‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 262 sur 282 · DES PLAISIRS DES SENS · texte numérisé non relu

DES PLAISIRS DES SENS

■ prit 1 : » pesez ces deux mots. Vanité , parce qu'il n'y a point de corps : tout le prix vient de la faiblesse de la raison; et c'est alors qu'il dit : Risurn repulavi errorem ; et gautlio ilixi : Quid frustra dcciperis'1 • J’ai dit au ris : Tu n'es que « folie ;etàla joie: Pourquoi veux-tu me séduire? » Preuve que tous ces grands divertissements touchent plus les enfants que tous les autres. Être paré, courir deçà et delà, se déguiser, se mnsquer, [sont des jeux d'enfants : ] nous nous rions de leurs badineries; et les nôtres sont d'autant plus ridicules que nous y mêlons plus de sérieux , car il n’y a rien de plus ridicule que le sérieux dans les niaiseries. L'amourdetousees divertissements, c'est donc un reste d'enfance.

Rien plus, c'est une folie : qui rit avec plus d'emportement que les insensés? Fatum in risu exaltai voeem suam : virautem sapiens t-ix tacite ridebit3 : « L'insensé élève sa voix en riant;

■ mais l’homme sage rira à peine tout bas : • avec crainte , parce qu'il craint toujours desc tromper ; parce qu'un certain sérieux intimcdésavouctoutes ces fausses joies et a honte de s'y laisser emporter; parce qu’il ne sait s'il y a plus de sujet ou de tristesse ou de joie. Dégoût, appétit, encore dégoût, puis renouvellement d'ardeur; c'cst ce qui arrive dans tous les plaisirs. C’est donc une d isposition déraisonnable i| cause du changement; et par conséquent vanité, faiblesse de raison. Le carnaval achevé , que vous reste-t-il ? Le corps fatigué et l'esprit vide. O l'homme n’est que vanité , et aussi ne poursuit-il que des choses vaines : Verumtamen in imagine pertransit homo; sed et frustra conturbatur 4 : il n’est rien et il ne recherche que des riens pompeux. Tout est vanité, ajoutons, et affliction d’esprit.

Nulle voie si aplanie, où il ne se trouve des embarras. Nulle passion si douce, qui ne fasse naître mille passions accablantes. L'espérance balancée par la crainte : l'amour... il ne convient pas à la gravité de cette chaire de parler de ses douleurs; mais nous pouvons bien parler de l’enfer de la jalousie. Nul ne fait moins ce qu'il veut que celui qui veut tout faire ce qu’il veut; parce que dans l’exécution de scs volontés, impuissant de soi-même, il dépend d’autrui. Les hommes sont contredisants, les humeurs, contraires : on sc choque , on sc traverse mutuellement ; Il est malaisé de faire concourir avec nos desseins [ceux des autres] : donc affliction d’esprit. Quiconque ne résiste pas à ses volontés est injuste au prochain, incommode au monde, outrageux à

■ teel. u. II.

1 Ibid. 1.

* Ibid, vu, 53.

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