SUR LE MYSTÈRE
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■ vous, Seigneur, au lieu de votre repos ; vous et « l'arche que vous vous êtes sanctifiée' ; «c'est-àdire, vous et l'humanité que vous v ous êtes unie ; disons avec Moïse : « Élevez-vous , Seigneur, et • que vos ennemis disparaissent, et que ceux « qui vous haïssent soient dissipés devant votre « face. • Et certainement il est vrai que la magnificence de son triomphe dompte la fierté de ses adversaires, et rompt leurs entreprises audacieuses. Les démons n'auraient point senti leur déroute, s'ils n’avaient reconnu par expérience que l'autorité souveraine avait été mise aux mains de celui dont ils avaient méprisé lu faiblesse : c'est pourquoi il était convenable qu'npres être descendu pour combattre , il allât au ciel recueillir la gloire que ses victoires lui avaient acquise. Comme un prince qui a sur les bras une grande guerre contre une nation éloignée, quitte pour un temps son royaume pour aller combattre ses ennemis en leur propre terre ; puis , l’expédition étant achevée , il rentre avec un superbe appareil dans la ville capitale de son royaume , et orne toute sa suite et ses chariots des dépouilles des peuples vaincus : ainsi le Fils de Dieu, notre Roi , voulant renverser le règne du diable, qui , par une insolente usurpation , s'était hautement déclaré le prince du monde , est lui-même descendu en terre, pour vaincre cet irréconciliable ennemi ; et l’ayant dépossédé de son Irène par des armes qui n'auraient rien eu que de faible, si elles avaient été employées par d’autres mains que celles d'un Dieu, il ne restait plus autre chose à faire sinon qu’il retournât triomphant au ciel , qui est le lieu de son origine, et le siège principal de sa royauté. Vous voyez donc que Jésus-Christ, comme roi , devait nécessairement remonter au ciel.
biais le Seigneur Jésus n'est pas seulement un Roi puissant et victorieux ; il est le grand sacrificateur du peuple fidèle, et le Pootire de la nouvelle alliance , et de là vient qu'il nous est figuré dans les Ecritures en la personne de Melchisédech , qui était tout ensemble et roi et pontife. Or cette qualité de Pontife , qui est le principal ornement de notre Sauveur en qualité d'homme, l’obligeait encore, plus que sa royauté, à se rendre auprès de sou Père pour y traiter les affaires des hommes , desquels il est établi le Médiateur. Et d'autant que le texte du saint apôtre , que je me suis proposé de vous expliquer , joint l'ascension de Jésus- Christ dans les deux avec la dignité de son sacerdoce; suivons diligemment sa pensée, et proposons la doctrine toute céleste qu’il étale avec une si divine éloquence dans l'incom-
parable Épltrc aux Hébreux , mais, pour y procéder dans un plus graud ordre , réduisons tout notre discours à trois chefs.
I-e pontife, ainsi que uous le verrons dans la suite, est le député du peuple vers Dieu : en cette qualité il a trois fonctions principales. Et premièrement il faut qu'il s’approche de Dieu au nom du peuple qui lui est commis : secondement, étant prés de Dieu , il faut qu'il s'entremette et qu'il négocie pour son peuple : et enfin, en troisième lieu , parce qu’étant si proche de Dieu il devient une personne sacrée , il faut qu’il consacre les autresen les bénissant. J’espère, avec l'assistance divine , que la suite de mon dicours vous fera mieux comprendre ees trois fonctions : pour cette heure, je ne vousdemande autrechose sinon que vous reteniez ces trois mots : « Le pontife, dit l'a- « pôtre saint Paul', est établi près de Dieu pour les * hommes. • Pour cela il faut qu’il s'approche , il faut qu’il intercède, il faut qu'il bénisse : car s'il ne s'approchait , il ne serait pasen état de traiter ; et s'il n'intercédait , il lui serait inutile de s'approeherjet s’il ne bénissait, Il ne servirait rienau peuple de l'employer. Ainsi , en s'approehaut , il nous prépare les grâces ; en intercédant, Il nous les obtient ; en bénissant , il les épanche sur nous. Or ces fonctions sont si excellentes, qu'aucune créature vivante n’est capable de les exercer dans leur perfection. C'est Jésus, c’est Jésus qui est l'unique et le véritable Pontife : c’est lui seul qui approche de Dieu avec dignité, lui seul qui intercède avec fruit, lui seul qui bénit avec efficace. Ce sont de grandes choses en peu de mots : attemlez-cn l’explication de l'apôtre, dont je ne ferai que suivre les raisonnements. Montrons, par cette doctrine toute chrétienne, qu'il était nécessaire que notre Sauveur, pour faire sa charge de grand pontife, allât prendre sa place auprès de son Père, à la droite de sa majesté : faisons voir incidemment à nos adversaires , qui veulent tirer ces belles maximes à l’avantage de leur nouvelle doctrine , qu'ils les ont très-mal entendues, et que le véritable sens en est dans l’Église. Seigneur Jésus, soyez avec nous.
PREMIER POIRT.
La doctrine de l'apôtre m'oblige à vous représenter la structure du tabernacle, qui était le temple portatif des Israélites, et tout ensemble celle du temple auguste de Jérusalem , que Salomon avait fait bâtir sur la forme du tabernacle que Dieu lui-même nvait désigné à Moïse. Le temple donc et le tabernacle avaient deux parties : le devant du temple, où l'autel des saeri-
1 flrbr. V, I.
