‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 244 sur 282 · PO CK LE J OU · texte numérisé non relu

PO CK LE J OU

Iho. Il commence une vie toute divine; et la glorieuse immortalité lui est assurée. Vivez, Seigneur Jésus, vivez A jamais : la vie, qui ne vous a pas été arrachée par force , mais que vous avez donnéedevous-mémepourlesalut des pécheurs, vous devait être rendue. Il était juste; et, comme chantent dans l'Apocalypse tous les bienheureux esprits, • l’Agneau qui s'est immolé volonlairo-

• ment pour les pécheurs , est digne de recevoir,

■ pour la mort qu’il a endurée par obéissance,

* la vertu, la force, la divinité ■ : » c'est-à-dire, il est digne de ressusciter ; afin qu'une vie divine se répaude sur toute sa personne, et qu’il soit éternellement, par sa gloire, l'admiration des hommes et des anges, comme il en est l'invisible soutien par sa puissance.

Voilà en peu de mots le fond du mystère; il fallait poser ce fondement : mais comme les mystères du christianisme, outre le fond qui fait l'objet de notre foi, ont leurs effets salutaires, qu'il faut encore considérer pour notre instruction, revenonsau premier principe, et disons encore une fois avec l'apôtre : ■ Jésus-Christ rcs- - suscité ne meurt plus ; » de quelque côté qu'on le considère , tout est vie en lui , et la mort n’y a plus de part. De là vient que la loi évangélique , qu’il envoie annoncer à tout l’univers par ses apôtres après sa glorieuse résurrection , a une étemelle nouveauté. Ce n'est pas comme la loi de Moïse, qui devait vieillir et mourir; la loi de Jésus-Christ est toujours nouvelle : la loi nouvelle, c’est son nom , c’est son propre caractère ; et fondée, comme vous verrez, sur l’autorité d'un Dieu ressuscité pour ne mourir plus, elle a une éternelle vigueur. Mais & cette loi toujours vivante et toujours nouvelle il fallait, pour l’annoncer et la pratiquer, une Église d’une immortelle durée. La Synagogue, qui devait mourir, a été fondée par Moïse , qui , à l’entrée de la terre sainte, où elle devait s’établir, meurt pour ne revivre qu'à la fin du monde avec le reste des hommes. Mais Jésus-Christ, au contraire, après avoir enfanté son Église par sa mort, ressuscite pour lui donner sa dernière forme ; et cette Église qu'il associe à son immortalité ne meurt plus, non plus que lui. Voilà une double immortalité j que personne ne peut ravir à Jésus-Christ ; l'immortalité de la loi nouvelle , avec l'immortalité de cette Église répandue par toute la terre. Mais voici une troisième immortalité que Jésus-Christ ne veut recevoir que de nous. Il veut vivre en nous comme dans scs membres et n'y perdre jamais la vie qu'il y a reprise par la péniteuce : nous devons comme lui une fols mourir au péché,

1 J/MC. v, la.

i DE PAQUES.

comme lui ne plus mourir après notre résurrection ; regarder le péché comme la mort , n'y retomber jamais, et honorer par une fidèle persévérance le mystère de Jésus-Christ ressuscité. Ah I Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus; auteur d’une loi toujours nouvelle , fondateur d’une Eglise toujours immuable, chef de membres toujours vivants : que de merveilleux effets de la résurrection de Jésus-Christ ! Mais que de devoirs pressants pour tous les fideles ; puisque nous devons , écoutez , à cetle loi toujours nouvelle , un perpétuel renouvellement de nos moeurs ; à cette Église toujours immuable, un inviolable attachement ; à ec chef qui nous veut avoir pour scs membres toujours vivants, une horreur du péché si vive, qu’elle nous le fasse éternellement détester plus que la mort I Voilà le fruit du mystère, et les trois points de ce discours. Ecoutez, croyez , profitez : je vous romps le pain de vie , nourrissez-vous.

raEUiF.a poist.

Ce fut une doctrine bien nouvelle au monde, lorsque salut Paul écrivit ces mots : ■ Vivez commu » des morts ressuscités'. » Mais il explique plus clairement ce que c'est que de vivre en ressuscités , et à quelle nouveauté de vie nous oblige uue si nouvelle manière de s'exprimer, lorsqu’il dit en un autre endroit : « Si vous êtes ressuscités avec < Jésus-Christ, cherchez les choses d’en haut ou « Jésus-Christ est assis à la droite de son Père;

« goûtez les choses d’en haut et non pas les cho-

- ses de la terre. • Si consuma: istis cum Christo, quœ sursum sunl quœrite, ubi (’.hrixtus est in dextera Dci sedens; quœ sursum sunt sapile, non quœ super terram *. Cette doctrine, qui est une suite de la résurrection de Jésus-Christ, noua apprend le vrai caractère de la loi nouvelle. L'ancienne loi ne nous tirait pus de la terre , puisqu’elle nous proposait des récompenses temporelles , et plus propres à soutenir les infirmes qu'à satisfaire les forts : comme elle était appuyée sur des promesses de biens périssables , elle ne pesait pas encore un fondement qui pût demeurer. Mais Jésus-Christ ressuscité rompt tout d'un coup tous les liens de la chair et du sang , lorsqu’il nous fuit dire par son saint apôtre quœ sursum sunt quœrite , - cherchez les choses d’en haut ; • Quœ sursum sunt sapile, ■ goûtez les choses d'en

- haut : • c’est lit que Jésus-Christ vous a précédés, et où il doit avoir emporté avec lui tous vos désirs. Ensuite de cette doctrine, le sacrifice très-véritable que nous célébrons tous les jours sur ces saints autels commence par ces paroles i

' Rom. Tl, 13.

* Colon, tu , I, a.

