‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 34 sur 282 · I 1 P». LXXXV1II, I · texte numérisé non relu

I 1 P». LXXXV1II, I

1 » H. Tint, iv, 7.

i » S. A ut/. de Grat et lib. Arh. cap. XXUI, u* 45, t X, i col. 7 H.

* Sfr» N. CI.VIII, o" 2 , I. V, col. 701.

POUR LA FÊTE

péché , et vous fructifiiez dans les bonnes œuvres. Seriez- vous sans péchés, si les miséricordes ne les avaient remis ? Auriez- vous de bonnes œuvres , si la grâce ne les avait laites? Et hoc tu fccisti , quia /adorantes juvisti 1 * : « C’est vous , Seigneur, « qui avez fait tout ce que j’ai de bien, parce que « vous m’avez aidé dans le travail. *

fte voyez-vous donc pas que la justice cherche à récompenser? mais elle ne trou\e rien h récompenser que ce qu’a fait la miséricorde .lia l’habit nuptial , il est juste qu’il soit du banquet ; mais cet habit nuptial lui a été {donné] par présent : Datum est itiis ut coope riant se byssino splcndenti cl candido * : « Il leur a été donné de se •< revêtir d’un fin lin pur et éclatant. -Il faut qu’ils entrent au royaume , parce qu’ils en sont dignes; mais c’est Dieu qui les a faits dignes : leurs œuvres les suivent; mais Dieu les a faites. Dieu ne peut avec justice les rejeter de devant sa face , parce qu’ils sont revêtus de sainteté; mais saint Paul , aux Hébreux : Aptct vos in omni bono, ut faciatis ejus ml un fat cm , facicns in vobisquod placcat coram sc per Jcsum Chris/um 3 : Que

• Dieu vous rende parfaits en toute bonne œuvre,

• afin que vous fassiez sa volonté , lui-même fai-

• sant en vous ce qui lui est agréable par Jesus-

• Christ : * (ptod placcat coram sc,... in omni bono, « ce qui lui est agréable... en toute bonne •« œuvre. « C’est une suite de la loi éternelle par laquelle Dieu aime le bien ; c’est justice : mais aptet nos y Jaciat in nobis. Il est juste que cette pierre soit mise nu plus haut de cet édifice, quelle fasse le chapiteau de cette colonne, qu’elle soit mise en vue sur ce piédestal; mais c'est parce qu’il a plu à l’Ouvrier de la façonner de la sorte. Plus il y a de mérite , plus il y a de grâce : plus il y u de justice , plus il y a de miséricorde. C’est pourquoi les vingt-quatre vieillards jettent leurs couronnes aux pieds de l’Agneau ‘. Combat de Dieu et de l’homme. Dieu leur donne; voilà Injustice : ils lu lui rendent par actions de grâces ; c’est qu'ils reconnurent la miséricorde : G ni lias Deo (pii dédit nobis lactarium 5 : * Grâces soient rendues •* à Dieu qui nous adonné la victoire. » Ravissement des saints en voyant In miséricorde divine : Benedic, anima mca , Domino , qui coronat te in mise ri co rdi a et miscrationibus 6 : * O mon

• âme, s’écrient-ils, bénis le Seigneur, qui te •> comble des effets de sa miséricorde et de sa ten- « dre compassion. » Voyez la miséricorde encore plus évidemment reconnue au couronnement :

1 Serm. a vili, n° 2, t. v, col. 701.

* Apoc. xil , &.

» Htl>r. xui, 3t.

* Apor. iv, lo.

* I C*tr. XV, 67.

* Ptal CU, 1.4.

Qui replet in bonis desiderium 1 : « C’est lui qui « remplit tous nos désirs par l'abondance de ses - biens, en nous traitant selon sa miséricorde. * Amour prévenant des l’éternité, par lequel il les a choisis; par quels secrets il a touché leurs cœurs; le soin qu’il a eu de détourner les occasions , les périls infinis du voyage se connaîtront à la fin, lorsqu’ils seront arrivés, voyant les damnés, et que la seule miséricorde lésa triés : jtfi.eericordia ejus præceniet me* , * Sa miséricorde « me préviendra:» Misericordia ejus subsequetur me 3 , « Sa miséricorde m'accompagnera. » Le peu de proportion de leurs œuvres avec leur gloire : supra modum , in sub/imitate , œtemum gloriœ pondus 4 , * un poids éternel d’une gloire « souveraine et incomparable. » Ils ne peuvent comprendre comment une créature chétive a été capable de tant de grandeur. Alléluia : Dieu les loue , Ils louent Dieu \ Vous avez bien fait, leur dit ^Dieu : quia difjni sunt6, « parce qu'ils en sont di- « gnes. » C’est vous qui l'avez fait : O ni nia opéra nostra operatus es in nobis , Domine ' : « Vous « avez, Seigneur, opéré en nous toutes nos œu- « vres. » C'est à ce lieu de paix que nous aspirons ; c'est après cette patrie bienheureuse que notre pèlerinage soupire : c’est à cette miséricorde que nous espérons. Se peut-il faire que nous attend Ions tant de grâces sans en vouloir faire à nos frères?

La miséricorde nous environne de toutes parts : Mise ricordia ejus circumdabit me*. Cet exemple de notre Dieu ne nous attendrit-il pas? Si un maître est indulgent à ses domestiques , il ne peut souffrir les insolents et les fâcheux : il veut que sa douceur serve de loi à toute sa famille. Sous un père si bon que Dieu , quelle douceur pouvonsnous prétendre si nous sommes durs et inexorables? Vous voyez doue déjà , chrétiens , la liaison qu’il y a entre la miséricorde reçue et la miséricorde exercée : mais entrons plus profondément dans cette matière , et expliquons notre seconde partie.

SECOND POINT

Je crois que vous voyez aisément que de tous les divins attributs celui que nous devons reconnaître dans un plus grand épanchement de nos cours, c’est sans doute la miséricorde. C’est celui — dont nous dépendons le plus : nous ne subsistons que par grâce : il faut la reconnaître en la publiant; la publier en l’imitant : Estote mise ri -

* Put ai, «.

* lûid. I.Vtil, II.

* Ibid. XXII , «.

* 11. Cor. iv, 17.

1 Apttc. XIX , I, 3, 4, 6.

* J bid lll, 4.

1 ha xxvi, 13.

* Puni, xxxi , 10.

DE TOUS LES SAINTS

contes, sicul et Pater veste r miscricors est 1 :

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. « Nous ayant faits n son image, il n’aime rien plus en nous que I effort que nous faisons de nous conformer a ses divines perfections. Saint Paul aux Colossiens, après leur avoir montré la miséricorde divine dans la grâce de leur élection, conclut en ces termes : Induite vos erg o sicut eteeti Dei , sancti et dilecti * :

• Revêtez- vous donc , comme étant élus de Dieu , « saints et bien -aimés, d’entrailles de miséri-

• corde : » elccti , élus, par miséricorde et par grâce : dilecti , bien-aimés, par pure bonté : sancti , saints, par la rémission gratuite de tous vos péchés : Induite vos ergo viscera misericordiœ :

• Revêtez- vous donc d'entrailles de miséricorde. »

Pouvez-vous mieux confesser la miséricorde que vous recevez , tju’en la faisant aux autres en simplicité de cœur? Si vous êtes durs et superbes su r les misérables, il semble que vous ayez oublié votre misère propre. Si vous la* faites aux autres dans un sentiment de tendresse, vous ressouvenant des grâces; c’est alors que vous honorez ces bienfaits : c’est là le sacrifice que demande sa miséricorde : Talibus hostiis promeretur 3 : > C’est par de semblables hosties qu’on se rend « Dieu favorable. »■ Il y a un sacrifice de destruction; c’est le sacrifice de la justice divine, en témoignage qu’elle détruit les pécheurs. Mais le propre de la miséricorde, c’est de conserver; il lui faut pour sacrifice conserver les pauvres et les misérables : voilà l’oblation qui lui plaît. Vous prétendez au royaume céleste : Dieu vous en n donné la connaissance; il vous y appelle par son Évangile, il vous y conduit par sa grâce : Quid rctribnam Domino 4? « Que rendrai-je nu Sei- » gneur? - Quelle victime lui offrirez- vous? voyez tous ces pauvres malades : offrez-luices victimes vivantes et raisonnables, conservées et soulagées par vos charités et par vos aumônes. Ils sont dans la fournaise de la pauvreté et de la maladie; que ne descendez-vous avec la rosée de vos aumônes? O sacrifice agrénble I Viscera sahetorum requieverunt perte , f rater 5 : « Les cœurs des saints ont ■ reçu beaucoup de soulagement dp votre bonté, « moucher frère. » A qui cela convient-il mieux , sinon aux pauvres malades? Je ne néglige pas pour cela les autres ; mais je prête ma voix à ceux-ci , parce qu’ils n’en ont point. Voyez quelle est leur nécessité. Nous naissons pauvres; Dieu n commandé à la terre denous fournir notre nourriture : ceux qui n’ont point ce fonds , imposent un tribut

1 Luc VI. 36.

* Cofot. in, 12.

* Hebr. xii, 16

* Pial. CXV, 3.

k PM item. 7.

à leurs mains : ils exigent d’elles ec qui est nécessaire au reste du corps : voilà le second degré de misère. Quand ce fonds leur manque par l'infirmité , mais encore y a-t-il quelque recours : la nature leur a donné une voix , des plaintes, des gémissements, dernier refugedes pauvres affligés pour attirer le secours des autres. Ceux dont je parle n'ont pas ces moyens : ils sont contraints d’étre renfermés : leurs plaintes ne sont entendues que de leur pauvre famille éplorée, etdequelquesunsde leurs voisins , peut-être encore plus misérablesqu'eux. Mais dans l'extrême misère, quand on a l'usage de son esprit libre , la nécessité fait trouver des inventions : le leur est accablé par la maladie, par les inquiétudes, et souvent par le désespoir. Dans une telle nécessité, puis-je leur refuser ma voix ?

Combien de malades dans Metz ! Il semble que J'entends tout autour de moi un cri de misère : ne voulez-vouspasavoir pitié? leur voix est lasse, parce qu'elle est infirme : moins je les entends , çt plus ils me percent le corn r. Mais si leur voix 11'est pas assez forte , écoutez Jésus-Christ qui se joint à eux. Ingrat, déloyal, nous dit-il, tu manges et tu te reposes a ton aise ; et tu ne songes pas que je suis souffrant en telle maison, que j'ai In flevre en cette autre ; et que partout je meurs de faim, si tu ne m'assistes. Qu’attendez-vous , cruels, pour subvenir ù la pauvreté de ec misérable? Quoi! attendez-vous que les ennemis de la foi en prennent le soin pour les gagner à eux par une cruelle miséricorde? Voulez-vous que votre dureté leur serve d’entrée? Ah! qu'un homme se fait bien entendre, quand il vient donner la vie à un désespéré! Faiblesse d’esprit dans la maladie. Vous voulez qu'ils soient secourus ; favorisez donc de tout votre pouvoir eette confrérie charitable qui sc consacre à leur service. Aidez ces filles charitables , dont toute la gloire est d'être les servantes des pauvres malades ; victimes consacrées pour les soulager. Et ne me dites point : Les pauvres sont de mauvaise humeur, on ne peut les contenter. C’est une suite nécessaire de la pauvreté. Sont-ils de plus mauvaise humeur que ceux auxquels Jésus-Christ disait : O gcne ratio perversa usqueqtto patiar vos ? adhuc hue fitium tuum '■ "O race Incrédule et dépravée ! jusques à « quand vous souffrirai-je? amenez ici votre fils. . Mais ils ne sc contentent pas de ce que nous leur donnons : ils veulent de l'argent et non des bouillons, et non des remèdes. Qui le veut? c’est l’avarice. Vous n'êtcs pas assemblées pour satifaire à ce que leur avarice désire, mais à ce qu'exige leurnéccssité. Mais II n'y a point de fonds? C'est la charité des fidèles ; etc'cst à vous, mesdames,

1 Luc. ix, vi.

IOG

POUR LA FÊTE

à l'exciter. C'est pour cela , mesdames , que vous vous lies toutes données à Dieu pour faire la quête.