DE L'ASCENSION DE JÉSUS-CHRIST
lices était au milieu , et dont l’entrée était libre & tous les enfants d’Israël ; lé se faisaient les oblations , et toutes les autres cérémonies qui regardaient le service divin, le Lieu saint, où étaient les tables , les pains de proposition , les parfums, le chandelier d'or, et où entraient les enfants d’Aaron et les lévites. Hais il y avait une autre partie plus secréte et plus retirée où était l'arche , et le propitiatoire qui était la couverture de l’arche,etleschérubinsd’orqul étendaient leurs ailes sur l'arche comme pour couvrir la majesté du Dieu des armées, qui avait eu ce temps choisi i’arche pour sa demeure. Ce lieu auguste , si religieux et si vénérable, consacré par une dévotion plus particulière , s’appelait l'Oracle ou le Sanctuaire, ou autrement le Lieu très-saint et le Saint des saints , selon la façon de parler des Hébreux. De ce lieu , il était prononcé : Quiconque y entrera, il mourra de mort. C'était le lieu secret et inaccessible, où on n’osait pas même porter ses regards; tant il était vénérable et terrible : et c’est pourquoi , entre le Lieu saint et le Sanctuaire, un grand voile parsemé de chérubins était étendu qui couvrait les mystères aux yeux du peuple , et leurapprenaitéles respecter dans une profonde humiliation. Telle était la forme du temple où l’ancien peuple servait le Seigneur son Dieu.
Que ce lieu avait de majesté , chrétiens 1 et que c’est avec beaucoup de raison que les plus grands i monarques de l’Orient l'ont honoré par leurs sacrifices , et ont donné tant de privilèges illustres à ce temple et à ses ministres ! Mais il vous paraîtra beaucoup plus auguste, si vous remarquez que cette sainte maison était la seule dans tout l’univers que Dieu avait choisie pour son domicile; et qu’il n’y avait que ce lieu sur la terre où l’on (lt le service du vrai Dieu vivant, et dans lequel on lui consacrât des victimes. C'est ce qui a fait dire aux anciens Hébreux , et après A quelques auteurs ecclésiastiques', que ce temple unique du peuplede Dieu était la figuredu monde. Car de mime qu’il n'y a qu’un Dieu créateur et un monde qui est l’ouvrage de sa sagesse et comme le temple de sa majesté, où 11 est loué et servi par l’obéissance de ses créatures ; ainsi il n’y avait qu'un seul temple, qui représentait dans son unité le monde unique qui a été fait par le Dieu unique.
Selon cela, j’apprends de l'apôtre : que cette partie du temple de Salomon dans laquelle se fliisait l’assemblée du peuple nous figurait la terre, qui est la demeure des hommes , et que ce lieu si secret, si impénétrable, où était l’arche du té-
! * *”»» Il de Monarch, S. Riennym Epiil.
, *• ». ool- HS. Homtl. inter. Oper. S. Chrynet.
•OMt'ST. — T II.
moignage; « où Dieu , comme dit le Psalmiste ■
• était assis sur les chérubins, ■ représentait cette haute demeure que l'Écriture appelle . le ciel des « deux * , • où l’Éternel se fait voir en sa gloire. C’est pourquoi et l'arche et le sanctuaire , qui étaient honorés en ce temps-là, comme je l'ai dit , de la présence particulière de Dieu , étaient couverts d'un voile mystérieux, pour nous faire entendre ce que dit l’apôtre : que * Dieu habile
• une lumière inaccessible9, • et que l'essence divine est cachée par le voile d’un impénétrable secret. Et d’autant que les hommes , par leurs péchés, s’étaient exclus éternellement de la vue de Dieu, ce qui a fait dire si souvent au vieux peuple : « Si nous voyons Dieu , nous mourrons4 ; • de là vient que l’entrée du sanctuaire était interdite, sous peine de mort, à tous les enfants d'Israël , par une espèce d’excommunication générale , qui représentait à ceux qui étaient éclairés que sans la grâce de notre Sauveur, nonobstant les services , les victimes et les cérémonies de la loi , tous les hommes étaient excommuniés du vrai sanctuaire du Dieu vivant , c’est-à-dire, de son royaume céleste. Et cette interprétation ’ chrétiens , n’est pas une invention de l’esprit humain : I apôtre nous l'enseigne en termes exprès , quand il dit aux Hébreux que, par cette rigoureuse défense d'entrer et de regarder dans le sanctuaire, « le Saint-Esprit nous voulait mon- « trer que le chemin des lieux saints n’était point
• ouvert tant que le premier tabernacle était en
• état*. • L’apôtre veut nous apprendre que tant que ce tabernacle sera en état, c'est-à-dire, tandis que l’on n’aura point de meilleures hosties que les animaux égorgés; le chemin des lieux saints, c’est-à-dire, la porte du de! nous sera fermée.
Mais, mes frères, réjouissons-nous : le sang de Notre-Selgneur Jésus a levé cette excommu mention de la loi; écoutez l’apôtre saint Paul , qui vous dit qu’il a pénétré au dedans du voile *. Vous entendez maintenant, ce me semble, ce que signifie le dedans du voile : Il entend que Jésus est monté dans le del , qu’il est entré en ce divin sanctuaire , et que cette secrète et inaccessible demeure de Dieu , dont les hommes étaient exdus pour jamais été ouverte à Jésus-Christ homme, qui y a porté les prémices de notre nature. Et voyez cette vérité figurée par une admirable cérémonie de la loi , que l’apôtre nous explique mot à mot dans le même chapitre. Je
• Pi. xcvui, 1.
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i Ibid. VI, II).