POUR LE JOUR J)E PARUES

Sursum corda : « Le cœur en liant, le cœur en • haut ; « et quand nous y répondons : Habcmus ad Domlnum : « Nous élevons nos cœurs à Dieu ; ■ nous reconnaissons tous ensemble que le véritable culte du nouveau testament, c'est denotts sentir faits pour le ciel et de n'avoir que le ciel en vue. Mais j’entends vos malheureuses réponses : Je ne suis que terre, et vous voulez que je ne respire que le ciel ; je ne sens que la mort en moi , et vous voulez que je ne pense qu'immortalité. Mais les biens que vous poursuivez sont si peu de chose. Peu de chose , je le confesse , et encore moins , si vous le voulez ; mais aussi que peut rechercher un rien comme moi , que des biens proportionnés au peu qu'il est ?

Saintes vérités du christianisme, fidèle et Irréprodiable témoignage que les apôtres ont rendu , au péril de tout, i leur Maître ressuscité; mystère d'immortalité que nous célébrons, attesté par le sang de ceux qui l’ont vu, et confirmé par tant de prodiges, par tant de prophéties, par tant de martyrs, partant de conversions, par un si soudain changement du monde , et par une si longue suite de siècles, n'avez-vous pu encore élever les hommes aux objets étemels! et fautil , au milieu du christianisme, faire de nouveaux efforts pour montrer aux enfants de Dieu qu’ils ne sont pas si peu de chose qu'lis se l’imaginent! Nous demandons un témoin revenu de l'autre monde, pour nous en apprendre les merveilles; Jésus-Christ, qui est né dans la gloire étemelle, et qui y retourne ; ■ Jésus- Christ , témoin fidèle , - et le premier-né d'entre les morts, » comme il est écrit dans l’Apocalypse >; Jésus-Christ qui s'y glorifie d’avoir la « clef de l’enfer et de la » mort * ; > qui en effet est descendu non-seulement dans le tombeau, mais encore dans les enfers, où il n délivré nos pères, et fait trembler Satan avec tous ses anges par son approche glorieuse : ce Jésus-Christ sort victorieux de la mort et de l’enfer, pour nous annoncer une autre vie ; et nous ne voulons pas l’en croire ! Nous voudrions qu’il renouvelât aux yeux de chacun de nous tousses miracles, que tous les jours 11 ressuscitât pour nous convaincre; et le témoignage qu’il a une fols rendu au genre humain , encore qu’il le con- * tinuc, comme vous verrez, d’une manière si miraculeuse dans son Église catholique, ne nous sulDt pas.

A Dieu ne plaise , dites- vous ; je suis chrétien , ne me traitez pas d’impie. Ne me dites rien des libertins; je les connais : tous les Jours je les entends discourir, et je ne remarque dans tous leurs

* Apec, i, 5.

» Ibid. 18.

discours qu’une fausse capacité , une curiosité vague et superficielle, ou, pour parler franchement, une vanité toute pure; et pour fond des passions indomptables, qui, de peur d’étre reprimées par une trop grnndc autorité, attaquent l'autorité de la loi de Dieu, que, par une erreur naturelle a l’esprit humain, ils croient avoir renversé , à force de le désirer. Je les reconnais à ces paroles : vous ne pouviez pas me peindre plus au naturel leur caractère léger et leurs bizarres pensées : j’entends ce que me dit votre bouche ; mais que me disent vos œuvres? Vous 1rs détestez, dites-vous; pourquoi donc les imitezvous? pourquoi marchez- vous dans les mêmes voies? pourquoi vous vois-je aussi éblouis des grandeurs humaines, aussi enivres de la faveur el aussi touchés de son ombre , aussi délicats sur le point d'honneur, aussi entêtés de folles amours, aussi occupés de votre plaisir, et , ce qui en est une suite, aussi durs à la misère des autres, aussi jaloux en secret du progrès de ceux que vous trouvez àpropos decaressercn public , aussi prêts à sacrifier votre conscience à quelque grand intérêt , après l’avoir défendue , peut-être pour la montre et pour l’apparence , dans des intérêts médiocres? Avouons la vérité ; faibles chrétiens, ou libertins déclarés, nous marchons également dans les voies de perdition, et tous ensemble nous renonçons par notre conduite à l’espérance de la vie future.

Venez, venez, chrétiens, que je vous parle : cette vie éternelle, qui entre encore si peu dans votre esprit, la désirez-vous du moins ? est- ce trop demander à des chrétiens que de vouloir que vous désiriez la vie éternelle? Mais si vous la désirez , vous l’acquérez par ce désir en le fortifiant; et sans tourner davantage, sans fatiguer votre esprit par une longue suite de raisonnements, vous avez, dans cet instinct d'immortalité, le témoignage secret de l’éternité pour laquelle vous êtes nés, la preuve qui vous la démontre, le gage du Saint-Esprit qui vous en assure, et le moyen infaillible de la recouvrer. Dites seulement avec David , David un homme comme vous; mais un homme assis sur le trône et environné de plaisirs, mais un roi victorieux et comblé de gloire, dites seulement avec lui : « Mon ■ bien , c’est do m’attacher à Dieu : « J/iAi autan atlhtercre iJro , bonum est'. Un trône est caduc, la grandeur s’envole, la gloire n’est qu’une fumée, la vio n’est qu'un songe ; . mon bien , c’est * d'avoir mon Dieu , c’est de m’y tenir attache ; et encore : • Qu’est-cc que je veux dans le ciel , « et qu’est-ce que je vous demande sur la terre ï