Si la pauvreté dans le christianisme est honorable, vous devez être honorées de faire pour Jésus-Christ l’action de pauvres. Quoi ! rougirezvous de demander l'aumône pour Jésus-Christ? Quand est-ce que vous donnerez, si vous ne pouvez vous résoudre à demander? Vous devriez ouvrir vos bourses, et vous refusez de tendre la maint Maison ne me donne rien. O vanité, qui te mêles jusque dans les actions les plus humbles, ne nous laisseras-tu jamais en repos? Jésus se contente d'un liard ; Jésus se contente d'un verre d'eau : bien plus, il ne laisse pas de demander aux plus rebelles , aux plus incrédules. Animez-vous donc les unes les autres; mais persévérez. Quelle honte d'avoir commencé I ce serait une hypocrisie. Rien de plus saint : tout le monde y devrait concourir. IS'écoutez pus ceux qui disent : Cet œuvre ne durera pas. 11 ne durera pas , si vous êtes lèches : il ne durera pas si vous manquez de foi , si vous vous défiez de la Providence. Dieu suscitera l'esprit de personnes pieuses pour vous fournir des secours extraordinaires ; mais ce sera si vous faites ce que vous pouvez. Quelle consolation : je n'ai qu'un écu à donner; il se partagera entre tous les pauvres, comme la nourriture entre tous les membres I C'est l'avantage de faire les choses en union. Si chaque membre prenait sa nourriture de luimême, confusion et désordre; la nature y a pourvu : une même bouche, fomme les membres s’assistent les uns lesautres, prêtez-leur vos mains, prétcz-leur vos voix. La main prend un béton pour soutenir le corps au défaut du pied.

Exhortation, en considérant la miséricorde que nous recevons de Jésus-Christ : que lui rendronsnous? il n'a que faire de nous. Empressement de la reconnaissance : Sauveur, je meurs de honte de recevoir vos bienfaits sans rien rendre ; donnez-moi le moyen de les reconnaître. Pressé par ces raisons que la gratitude iuspirc, il dit : Je te donne les pauvres, ce que tu leur feras, je le tiens pour reçu aux mêmes conditions qu'eux : je veux entrer en leur place. Ne le crois-tu pas? C’est lui qui le dit. Il a dit que du pain c'était son corps; tu le crois et tu l'adores. Il a dit qu’une goutte d'eau lavait nos péchés; tu le crois, et tu conduis tes enfants à cette fontaine. Il a dit qu'il était en la personne des pauvres; pourquoi refuses-tu de le croire? si tu refuses de le croire, tu le croiras et tu le verras, lorsqu'il dira : /nfirrnus, cl non visitaslis me ' : - J’ai été malade , et ■ vous ne m’avez pas visité. » L'homme devn .t

Dieu, demandant de le voir dans sa gloire : Tu ne m'as pas voulu voir dans mon infirmité : une troupe de misérables s'élèvera : Seigneur, c'est un impitoyable. C’est pour cela que le mauvais riche voit Lazareauseind’ Abraham. Aucontraire, ces pauvres vous recevront daus les demeures éternelles : Hecipient vos in œlerna labcmacula

Employer h cela le crédit et l'autorité : elle s'évanouira en l’autre monde. Voulez-vous qu'elle vous y serve , employez-la au ministère des pauvres.

EXORDE

a’es seiikox rr.fi' nf. ru-ts i se rr-r SEI.ÉE de ciiiKiTé.

Le prophète-roi, chrétiens, était entré bien profondément dans la méditation de la dureté et de l’insensibilité des hommes, lorsqu'il adresse à Dieu ces beaux mots : Tibi derclictus est pauper * : - O Seigneur, on vous abandonne le pau- ■ vre. » En effet , il est véritable qu'on fait peu d'état des malheureux ; chacun s'empresse avec grand concours autour des fortunés de la terre , les pauvres cependant sont délaissés, leur présence même donne du chagrin, et il n’y a que Dieu seul à qui leurs plaintes ne soient point à charge. Puisque tout le monde les lui abandonne, il était digne de sa bonté de les recevoir sous ses ailes, et de prendre en main leur défense. Aussi s'est-il déclaré leur protecteur : parce qu'on méprise leur condition , il relève leur diguité; parce qu'on croit ne leur rien devoir, il impose la nécessité de les soulager; et afin de nous y engager par notre intérêt , il ordonne que les aumônes nous soient une source inlinie de grâces. Dans cette maison des pauvres , dans cette assemblée qui se fait pour eux , on ne peut rien méditer de plus convenable que ces vérités chrétiennes ; et comme les prédicateurs de l'Évangile sont les véritables avocats des pauvres, je m'estimerai bienheureux de parler aujourd'hui en leur faveur. Tout le ciel s’intéresse daus cette cause , et je ne doute pas, chrétiens, que je n'obtienne facilement son secours par l'intercession de. la sainte Vierge.

■ Luc. xvi, 0.

* Pt. IX- Hebr. X, 14.

• Mail h. XXV, 43-

DK TOIFS LES SAINTS.

DEUXIEME SERMON

roua la rÊTE

DE TOUS LES SAINTS

r taswtni admirables de Dieu »ur ses «Mil* ; U les a mis au* itesuacle tous an outragea; Il ae Ira rsl pn.|x«èa dana luuto aea entreprises ; Il Ira a InaépanblaDent unis a In peraonue île sou nia, alin de les IralU'r comme lui Mrrtcilles que Dieu opère l'exécution de ces grands desseins.

Omoia mira aunt , v,a auU-ni Chriati.

Tout est à vous et vous i les à Jésus-Christ , dit le grand apdtre parlant aux justes. I. Cor. ni, 22, 23.

Si nous employions à penser aux grandeurs du ciel la moitié du temps que nous donnons inutilement aux vains intérêts de ce monde, nous ne vivrions pas, comme nous faisons, dans un mépris si apparent des affaires de notre salut. Mais tel est le malheur ou nous avons été précipités par notre péché : ce tyran ne s'est pas contenté de nous faire pendre le royaume dans l'espérance duquel nous avions été élevés ; il nous a tellement ravalé le courage, que nous n’oserions quasi plus aspirer à sa conquête, quelque secours qu’on nous offre pour y rentrer. A peine nous en a-t-il laissé un léger souvenir; et s'il nous en reste quelque vieille idée qui ait échappé à cette commune raine, cette idée, messieurs, n'a pas assez de force pour nous émouvoir : elle nous touche - moins que les imaginations de nos songes. Ce qui est plus cruel', c’est qu'il ne nous donne pas seulement le loisir de penser à nous. Il nous entretient toujours par de vaines flatteries; et, comme il n’a rien qui nous puisse entièrement arrêter, toute sa malice se tourne à nous jeter dans une perpétuelle inconstance, tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, et nous faire passer cette misérable vie dans un enchaînement infini de désirs incertains, vagues, et de prétentions mal fondées. Cela fait que nous ne concevons qu'à demi ce qui regarde l'autre vie : ces vérités ne tiennent point à notre àme déjà préoccupée des erreurs des sens. En quoi nous sommes semblables à ces insensés, desquels parle le Sage, qui , sans prendre garde aüx grands desseins que Dieu avait conçus des l'éternité pour ses saints , s'imaginaient qu'ils fussent enveloppés dans le même destin que les impies, parce qu'ils les voyaient sujets à la même nécessité de la mort : Viilcbunt Jinem sapientis, et non intelligent qttid cogitaverit de co Do mi nus ■ : - Ils verront la iln du

« sage, et ils ne comprendront point le dessein de

« Dieu sur lui . Souffrirez- vous pas bien, mes-

' Sop. IV, 17

sieurs, pour nous délivrer de ce blâme, que nous nous entretenions sur ces desseins si admirables de Dieu sur les bienheureux , en ce jour où l'Église est occupée à les congratuler sur leur félicité? Nous ne pouvons rien dire qui contribue plus a leur gloire ni à notre édification. Certes, je l'oserai dire, si la joie abondante dans laquelle ils vivent leur permet de faire quelque différence entre les avantages de leur élection , c'cst par là qu'ils estiment le plus leur bonheur, et c'est cela aussi qui nous doit plus élever le courage. Parlons donc, messieurs, de ce» desseins admira- “ ble». Nous en découvrirons les plusgrands secrets dans ce peu de paroles de l'Apôtre que j'ai alléguées pour mon texte, et tout ce discours sera pour expliquer la doctrine de ces quatre ou cinq mots. Nous y verrons que les élus ont eu la préférence dans l’esprit de Dieu, comme il a mis les saints au-dessus de tous ses ouvrages, et qu’il se les est proposés dans toutes ses entreprises : Omnia rentra: * Tout est à vous ; » que c'est sur ce premier dessein qu'il a formé tous les autres; elles nous donneront sujet d'expliquer par quel artifice Dieu les a si bien attaches à la personne de son Fils, afin d'étre obligé deles traiter comme lui : vos aulem CKrtsli : « et vous êtes à Jésus- « Christ. . Après avoir établi ces vérités, il ne me sera pas beaucoup difficile de vous persuader des merveilles qu’il opérera dans l'exécution do ce grand dessein ; ce que je tâcherai de faire fort brièvement en concluant ce discours. Joignons nos vœux ; implorons pour cela l'assistance du Saint -Esprit, par l'Intercession de la sainte Vierge. Ave.

FXEMIKa POINT.

Pour nous représenter quelle sera la félicité des enfants de Dieu en l'autre vie, il faut considérer premièrement en gros combien el ledoit être grande et inconcevable , afin de nous en imprimer l’estime ; et après il faut voir en quoi elle consiste , pour avoir quelque connaissance de ce que nous désirons.

Pour ce qui regarde la première considération , nous la pouvons prendre de la grandeur de Dieu et de l’affection avec laquelle il a entrepris de donner la gloire à ses enfants.

C’est une chose prodigieuse de voir l'exécution des desseins de Dieu. Il renverse en moins de rien — les plus hautes entreprises; tous les éléments changeut de nature pour lui servir; enfin il fait paraître dans toutes ses actions qu’il est le seul Dieu et le créateur du ciel et de la terre. Or il s'agit ici de l’accomplissement du plus grand dessein de Dieu , et qui est la consommation de tous ses ouvrages.

