‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 246 sur 282 · R DE PAQUES · texte numérisé non relu

R DE PAQUES

■ no peuvent plus soutenir la saine doctrine'. •

Préchcz-leur la miséricorde toujours prête à les recevoir ; au lieu d'être attendris par cette bonté, ils ne cesseront d’en abuser, jusqu’à ce qu’ils la rebutent et lachangent en fureur : faites-leur voir le péril où les précipite le mépris des saints sacrements; il n’y a plus de sacrements pour eux. Combien en effet en connaissons-nous qui n'ont plus rien de chrétien , que ce faux respect pour les sacrements , qui fait qu'ils les abandonnent , de peur, disent-ils, de les profaner I Le beau reste de christianisme! comme si on pouvait faire, pour ainsi parler, un plus grand outrage aux remèdes, que d'en être environné sans daigner les prendre , douter de leur vertu et les laisser inutiles. \

O Jésus-Christ ressuscité , parlez vous-même. Vous avez dit de votre bouche sacrée que - les « morts qui seraient gisants dans les tombeaux

■ entendraient la voix du Fils de l'homme , et sor- « tiraient des ombres de la mort \ » O vous , plus morts que les morts, morts de quatre jours, dont les entrailles déjà corrompues par des habitudes invétérées font horreur aux sens , « squelettes dé- « chantés , os desséchés , - où il n'y a plus de suc , ni aucun reste de l’ancienne forme ; quoiqu’une pierre pesante vous couvre , et que rien ne semble capable de forcer la dureté de votre cœur,

. écoutez la voix du Fils de l'homme : • O.isa nrida, audite tierbum Domini>. Est-ce en vain que saint Paul a dit que Dieu emploie pour vous convertir , et qu’il a mis dans ses sacrements « la « même vertu par laquelle il a ressuscité Jésus- « Christ : s secundum operationem potentiæ virtutis ejus, quam operatus est in Christo, suscitons ilium a rnortuis * ; par conséquent une vertu infinie, une vertu miraculeuse , une vertu qui ressuscite les morts? Pourquoi donc voulezvous périr ?

Ah! j'ai trop abusé des grâces , et j'ai épuisé tous les remèdes. Mais pourquoi accusez-vous les remèdes que vous n'avez jamais pris qu’avec négligence? Avez-vous gémi, avez-vous prié? après avoir découvert vos plaies cachées à un sage médecin , avez-vous vécu dans le régime nécessaire , épargnant à votre faiblesse jusqu'aux occasions les moins dangereuses, et songeant plutôt à éviter les tentations qu'à les combattre? Mais cette vie est trop ennuyeuse, et on ne peut la souffrir. Songez , songez non pas aux ennuis, mais aux douleurs et au désespoir d’une éternité malheureuse : ce n'est pas ce qu'il nous faut

< II. Tim. IV, 3.

* Joat i, V, 35, 28- 1f:wt.llivil,l.