■ Pt. la vu , U

POUR LE JOUR DE PAQUES

> vous êtes le Dieu du mon cœur ; et mon Dieu ,

« mon partage éternellement •

Mais il faut pousser ce désir avec toute la pureté de la nouveauté chrétienne. Je m’explique . les Juifs, qui n’entendaient pas les mystères de Jésus-Christ, ni comme parle l'apôtre, » la vertu • de sa résurrection, et les richesses inestimables « du siècle futur’, » ne laissaient pas de préférer Dieu aux fausses divinités; mais ils voulaient obtenir de lui des félicites temporelles. Moi, Seigneur, je ne veux que vous : mon Dieu , mon partage éternellement ; ni dans le ciel , ni dans la terre, je ne veux que vous. Tout ce qui n’est pas éternel , fût -ce une couronne , n’est digne ni de votre libéralité ni de mon courage; et puisque vous avez voulu que je connusse , faiblement ù la vérité, eu égard à votre immense grandeur, mais enfin avec une certitude qui ne me laisse aucun doute , votre éternité tout entière et votre inflnie perfection , J’ai droit de ne me contenter pas d’un moindre objet : je ne veux que vous sur la terre, et je ne veux que vous-même dans le ciel ; et si

vous n'étiez vous-même le don précieux que vous r a

nous y faites, tout ce que vous y donnez d’ailleurs nouvelle, voilà cette loi qui ue change plus,pnrce avec tant de profusion ne me serait rien. Que si qu'elle a l’éternité pourobjet; et c’est là uniquevous pouvez former ce désir avec un David , avec ment que nous devons tendre, un saint Paul , avec tant de saints martyrs et tant Mais en marchant dans cette vole , apprenons de saints pénitents, hommes comme vous; si desnlntAugustinqu’ellecxcIuttroissorlesdcpcrvous pouvez une, u ' ^ ^ dc D;cu ■ segaixnvv* -*-» "lue.ie.nieiit . ceux oui

GOâ

vêler? Car enfin d'où vous vient cette Idée d'immortalité ? d'où vous en vient le désir, si ce n’est de Dieu? N’est-ce pas le Père de tous les esprits, qui sollicite le vètre de s’unir au sien pour y trouver la vraie vie ? peut-il ne pas contenter un désir qu'il inspire? et ne veut-il que nous tourmenter par une vue stérile d’immortalité? Ah I je ne m’étonne pas si nous ne sentons rien d’immortel en nous : nous ne désirons même pas l’immortalité ; nous cherchons des félicités que le temps emporte et une fortune qu'un souffle renverse. Ainsi, étant nés pour l'éternité, nous nous mettons volontairement sous le joug du temps , qui brise et ravage tout par son invincible rapidité ; et la mort que nous cherchons par tous nos désirs , puisque nous ne désirons rien que de mortel , nous domine de toutes parts. Sumtm corda; turttum corda : ■ Le cœur en haut , le cœur en haut : > quæ sursum sunt quart te : * Cherchez ce qui est • en haut : » c’est là que Jésus-Christ est assis à la droite de son Père; c’est de là qu’il vous envole ce désir d’immortalité, et c’est là qu’il vous attend pour le satisfaire. Voilà l’abrégé de la loi

vous veux ; il est à vous : car

„e lui permet jamais de se refuser ù un cœur <l“

le desire, qui l’aime; ni une force majeure ne te ,ra passious et les sens,

peut ravir à qui le possède, ni -t « est lui-même , - » ^ |te0> ceux qui retournent en

un ami changeant que le temp* dégoûté. Qu ■ , . ’ et qui, sans sortir de la voie, abonde celte main bienfaisante lu - ^ ^ 1(fsqpraliqUes de piété qulls avaient

. embrassées : elle exclut, v“«<lui‘a

. rêtent et qui, croyant avoir assez fait, ne son-

1 Kcu^pasàîf avancer dans la vertu/. - Ceux qu,

k ■ -8 des commandements apres y

même il arrache ses propres enfants de ce sein paternel où ils veulent vivre I il n’y a rien qu. soit moins de lui; et de toutes les 1, * cest „ geut pas

Z nepeut perdre Dieu que celulqul s’eneo- crimes; hélas! c’est le plus

gne le. premier parsa propre volonté.Quin ^- "rep^ ^ ^ qu dois porter à

tend pas, c'est un aveugle ; qui le me, qu .1 soit grau ^ ^ ^ . e, p,ût 4 Dieu que je leur

“d :\cz-vous, chrétiens, acesparoles?^t les rocher.

Paul n’a-t-il pas eu raison de vous exciter achcr- aux preo s ^ nierre ,

cher les choses célestes , puisquen

^cherchant petit nombre

Mais je ne vous

ue cœur P~- ^ ~ - #uWfote marché avec

à me pour lu rappeler a lu. quand U la * confiance. Vous avez encore deux

les expliquant cc bienheureux fonds que Dieu mit

'« V0'qaV“nC I ch^Tcrerurrë-rp'prenez-lcs de JésusXbrist

dre , et que Jésus-Christ ressuscite vient renou ,.une ^ (lc retourner en arrière; et 1 autre ,

i Pt. I.VW , 15. «»•

» Philip?. 10, 1* IIcbr-

. Serm. it Canlie. »wo- «* •• 1 " ' :'5"'

POU K LE JOUR DE PAQUES

de vous arrêter un seul moment. Vous faites un pas en arrière, lorsque, sans retourner au péché mortel , vous vous relâchez de l'attention que vous aviez sur vous-mêmes ; que vous prodiguez le temps que vous ménagiez ; que vous êtes à la piété ses meilleures heures : et vous, lorsque tentée de relever par quelque parure eclte modestie qui commence à vous pnraitre trop nue , vous vous dégoûtez de cette sainte simplicité que vous regardiez auparavant comme la vraie marque de la pudeur; sans jamais vouloir songer à eette parole de Jésus-Christ , qui foudroie votre négligence : - Celui qui met In muin à laelinrrue, » qui commence à cultiver son âme comme une terre fertile, • et qui retourne en arrière, ■ qui se relâche des saintes pratiques qu’il avait choisies ; que prononce le fils de Dieu ? quoi , peutêtre qu'il n'attciDdra pas à la perfection i Non , messieurs; sa sentence est bien plus terrible ; « Il ■ n'est pas propre, dit-il , au royaume de Dieu 1 ; > et il n’a que faire d’y prétendre : c’est Jésus- Christ qui le dit ; croyez donc à sa parole , et tremblez.

Et comment se sauveront ceux qui reculent en arrière, puisque ceux qui n’avancent pas dans la verlu sont dans un péril manifeste? Vous vous trompez, mon frère, si daus la vie chrétienne, vous croyez pouvoir demeurer dans un même point; il faut, dans cette roule monter nn tics..