POUR LA FÊTE

Toute cause intelligente se propose une (in de son ouvrage. Or, la fm de Dieu ne pent être que lui-même. Et comme il est souverainement abondant, il ne peut retirer aucun profit de l'action qu'il exerce , autre que la gloire qu'il a de faire du bien aux autres et de manifester l'excellence de sa nature; et cela parce qu’il est bien digne de sa grandeur de faire largesse de ses trésors, et que d'autres se ressentent de son abondance. Que s'il est vrai qu'il soit de la grandeur de Dieu de se répandre , sans doute son plus grand plaisir ne doit pas être de se communiquer aux natures insensibles. Elles ne sont pas capables de reconnaître ses faveurs , ni de regarder la main de qui elles tirent leur perfection. Elles reçoivent, mais elles ne savent pas remercier. C'est pourquoi quand il leur donne , ce n’est pas tant a elles qu'il veut donner, qu'aux natures intelligentes ù qui il les destine. Il n'y a que celles-ci à qui il ait donné l'adresse d'en savoir user. Elles seules en connaissent le prix ; il n'y a quelles qui en puissent bénir l’auteur. Puis donc que Dieu n'a donné qu’aux natures intelligentes la puissance de s'en servir, sans doute ce n'est que pour elles qu'il les a faites. Aussi l'homme est établi de Dieu comme leur arbitre , et si le péché n'eût point ruiné cette disposition admirable du Créateur dés son commencement, nous verrions encore durer cette belle république. Dieu donc a fait pour les créatures raisonnables les natures inférieures. Et quant aux créatures intelligentes, il les adestinées à la souveraine béatitude qui regarde la possession du souverain bien : il les afaites immédiatement pour soimême. Voila donc l'ordre de la Providencedivlne, dcfaireleschosesinscnsiblesctprivéesdeconnaissance pour les intelligentes et raisonnables , et les raisonnables pour la possession de sa propre es- | scnce. Donc ce qui regarde la souveraine béatitude est le dernier accomplissement des ouvrages de Dieu. C’est pourquoi dans le dernier jugement Dieu dit à ses élus : Venez, les bien-aimes de mon Père, au royaume gui vous est préparé dès la constitution du monde. Il dit bien aux malheureux : Allez au feu qui vous est préparé ' ; mais il ne dit pas qu’il fut préparé dés le commencement du monde. Cela ne veut dire autre chose sinon que la création de ce monde n'était qu'un préparatif de l'ouvrage de Dieu, et que la gloire de ses élus en serait le dernier accomplissement. Comme s'il disait : Venez , les bien-aimés de mon Père , c'est vous qu’il regardait quand il faisait le monde ; et il ne faisait alors que vous préparer un royaume.

Que si nous venons à considérer la qualité de la Providence , nous le jugerons encore plus in-

1 Ma Itk. XXV, 34. Ibid. II.

I failliblcment. I.a parfaite prudence ne se doit proposer qu'une même fin , d'autant que son obj jet est de mettre l'ordre partout ; et l'ordre ne se trouve que dans la disposition des moyens et dans leur liaison avec la fin. Ainsi elle doit tout ramasser pour paraître universelle, tout digérer par ordre pour paraître sage, tout lier pour paraître uniforme ; et c’est pourquoi il y doit avoir une dépendance de tous les moyens , afin que le corps du dessein soit plus ferme et que toutes les parties s'entretiennent. L’imparfait sc doit rapporter au parfait , la nature à la grâce , la grâce â la gloire. C’est pourquoi si les deux se meuvent de ces mouvements éternels , si les choses inférieures se maintiennent par ces agitations si réglées, si la nature fait voir dans les differentes saisons ses propriétés diverses , ce n'est que pour les élus de Dieu que tous les ressorts se remuent. Les peuples ne durent que tant qu'il y a des élus à tirer de leur multitude : Constituil terminas populorum juxta numerum filiorum Israël' : « 11 a

• marque les limites des peuples selon le nombre

• des enfants d’Israël qu'il avait en vue. » Les éléments et les causes créées ne persistent que parce que Dieu a enveloppé ses élus dans leur ordre, et qu’il les veut faire sortir de leurs actions. • Aussi elles sont comme dans les douleurs

• de l'enfantement : » Omnis crealura ingemiscit et parturit usque adhuc'. . Elles attendent

• avec impatience que Dieu fasse la découverte de « ses enfants : • llevelationem filiorum Dei expcctat ’. L’auteur de leur nature , qui leur a donné leurs inclinations, leura imprimé un amour comme naturel de ceux â qui il les a destinées. Elles ne font point encore de discernement ; c'est à Dieu de commencer, c’est à lui à faire voir ceux qu’il reconnaît pour ses enfants légitimes. Et quand il les aura marqués, qu'il aura débrouillé cette confusion qui les mêle, elles tourneront toute leur fureur contre ses ennemis : Pugnabit rum co orbis terrarum contra insensatos 4 :

• Tout l'univers combattra avec lui contre les in- « sensés. « Elles se soumettront volontiers à scs enfants: Omnis crealura ingemiscit et parturit usque adhuc... revetationem expectans filiorum Dei : . Jusqu'à présent toute créature

• soupire , et parait dans l'enfantement ,... at- - tendant la manifestation des enfants de Dieu. ■

Si nous allons encore plus avant dans le dessein de Dieu, nous trouverons quatre communications de sa nature. La première dans la création , la seconde sc fait par la grâce , la troisième de sa gloire , la quatrième de sa personne. Et si

1 Unit. XXXII , 8.

■ Rom. VIII, SI.

J Ibid. 10

1 Sup. v, ai.

DE TOUS LES SAINTS

le moins parfait est pour le plus excellent , donc la création regardait la justification, et la justification était pour la communication de la gloire , et la communication de la gloire pour la personnelle. C'est la gradation de saint Paul : Oui nia vestrasunt, vos aulem Christi , Christ us uut cm Dci 1 ; « Tout est à vous , et vous êtes à Jésus- « Christ, et Jésus-Christ est à Dieu. * Mais il ne faut pus séparer Jésus-Christ d’avec ses élus, d'autant que c'est le même esprit de Jésus-Christ qui se répand sur eux : tançuam unguenlum in capitc * : « comme le parfum répandu sur la tête ,

- qui descend sur toute la barbe d'Aaron. » Ce sont ses membres , et la glorification n’est que la consommation du corps de Jésus-Christ : doncc occurramus ei in virum pcrfectum sccundùm mens u ram plenitudinis Christi 3 : i Jusqu'à ce « que nous parvenions à l’état d'un homme par- « fait , à la mesure de l'Age et de la plénitude selon « laquelle Jésus-Christ doit être formé en nous. » Et nous sommes tous bénis on Jésus- Christ; tanguam in uno 4 : « comme en un seul. * Donc les prédestinés sont ceux qui ont toutes les pensées de Dieu dès l’éternité, ce sont ceux à qui aboutissent tous ses desseins. C’est pourquoi : Omnia propter rie et os* : « Tout est pour les " élus. * C’est pourquoi encore : Diligrntibus Daim omnia cooperantur in bonum 6 : « Tout contribue « au bien de ceux qui aiment Dieu : » omnia, tout ; d’autant que tout étant fait pour leur gloire , il n’y a rien a qui le Créateur n'ait donné une puissance et même une secrète inclination de les y servir.

Et il y a ici deux choses à remarquer; l'une que c’est a eux que se terminent tous les desseins de Dieu , la seconde qu’ils se terminent à eux conjointement avec Jésus-Christ.

Quel doit être cet ouvrage à qui la création de cet univers n'aservi que de préparation, que Dieu a regardé dans toutes ses actions, qui était le but de tous ses désirs, enfin apres l’exécution duquel il se veut reposer toute l’éternité! Il y aura assez de quoi contenter cette nature infinie. Lui qui a trouvé que la création du monde n’était pas une ■ entreprise digne de lui , se contentera après avoir j consommé le nombre de ses élus. Toute l'éternite j il ne fera que leur dire : Voilà ce que j’ai fuit, voyez ; n*ai-Je pas bien réussi dans mes desseins? pouvais-je nie proposer une fin plus excellente? j

Et qui peut douter que ce dessein ne soit tout j extraordinaire, puisque Dieu y agit avec pas-

* I. Cor. ni . 22 , sa.

* Pial. CXWII , 2.

* Epfirs. iv, 13.

* Gtitat. lll, 18.

» II. Cor. iv, n.

* Rom. vin , S.

sion? li s’est contenté de dire un mot pour créer le ciel et la terre. Nous ne voyons pas la une émotion véhémente. Mare pour ce qui regarde la gloire de ses élus , vous diriez qu’il s’y applique de toutes ses forces : au moins y a-t-il employé le plus grand de tous les mil actes, i’ineomation de son Fils. « Ne s’est-il pas lié et comme collé « d’affection avec son peuple? « Conglutinatusest Dominus patribus nostris1. Tantôt il se compare à une aigle qui excite ses petits à voter, tantôt à une poule qui ramasse ses petits poussins sous scs ailes. 11 condescend à toutes leurs faiblesses; son amour le porte à l’excès, et lui fait faire des actions qui paraissent extravagantes. Écoutez comme il crie nu milieu du temple : Si quis sitit, veniatad me et bibat * : « Si quelqu’un • a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. » Il n’en faut pas douter, H y a ici une inclination véhémente. Jamais Dieu n’a rien voulu avec tant de passion : or vouloir à Dieu , c’est faire. Donc ce qu’il fera pour ses élus sera si graud , que tout l’univers ne paraîtra rien à comparaison de cet ouvrage. Sa passion est si grande qu'elle passe à tous ses amis , et fait remuer à ses ennemis tous leurs artifices pour s’opposer à l’exécution de ce grand dessein. C’est le propre des grauds desseins de s’étendre à beaucoup de personnes. Et nous ne jugeons jamais un dessein si grand , que lorsque nous voyons que tous les umis y prennent part, et que tous tes ennemis s’en remuent. Comme ils ne s’excitent qu’à cause de nous , et que nous donnons te branle à leurs mouvements, il faut que notre émotion soit bien grande pour porter son coup si loin.

Elle paraît bien , son atTection envers ses élus, par les soins qu’il a de les rechercher. N’est-ce pas lui qui les a assemblés de tous tes coins de la terre, qui leur a donné 1e sang de son Fils? Et celui qui leur a donné son Fils , que leur peut-il refuser? 11 a pris plaisir lui-même de les faire aimables, afin de leur donner sans réserve son affection : Dédit se metipsumpro nobis , ut mundaret sibi poputum arceptabitcm , sectatorem bonorum operum 1 . « Il s’est livré lui -même « pour nous , afin de se purifier un peuple qui lui « fût agréable, et qui se portât avec ferveur aux « bonnes œuvres. » Quoi! en ce monde, qui est un lieu d’épreuve et de larmes, où il ne leur promet que des misères, où il veut les séparer de toutes choses : Vent separare : ... non veni pacem milterc, sed gladium 4 : « Je suis venu « pour séparer : ...je ne suis pas venu apporter *» la paix, mais l'épée. ^ Cependant il les comble

1 Dent. X, 15.

1 John. VU , 37.

» ra. n, i«.

« Mail fi. \ , 35. Ihid. .3».

no POUR l

de bénédictions. Iis sont inébranlables , voient tout le monde sous leurs pieds : Ils se réjouissent dan» leurs peines : gaudentes quia (ligni habili snnlpronomine Jesucontumeliampati' ••• rcm- » plis de joie de ce qu'ils ont été jugés dignes de . souffrir des outrages pour le nom de Jésus. » Au reste ils sont dans un repos , une fermeté et une égalité merveilleuse. Leurs chaînes délivrent les infirmes de leurs maladies : il donne de la gloire jusque» à leurs ombres. Vous diriez que quelque résolution qu'il ait prise, il ne saurait s'empêcher de leur faire du bien , et de leur laisser tomber un petit avant-goût de leur béatitude. Kt cependant cela n'est rien , il leur en prépare bien davantage. Il n’estime pas que cela rompe la résolution de les affliger : tant II estime peu ces biens à comparaison de ceux qu'il leur garde ! Ce monde même , quoiqu'il ait été fait pour les élus , Il semble que Dieu n'estime pas ce présent : ou s'il l 'estime , c'est à peu prés comme un père estimerait cotte partie du bien de ses enfants de laquelle ils auraient l’usage commun avec les valets. Ce soleil , tout beau qu'il est, luit également sur les bons et sur les impies. Kt quelles seront donc les choses qu’il réserve pour scs enfants! avec combien de magnificence les régalera-t-il dans ce banquet de la gloire, où il n'y aura que des personnes choisies , elecli, et où II ne craindra plus de profaner ses bienfaits ! Avec quelle abondance cette nature souverainement bonne se laissera-t-elle répandre! abondanccd'autant plus grande, qu'elle se sera rétrécie si longtemps durant le cours de ce temps misérable, et qu'il faudra alors qu'elle se débonde. Vivez, heureux favoris du Dieu des armées : Il a tout fait pour vous : il vous a préservés parmi tous les périls de ce monde : il vous a gardés, quasi pupiltam oculisui *, « comme la prunelle de son œil. » Il ne s'est pas contenté de vous faire du bien par miséricorde : il a voulu vous être redevable , afin de vous donner plus abondamment. Il a voulu vous donner le contentement de mériter votre bonheur, et a mieux aimé partager avec vous la gloire do votre salut et de son dessein dernier, que de diminuer la satisfaction de votre âme. Vous êtes les successeurs de son héritage : c'est vous que regardent les promesses qu'il a faites à Abraham et A Isaac ; mais c'est vous que regarde l'héritage promis à Jésus-Christ.

