‘ ; » à ces mots , le prince s'arrête , comme occupé de quelque grande pensée ; puis , appelant le saint religieux qui lui avait inspiré ce beau sentiment : ■ Je n'ai jamais douté, . dit-il, des mystères de la religion, quoi qu’on

• ait dit. > Chrétiens , vous Ven devez croire ; et ,

dans l’état ou il est, Il ne doit plus rien au monde que la vérité. - Mais, poursuit-il, j'en doute moins « que jamais. Que ces vérités , > continuai t-ilavec une douceur ravissante, > se démêlent et s'éclair- « rissent dans mon esprit I Oui , dit-il , nous ver- - rons Dieu comme il est , face à face. • Il répétait en latin avec un goût merveilleux ces grands mots , Si cuti est, facie ad faciem ’ ; et on ne se lassait point de le voir dans ce doux transport. Que se faisait-il dans cette dme? quelle nouvelle lumière lui apparaissait? quel soudain rayon perçait la nue, et faisait comme évanouir en ce moment, avec toutes le* ignorances des sens, les ténèbres mêmes , si Je l'ose dire , et les saintes obscuritésde la foi? Quedevinrent alors ces beaux titres dont notre orgueil est flatté? Dans l'approche d’un si beau Jour, et des lo première atteinte d'uncsi vive lumière , combien promptement disparaissent tous les fantfimesdu monde ! que l 'éclat de la plus belle victoire paraît sombre ! qu'on en méprise la gloire et qu’on veut de mal à ces faibles yeux qui s'y sont laissé éblouir! 'i

Venez , [>euples , venez maintenant ; mais venez plutôt , princes et seigneurs , et vous qui jugez la terre , et vous qui ouvrez aux hommes les portes du ciel , et vous , plus que tous les autres , princes et princesses , nobles rejetons de tant de rois , lumières de la France, maisabjourd'hui obscurcies et couvertes de votre douleur comme d'un

' Cor mundum ont* in me, Peus. ( Ptal. u, II. )

* I. Juan. cap. m, 1. I. Cor. cap. XM( ie.

nuage ; venez voir le peu qui nous reste d'une s| auguste naissance , de tant de grandeur, de tant de gloire ; jetez les yeux de toutes parts : voilà tout ce qu'a pu faire in magnificence et la piété pour honorerunhéros; des titres, desinscriptions, vaines marquesde ce qui n'est plus ; des figures qui semblent pleurer autour d'un tombeau , et des fragiles Images d'une douleur que le temps emporte avec tout le reste ; des colonnes qui semblent vouloir porterjusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant, et rien enfin ne manque dans tous ces honneurs que celui à qui on tes rend. Pleurez donc sur ces faibles restes de la vie humaine, pleurez sur cette triste immortalité que nous donnons aux héros ; mais approchez en particulier, ô vous qui courez avec tant d'ardeur dans la carrière de la gloire , âmes guerrières et intrépides ; quel autre fut plusdigne de vous commander? mais dans quel autre avez-vous trouvé le commandement plus honnête? pleurez donc ce grand capitaine , et dites en gémissant : Voilà celui qui nous menait dansles hasards ;sous luise sont formés tant de renommés capitaines que ses exemples ont élevés aux premiers honneurs de la guerre ; son ombre eût pu encore gagner des batailles , et voilà que dans son silence son nom même nous anime , et ensemble il nous avertit que pour trouver à la mort quelque reste de nos travaux et n’arriver pas sans ressource à notre éternelle demeure , avec le roi de la terre il fout encore servir le roi du ciel. Servez donc ce roi immortel et si plein de miséricorde , qui vous comptera un soupir et un verre d’eau donné ' en son nom, plus que tous les autres ne feront jamais tout votre sang répandu ; et commencez à compter le temps de vos utiles services, du jour que vous vous serez donnés à un maître si bienfaisant. Et vous, ne viendrez-vous pas à ce triste monument , vous, dis-je, qu’il a bien voulu mettre au rang de ses amis' ? Tous ensemble , en quelque degré de sa

' Sans m'arrêter h toutes les beautés de cette sublime péroraison, Je ne puis m'empêcher du moins d’en observer une qui peut-être n’est pas très- frappante par elle-même, mais qui pourtant me parait digne de remarque par la place ou elle est : c'est , Je l'avouerai , ce ivr» d'eau donné au pauvre, mis en opposition avec toute la gloire du grand Coudé. Jamais , ce me semble , un homme ordinaire n’eût osé risquer, même en chaire, ce contraste hasardeux; mais Bossuet a senti que cette citation, toute vulgaire qu’elle pouvait être, était non-seulement autorisée par l'Evangile, mais encore ennoblie par l'humanité , à qui l'on ne pouvait rendre un plus bel hommage que de la mettre au-dessus de toute ia grandeur «le Coodé. ( La Harpe. )

• Dans l'rlnge funèbre de saint Basile, Grégoire de Narlanre, par un mouvement dont s’est souvenu Bossuet, invoque la présence de tous ceux qui connurent le grand homme qui n'est plus, et environne sa tombe de tous les témoins de scs vertus. •• R f 'Unissez- vous ici, vous tous, compagnons de Basile, ministres des autels, servi leurs du temple, et las citoyens et les étrangers; secoure* -moi pour achever son éloge. ■ l V. l' tilt main)

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