^ — — ""Bi'ZJVBbs *. -

par la penitenre renouvelez-vous encore; et Origène a raison de dire sur cette parole de saint Paul : . j\’e crov„7 « pas qu il suffise de s’être renouvelé une E « faut renouveler la nouveauté même 5 : . car ’au point ou vous croyez avoir assez fait, l’orgued qui vous surprendra, vous fera tout perdre et vos forces seront dissipées par le repos qui rèlâ- 1 ehera votre attention. Ne proférez Ze /am «itte paroie mdigne d’une bouche chilienne ■ Je

rnn ,a pcrfm,t;n aux «Hgieux et aux solitaires trop heureux d’éviter la damnation élernelTe’ Aon, non, vous vous abusez : qui ne tend point â la perfection , tombe bientôt dans le vice ; qj| „riLe

' Iuc- IX , 62.

• Ephf». iv, 2a.

sans relâche, et n'imaginer de repos qu'â la (lu de la carrière, ou le prLx de la course nous attend « Si la vie vertueuse est une milice, » comme dit le saint homme Job'; ou, comme parle saint Paul, • une lutte continuelle J ■ contre un ennemi également attentif et fort : se ralentir tant soit peu, après même l'avoir atterré, c'est lui faire reprendre scs forces; et une victoire mal poursuivie ne devient pas moins funeste, par l'événement , qu’une bataille perdue.

Dans la guerre qu'avait David contre la maison de Saiil , écoutez ce que remarque le texte sacré. « David croissait tous les jours, et s'éle- • voit de plus eu plus au-dessus de lui-méme; « au contraire la maison de Saiil allait toujours « décroissant , » et ses forces se diminuaient : David pmficiscem cl semper scipso robuslior, domus autan Saul decrcscrns quotidie*. Quel fut donc l’événement de cette guerre? Événement heureux à David , dont le trône fut affermi pour jamais; mais événement funeste au malheureux Isboscth et à la maison de Saül , qui se vit bientôt sans ressource. Ishoseth , qui se négligea, et jamais ne s'aperçut qu’il diminuait, parce qu'il diminuait peu à peu, à In lin demeure sans . force. Ses soldais l'abandonnent; Abncr, qui 1 soutenait le parti et par scs conseils et par sa valeur, se donne a son ennemi; le malheureux

penser au fond de l’ahime. Chrétien , qui’n““ £ infailUWe!""0 ‘ ““ ^ r"n,re’ ct ,a ^ «I

OrandTeTlm ZZaMvia" STdlî saint Augustin , veut • des hommcsqitf marchent

* toujours : . Ambulantes quant La cmiXf «enfer et de ses peines e, ernel.es vou^a ébm'îé, c est un bon commencement : mais il est temos’ d ouvrir votre cœur aux chastes douceurs de ri mour de Dieu , sans lequel il n’y a point de chris

«ms™ Vous avez pu renoneerTcrime * aux plaisirs qui vous menaçaieut d’irrémédiables

nest pas bien fermee; et ce cœur ensanglanté

1 Philipp in , |j.

* Job. TH, r.

* Ephes. vi, 12.

* FI. Heg. »n, |.

* III. lie g. xix, 7.

‘ Serin, de Cantic. noiv, ubt mpra.

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POUR LE JOUR DE PAQUES

soupire encore en secret après ses joies corrompues. Épurez vos intentions ; fortifiez votre volonté par des réflexions sérieuses et par des prières ferventes , car la prière assidue et persévérante est le seul soutien de notre impuissance. Vous avez commencé à goûter Dieu ; car aussi comment peut-on être chrétien si on n’aime , et si on ne goûte ce bien infini? Apprenez peu à peu à le goûter seul ; et modérez ee goût du plaisir sensible, qui ne laisse pas d’être dangereux lors môme qu’il semble innocent : autrement vous éprouverez, par une chute imprévue, la vérité de cette sentence : « Qui se néglige, tombe peu à « peu *Et quoique vous nous vantiez l'innocence de vos désirs , encore trop sensuels , je ne laisse pas de trembler pou r vous ; parce q u’en fi n , q uoiq ue vous disiez , du plaisir au plaisir il n’y a pas loin, et du sensible nu sensible lu chute n’est que trop aisée. Il faut donc travailler sans cesse à cet édifice caduc , où toujours quelque chose se dément : il faut toujours s’élever, si on ne veut pas retomber trop vite. A quelque point que nous soyons, saint Paul nous excite à monter plus haut* : après cpie nous sommes ressuscités avec Jésus-Christ, il faut encore avec lui monter jusqu’au plus haut des cieux, et jusqu’à la droite du Père céleste. Car si cette ambition que le monde veut appeler

fat m mille nérils aux premiers honneurs il . t ce m il a fait pour augmenter une

SKf-îïïSîïMK

ssssgsStass

J Mon l’i re , dit-il » , opéré toujours ;

Jesus-Ui . Mais voyons-le ope-

dtlfXett^rïo^Von r*

grftce qui nous renouvelle.

OEIÎX1F.ME POIXT.

dite. O homme , tu ne veux pas croire ou tu ne peux pas t'imaginer que je t'aie bâti dans le ciel une cité permanente où tn seras éternellement heureux ; et je m'en vais entreprendre un ouvrage sur la terre , qui te donnera une idée de ce que je puis, et de ce que je te prépare ; cet ouvrage , c'est son Église catholique. Venile et ridete opéra Domini, quœ posait prodigia super terrain 1 : « O homme, viens voir les merveilles - de la main de Dieu ; et dons les prodiges qu'il . fait sur la terre, « juge des ouvrages immortels qu’il entreprend pour le ciel.