Il faut donc savoir que tous les biens que Dieu promet aux prédestinés , c'est conjointement avec Jésus-Christ : il ne faut point séparer leurs intérêts. Dieu promet à Abrabain de bénir toutes les nations : in semine tua 3,« dans ton fils; ou

' Art. v, II.

1 Veut mil, 10. — s Grn Xlll , 18.

A FÊTE

l'apôtre saint Paul remarque : Aon in seminibits , sed tangua in in «no, ' : « L'Écriture ne » dit pas a ceux de sa race, mais a sa race, c'cst-

■ à-dirc à l'un de sa race. * Cette bénédiction , c'est ce qui fait cette nouvelle vie que Dieu nous donne. Donc cette vie nouvelle réside dans Jésus- Christ comme dans le chef , et de lù elle se répand sur les membres : mais ce n'est que la même vie : l’feo ego ,jam non ego; viril vero in me CJiristus‘ : » Je vis, ou plutôt ce n'est plus moi qui

■ vis; mais c’est Jésus Christ qui vit en moi. > L'héritage ne nous regarde qu’ù cause que nous sommes les enfants de Dieu. .Nous ne sommes les enfants de Dieu , que parce que nous sommes un avec son fils naturel; d'autant que nous ne pouvions participer à la qunlitéd'enfunt de Dieu, que par dépendance de celui A qui elle appartient par préciput. C’est pourquoi - Dieu a envoyé

- dans nos cœurs l'esprit de sou Fils qui crie :

- Mon Père, mon Père: • iUisil Deusin corda nostra. spiritual l'ilii sui elamantem : Abba, Pater*. Cet esprit est un : IJnus et idem spiritus L Donc , et notre qualité de fils, et la prétention A l’héritage, et la nouvelle vie que nous avons par la régénération spirituelle , nous ne l'avons que par société avec Jésus-Christ : tanquam in uno 4 :

• comme dans un seul. - C'est pourquoi Dieu lui a donné l'abondance : Complacuit in ipso hubiture omnem plenitudinem 6 ; « Il a plu au Père que

• toute plénitude résidât en lui ; » alla que nous fussions abondants par scs richesses. De pteniturtinc ejus nos omîtes accepimus ■ ; • .Nous avons

• tous reçu de sa plénitude. «

La vie donc que nous avons , nous est commune avec Jésus-Christ : or la vie de In grâce et celle de la gloire est la même ; d’autant qu'il n‘y n d'autre différence entre l'une et l'autre, que celle qui se rencontre entre l'adolescence et la force de l’âge. LA elle est consommée ; mais ici elle est en état de se perfectionner : mais c'est la même vie. Il n'y a que cette diversité, qu'en celle-là cette vie a ses opérations plus libres A cause de la juste disposition de tous les organes ; ici elles ne sont pas encore parfaites , d'autant que le corps n'a pas encore pris tout son accroissement. C'eut ce qu'explique l’apôtre saint Paul : Yita nostra absconditaest cum Chrisloin Deo ’ : Notre vie

■ est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. - Maintenant, dans cette vie mortelle , la plupart de ses

1 Calai, fil, Ifl.

1 Ibid. Il, ‘(20.

1 Ibid, ir , fl.

* r. Cor. xil. II.

» Calai, ni, l«.

« Cola n, |, |9.

* Jnan. I, Ifl.

* ColoU. lit. 3.

Dig

DE TOUS LES SAINTS

opérations sont cachées ; la for™ de ce cœur nouveau ne parait pas : Cùm anlem Christus apparuerit, vila vestra, tune et vos apparebitis ' :

■ Mais lorsque Jésus-Christ, qui est votre vie, vicn- - dra à paraître , alors vous paraîtrez aussi. » Ah ! ce sera lorsque votre vie paraîtra dans toute son étendue , que les facultés entièrement dénouées feront voir toutes leurs forces , et que JésusChrlst paraîtra en nous dans toute sa gloire. C'est la raison pour laquelle l'Àpêtre parlant de la gloire , se sert quasi toujours du mot de révélation : ail futuram gloriam quœ revelabitur in nobis ’ : » Cette

• gloire qui sera un jour découverte en nous : » d'autant que la gloire n'est autre chose qu'une certaine découverte qui se fait de notre vie cachée en ce monde , mais qui se fera paraître tout entière en l’autre. Et le même npêtre décrivant , et notre adolescence en cette vie , et notre perfection en l'autre, dit que - nous croissons et nous

■ nous consommons en Jésus-Christ. » Occurramus ei in virum perfcctum , seeundùm mensumm plenitudinis CAristi 3. Voilà pour l’état de la force de l'âge. Et en attendant , - croissons en . toutes choses dans Jésus-Christ qui est notre chef > et notre tête : • Intérim creseamus in enperomnia qui est cnput Christus 4. Doue l'npêtre saint Paul met la vie de la gloire en Jésus-Christ , comme celle de la grâce ; et cela bien raisonnablement. Car la même chose en laquelle nous croissons, doit être celle en laquelle nous nous consommons. « OrnouscroissonscnJésus-Christ,-creacamus , etc. Donc nous devons nous consommer en Jésus-Christ , “ jusqu'à l'état d'un homme parfait ,

• à la mesure de l’âge et de la plénitude selon la- « quelle Jésus-Christ doit être formé en nous : » invirum peifcclum, seeundùm mensuran ptenitudinis Christi. Et cela est d'autant plus véritable, que si le commencement fait une unité, la consommation en doit faire une bien plus étroite. Donc nous sommes appelés à la gloire conjointement avec Jésus-Christ, et par conséquent nous posséderons le même royaume. Et pour signifier encore plus cette unité, l’Écriture nous apprend que nous serons dans le même trêne : Qui décrit, dabo ei ut sedeat in throno meo 1 : > Qul-

• conque sera victorieux , je le ferai asseoir avec

■ moi sur mon trêne. >

Or, pour concevoir la grandeur de cette récompense, il ne faut que penser ce que le Père éternel doit avoir fait pour son Fils. C'est son Fils uuique : Unigenitus qui est in sinu l’alris 8 :

1 Coloat. III , 3.

* Rom. TOI, 13.

* Rphrs. IV , 13.

* Ibid, nr , 15.

* / ipoc . III, 21.

■ Jooh. |, 18.

« lo Fils unique qui est dans le sein du Père. * C’est celui qu’il a oint de celte huile d'allégresse, c’est-à-dire, de la divinité : Lnxit le Deus lu us , oleo lœlitiœ '.C’est celui qui a toutes ses afffections : Hic est Filius meus dilectus in quo mihi bene complacui * : • Celui-ci est mon Fils bien- » aimé en qui j’ai mis toute ma complaisance. « C’est son Fils unique; et si nous sommes ses enfants, ce n’est que par un écoulement de l’esprit et de la vie de son Fils, qui a passé jusques à nous. Et c’est pourquoi seul il est l’objet de ses affections. Mais comme nous sommes ses enfants par la participation de l’esprit de son Fils, « par « lequel nous crions mon Père , mon Père ; * in quo c/amam usAbba, Pater *, aussi sommes-nous ses bien-aimés par une extension de son amour. Il doit à ses élus la même affection qu’il a pour son Fils; et il leur doit par conséquent le même royaume. Et puisque nous sommes ses enfants , nous sommes ses bien-aimés. Par la société de la filiation et de l’amour de son Fils, nousdevons aussi avoir le même héritage. C’est ce que dit l’apdtrc saint Paul : Qui eripuit nos de potes taie tenebrarum, transtulit in regnum Filii dilectionis suœ 4 : •« 11 nous a arrachés de la puissance des « ténèbres , et nous a fait passer dans le royaume « de son Fils bien-aimé. »

Voilà ce qu’était Jésus-Christ à son Père à raison de sa filiation; et cela faisait sans doute une obligation bien étroite de lui préparer un royaume magnifique : mais lui-méme l’exagère encore dans l’Apocalypse : Qui viceritt dabo ei ut sedeat in tltrono meo : sicut et ego vici , et sedi ad (texte ram Pat ri s 5 : * Quiconque sera ■ victorieux , je U; ferai asseoir avec moi sur mon « trône : comme aynnt été moi-même victorieux « je inc suis assis nvec mon Père sur son trône. • Comme s’il disait : Je devais attendre de mon Père de grandes choses , à raison de la qualité que j’ai de son Fils unique et bien-aimé; mais quand je n’eusse dû rien attendre d’une affection si légitime, il mené peut rien refuser après mes victoires. C’est moi qui ai renversé tous ses ennemis : c'est moi qui ai établi son royaume : par moi il est béni dans les siècles des siècles : par moi sa miséricorde et sa justice éclatent : je lui ai conquis un peuple nouveau et un nouveau royaume : c’est moi qui ai établi la paix dans ses États. Y eut-il jamais un plus puissant exécuteur de ses ordres , j’ai renversé tous ses ennemis et ai fait redouter sa puissance à la terre et aux enfers? Y eut-il un fils plus obéissant que moi , après m’être

1 Pxal. XLIY, 8.

» Mnllh. III, 17.

* Rom. vin, 15.

‘ Colnsa. I, 13.

1 Apor. III, 21.

POUR LA FÊTE

soumis à la mort et à la mort de la croix? Jamais prêtre lui offrit-il une hostie plus agréable et plus sainte , jamais y eut-il lévite qui lui ait immolé avec plus de pureté que moi , puisque je me suis immolé moi-même comme une hostie sainte et immaculée : non pas pour mes péchés, niais pour les péchés des autres? Ah ! il n’y a rien que je ne doive non-seulement attendre , mais encore justement ex'ger de mon Père. Aussi n’aije pas sujet de me plaindre de lui. Il a ouvert sur moi tous ses trésors : il m’a mis à sa dextre , et je ne pouvais pas attendre de plus grand honneur.