• Colon. Il, IX

POUR LE JOUR DE PAQUES

faire pour notre salut , i|»i doit nous sembler difficile; mais ce qui nous arrivera, si nous en abandonnons le soin. Faites donc un dernier effort ; vous consultez trop longtemps. Écoutez le conseil de saint Augustin ; il a été dans la peine nu je vous vois, et saura bien vous conseiller ce qu'il y faut faire. Nolile libenter colloqui cum cupiditutibu* vestris ' : - Cessez, dit ce pécheur - si parfaitement converti , cessez de discourir « avec vos prissions et avec vos faiblesses ; - vous écoutez trop leurs vaines excuses, les délais qu'elles vous proposent, les mauvais exemples qui les entretiennent, la mauvaise honte qu’elles vous remettent continuellement devant les yeux , et enfin les mauvaises compagnies qui vous entraînent nu mal comme malgré vous. Ne voyezvous pas l'erreur des hommes, qui, ne trouvant dans leurs plaisirs qu’une joie trompeuse, et jamais le repos qu'ils cherchent, s'étourdissent les uns les autres, et s’encouragent mutuellement à mal faire , toujours plus délerminésen compagnie qu’en particulier; marque visible d'égarement, it que leurs plaisirs destitués de la vraie nature du bien, et toujours suivis du dégoût , ont besoin , pour sc soutenir, du tumulte qui offusque la réflexion? Cessez de les écouter, si vous ne voulez périr avec eux. Une grande résolution se doit prendre par quelque chose de vif et avec un soudain effort : demain, c'est trop tard, sortez aujourd'hui de l'ablme où vous périssez et où peutêtre vous vous déplaisez depuis si longtemps. On n’aurn pas demain un autre Évangile , ni un autre enfer, unautrcDieu et un autreJésus-Christ à vous prêcher : l'Église a fait ses derniers efforts dans celte fête , et a épuisé toutes ses menaces. La vieillesse, où vousmettczvotreconflancc,neferaque vous affaiblir l'esprit et le cœur, et répandre sur vospassionsun ridicule qui vous rendra lafabledu monde, mais qui n'opérera pas votre conversion, la mert, qui la suit de prés, vous fera jouer peutê'.re le personnage de pénitent comme à un Anliochus; vous serez alarmés et non convertis : votre âme sera jetée dans un trouble irrémédiable; et incapable, dans sa frayeur, de se posséder elle-même , elle vous fera rouler sur les lèv res des actes de foi suggérés, comme l'eau court sur la pierre sans la pénétrer. Ainsi il n'yaura plus pour vous de miséricorde.

« Ah! mes frères, j'espère de vous de meil- ■ leures choses, encore que je parle ainsi : a Confidimus autem de vobis, dileelistimi, meliura, et viciniora saluli, tamelsi i/o loquimur'. Car pourquoi voulez-vous mourir, maison d’Israël, peuple béni , peuple bieo-aimé ; autrefois enfants

1 lu Pt. ciixti, n- 21, t. iv, col. 1&25.

* Ikhr. vi. *.

de colère, et maintenant enfants d'ndoption et de dilection éternelle; vous pour qui toutes les chaires retentissent d’avertissements salutaires, pour qui coulent toutes les grâces dans les sacrements, pour qui toute l'Église est en travail 0*. s'efforce de vous enfanter en Jésus-Christ; mais pour qui Jésus-Christ est mort, pour qui ce Sauveur ressuscité ne cesse d'intercéder auprès de son Père par ses plaies : pourquoi voulez-vous mourir? Vivez, vivez plutût, mes chers frères; c'est Dieu même qui vous le demande , qui vous y exhorte, qui vous l'ordonne, qui vous en prie. Et nous , indignes interprètes de ses volontés , et ministres tels quels de sa parole , nous secondons le dessein de sa miséricorde, et de cette même bouche dont nous vous consacrons les divins mystères , « nous vous conjurons pour Jésus-Christ , « avec l'apôtre, réconciliez-vous à Dieu : • Obseemmus pro Christo, reconciliammi J Deo'; et encore avec le prophète : « Convertissez-vous et « vivez1; » mais, afin de vivre pour ne mourir plus, vivez dans les précautions nécessaires à la faiblesse. « Souvenez-vous , dit Jésus-Christ, de « lafemmedeLoth3, »etde la suite funeste d’un regard fugitif, et du monument éternel , que Dieu nous y donne, des châtiments qui suivent les moindres retours vers les objets qu'il faut quitter. Le grand mal des Israélites sous Achab, et celui qui les fit périr sans ressource, c’est que, parmi les dieux étrangers dont ils encensaient les autels , « ils furent , dit l’Écriture , si abomina-

* blés, qu’ils adorèrent les dieux des Amorrhécns

* que Dieu avait mis en fuite devant eux 4 . » Ces dieux vaincus, ces dieux renversés avec les peuples qui les servaient , furent révérés des Israélites et devinrent l’objet de leur culte : ce fut le comble de leurs maux et le pas le plus prochain vers la perdition. Craignez une semblable aventure : que ces idoles abattues ne voient jamais redresser leurs abominables autels ; que la pensée de la mort efface tout l’éclat qui vous éblouit ; que la résurrection de Jésus-Christ ouvre vos yeux aux biens éternels, et enfin que jamais le monde vaincu ne redevienne vainqueur.

