‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 265 sur 282 · LE CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES · texte numérisé non relu

LE CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES

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Mépris que nutis devons faire du monde pour aller a Dieu. Obligation de toujours croître en amour et en perfection durant le cours de cette vie. Deux sorlcade tristesses : quelle est celle qui est le partage des enfants de Dieu. DlsposiUons dans lesquelles nous devons entrer lorsque Dieu nous frappe. Sentiments de pénitence nécessaires pour obtenir l'Indulgence du jubilé. Stabilité essentielle n la vraie pénitence; amour, seul capable de produire une solide conversion.

Vadoad Patrem mou».

Je m 'en rais à mon Père. Jean . xvi , 10.

Notre-Seigneur , mes clters frères, dit celle parole en la personne de ses fldeles , aussi bien qu'en In sienne; et pour nous donner la confiance de la répéter avec lui , il a dit en un autre endroit : « Je monte vers mon Père, et vers votre

- Père; vers mon Dieu, et vers votre Dieu'. ■ Son Père est donc le nôtreaussi,quoiqua titre different : le sien par nature, et le nôtre par adoption; et nous pouvons dire avec lui : s Je m'en « vais à mon Père. - Je puis même ajouter, mes chers frères, que cette belle parole nous convient, en un certain sens, plus qu'à Jésus-Christ : puisque, vivant sur la terre, il était déjà avec son Père, selon sa divinité; et que, même selon sa nature humaine, son âme sainte en voyait la face. Il était toujours avec lui; et dans un temps ouil semblait cncoreéloigné de retourner au lieu de sa gloire avec son Pcrc, il ne laissait pas de dire : ■ Je ne suis pas seul , mais mon Père, qui • m'a envoyé, et mol, sommes toujours en-

- semble1. »

C'est donc à nous qui sommes vraiment séparés de Dieu, c'est à nous, mes bicn-aimés, à faire un continuel effort pour y retourner; c’est à nous à dire sans cesse : • Je vais a mon Père : ■ et comme cette parole marquait la consommation du mystère de Jésus-Christ dans son retour à sa gloire; elle marque aussi la perfection de la vie du chrétien , dans le désir quelle nous inspire de retourner à Dieu de tout notre cœur.

Pénétrons donc le sens de cette parole : concevons, premièrement, ec que c'est que d'aller à cotre Père; voyons, en second lieu, ce qui nous doit arriver en attendant que nous y soyons ;

* Nous n’.ivons point lu manuscrit original de ce sermon. Il a déjà été imprime dans un recueil de Lettres et d‘ Opuscules de Bossuet, I74B, 2 vol. In-i2. It est placé au t. u , p. 92 et fcuiv.

1 Jnan. xx, 17.

’ Ibid . vil», 10.

DES ENFANTS DE DIEU

et comprenons , en dernier lieu , quel bien nous y aurons, quand nous y serons parvenus : tout cela nous sera marqué dans notre évangile; et je ne ferai que suivre pas à pas ce que Jésus- Christ nous y propose.

■ PREMIER POIXT.

* Je m’en vais à mon Père. » C’est l'état d'un chrétien d’aller toujours : mais d'ou est-ce qu'il part, et où est-ce qu’il doit arriver? Saint Jean nous le fait entendre par cette parole : « Jésus ■ sachant que son heure était venue , de passer

- de ce monde à son Père •... » N'en disons pas davantage : nous devons faire ce passage avec Jésus-Christ. « Je ne suis pas du monde, dit-il,

- comme ils ne sont pas du monde '. • Ainsi , selon sa parole , vous n'êtcs pas du monde : quittez-lo donc , marchez sans relâche ; mais marchez vers votre Père. Voilà les deux raisons de votre passage : la misère du lieu d’où vous partez; et la beauté de celui ou vous éles appelés.