C’est là ce qui regarde Jésus-Christ : voilà ce qui nous regarde. Sa gloire est grande , il est vrai ; mais le bien qui le regarde nous regarde aussi : ses prétentions sont les nôtres. S'il a vaincu , ce grand capitaine , il a vaincu pour uous aussi bien que pour lui; et j’ose dire plus pour nous que pour lui : car il n’avait rien quasi à gagner, étant dans l'abondance , ou s'il avait quelque chose à gagner, c’étaient les élus. S’il a été obéissant à son Père , c’a été pour nous. Le sacrifice même de ce grand prêtre est pour nous consommer avec lui dans son Père : Santifico pro eis me ipsum ' : « Je me sacrifie moi-méme pour

- eux. » Et cela , pourquoi ? Ut omnes un um sint ; sicuttuin me ego in (e , uletipsi in nobis unum sint * .* « Afin qu’ils soient un tout ensemble ;

- comme vous , mon Père , vous êtes en mol , et

- moi en vous, qu’ils soient de même un en nous. » Nous mourons en sa mort; nous ressuscitons

« en sa résurrection ; nous sommes immolés dans son sacrifice : tout nous est commun avec lui. Et si nos souffrances ne sont qu’une continuation des siennes : Adimpleo quœ desunt passions m Christi * : « J'accomplis ce qui reste à souffrir à I « Jésus-Christ ; * notre gloire ne doit être qu’une I extension de la sienne. Qitotlsi , comme dit PA* I pôtre , cüm esse mus inimici, rcconciliati sumus in sanguine ipsius, multo mugis rcconciliati salvi cri mus in vita ipsius* : « Si lorsque nous » étions ennemis de Dieu nous avons été réconei- « liés avec lui par la mort de son Fils; à plus

* forte raison étant maintenant réconciliés avec » lui, nous serons sauvés par la vie de s ,11 meme

* Fils. » Si , lors même que nous étions sépares de lui , ce qui se passait en lui venait jusqu'à nous; si uous sommes morts au péché dans sa mort ; à plus forte raison les propriétés de sa vit: doivent | nous cire communiquées après que nous avons j été réunis par la réconciliation avec son Père , et | qu'il uous a lui-même donné sa vie.

» Juan. XVII , 19.

■ IbtU. 21.

* T I, 21. — * tînt*. V, 10.

La grâce et In vie nouvelle réside eu lui ; mais elle n'y réside que comme dans lu principale partie. Et tout de même que la vie du caur ne serait pas parfaite , si elle ne se répandait sur les membres, quoiqu'elle réside principalement dans le cœur ; ainsi il manquerait quelque chose à la vie nouvelle de Jésus-Christ, si elle ne se répandait sur les élus qui sont ses membres , quoiqu'elle réside principalement en lui comme dans le chef. Sa clarté ne paraît pas dans sa grandeur, si elle ne se communique ; d'autant que ce n’est pas comme ces lumières découlées du soleil , qui ne se répaudent pas plus loin : mais c'est une lumière et une splendeur première et originelle, telle que celle qui réside dans le soleil. Vous gâtez une source, quand elle ne s'étend pas dans tout le lit du ruisseau.

C'est pourquoi le Fils de Dieu dit à son Père : Ego in eis et tu in me , ut sint consummati in unum' ; . Je suis en eux et vous en moi, afin « qu’ils soient consommés dans l’unité. « Vous êtes un, mon Père, et vous voulez tout réduire à l’unité : ut sint unum , sicut et nos unum sumus' : » afin qu'ils soient un , comme nous som- . mes un. - C'est pourquoi vous êtes dans mol et moi en eux ,« aiindeleseonsommerdans l'unité: « ut sint consummati in unum. C'estpourquoi .je

■ leur ai donné la clarté «pie vous m’avez donnée : • Dedi eis claritatem gitam dedisti mihi, ut sint unum sicut et nos 5 : alin qu'ils soient un comme nous ; parce que celte clarté m'est donnée pour la leur communiquer. Et • c’est par là qu'il faut que

* tout le monde sache que vous m’avez envoyé : » ut sciât mundus quia tu me misisti «. Voilà pourquoi je suis venu : voilà voire dessein quand vous m’avez envoyé, de consommer tout en un. C'est pourquoi, Pater , quos dedisti mihi s, » Père, « ceux que vous m'avez donnés , « non-seulement comme mes compagnons et comme mes frères , mais comme mes membres; volo, . je veux: . ah! ce sont mes membres; si vous me laissez la disposition de nioi-méme, vous me devez laisser celle de mes membres : volo ut ubi sum ego , et il/i sint6, « je veux que là où je suis, ils y

* soieut aussi. - Si je suis dans la gloire, il faut qu'ils y soient : mecum, meeum, « avec moi, par

■ unité avec moi ; » afin qu’ils connaissent la clarté que vous m'avez donnée , qu'ils la connaissent en eux-mêmes, et qu'ils voient sa grandeur par son étendue et par sa communication : guam dedisti mihi; ■ c'est de vous que je la tiens , mon

1 Joua. XVII . 27.

* Ibid. 22.

» nid.

* Ibid. 23. *

uigitiz

DE TOUS LES SAINTS

• Père. - C’est pourquoi , « parce que vous m’ai- j « niiez avant la création du monde : » quia tu me dilexisti à constilutionc mundi ; vous me l’avez donnée tout entière , capable de se communiquer et de se répandre; « afin qu’où je suis ils y

- soient aussi avec moi, pour qu’ils voient la gloire

- que vous m’avez donnée : • ut ubi ego sum et ilti sint meciun, ut vid ant clarilatcm rncarn quant dedisti rnihi « Je me sacrifie pour eux et pour leurs péchés : Ego pro eis sanctifico mcipsum *. C’étaient des victimes dues à votre colère : je me mets en leur place, pro eis , « pour

• eux , » afin qu’ils soient saints et consacrés à votre majesté en même temps que je me dévoue et me sacrifie moi -même.

Quand les bras ou les autres membres ont failli, c'est assez de punir le chef. Quaud on couronne le chef, il faut que les membres soient couronnés : s’ils ne participent à la gloire du chef, il faut que la gloire du chef soit petite. Il manquerait quelque chose à la perfection de mon offrande, s’ils n’étaient offerts en moi : Sanctifico mcipsum pro eis, ut sint et ipsi sanctficati : <■ Je me sanctifie « moi-même pour eux, afin qu’ils soient aussi sanc- « tifiés : «ù ma mort , s’ils ne mouraient par ma mort : Adimpleo quœ des mit passionum Christi pro cor porc ejas quodcsl Ecclesia 1 : « J’accom-

• plis ce qui manque aux souffrances de Jésus-

- Christ pour son Corps qui est l'Église * : » à ma vie, à ma résurrection et à ma gloire, s’ils ne ressuscitaient par ma résurrection , et ne vivaient par ma vie , et ne fussent glorieux par ma gloire. Mon Père , je suis en eux : il faut donc - que l’a-

- mour que vous avez pour moi , soit en eux : « Di/rctio qua dilexisti me in ipsis sit , et ego in eis 5 : et il faut aussi que In joie et In gloire que vous me donnerez soit en eux , « afin que ma joie

- soit pleine en eux : » ut habeant gloriam meam imp/rtam in semetipsis6. Meaomnia tuasunt , et tua mea sunt; et ego ctarificatus sum in cisi ,

» Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce « qui est à vous est à moi ; et je suis glorifié en « eux. »

Ixi gloire du chef tombe sur les membres, et la gloire des membres retient au chef. Je suis glorifié en eux ; il faut qu’ils soient glorifiés en

1 Joai i. VIII, 24.

* Ibid. I».

* Colo*». | . 24.

4 BusMirl a mi» ici a la marge dp son manuscrit ce texte de PApÔln? ( Ephc». I, 22, 21 ) : Et iptimt (ledit caput s upm omnem Eccletiam, qutt est Corpu*eju$, et plenitudo ejus , qui ndimptelur vmiiia in omnibus : « Il l’a donné pour chef « suprême à l’f.Rli.w , lacjuHlr est wm corps , et dan» laquelle il ■ trouve son ruliêrr perfection , lui qui accomplit tout en « tous. » Sur quoi il fait cette glose : Ideoque adimpletur, eo quint fil omnm in omnibus : Il accomplit tout en tous , parce qu’il est tout en tous. ( Edit, de Dtjuri ». )

4 Jiutn. XVII, 26. — 4 Ibid. 13.

* Ibid. in.

moi. Père saint, Pire juste, je vous les recommande : puisqu'ils sont à moi, lis sout a vous : et si vous m'aimez , vous en devez avoir soin comme de moi. Enfin il ne veut dire autre chose par tout ce discours , sinon que nous sommes tous à lui, comme étant un avec lui, et comme devaut être aimés du Père étemel par la même affection qu’il a pour lui : non pas qu'elle ne soit plus grande pour lui que pour uous ; mais cela ne fait pas qu elle soit differente. C'est le même amour, qui va droit a lui et rejaillit sur nous : à peu près comme une flèche qui par un même coup et un même mouvement perce lu première chose quelle rencontre, et ne fait ù ce qu'elle attrape apres qu'une légère entamure. Ou comme un bon père qui regarde ses enfants et les leurs par un même amour, qui ne laisse pas d'être plus grand dans ses enfants sur lesquels se porte sa première impétuosité. Ou plutôt comme nous aimons d’une même affection tout notre corps, quoique nous ayons plusde soindeconserver et honorer les plus nobles parties.

Et après cela nous nous étonnons si Dieu agit avec passion ! et s'il agit avec passion , comment ne produira-t-il point des effets extraordinaires , et qui surpasseront toutes nos pensées? La passion fait faire des choses étranges aux personnes les plus faibles : et que fera-t-elle A Dieu? Elle, fait surpasser aux hommes leur propre puissance : eh! le moins qu'elle puisse faire ù Dieu, c'est de lui faire passer les bornes de sa puissance ordinaire. Non ; cc n'est pas assez pour rendre les élus heureux, d'employer cette puissance par laquelle il a fait le monde : il faut qu'il étende son bras : lu mmu polenli et brachio extento ', - avec unu « main forte et un bras étendu. > Il ne s'attachera plus aux natures des choses: il ne prendra plus Inl que de sa puissance et de son amour. Il ira chercher dans le fond de l'Ame l'endroit par où elle sera plus capable de félicité. La joie y entrera avec trop d'abondance, pour y passer par les canaux ordinaires : il faudra lui ouvrir les entrées, ctluii donner une capacité extraordinaire. Il ne regardera pins ce qu'il en a fait , mais ce qu'il en peut faire. Ce sera là ou il donnera comme le coup de maître : il nous est inconcevable , misérables apprentis que nous sommes. Il tournera notre esprit de tous côtés, pour le façonner entièrement a sa mode , et n'aura égard A notre disposition naturelle qu'aidant qu'il faudra pour ne nous point faire de violence. Aussi, lorsqu'il décrit les douceurs du paradis; ce n'est que par des mystères, pour nous en témoigner l ineompréhensibilité. Ecoutons scs promesses dans l’Apocalypse , « Ce- * lui qui sera vainqueur, je lui donnerai une manue

• Ih-ut. V, 15. g

POUR LA l'ÈTE

• cachée : » Qui vice rit, daim ri mannrt abscon- I ditum des douceurs cachées : Pabo ei edere de tigno vitœ‘ : • Je donnerai nu victorieux à mnn-

• per du fruit de l'arbre de vie. » Quoi ! est-ce quelque chose de semblnble à nos fruits ordinaires? n’attendes pas que vous en trouviez en ce monde. Il ne croit que dans lejnrdin de mon Père, et il faut que le terroir en soit cultivé par sa propre nain : quodest in paradiso Pei mei 3 : « qui

• est dans le paradis de mon Dieu. » Pcibo ei nomen novum*: «Je lui donnerai un nom nouveau. » Dieu ne donne point un nom sans sipnifleation. C’est pourquoi quand il change le nom A Abraham et à Jacob , il en atteste incontinent la raison : et la preuve en est évidente nu nom de son Fils. Lu raison est qu'a Dieu , dire et faire c’est la même chose : Dixil et fada sunt i : » Il a dit ,