Approchons-nous donc de plus près , et regardons travailler le grand architecte. Il a travaillé à son Église durant sa vie, à sa mort, à sa glorieuse résurrection ; mais toujours sur le même plan : et s'il nous faut assigner à chacun de ces états son ouvrage propre; il a commencé à former son Église par sa doctrine durant sa vie, il lui a donné la vie par sa mort , et par sa résurrection il lui a donné avec sa dernière forme le caractère d’immortalité. Mais plus nous entrerons dans le détail, plus la grandeur du dessein et la merveille de l'exécution nous paraîtra surprenante. L' Esprit invincible et tout-puissant qu'il a promis à ses apôtres étant mortel , il l'envoie ressuscité et monté aux cieux ; ailn , pour ainsi parler, qu'il coule toujours d'une vive source. Mais appli-

appelés, . ressuscité que nous le

jours sur les mêmes fondements : car ceo^z ce

à révcilleT la foi des apôtres; et il réveille principalement Pierre, qui était le I-r^jer de U,u ,

r£2SÎ==K

nfiï va prendre sa place, et où nous devons

jouir avec fui d'une paix inaltérable : mais comme,

• . » 1*01 ■, i ion où nous sommes , nous

‘avons pe“ne à ‘comprendre qu'il y ait pour nous quelque chose d'immuable , écoutez ce qu i

i Eec I. xix , I* a CoIoms. tl! , 1

* Jnnn. T . 17*

* Ifrbr. XW, <*•

„ nue |„ force fût perfectionnée dans 1 mür . mTlé , et que la main de Jésus-Christ parût par-

* ToutVavance dans le même ordre,1>1"l'e Jean courent au tombeau1 : Jean arrive p

• Pt. XLT , 8.

» . Vatth. Xtl, 18.

• Marc, xti , 7.

• |f. l 'or. XH , »•

• foan. xx, 3 fl •«M*

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POUR LE JOUR DE PAQUES

micr; mais le respect le retient, et il n'ose entrer devant Pierre dans les profondeurs : c'est Pierre qui voit le premier les linges de la sépulture posés à un coin du tombeau sacré , et les premières dépouilles de la mort vaincue. Voyez comme l'Église se forme , avec toute sa bienheureuse subordination, au sépulcre de Jésus-Christ ressuscité; et voyez en même temps comme les apôtres sortent peu à peu de leur erreur ; Dieu les en tirant pas ù pas afin qu'une profonde réflexion sur tous leurs torts leur fasse entendre que Jésus-Christ seul avait pu ressusciter leur foi éteinte. Mais il faut avancer l'ouvrage, et il est temps que Jésus-Christ paraisse aux apôtres : tout se fera sur le même plan sur lequel on a commencé. Saint Paul, fidèle témoiu , nous apprend que * Jésus-Christ apparut à Pierre, et • après aux onze1. ■ Saints apôtres, le temps est venu que Jésus-Christ vous veut rendre les dignes témoins de sa résurrection ; et afln que tout le corps soit inébranlable, il commence par affermir celui qu'il a mis à la tête : c’est aussi lui qui doit porter la parole au nom de vous tous Pierre, qui a dit ie premier : * Vous êtes Christ , . Filsde Dieu vivant1, "aaussi prêché le premier: Vous êtes le Christ ressuscité, et le premier-né d’entre les morts ;et l'Église va être fondé ? autant sur la foi de la résurrection de Jésus-Christ, que sur celle de sa Mii iiitiiiii itrenrlljj —

Use lassaient point de le reârder, il dit à Simon Pierre :

lité de cette touche immortelle d'où le genre humain en suspens entendra un jour sa dernière et irrévocable sentence. Jésus-Christ assemble donc ses saints apôtres ; et prêt à monter aux cieu x . écoutez comme il leur parle : « Toute puissance,

• dit-il, m'est donnée dans le ciel et dans la terre ; « il est temps de partir : allez, marchez à la con- « quête du monde : prêchez l'Évangile à toute « créature ; enseignez toutes les nations , et les

• baptisez au nom du Père, et du Fils, et du « Saint-Esprit1. » Et quel en sera l'effet? Effet admirablo , effet étemel et digne de Jésus-Christ ressuscité : « Je suis, dit-il , avec vous jusqu’il « la consommation des siècles1. • Digne parole de l'Époux céleste, qui engage sa foi pour jamais à sa sainte Église. Ne craignez point mes apôtres, ni vous qui succéderez à un si saint ministère; moi ressuscité , moi immortel , je serai toujours avec vous : vainqueur de l'enfer et de la mort , je vous ferai triompher de l'un et de l'autre ; et l'Église que Je formerai par votre sacré ministère, comme moi , sera immortelle : ma parole , qui soutient le monde qu'elle a tiré du néant, soutiendra aussi mon Eglise : Kcce ego vobiscum sum. Si depuis ce temps, chrétiens, l'Églisea cessé un seul moment; si elle a un seul moment ressenti la mort dont Jésus-Christ l’a tirée, et que cette Église de JésufrOiriM

é I Mni'c' i l, U’ "’"t< Z des Presses de la vie future , ^'«quecette Église, '

pomt de le re- ' dans |f.« Z *#hsc née

Simon, fils de I chargée de la h-iln” *' n-8™* ,eS <'0M,ra(lirtlcms ,

• Jouas , m 'aimez-vous , m'aimez-vous , encore •- - h Puhl'que, persécutée avec une

• une fois; m aimez- vous plus que ceux-ci? ■ ous qui êtes le premier en dignité, êtes-vous le

premier en amour? « Paissez mes agneaux , paissez mes brebis3; » paissez les petits, paissez les mères; enfin , avec le troupeau , paissez aussi les posteurs , qui , à votre égard , seront des brebis ■ et aimez plus que tous les autres, puisque mon choix vous elève au-dessus d'eux tous. Ainsi s’achève I Église; le corps des apôtres reçoit sa dernière forme, en recevant de la main' de Jésus- Christ ressuscité un chef qui le représente sur la terre : 1 Eglise est distinguée éternellement de toutes les sociétés schismatiques, qui, faute de reconnaître un chef établi de Dieu de cette sorte ne sont que confusion ; et le mystère de l'unité ’ par lequel l'Eglise est inébranlable, se consomme’

Il reste pourtant encore un dernier ouvrage ! il faut que cette Église, ainsi formée avec ses divers ministères, reçoive la promesse d’immorta-

' I. Cor. XT, 6.

* IdtlUk. XV|, |fl.

