SUR LE MYSTÈRE
que je vous al aujourd'hui préehée après salut 1 Paul. Vous devez enfanter un homme; et cet homme que vous devez enfanter, et à qui vous devez donner une vie nouvelle , c’est vous-méme. Votre heure est venue , vous êtes à terme : la guerre avec tous ses maux , le commencement d une campagne , qui apparemment doit être décisive; la mission, le jubilé, nos pressantes exhortations , avertissent qu’il est temps que vous acheviez cct enfantement que vous sembiez commencer depuis tant d’années , d'une manière si languissante et si faible. Quand on entend les cris d'une femme en travail , qui sont médiocres et languissants, on dit, Elle n'accouche pas encore : mais quand un cri qui perce les oreilles , les déchire, pour ainsi dire , et pénètre jusqu'au cœur ; alors on se réjouit , et on dit , Elle est délivrée : et on apprend un peu après l’heureuse nouvelle , qu'elle a mis un homme au monde ; et on la voit consolée de son travail , qui auparavant lui était insupportable. Mes bien-aimés, si la douleur que vous causent vos péchés n’est vive, pénétrante ; si elle ne déchire , pour ainsi dire , et ne brise vos cœurs : vous n'enfanterez jamais votre salut ; hélas 1 vous serez de ceux dont il est écrit : • L’enfant se présente , et sa mère n'a pas « la force de le mettre au monde : » Vires non habet pariuriens'. Vous n’avez que des désirs imparfaits , des résolutions chancelantes , c'està-dire, non pas des résolutions, mais des mouvements languissants qui n’aboutissent à rien : vous périrez avec le fruit que vous devez mettre au jour; c'est-à-dire, votre conversion et votre salut Mais si vous criez de toutes vos forces , si vos gémissements percent le ciel , si vos efforts sont pressants et persévérants, et que vous soyez de ces violents qui veulent emporter le ciel de force; que votre sort sera heureux, et quelle sera votre joie I Car si cette mère se tient heureuse pour avoir mis au monde un enfant qui est , à la vérité , un autre elle-même , mais enfin un autre ; quelle doit être votre consolation, quel doit être votre transport , lorsque vous aurez enfanté , non pas un autre , mais vous-même ! afin de commencer une vie nouvelle , abandonnez-vous donc aux justes regrets d'avoir offensé Dieu; et si vous voulez achever cet enfantement salutaire que je vous prêche en son nom , ne vous arrêtez pas à la crainte de ses jugements.
La crainte de ses jugements est un tonnerre qui étonne , qui ébranle le désert , qui brise les cèdres , qui abat l’orgueil ; qui , par de vives secousses, commence à déraciner les mauvaises habitudes. Mais, pour rendre la terre féconde,
■ IV. Htg. us, a
Il faut que ce tonnerre rompe la nuée et fasse couler la pluie qui rend la terre féconde : DomintM diluvium inhabitare facit Cette pluie dont l’ême est arrosée et pénétrée, qu'est -ce autre chose, mes frères, que le saint amour? La terreur ne frappe qu'au dehors ; il n’y a que l’amour qui change le cœur. La crainte agit avec v faïence, et peut bien nous retenir pour un peu de temps; la seule dilection nous fait agir naturellement, par inclination , et produit des résolutions aussi permanentes que douces. Et c’est encore ce qu’il nous faut faire, en disant : « Je vais à mon Père. » Ah ! ce n'est point à un juge implacable et rigoureux qu’il nous faut aller, comme de vils esclaves , comme des criminels condamnés ; c’est à un Père miséricordieux et plein de tendresse. Aimez donc, si vous voulez vivre ; aimez, si vous voulez changer votre cœur, et y faire un changement durable. Ne vous lassez point de regretter d’avoir tant offensé un si bon Père; et après avoir godté par eessaints regrets l’amertume de la pénitence, peu à peu vous remplirez votre cœur de cette joie qui ne vous sera jamais ôtée : par la bénédiction éternelle du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
SERMON
BUK LE 1ITSTHKF.
DE L’ASCENSION DE N. S. JÉSUS-CHRIST
Jésus, l'unique rt véritable Pontife, figuré dans 1rs cérémonies de l'ancienne loi; le seul qui remplit parfaitement 1rs fonctions du Mcrrtfocc. Besoin qur nous nvions d'un pareil Pontife ; pourquoi devait-il monter nu ciel. Excellence de sa qualité de Médiateur : comment est-U le Médiateur universel. En quel sens donnons-nous ce nom aux saints. Avec quel succès il sollicite, comme noire avocat , la miséricorde divine en notre faveur ; grâces et bénédictions qu'il répand sur nou s du haut du ciel. Raisons qui doivent nous porteTà être éternellement enflammés des désirs célestes.
Pnrcursor pro nolris intromt Jésus , secundcm onlinam Melcliisededi Pontife x Cactus in sternum.
Jésus noire avant-coureur est entré pour nous au dedans du voile, c'est-à-dire , au ciel, fait Pontife éternellement selon l'ordre de Melchisédech. Hebr. VI, 20.
SI l’on voyait une telle magnificence, lorsque les consuls et les dictateurs triomphaient des nations étrangères ; si les arcs triomphaux portaient jusqu'aux nues le nom et la gloire du victorieux; s’il montait dans le Capitole au milieu de la foule de ses citoyens, qui faisaient retentir leurs acclamations jusque devant les autels de
» Pu. ÏXVIIt , io.