Sire, quel autre sait mieux que vous assurer une victoire? et de qui pouvons-nous apprendre avec plusde fruit les véritables effets d’un triomphe entier, que de cette main invincible sous laquelle tant d’ennemis abqltus ont vu tomber tout ensemblcet leurs forces et leur courage , et , maigre leur secret dépit, ont perdu, nvec l’espérance de se relever jusou’à l’envie de eom-

1 U. Cor. ▼,

1 Kzech. xvili , 33.

1 Luc. XVII, 32.

* 111. Heg. xxi, 2*.

SCR LA NÉCESSITE

battre? Jamais le monde ne sera tout à fait vaincu par les chrétiens , jusqu'à ce qu'il soit atterré de cette sorte , et qu’a force de le vaincre nous l'ayons réduit & désespérer pour jamais de rétablir dans nos cœurs son empire renversé. Mais, sire , Votre Majesté, après la victoire si pleine et si assurée, a donné la paix à ses ennemis domptés ; et cette paix tant vantée, mais qui ne l’est pas encore assez, fait le comble de votre gloire. Dans la guerre que les chrétiens ont à soutenir il n'y n ni paix ni trêve , puisque , si le monde cesse quelquefois de nousattaquer par le dehors , nous-mêmes nous ne cessons , par de continuels combats , de mettre notre salut en péril ; de sorte que l'ennemi est toujours aux portes, et que le moindre relâchement, le moindre retour, enfin le moindre regard vers la conduite passée , peut en un moment faire évanouir toutes nos victoires, et rendre nos engagements plus dangereux que jamais : il faut donc s'armer de nouveau après le triomphe. Prenez, sire, ces armes salutaires dont parle saint Paul' : la foi, la prière, ic zcle, l’humilité, la ferveur ; c’est par là qu'on peut assurer sa victoire parmi les infirmités et dans les tentations de cette vie. Arbitre de l'univers, et supérieur même à la fortuue ; si la fortune était quelque chose , c’est ici la seule occasion ou vous pouvez craindre sans honte , et il n’y a plus pour vous qu'un seul ennemi a redouter : vous-même, sire, vous-même, vos victoires , votre propre gloire , cette puissance sans bornes si nécessaire à conduire un État, si dangereuse à se conduire soi-même; voilà le seul ennemi dont vous ayez à vous défier. Qui peut tout , ne peut pas assez ; qui peut tout, ordinairement tourne sa puissance contre lui- même; et quand le monde nous accorde tout, il n’est que trop malaisé de se refuser quelque chose ; mais aussi c'est la grande gloire , et la parfaite vertu , de savoir, comme vous , se donner des bornes et demeurer dans la règle, quand la règle même semble nous céder.

Pour vivre dans cette réglé qui soumet à Dieu toute créature, il faut, sire, quelquefois descendre du trône. L'exemple de Jésus-Christ nous fait assez voir que ■ celui qui descend , c’est celui qui

• monte. Celui qui est descendu , dit saint Paul ',

• jusqu'aux profondeurs de la terre , c'est celui ■ qui est monté au plus haut des deux. • Il faut donc descendre avec lui , quelque grand qu'on soit ; descendre pour s'humilier, descendre pour sc soumettre, descendre pour compatir, pour écouter de plus près la voix de la misère qui perce le cœur, et lui apporter un soulagement

• Ephtt. TT, 11 et sulv.

* Ibid. IV, 9, 10-

digne d’une si grande puissance. Voilà comme Jésus-Christ est descendu : qui descend ainsi remoute bientôt. C'est, sire, l'élévation que je vous souhaite. Ainsi votre grandeur sera éternelle, votre État ne manquera jamais ; nous vous verrons toujours roi , toujours couronné , toujours vainqueur et en ce monde et en l’autre, par la grâce et là bénédiction du Père, du Kils,et du Saint-Esprit.

ABRÉGÉ

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