* Joan. XXI , 15, 15, 17.

fnron» x •; — persécutée avec une

fureur inouïe, premièrement en Jésus-Christ oui était son chef, et ensuite dans tous ses membres ■

un nZT d ennemiS ’ P'einc de faux Iren's , et un néant, comme dit saint Paul, dans ses corn mencements; attaquée encore plus vivant Z le dehors et plus dangereusement divisée au dedans par les hérésies dans son progrès; dans la suite presque abandonnée, par le déplorable relâchement de sa discipline ; avec sa doctrine re- T8' e’,durf.a Pratiquer, dure à entendre, impénétrable a I esprit, contraire aux sens, ennemie du monde dont elle combat toutes les maximes demeure ferme et inébranlable

J,Zrhr7nlraU,par,iralicrdc llns,ltutlon de Jisus-Christ ; car il est beau de considérer dans des promesses circonstanciées un accomplissement précis : vous voyez que la doctrine de l'Kvangilc subsiste toujours dans les successeurs dos apôtres; que Pierre, toujours à leur tète, n'a cessé d enseigner les peuples, et de « confirmer scs

' Sftttlh. xxvill , 18, 19.

1 Ibid, Ci».

POUR LE JOUR DE PAQUES

« f ri res ■ , - et , comme disent les six cent trente évéques nu grand concile de Chnlcédolne , qu'il

• esl toujours vivant dans son propre slcge ■ ; » que toutes les hérésies qui ont osé s’élever contre In science de Dieu , ont senti leurs tètes superbes frappées par des anathèmes dont elles n'ont pu soutenir la force; quelles n’ont fait que languir depuis ce coup, et qu'elles viennent toutes à la fois tomber aux pieds de l'Église et de Pierre, qu i les foudroie par ses successeurs; que cependant cette Église ne se diminue jamais d'un côté, qu’ellé ne s’étendede l'autre, conformément h cette parole que Jésus-Christ adresse lui-méme 4 l'Église d'Éphèse : Movcbo candelabrum de loco suo3 :

■ Je remuerai de sa place votre chandelier, ■ Je vous ôterai la lumière de la foi : prenez garde,

Je ne l’éteindrai pas, je la remuerai et la change-rai de place; afin que l'Église regagne tout ce qu’elle perd , une vertu invincible réparant ses partes; et, plutôt que de la laisser sans enfants, Dieu faisant selon la parole de Jésus-Christ, • des

• pierres mêmes, et des peuples les plus infldè-

• les, naître les enfants d'Abrahnm 1 ; » en sorte que dans sa vieillesse, si toutefois elle peut vieillir, elle qui est immortelle , et lois qu'on la croit stérile, elle soit aussi féconde que Jamais, et demeure toujours au-dessus de la ruine qui

menace les ciivjw ...

Usez l'histoire des siècles passes , et cons~rrez l'état du nôtre; vous verrez que, par la vertu qui anime le corps de l'Eglise , lorsque 1 Orient s'en est séparé, le Nord converti a rempli sa place , que le Nord , en un autre temps , soulevé par les séditieuses prédications de Luther, a vu. m m non pas tant éteinte que transportée a d < mf es climats, et passée, pour ainsi parler, il de nou

veaux mondes ; et qu'enlin dans les pays mômes

ou l'hérésie règne, pour m^ue des ténèbres auxquelles elle est condamnée, elle tombe dan un désordre visible par un mélange confus de toutes sortes d'erreurs dont elle ne peut arrêter le reümpurce qu'à force de vouloir combattre autorité de l'Église, qu'il a fallu, pour appeler humaine , les hérésiarques n ont us laisser aucune ni réelle ni apparente : ce qui fait que la plus superbe hérésie, la plus (1ère et la plus menaçante qui fut jamais, est devenuedlc-mi me cette Babvlone qu'elle se vantait de quitter. . pour lui donner le dernier coup, Dieu suscite u Mtre Cyrus, un prince aussi maguamme , aussi modéré5, aussi bienfaisant que lui, aussi grand dans ses conseils et aussi redoutable par ses ar-

■ Luc. XXll, W.

, S. Uo. Scrm II , cap. III.

• .Vu II*. III, P

mes ; mais plus religieux , pnisqu'au lieu que Cyrus était infidèle, le prince que Dieu nous suscite tient à gloire d’ètre lui-méme le plus zélé et le plus soumis de tous les enfants de l'Église, comme il est, sans contestation , le premier autant en mérite qu’en dignité : Dieu, dis-je, suscite ce nouveau Cyrus pour détruire cette Babylone , et réparer les ruines de Jérusalem : de sorte que l'Église , toujours victorieuse , quoiqu’en différentes manières, tantôt malgré les puissances conjurées contre elle, et tantôt par leur secours que Dieu lui procure, triomphe de scs ennemis pour leur salut, et pour le bien universel du monde où seule elle fait reluire parmi les ténèbres la vérité toute pure , et la droite règle des moeurs également éloignée de toutes les extrémités.

■ O Église, les forces me manquent à racon- « ter vos louanges : ■ Gloriona dicta sutU de te, civitas Dei *. ■ O vraiment, Église de Dieu,

• sainte cité de ('Éternel , et la mère de ses en-

• fants, vraiment on a dit de vous des choses - bien glorieuses ; » et je ne m'étonne pas de l'état heureux et permanent qui vous est prédestiné dans le ciel : déjà par la vertu de celui qui vous a g. omis d'étre avec vous, vous avez tant de majesté et tant de solidité sur la terre. Mais , mes frères, remarquez-vous que cette promesse aux apôtres ei -u- -— — - l'Roquo s'adresse Allez , enseignez, baptisez; et mm , je wr-- vous jusqu'à la consommation des siècles ; avec vous à qui la chaire a été donnée; avec vous a qui sont commis les saints sacrements ; avec vous oui devez éclairer les autres. C est par les apôtres et leurs successeurs que l'Eglise doit ôtre immortelle. Si donc les successeurs des apôtres ne sont fidèles à leur ministère, combien d âmes nériront I O merveilleuse importance de ces charges redoutables I ô péril de ceux qui les exercent! ô péril de ceux qui les demandent, e pi nl encore plus grand de ceux qui les donnent ! Mais comme ceux qui les exercent , chargés d'instruire h-s autres , n'ont besoin que de leurs propres lumières; et que ce grand prince, qui les donne, entre dans les besoins de l'Église avec conspection si religieuse , que nous

rés d'un bon choix, pourvu que chacun supplique à lui former un lui-méme ou dans sa famille de dignes sujets : c’est à vous que j ai à parler, a vous messieurs , à vous qui demandez tous te jours , ou pour vous , ou pour te autres , ces redoutables dignités. Ah! messieurs je vous en conjure par la foi que vous devez à Dieu, par 1 at-

• Pt. LUX' 1 , 3.