- et tout a cté fait. » Et ici , Pabo ei nomen novum," Je lui donnerai un nom nouveau, "et nonseulement il sera nouveau , mais encore est-il inconnu ; et il faut en avoir eu soi la signification, pour l’entendre : quod nemo scit, niai qui accipit 4 : « Nul ne le connaît que celui qui le rc-

• colt. »

L’apôtre saint Paul avait vu quelque chose de cette gloire; disons mieux, il en avait ouï quelque chose dans la proximité du lieu oii il fut ravi. N’attendons pas qu'il nous en dise des particularités : il en parle comme un homme qui a vu quelque chose d'extraordinaire , qui ne nous en fait la description qu’en méprisant tout ce que vous lui pouvez apporter nu prix de ce qu’il a vu, ou bien en avouant qu'il ne saurait l'expliquer. II en marque quelques conditions générales , qui nous laissent dans la même ignorance ou il nous a trouves : ut sciatis cum omnibus sanctis quw sit longitude, etlatiludo, et sublimitas , ctprofundum ' : « afin que vous compreniez avec tous

• les saints quelle est la longueur, la largeur, la » hauteur et la profondeur de ce mystère. - Ne vous semble-t-il pas entendre un homme qui aurait vu quelque magnifique palais , semblable à ces châteaux enchantes de qui nous entretiennent les poètes , et qui ne parlerait d’autres ehoses sinon de la hauteur des édillces , de la largeur des fossés , de la profondeur des fondements , de la longueur prodigieuse de la campagne qu’on découvre ; au reste ne peut pas donner une seule marque pour le reconnaître , ni en faire une description qui ne soit grossière : tant il est ravi en admiration de ce beau spectacle ! Voilà à peu près ce que fait le grand apAtre. Il ne nous exprime la grandeur des choses qu’il a vues , que par l'em-

1 Jjmc. H, 17.

1 Ibid. 7. — 3 Ibid . — * Ibid. 17.

% Pmi. XXXJI, P. — • .4 for. n, 17

5 Cpbn. in, |R.

presscmenl où il est de les décrire , et par la peur qu’il n d’en venir à bout. Demandez-lui-en des particularités : il vous dira que cela est inconcevable ; tout ce que vous pouvez lui dire n’est rien A comparaison, l’arlcz-lui des grandeurs de ce monde , et de toute la beauté de l'univers , pour savoir du moins ce que c’est que ce royaume par comparaison et par ressemblance : il n’a rien à vous dire , sinon : Existimavi sicut stercora ' :

. J’ai tout regardé comme du fumier et de l’or- « dure. - Ne lui alléguez point le témoignage de vos yeux ni de vos oreilles : Dieu agit ici par des moyens inconnus.

Il donne un tour tout nouveau à la créature : et puisque, comme j’ni dit, en cette action il tic prend point de loi que de sa puissance , et qu’il ne s'attache pas à la nature des choses , nous ne pouvons pas plus concevoir cet effet que sa vertu. Les choses prendront tout une autre face, d’autant que Dieu agira - par cette opération , par la- » quelle il sc peut tout assujettir, . c’est-à-dire , changer tout l'ordre de la nature , et faire servir toute sorte d'étres à sa volonté : secundùm ope rationem qua possil subjicerc sibi omnia ’. C’est pourquoi l’œil , qui voit tout ce qu’il y a de beau dans le monde , n’a rien vu de pareil ; l’oreille par laquelle notre âme pénètre les choses les plus éloignées, n'a rien entendu qui approche de la grandeur de ces choses; l’esprit, à qui Dieu n’a point donné de bornes dans scs pensées , toujours abondant A sc former des Idées nouvelles, ne saurait se figurer rien de semblable : Ncquc ocutus vidit, nrque auris uudivit, neque in cor hominis asccndit quœ prœparavit Pcus ditigentibus se1 : . L'œil n’a point vu, l’oreillen'a point en- « tendu , I esprit de l’homme n'a jamais conçu ce • que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. » Le Sauveur du monde , le plus juste estimateur des choses qui pût être ; voyant d’un côté la gloire que son Père lui présentait, d'autre côté l'infamie, la cruauté, l’ignominie de son supplice , avec lequel 11 fallait acheter la félicité : dans cet échange fit si peu d'état de son supplice , qu'à peine le considéra-t-il ; et sans délibération aucune, « dans la vue de lajoicquilui étaitproposée, « il a souffert la croix en méprisant la honte et « l’ignominie : - Proposilo cibi gaudio, sustinuit erucem confusione contempla*. Et II est à remarquer qu'il ne s’agissait que d'une partie accidentelle de sa béatitude , étant en possession de la béatitude essentielle des sa conception Et que sera-ce donc de nous qui avons A combattre pour le total , et qui avons à souffrir si peu de

' Philipp. lll . R.

1 Ibid. 21. — » J. Cor. it,î».

1 Ilrbr. xil , S.

1)K TOUS LES SAINTS

chose? Qu'il est bien vrai , ce que dit l’ApAtre : Aon sunl condignœ passiones hujus tem/mri s ad fulurum gloriam 1 * * * : ■ Les souffrances de la « vie présente n'ont point de proportion avec la

■ gloire du siècle à venir! . Mais nous ne le concevons pas. Prions donc Dieu qu'il nous fasse la grâce de connaître cette gloire, qui doit être le dernier accomplissement des desseins de Dieu , et quelle doit être la magnificence de ce royaume qui nous est préparé conjointement avec Jésus- Christ , et quel doit être cet effet merveilleux que Dieu opérera dans nos âmes par cette opération surnaturelle et toute-puissante : Del nabis spiritual sapicnliœ : « Qu'il nous donne l'esprit de sa-

* gesse , * dans la connaissance de scs desseins : et rceetalionis in agnitione ejus1 : « et de lu- « mière dans la connaissance de son amour : . itluminutas oculos cordis vestri 3 : . ces yeux éclairés > du cœur ; - de ce cœur et de cette âme nouvelle qu'il nous a donnés pour porter notre esprit à des choses toutautresque celles que nous voyons en ce monde, et nous remettre en I'c6prit la’puissance de Dieu : ut sciatis quœ sit spes vocationis ejus : « ce que nous devons espérer d’une vocation si « haute , « étant appelés de lui au dernier accomplissement de ses ouvrages : et guœ dicitiœ glariœ hœreditatis ejus in sanrtis < : . quelle est la rin chcsse et l'abondance de ce royaume : « et quœ sit supercminens magnitudo virtuiisrjus in nos gui credimus 5: » et combien grand sera l’effort « de sa puissance qu'il fera sur nous, par l'ex-

* tension qu'il fera sur nous des miracles et des « grandeurs qu’il a opérés en Jésus-Christ : * se~ cundum operutionem potentire ejus quam ope • ralus est in Christo *. Puissions-nous concevoir I affection que Dieu a pour nous , par laquelle ,

” lorsque nous étions morts par nos péchés, il nous « a rendu la vie en Jésus-Christ, et nous a res- « suscités avec lui : « Citin essemus inortui pec catis, conresuscitavit nos Christo et convivificaviti ; voilà l'unité dans la vie : « et nous a fait

* asseoir dans le ciel en Jésus-Christ : « et cotise derefecit in Christo * ; voilà l'unité de la gloire : ut ostenderet in sœeutis superoenientilms : » afin

* <le faire paraitre dans l'éternité la magnificence - de sa grâce en Jcsus-Christ dans ses membres ,

* par l'écoulement de la gloire de Jésus-Christ ■ sur nous : •• ut ostenderet in sœeutis superrenientibus abondantes dioitias graliœ sute , in bonilale super nos in Christo s.

1 Rom. vill, Is. ,

■ Rphn. 1, 17. J Ibid. I».

• ISid. I, is. — » Ibid. 10.

• Ibid. 20. — : Ibid. ||, n.

• Ibid. a. — » Ibid. 7.

DEUXIÈME POIXT.

Dieu étant unique et incomparable dans le rang qu’il tient, et ne voyant rieu qui ne soit infiniment au -dessous de lui , ne voit rien aussi qui soit digne de son estime , que ce qui le regarde ; ni qui mérite d’être la fin de ses actions , rpic lui-même. Mais bien qu'il se considère dans tout ce qu'il fait, il n’augmentera pas pour cela ses richesses. Et si sa grandeur l’oblige à être lui seul le centre de tous ses desseins, c’est parce qu’elle fait qu’il est lui seul sa félicité. Ainsi, quoi qu’il entreprenne de grand , quelques beaux ouvrages que produise satoutc-pulssance, il ne lui en revient aucun bien que celui d’en faire aux autres. Il n’y peut rien acquérir que le titre de bienfaiteur; et l'Intérêt de ses créatures se trouve si heureusement conjoint avec le sien , que comme il ne leur donne que pour l'avancement de sa gloire , aussi ne saurait-il avoir de plus grande gloire que de leur donner. C'est ce qui fait que nous prenons In liberté de lui demander souvent des faveurs extraordinaires : nous osons quelquefoisattendrede lui des miracles , parce que sa gloire se rencontre dans notre avancement , et qu'il est lui-même d'un naturel si magnifique, qu'il n'a point de plus grand plaisir que de faire largesse. Cela nous est marqué dans le livre de la Genèse, lorsque Dieu, après avoir fait de si belles créatures , se met a les considérer les unes après les autres. Certes, si nous voyions faire une action pareille à quelque autre ouvrier, nous Jugerions sans doute qu'il ferait cette revue pour découvrir les fautes qui pourraient être échappées à sa diligence. Mais pour ce qui est de Dieu, nous n’oserions seulement avoir eu cette pensée. Non , messieurs, il travaille sur un trop bel original et avec une main trop assures; , pour avoir besoin de repasser sur ce qu'il a fait. Aussi voyons-nous qu'il n’y trouve rien a raccommoder. Il reconnaît que ses ouvrages sont très-accomplis : Et erant valde bona ■ : - Et Ils étaient très-bons. * De sorte que, s’il nous est permis de pénétrer dans scs sentiments , il ne les revoit de nouveau , que pour jouir du plaisir de sa libéralité. Il est donc vrai , et nous pouvons l’assurer après un si grand témoignage , qu’il n’y a rien de plus digne de sa grandeur ni de plus conforme à son inclination, que de se communiquer à scs créatures.