DE L’ASCENSION DE JESDS-C1IRIST.
leurs dieux : aujourd'hui que noire invincible j Libérateur faitson entrée au plus haut des eieux , enrichi ries dépouilles de nos ennemis, quelle serait notre ingratitude , si nous n’accompagnions son triomphe de pieux cantiques et de sincères aelions de grâces I Certes, il est bien juste, 6 Seigneur Jésus, que nous assistions avec une sainte allégresse à la célébrité de votre triomphe : car encore que , sortant de ce monde , vous emportiez avec vous toute notre joie, encore que cette solennité regarde plus apparemment les saints anges, qui seront dorénavant réjouis par l’honneur de votre bienheureuse présence, toutefois il est assuré que nous avons la plus grande part en cette journée. Vos intérêts sont de telle sorte liés avec ceux do notre nature, qu’il ne s’accomplit rien en votre personne qui ne tourne A l’avantage du genre humain ; vous ne montez au ciel que pour nous en ouvrir le passage : * Je « m’en vais, dites-vous, préparer vos places’. • C’est pourquoi votre apôtre saint Paul ne craint pas de vous appeler notre avant-coureur , et de dire que vous entrez pour nous dans le ciel : tellement que si nous savons comprendre vos intentions , vous ne frustrez aujourd'hui notre vue que pour accroître notre espérance.
Et, en effet, considérons, mes très-chères sœurs, quel est le sujet de ce magnifique triomphe qui se fait aujourd’hui dans le ciel : n’estcc pas , qu’on y reçoit Jésus-Christ comme un conquérant? mais c’est nous qui sommes sa conquête ; et c’est de nos ennemis qu'il triomphe. Toute la cour céleste accourt au-devant de Jésus, on publie ses louanges et ses victoires ; on chante qu’il a brisé les fers des captifs, et que son sang a délivré la race d’Adam éternellement condamnée. Que si on honore sa qualité de Sauveur; eh! quelle est donc notre gloire, mes sœurs, puisque le salut et la délivrance des hommes fait non-seulement la fête des anges, mais encore le triomphe du Fils de Dieu même? Réjouissons-nous, mortels misérables , et ne respirons plus que les choses célestes. La divinité de Jésus , toujours immuable dans sa grandeur , n'a jamais été abaissée; et par conséquent ce n’est pas la divinité qui est aujourd’hui établie en gloire, car elle n’a jamais rien perdu de sa dignité naturelle. Cette humanité qui a été méprisée, qui a été traitée si indignement, c'est elle qui est élevée aujourd'hui ; et si Jésus est couronné en ce jour illustre, c’est notre nature qui est couronnée; c'est elle qui est placée dans ce trône auguste devant lequel le ciel et la terre se courbent. « Celui qui est descendu , dit saint
• Juan. »IY, 5.
■ Paul1, c’est lui-même qui est monté : » celui qui était si petit sur la terre, est infiniment relevé dans le ciel ; et par la puissance de Dieu , sa grandeur est crue selon la mesure de sa bassesse.
Nous lisons au livre des Nombres* que, lorsqu'on élevait l’arche d’alliance, Moïse disait : « Élevez-vous, Seigneur, et que vos ennemis
• disparaissent , et que ceux qui vous haïssent « soient dissipés devant votre face ; • et lorsque tes lévites la descendaient: • Venez, disait-il, « ô Seigneur, à la multitude de l’armée d'Israël. » Que signifiait cette arche , sinon le Sauveur? C’était par l’arche que Dieu rendait ses oracles; par l'arche il se faisait voir à son peuple : l’arche était ornée de deux chérubins sur lesquels il se reposait en sa majesté. Et n'est-ce pas Jésus qui est l’interprète et l’oracle du Père, parce qu’il est sa parole et son Fils? n’est-ce pas en la personne du Médiateur - que la divinité habite cor- « poreilement, » comme dit l’apôtre saint Paul J, et que ce Dieu invisible en lui-même, en s'appropriant une chair humaine , s’est vraiment rendu visible aux mortels ? et ainsi l’arche représentait au vieux peuple le Fils de Dieu fait homme , qui est le prince du peuple nouveau : c’est lui en effet qui est descendu , et c'est lui aussi qui est élevé. Ce Dieu-Homme est descendu pour combattre : c'est pourquoi Moïse disait : Descendez , Seigneur , à l'armée. Il monte pour triompher; c'est pourquoi le même Moïse dit: Élevez-vous, Seigneur, et que vos ennemis fuient devant votre face. Moïse prie le Dieu d’Israël de descendre A l’armée de son peuple ; cela sent le travail du combat : mais en ce qu’il assure qu’en s’élevant sa présence dissipera tous ses ennemis ; qui ne remarque la tranquillité du triomphe? C’est ce que nous voyons accompli en la personne de notre Sauveur. Jésus-Christ, dans l’infirmité de sa chair , au jour de sa passion douloureuse, a livré bataille a Satan et A ses anges rebelles , qui étaient conjurés contre lui. Sans doute il est descendu pour combattre, puisqu'il a combattu pnr sa mort : c’est descendre infiniment A un Dieu , que de mourir cruellement sur un bois infâme. Mais aujourd'hui ce même Jésus, après son combat, montant A la droite du Père, met tous ses ennemis A ses pieds; et A la vue d’une si grande puissance , « tout genou se fléchit devant lui , comme « dit l'apôtre , dans le ciel , sur ia terre , et dans
• les enfers *. » Chantons ddnc avec le Psalmiste, et disons A notre Maître victorieux : • Élevei-
• Kpkis. iv, la
1 >um. x, 35, as.
» Colots. Il, 9.
« Philipp. Il, la.