POUR LE JOUR DE PAQUES

tacitement Inviolable que vous devez à l'Eglise, a qui vous voulez donner des pasteurs selon votre cœur, plutôt que selon le cœur de Dieu ; et si tout cela ne vous touche pas, par le soin que vous devez à votre salut : uh I ne jetez pas vos amis, vos proches, vos propres euftmts, vousmémes , qui présumez tout de votre capacité, sans quelle ait jamais été éprouvée; ait! pour Dieu, ne vous jetez pas volontairement dnns un péril manifeste. Ne proposez plus à une jeunesse imprudente les dignités de l'Église, comme un moyen de piquer son ambition, ou comme la juste couronne des études de cinq ou six ans , qui ne sont qu'uu faible commencement de leurs exercices. Qu'ils apprennent plutôt à fuir, à trembler, et du moins à travailler pour l’Eglise, avant que de gouverner l’Église : car voici la règle de saint Paul, règle iufaillible, règle Invariable, puisque c’est la règle du saiut-Esprit :

„ Qu’Ils soient éprouvés, et puis qu'ils servent' ;» et encore : • C'est en servant bien dans les places . Inférieures, qu’on peut s'élever à un plus haut

* rang ’ ; • et cette règle est fondée sur la conduite

de Jésus-Christ. Trois ans entiers il tient scs apôtres sous sa discipline : instruits par sa doctrine, par ses miracles, par l’exemple de sa vie et de sa mort, il ne les envoie pas encore exercer leur ministère. Il revient des enfers et sort du tombeau . pour leur donner durant qnanuUC--ùa**ede i —Iles i||,sl“r^-~ — r”W~rf5j)tôt, il les

~ — - - * -U fit fiTan s Jérusalem : « Renfermez-

* vous, dit-il 3; ne sortez pas jusqu’à ce que vous ■ soyez revêtus de la vertu d'en haut. » Il les jette dansune retraite profonde, sans laquelle le Saint- Esprit, leur conducteur nécessaire, ne viendra pas. Voilà commesont formés ceux qui ont appris sous Jésus-Christ.

Et nous, messieurs, sans avoir rien fait, nous entreprenons de remplir leurs places. Si l’ordre ecclésiastique est une milice, comme disent tous les saints Pères et tous les conciles après saint Paul 4 , espère-t-on commauder ; mais le peut-on sans hasarder tout , lorsqu’on n’a jamais obéi , jamais servi sous les autres ? Et quel ordre, quelle discipline y aura-t-il dans la guerre, si on peut seulement prétendre de s'élever autrement que par les degrés? ou bien est-ce que la milice ecclésiastique, ou il fout combattre tsus les vices, toutes les passions, toutes les faiblesses humaines, toutes les mauvaises coutumes, toutes les maximes du monde , tous les artifices des hérétiques ,

’ I. Tim. ni, lo.

* nu. is.

1 Lnr. XXIV, 19

* I. Tm i, ».

toutes les entreprises des impies, eu un mot tous les démons et tout l’enfer, ne demande pas autant de sagesse, autaut d’art, autant d’expérience et enfin autant de courage, quoique d'une autre manière , que la milice du monde? Quel spectacle, lorsque ceux qui devaient combattre à la téta ne. savent par où commencer; qu’un conducteur secret remue avec peine sa faible machine, et que celui qui devait payer de sa personne paye à peine de mine et de contenance I 0 malheur, ô désolation, ô ravage inévitable de tout le troupeau! Car ignorez-vous celte Juste -mais redoutable sentence que Jésus-Christ prononce de sa propre bouche : « Si un aveugle conduit un autre - aveugle, tous deux tomberont dans le préci-

• pire ■ ? ■ Tous deux , tous deux tomberont ; • et

• non-seulement, dit saint Augustin1, l'aveugle > qui mène, mais encore l'aveugle qui suit. - Ils tomberont l’un sur l’autre ; mais certes l’aveugle qui mène tombe d’autant plus dangereusement , qu’il entraîne les autres dans sa chute, et que- Dieu redemandera de sa main le sang de son frère qu’il a perdu. Et , pour voir un effet terrible de cette menace, considérez tant de royaumes arrachés du sein de l’Église, par l’hérésie de ces derniers siècles; recherchez les causes de tous ces malheurs : il s’élèvera autour de vous , du

creux des enfers, comme im cri

, . -nemtPTT, est nos indi-

-^WTPïïSU’urs qui nous ont jetés dnns ce lieu de tourment ou nous sommes; leur Inutilité et leur ignorance nous les a fait mépriser , leur vanité et leur corruption nous les a fait haïr, injustement il est vrai ; car il fallait respecter Jésus-Christ en eux , et les promesses faites à l’Église ; mais enfin ils ont donne lieu aux spécieuses déclamations qui nous ont séduits : ces sentinelles endormies ont laissé enti er l’ennemi ; et la foi ancienne s’est anéantie par la négligence de ceux qui en étaient les depositaires.