Cela étant ainsi , pourrions-nous douter qu’il n’ait préparé à ses saints de grandes merveilles? Lui qui a eu tant de soin des natures privées de raison et de connaissance , qui leur a donné sa bénédiction avec tant d’affection , qui a attaché à leur être de si belles qualités, qu'aura-t-il ré-

1 Cm. I, ai.

1 1 fi

POUR LA FÊTE

jcrvé à ceux pour lesquels il a bâti tout cet univers? Car enfin je ne puis croire qu'il ait pris plaisir a répandre ses trésors sur des créatures, qui ne peuvent que recevoir, et qui ne sont pas capables de remercier, ni meme de regarder la main qui les embellit. S’il y a du plaisir et de la gloire il donner, il faut que ce soit à des personnes qui ressentent tout au moins la grâce que l'on leur fait. Il est vrai qu'il y a des propriétés mer- ! veilleuses dans les créatures les plus insensibles, et c'est cela même qui me persuade qu'il les a si bien travaillées pour en faire présent à quelque autre. Il n'y a que les natures intelligentes qui en connaissent le prix : ce n'est qu'à elles qu'il a donné l’adresse d'en savoir user : elles seules en peuvent bénir l'auteur. Saus doute ce ne peut être que pour elles qu'elles sont faites. L'ordre de sa providence nous fait assez voir cette vérité; parce que la première chose qu'il s'est proposée , c'est la manifestation de son nom. Cela demandait qu'il jetât d’abord les yeux sur quelques natures à qui il se pfit faire connaître : et puisque c’était par elles qu'il commençait scs desseins , il fallait qu'il formât tous les autres sur ce premier plan , afin que toutes les parties se rapportassent. Ainsi donc, après avoir résolu de laisser tomber sur elles un rayon de cette intelligence première qui réside en lui , il a imprimé sur une infinité d'autres créatures divers caractères de sa bonté ; afin que les unes fournissant de tous côtés la matière des louanges, et les autres leur prêtant leur intelligence et leur voix , il se fit un accord de tous les êtres qui composent ce grand monde , pour publier jour et nuit les grandeurs de leur commun maître. Pour achever ce dessein , il prépare à scs saints une vie tranquille et immortelle, de peur qu'aucun accident ne puisse interrompre le sacrifice de louanges qu'ils offriront continuellement à sa majesté. Alors il leur parlera lui-mémo de sa grandeur sans l’entremise de ses créatures, pour tirer de leur bouche des louanges plus dignes de lui. Et afin que ses Intérêts demeurent éternellement confondus avec ceux de ses élus; en même temps qu'il leur apparaîtra tel qu’il est pour leur imprimer de hauts sentiments de sa majesté , il les rendra heureux par la contemplation de sa beauté infinie. Que dirai-je davantage? il les élevera par-dessus tout ce que nous pouvons nous imaginer, pour tirer ainsi plus de gloire de leur estime. Si c'est peu de chose que d'être loué par des hommes , il en fera des dieux , et s'obligera par là à faire cas ' de leurs louanges. Notre Dieu enfin , pour contenter l’inclination qu'il a d'établir son honneur par ; la magnificence , se fera tout un peuple sur lequel il régnera plus par ses bienfaits que par son pon-

; voir; auquel fisc donnera lui-même, pour n’avoir plus rien à donner de plus excellent.

Après cela je pense qu’il n'est pas bien difficile de se persuader que Dieu a tout fait pour la gloire de ses saints. N'y aurait-il que l'honneur qu'ils 1 ont de lui appartenir de si près, il faudrait que tout le reste se soumit à leur empire. Et quelque grand que cet avantage nous paraisse , ce n'est pas une chose à refuser aux bienheureux que de commander à toutes les créatures , puisqu'ils ont le bonheur d'être nés pour posséder Dieu. Aussi n'ont-elles point toutes de plus véhémente inclination que de les servir ; tout l'effort que font les causes naturelles, selon ce que dit l’Apôtre, ce n'est que pour donner au monde les enfants de Dieu. C’est pourquoi il nous les dépeint - comme

- dans lesdouleursde l'enfantement : » Om n i.t erratum parturit '. Elles se plaignent sans cesse du désordre du péché, qui leur n caché les vrais héritiers de leur Maître, en les confondant avec les vaisseaux de sa colère. Tout ee qu'elles peuvent faire , c'est d'attendre que Dieu en fasse la découverte à ce grand jour du jugement : Omni s erratum inyemiseit et partant usyue adhue, re velationem Jiliorum Pri exportons ’ : ■ Toutes les « créatures soupirent , et sont comme dans le trn-

- vail de l’enfantement , attendant avec grand « désir la manifestation des enfants de Dieu. » Et à ce jour, messieurs, Dieu qui leur a donné ce mouvement, afin que tout ce qu’il y a dans le monde sentit l'affection qu’il porte à ses saints ,

« appellera le ciel et la terre au discernement de « sou peuple : » Advacabil eœlum desursum , et terrain discemere populum suum h Ils ne manqueront pas d’y accourir pour combattre avec lui contre les insensés*; mais plutôt encore pour rendre leur obéissance à ses enfants. Que si dans cet intervalle il yenn quelques-uns qui portent plus visiblement sur leur front la marque du Dieu vivant , les bêtes les plus farouches se jetteront à leurs pieds , les flammes se retireront de peur de leur nuire , et je ne sols quel le impatience fera éclater en mille pièces les roues et les chevalets destinés pour les tourmenter. Enfin que pourrnlt-il y avoir qui ne fût fait pour leur gloire, puisque leurs persécuteurs les couronnent, leurs tourments sont leurs victoires? Ce n'est que dans la bassesse qu'ils sont honorés : la seule infirmité les rend puissants. « Et les instruments mêmes de « leur supplice sont employés à ln pompe de leur - triomphe : » Transeunt in honorent triumphi eliam instrumenta supplieii i. Pour cela le Fils

' fl'im. vin , 22.

* /fil'rf. 19, 22.

1 P tel. lui, 9.

» Slip . V, 21.

* S- Léo. Serin. Llisill, cap. IV.

DE TOUS LES SAINTS

de Dieu , dans cette dernière sentence qui déterminera à jamais l'état dernier de toutes les créatures, les appelle au royaume qui leur est préparé des la constitution du moude. Que nous marquent ces paroles? Car il dit bien aux damnés j que les flammes leur sont préparées ; mais il n'a- ! joute pas , dès la constitution du monde. Et cependant l'enfer a été aussitôt fait que le paradis, d'autant qu’il y a eu aussitôt des damnés que des bienheureux.

Sans doute notre juge ne nous veut apprendre autre chose , sinon que la création du monde ne- ; tait qu’un préparatif du grand ouvrage de Dieu , ! et que la gloire des saints en serait le dernier accomplissement, tlomme s'il disait : Venez, les | bien-aimésde mon Père, il a tout fait pour vous: ; à peine posait-il les premiers fondements de cet univers, qu'il commençait déjà à songer à votre gloire : a conslitutione mundi ' : " dès la créa- ■ tion du monde ; - et il ne faisait alors que vous préparer votre royaume : Yenite, benedicti Patris mei ’ , « Venez, les bien-aimés de mon Père. »

Il me semble, messieurs, qu'il y a là de quoi inciter les Ornés les moins généreuses. Que jugezvous de cet honneur? Est-ce peu de chose, à votre avis, d'étre l'accomplissement des ouvrages de Dieu , le dernier sujet sur lequel il emploiera sa toute-puissance; et qu'il se repose après toute l'éternité? Il y aura de quoi contenter celte nature infinie. Lui qui a jugé que la production de cet univers netait pas une entreprise digne de lui , se contentera après avoir consommé le nombre de ses élus. Toute l’éternité il ne fera que leur dire : Voilà ce que j'ai fait, voyez; n'ai-je pas bien réussi dans mes desseins? pouvais-je me proposer une fln plus excellente?

Vous me direz peut-être : Comment se peut-il faire que tous les desseins de Dieu aboutissent aux bienheureux? Jésus-Christ n'est-il pas le premier-né de toutes les créatures? n'est-ce pas en lui qu'a été créé tout ce qu'il y a de visible et d’invisible? Il est la consommation de tous les ouvrages de Dieu. Et sans aller plus loin , les paroles de mon texte nous fout assez voir que les saints ne sont pas la fln que Dieu s'est proposée dans tous ses ouvrages, puisque eux-raémes ne sont que pour Jésus-Christ : vus autem Christi 1 :

« et vous êtes à Jésus-Christ. -Tout cela esttresvéritnble, messieurs; mais il n’y a rien, à mon avis, qui établisse plus ce que Je viens de dire. Le même apôtre qui a dit que tout est pour Nntre- Seigneur, a dit aussi que tout est pour les élus. J Et non-seulement il l'a dit ; il nous a donné de plus une doctrine admirable pour le comprendre.

• Vf! tth. \x\, si.

* Ibid. — * 1. Cor. Ill , 2a.

Il nous apprend que Dieu, afin de pouvoir donner cette prérogative à son Fils, sans rien déroger à ce qu'il préparait à ses saints, a trouvé le moyen d’unir leurs intérêts avec tant d’adresse , que tous leurs avantages et tous leurs biens sont communs '. C'est ce qui me reste a expliquer en peu de mots. Que si Dieu me fait la grâce de pouvoir dire quelque chose qui approche de ces hautes vérités, il y aura de quoi nous étonner de l’afTection qu'il a pour les saints , et des grandeurs où il les appelle.

THOISÙUE POINT.

Le Père éternel ayant rempli son Fils de toutes les richesses de la divinité , a voulu qu'en lui toutes les nations fussent bénites. Et comme il lui a donné les plus pures de ses lumières, il n établi cette loi universelle , qu'il n'y eût point de grâce qui ne fut un écoulement de la sienne. De là vient que ie Fils de Dieu dit à son l’ere , qu'il à donne aux justes la même clarté qu'il avait reçue de lui : £7/0 claritatem quant dedisti inihi, dedi eis‘ : - Je « leur ai donné la clarté que vous m'avez donuée: » Où , comme vous voyez , il compare In sainteté a la lumière, pour nous faire voir qu’elle est uue et indivisible : et que toutdemême que les rayons du soleil venant à tomber sur quelque corps , lui donnent véritablement un éclat nouveau et une beauté nouvelle, mais qui n'est qu’une impression de la beauté du soleil, et une effusion de cette lumière originelle qui réside en lui; ainsi la justice des élus n'est autre chose que la justice de i>iotre-Seigneur,quis'étendsureux sans se séparer de sa souree, parce qu'elle est infinie : de sorte qu'ils n’ont de splendeurque celle du Fils de Dieu; ils sont environnés de sa gloire : ils sont tout couverts, pour parler avec l'Apôtre, et tout revêtus de Jésus-Christ. L'esprit de Dieu, messieurs, « cet • esprit immense qui comprend en sol toutes cho- « ses , - hoc quod continet oui nia J, se repose sur eux pour leur donner une vie commune. Il va pénétrant le fond de leur âme; et là, d'une manière ineffable, Il ne cesse de les travailler jusques a tant qu'il y ait imprimé Jésus-Christ. Et, comme il a une force invincible, il les attache à lui par une union incomparablement plus étroite, que celle que peuvent faire en nos corps des nerfs et des cartilages, qui au moindre effort se rompent ou se détendent.

C'est cette liaison miraculeuse qui fait que « Jésus-Christ est toute leur vie : • Chrislus rila centra *. Ils sont « son corps et sa plénitude, •

1 flou» VMr.-jM.

» J (Ml h xtii ,3g.

* Snp. 1 , 7.

* («tou. Ml , *.

POUR LA FÊTE

corpus ejus etplenitudo ' , comme parle l'apôtre saint Paul : comme s'il disait qu'il manquerait quelque perfection au Fils de Dieu , qu'il serait mutilé , si I on séparait de lui les élus. C'est pourquoi notre bon maître, dans cette oraison admirable qu'il fait pour scs saints , en saint Jean , les recommande à son Père non plus comme les siens , mais comme lui-mème : > J'entends, dit-il, que

• partout où jescrai, mes amis y soient avec moi :• Volo, Pater, ut ubi sum ego, et illi tint mecum V Vousdiriezqu’il ne saurait se passer d'eux, et que son royaume ne lui plairaitpas, s'il ne le possédait en leur compagnie, et s'il ne leur en faisait part. Il ne veut pas même que son Père les divise de lui dans son affection. Il ne cesse de lui représenter continuellement qu'il est en eux et enx en lui , qu'il faut qu'ils soient mêlés et confondus avec lui , comme il fait lui-même avec son Père une parfaite unité. Il semble qu'il ait peur qu'il n'y mette quelque différence : Ego in eis et tu in me, utsint consummati in unum, ut sciât m undus quia ditexisti eos sicut et me dilexisti 1 :

- Je sols en eux et vous en moi , afin qu’ils soient

■ consommes dans l’unité , et que le monde eon-

• naisse que vous les avez aimés comme vous

- m’avez aimé. » Et un peu après : Dileetio qua dilexisti me in ipsis sit, et ego in eis * : » Que

- l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux ,

■ et que je sois moi-même en eux. » Je suis en eux et vous en moi, afin que tout se réduise à l'unité , et que le monde sache que vous ne faites point dedistinction entre nous, que vous les aimez, et que vous en avez soin comme de moi-même.