Saint Paul , pour nous exprimer le premier :

• Le temps est court *, * dit-il. Le temps est court ; si vous ne quittez le monde , il vous quittera : il reste donc « que celui qui est marie ,

• soit comme ne l'étant pas ; et ceux qui pleurent ,

• comme ne pleurant pas ; et ceux qui se réjouis-

• sent , comme ne se réjouissant pas; et ceux qui' «achètent, comme n'achetant pas; et ceux qui

« usent de ce monde , comme n’en usant pas :

• parce que la figurede ce monde passe1. «Comme s’il disait : Pourquoi voulez-vous demeurer dans ce qui passe? vous croyez que c’est un corps, une vérité ; ce n'est qu'une ombre et une ligure , qui passe et qui s'évanouit : ainsi , en quelque état que vous soyez , ne vous arrêtez jamais. Les liaisons les plus fermes et les plus saintes, telle qu'est celle du mariage , trouvent leur dissolution dans la mort : vos regrets passeront comme vos joies ; ce que vous croyez posséder à plus juste titre, vous échappe à quelque prix que vous l'ayez acheté : tout passe malgré qu'on en ait.

• Mais c'est autre chose, dit saint Augustin s,

• de passer avec le monde , autre chose de pas- « ser du monde pour aller ailleurs. . Le premier, c’est le partage des pécheurs : malheureux partage, qui ne leur demeure même pas; puisque si le monde passe, Ils passent aussi avec lui. Le second , c’est le partage des enfants de Dieu ; qui , de peur de passer toujours, ainsi que le monde, sortent du monde en esprit , et passent pour aller

' Joan. xm, |.

* Ibid, xvii, IC-

* 1. Cor. vil, 29.

4 I. Cor. Vil, 29, 30,31. 11

* In Joan. Tract, lv, n* 1, 1- in , pari, il, col. «63.

à Dieu. Domaines, possessions, palais magnifiques, beaux châteaux , pourquoi voulez-vous marréter? vous tomberez un jour ; ou si vous subsistez, hlentût je ne serai plus moi-même pour vous posséder : adieu ; je passe, je vous quitte, je m'en vais, Je n'oi pas le loisir d'arrêter. Et vous, plaisirs, honneurs, dignités , pourquoi étalez-vous vos charmes trompeurs? je m’en vais; en vain vous me demandez encore quelques moments, ce reste de jeunesse et de vigueur : non , non , je suis pressé : je pars , je m’en vais : vous ne m’étes plus rien. Mais où allez-vous? Je vous l’ai dit, je m’en vais à mon Père : c’est la seconde raison de hâter mou départ.

Le monde est si peu de chose , que les philosophes l’ont quitté sans même savoir où aller : dégoûtés de sa vanité et de ses misères, il l’ont quitté ; ils l’ont quitté, dis-je , sans même savoir s’ils trouveraient, en le quittant, une autre demeure ou ils pussent s’établit solidement. Mais, moi , je sais où je vais : Je vais à mon Père. Que craint un enfant, quand il va dans la maison paternelle? Ce malheureux prodigue, qui s’était perdu en s'en éloignant, et qui s’était jeté en tant de péchés et en tant de misères, trouve une ressource, en disant : « Je me lèverai, et je retourne- « rai chez mon Père1. • Prodigues, cent fois plus perdus que le prodigue de l'Évangile, dites donc : Je me lèverai , je retournerai ; mais plutût ne dites pas : Je retournerai, partez à l’instant. Jésus-Christ vous apprend à dire , non pas : J’irai à mon Père; mais : J'y vais, je pars à l’instant : ou si vous dites, Je retournerai, avec le prodigue, que cette résolution soit suivie d’un prompt effet, comme la sienne; car il se leva aussitût, et il vint à son Père. Dites donc dans le même esprit, Je retournerai à mon Père : là les mercenaires , les âmes imparfaites , ceux qui commencent à servir Dieu , et qui le font encore par quelque espèce d'intérêt , ne laissent pas de trouver dans sa maison un commencement d'abondance; combien donc en trouveront ceux qui sont parfaits, et qui le servent par un pur amour 1 Allez donc, marchez : quand le monde serait aussi beau qu’il s’en vante, et qu’il le parait à vos sens, il le faudrait quitter pour une plus grande beauté, pour celle de Dieu et de son royaume. Mais maintenant ce n'est rien , et vous hésitez ; et vous dites toujours : J'irai , je me lèverai , je retournerai à mon Père: sans jamais dire : Je vais.

Mais, enfin, supposons que vous partiez; vous voilà dans la maison paternelle. Attiré par les sensibles douceurs d'une conversion naissante , vous y demeurez : c'est le veau gras qu'on vous y a

* Luc. xv, is.

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