O sainte Église gallicane, pleine de science pleine de v ertus , pleine de force ; jamais , jamais ’ je I espère, tu n'éprouveras un tel malheur : la postenté te verra telle que t’ont vue les siècles passes, l’ornement delà chrétienté et la lumière du monde ; toujours une des plus vives et des plus illustres parties de cette Église éternellement vivante que Jésus-Christ ressuscité a répandue par toute la terre. r

Mais nous, mes frères, voulons-nous mourir; et si nous ne commençons à vivre pour ne mourir plus, que nous sert d’être les membres d’un chef immortel, et d’un corps, d’une Église qui

1 Sfatlh. xt, H.

• Serm. XL?!, n» 21 , t T, col. Uê.

roi

POUR LE JOUR DK PAQUES

ne doit jamais avoir de tin? c'est par cette considération qu’il faut finir ce discours.

TROISIÈME POINT

Étrange impression qui s’est mise dans l'esprit des hommes , qui, pourvu qu'ils aient un recours fréquent aux sacremcnfs de l'Église, croient que les péchés qu'ils ne cessent de commettre ne leur font pas tout le mal qu'ils leur pourraient faire ;et s'imagincntétrechrétiens, parce qu'aussl souvent confessés, qu'ils sont pécheurs, ils soutiennent, dans une vie toute corrompue, une apparence de vie chrétienne ! Ce n’est pas là la doctrine que Jésus-Christ et ses apôtres nous ont enseignée. « Jésus-Christ ressuscité ne meurt

• plus ' ; » et de là que conclut saint Paul? « Ainsi

- vous devez penser que vous êtes morts au pé-

• ché, pour vivre à Dieu par Jésus-Christ Notre-

• Seigneur’; » et encore avec plus de force :

- Si , dit-il , nous sommes morts au péché , eom- ■ ment pourrons-nous y vivre dorénavant!? . Quo.noda? Comment? comment le pourronsnous? Parole d'étonnement, qui fait voir l'apôtre saisi de frayeur à In seule vue d'une rechute. Déplorable dépravation des chrétiens ! nous nous étonnons maintenant, quand ceux qui fréquentent les sacrements gardent les resolutions qu'ils y ont prises ; et saint Paul s'étonnait alors comment ceux qui les recevaient , et qui étaient morts au péché , pouvaient y vivre. Si , dit-il , nous sommes morts au péché de bonne foi ; si , de bonne fol , nous avons renoncé à ces abominables impuretés; à cette aigreur implacable d'un coeur ulcéré, qui songe à se satisfaire par une vengeance éclatante , ou qui goûtant en lui-méme une vengeance cachée, triomphe secrètement de la simplicité d’un ennemi déçu ; a ces meurtres que vous fait faire tous les jours une langue envenimée ; à celte malignité dangereuse qui vous fait empoisonner si habilement et avec tant d’imperceptibles détours une conduite innocente; à cette fureur d’un jeu ruineux où votre fàmille change d'état à chaque coup, tantôt relevée pour un moment, et tantôt précipitée dans l'abîme : si nous avons renoncé à toutes ces choses et aux autres désordres de notre vie, comment pouvons-nous y vivre, et nous replonger volontairement dans cette horreur?

Mais procédons par principes ; les hommes ne reviennent que par là. Voici donc le fondement que je pose. Quand Dieu daigne se communiquer à sa créature, son intention n'est pas de se communiquer en passant : « Mon Père et moi , nous

1 Hum. >1,9.

» Ibid. il.

• Ibid 2.

■ viendrons à eux, dit le Fils de Dieu, et nous > ferons en eux notre demeure ■ ; • et encore : - Le . Saint-Esprit demeurera en vous , et il y sera • ; . et encore : •> Qui mange ma chair et boit mon « sang , demeure en moi et moi en lui 3 ; • une demeure réciproque. En un mot , l'Esprit de Dieu veut demeurer; car il est stable , constant , immuable de sa nature : il ne veut pas être en passant dons les Ames , il y veut avoir une demeure fixe ; et s'il ne trouve dans votre conduite quelque chose de ferme et de résolu , il se retire : ou , pour vous dire tout votre mal , s'il ne trouve rien de ferme et de résolu dans votre conduite , craignez qu'il ne se soit déjà profondément retiré de vous , et que vous ne soyez celui dont il est écrit :

« Vous avez le nom de vivant , et vous êtes mort3. » Ne dites pas que ce n'est que fragilité, car si la fragilité, qui est la grande maladie de notre nature, n'a point de remède dans l’Évangile, Jésus- Christ est mort et ressuscité en vain ; en vain Dieu emploie à nous convertir , comme dit saint Paul , « la même vertu par laquelle il a ressuscité Jé- • sus-Christ, ■ une vertu divine et surnaturelle : In i/uo cl rexurrtxistis per fidtm opemtionis Dei, qtri suscitant ilium a mortui$i *. Et croire qu'on prenne toujours dans les sacrements une vertu miraculeuse et toute-puissante, en demeurant toujours également faible, de sorte qu’on puisse toujours mourir au péché, et toujours y vivre ; c’est une erreur manifeste.

Ce n'est pas que je veuille dire qu'on ne puisse perdre la grâce recouvrée , et même la recouvrer plusieurs fois dans le sacrement de pénitence. Il faut détester tous les excès : celui-ci est rejeté par toute l'Église , et condamné manifestement dans toutes les Écritures, qui n’ont point donné de bornes à la divine miséricorde, ni à la vertu des saints sacrements. Mais comme je vous avoue que la vie chrétienne peut commencer quelquefois par l'infirmité, je dis qu'il en faut venir à la consistance. Un fruit n’est pas mûr d'abord , et sa crudité offense le goût ; mais s’il ne vient à maturité, ce n'est pas du fruit : c'est du poison j Ainsi le pécheur qui se convertit, pourvu qu’il déplore sa fragilité, et qu’au lieu d'en être confus il ne s’en fasse pas une excuse , peut ne la pas vaincre d'abord; et les fruits de sa pénitence, quoique amers et désagréables, ne laissent pas d’être supportés par l’espérance qu'ils donnent Mais que jamais nous ne produisions ces dignes fruits de pénitence tant recommandés dans l’É-

' Jnan. XIV, 33.

» Ibid. 17.

» Ibid. Tl , 67.

* Ap*. III, I.

* Colost II , 12.

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