A ces paroles , messieurs , qui serait l’insensible qui ne se laisserait émouvoir? Certes elles sont si avantageuses pour nous, que je les croirais injurieuses à notre maître, si lui-même ne les avait prononcées. Mais qui peut douter de ce prodige? Et quoique d'abord cela nous semble incroyable , est-ce trop peu de sa parole pour nous en assurer? Tenons-nous hardiment à cette promesse, et laissons ménager au Père éternel les intérêts de son Fils : il saura bien lui donner le rang qui est dù a sa qualité et à son mérite , sans violer cette unité que lui-même lui a si instamment demandée. Comme une bonne mère qui tient son cher enfant entre ses bras , porte différemment ses caresses sur diverses parties de son corps , selon que son affection la pousse ; Il y en a quelques-unes qu'elle orne avec plus de soin , qu'elle conserve avec plus d'empressement ; ce n’est toutefois que le même amour qui l’anime : de même le Père étemel, sans

1 Ephrt. 1 , 23.

* Jonn. x\lf, 24-

» Ibiti. 23.

« thi4. 2fl.

diviser cct amour qu'il doit en commun a son Fils et à scs membres, saura bien lui donner la prééminence du chef. Et s'il y a quelque différence en cet exemple, c’est, messieurs , que l'union des saints avec Jésus-Christ est bien plus étroite; parce qu’il emploiera pour la faire, et sa main j toute-puissante , et cet esprit unissant que les I Pères ont appelé le lien de la Trinité, j Dites-moi tout ce qu'il vous plaira de la grandeur, des victoires , du sacrifice de notre maître , j’avouerai tout cela , messieurs , et j'en avouerai beaucoup davantage :car que pourrions-nous dire qui approchât de sa gloire? Mais Je ne laisserai pas de soutenirque celui qui n'aspire pnsau même royaume, qui ne porte pas son ambition jusqu'aux mêmes honneurs , qui n’espère pas la même félicité, n’est pas digne de porter le nom de chrétien, ni d'être lavé de son sang, ni d’être animé de sou esprit. Pourqui a-t-il vaincu, si ce n'est pour nous? M'est-ce pas pour nous qu'il s'est immolé?Sa gloire lui appartenait par le droit de sa naissance; et s'il avait quelque chose à acquérir, c’était les fidèles, qu'il appelle Iepeupled'acquisition. Pensons-nous pas qu'il sache ce qui est dù à ses victoires? Et cependant écoutons comme il parle dans l’Apocalvpse : ■ J'ai vaincu, dit-il ; je suis assis comme • un triomphateur à la droite de mon Père : et je » veux que ceux qui surmonteront en mon nom, « soient mis dans le même trône que moi : . Qui licerit, dabo ei ut sedeat in throno mro'. Figurez-vous, si vous pouvez, une plus parfaite unité. Ce n’est pas assez de nous transporter au même royaume, ni de nous associer à l'empire , il veut que nous soyons placés dans son trône : non pas qu'il le quitte pour nous le donner, les saints n'en voudraient pas à cette condition ; mais il veut que nous y régnions éternellement avec lui. Et comment cela se peut-il expliquer, qu’en disant que nous sommes le même corps , et qu’il ne faut point mettre de différence entre lui et nous?

Après de si grands desseins de la Providence sur les bienheureux , après que Dieu s’est intéressé lui-même à leur grandeur, et s’y est intéressé par ce qu’il aime le plus; prenez garde, chrétiens, lorsqu'on vous parlera du royaume céleste , de ne vous le pas représenter a la façon de ces choses basses qui frappent nos sens, ou de ces plaisirs périssables qui trompent plutôt notre imagination qu'ils ne la contentent : tout nous y semblera nouveau, nous n’aurons jamais rien vu de semblable : Nova facio omnia * : « Je m'en vais faire ■ toutes choses nouvelles ■ Comme Dieu , sans a voir égard à ce qu'il a fait des choses , ne considérera plus que ce qu'il en peut faire; comme il ne sui-

1 Apoc. m, 21.

* /*. XLIfl, 19. Apvc. xxi, s.

DE TOUS LES SAINTS

Il»

vra plus leur disposition naturelle , et ne prendra loi que de su puissance et de son amour; ce ne serait pas une moindre témérité de prétendre concevoir ce qu'il fait dans les bienheureux , que si nous voulions comprendre sa toute-puissance. Mettra les choses dans cet état naturel où nous les voyons , cela était bon pour commencer les ouvragesde Dieu. Mais s'il veut faire des saints quelque chose digne de lui , il faut qu’il travaille in manu polenli et brachia extento' , * avec une - main fortcet un bras étendu. - Il faut, dis-je, qu'il étende son bras ; ii faut qu'il le tourne de tous céités pour les façonner entièrement à sa mode , et qu'il n'ait égard à leur disposition naturelle, qu'autant qu’il faudra pour ne leur point faire de violence. Ce sera pour lors qu'il donnera ce grand coup de mnitrc, qui rendra les saints à jamais étonnés de leur propre gloire. Ils seront tellement embellis des présents de Dieu , qu’a peine l’éternité leur suflira-t-clle pour se reconnaître. Estce là ce corps autrefois sujet à tant d’infirmités? est-ce là cette âme , qui avait ses facultés si bornées? Ils ne pourront comprendre comment elle était capable de tant de merveilles. Lajoie y entrera avec trop d’abondance , pour y passer pur les canaux ordinaires. Il faudra que la main de Dieu ouvre les entrées, et qu'il leur prête, pour ainsi dire , son esprit , comme il les fera jouir de sa félicité. Je vous prie de considérer un moment avec moi ce que c’est que cette béatitude.

Notre âme dans cette chair mortelle ne peut rien ! rencontrer qui la satisfasse : elle est d'une humeur j difficile, elle trouve à redira partout. Quelle joie d’avoir trouvé un bien infini, une beauté accomplie, un objet qui s'empare si doucement de sa liberté , qui arrête à jamais toutes ses affections , sans que son ravissement puisse être troublé ou interrompu par le moindre désir ! Mais que peutelle concevoir de plus grand, que de posséder celui qui la possède, et que cct objet qui la maîtrise soit à elle? Car il n'y a rien qui soit plus à ; elle que ce qui est sa récompense ; d'autant que la récompense est attachée à une action , de laquelle ! le domaine lui appartient. Comme elle loue Dieu de l'avoir si bien conduite , d'avoir en elle opéré tant de merveilles, cependant que son Dieu même la loue! Là, Seigneur, toujours on chantera vos louanges ; on n'y parlera , ne s’entretiendra que de vos merveilles; jamais on ne se lasserad’y parler de la magnificence de votre royaume. Slagnificentiam gtoriat sanclitalis tuœ toquentur et mirabilia tua narrabunt' :« Ils parleront de la • magnificence de votre gloire et de votre sain- ■ teté , et raconteront vos merveilles. - Mais vous ne vous lasserez non plus de leur dire qu’ils ont j

bien fait; vous leur parlerez de leurs travaux avec une tendresse de père : et ainsi de part et d’autre l’éternité se passera en des congratulations perpétuelles. O que la terre leur paraîtra petite! comme ils se riront des folles joies de ce monde !

En est-ce assez , messieurs , ou s’il faut encore quelque chose pour nous exciter? Que restait-il à faire au Père éternel pour nous attirer à lui? Il nous appelle au royaume de son fils unique , nous qui ne sommes que des serviteurs , et des serviteurs inutiles. Il ne veut rien avoir de secret ni de réservé pour nous. L’objet qui le rend heureux, il nous l’abandonne. Il nous fait les compagnons de sa gloire , cendre et pourriture que nous sommes ; et il ne nous demande pour cela que notre amour, et quelques petits services qui lui sont déjà dus par une infinité d’obligations que nous lui avons , et qui ne seraient que trop bien payés des moindres de ses faveurs. Cependant qui le pourrait croire, si une malheureuse expérience ne nous l'apprenait? l'homme insensé, ne veut point de ces grandeurs : il embrasse avec autant d’ardeur des plaisirs mortels, que s’il n'était pas né pour une gloire éternelle ; et comme s’il voulait être heureux malgré son créateur, il prend pour trouver la félicité une route toute contraire à celle qu’il lui prescrit , et n’a point de contentement qu'en s'opposant à ses volontés. Encore si cette vie avait quelques charmes qui fussent capables de le contenter, sa folie serait en quelque façon pardonnable ! Mais Dieu , comme un bon père qui connaît le faible de ses enfants , et qui sait l'impression que font sur nous les choses présentes , a voulu exprès qu'elle fût traversée de mille tourments, pour noos faire porter plus haut nos affections. Que s’il y a mêlé quelques petites douceurs , ç'a été pour en tempérer l’amertume, qui nous aurait semblé insupportable sans cet artifice. Jugez par là ce que c'est que cette vie. Il faut de l'adresse et de l’artifice pour nous en cacher les misères, et toutefois, 6 aveuglement de l'esprit humain I c’est elle qui nous séduit , elle qui n’est que trouble et qu’agitation , qui ne tient à rien, qui fait autant de pas à sa fin qu'elle ajoute de moments à sa durée, et qui nous manquera tout à coup comme un faux ami , lorsqu'elle semblera nous promettre plus de repos. A quoi est-ce que nous pensons?

Ou est cette générosité du christianisme, qui faisait estimer aux premiers fidèles moins que de la fange toute la pompe du monde : Existimavi sicut stercora '. ■ Je l’ai regardée comme

• du fumier ; » qui leur faisait dire avec tant de résolution : Cupio dissolvi et esse cum Christo ’ :

• Je désire de me voir dégagé des liens de ce

1 Dcul. v, 15. — * Pmi. r.iuv, 6.

' Ph itipp. lu , 8. — 1 Ibid, l, M.

POUR I.A FÊTE

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■ corps |>our être avec Jésus -Christ; » qui dans un état toujours incertain , dans une vie conti- | nuellcment traversée, mais dans les tourments les plus cruels et dans la mort même , les tenait immobiles par une ferme espérance : spe vireiitr's *, . vivants par l’espérance! * Mais, hélas ! que je m'abuse de chercher parmi nous la perfection du christianisme! Ce serait beaucoup si nous avions quelque pensée qui fût digne de notre vocation, et qui sentit un peu le nouvel homme. Au moins, messieurs, considérons un peu attentivement quelle honte ce nous sera d'avoir été appelés à la même félicité que ees grands hommes qui ont planté l'Eglise par leur sang, et de l’avoir lâchement perdue dans une profonde paix , au lieu qu’ils l'ont gagnée parmi les combats , et malgré la mge des tyrans , et des bourreaux, et de l’enfer. Heureux celui qui entend ces vérités, et qui sait goûter In suavité* du Seigneur! ■ Heureux celui qui marche inno-

« comment dans ses voies , qui passe les jours et

• les nuits à contempler la beauté de ses saintes

• lois! Il fleurira comme un arbre planté sur le

• courant des eaux. Le temps viendra qu’il sera

■ chargé de ses fruits , il ne s’en perdra pas une

- senlc feuille; le Seigneur ira recueillant toutes

• scs bonnes oeuvres, et fera prospérer toutes ses

- actions. Ab ! qu'il n’en sera pas ainsi des Im- « pics! Il les dissipera dans l’impétuosité de sa

• colère, comme la poudre est emportée par un

- tourbillon’. » Cependant les justes se réjouiront avec lui : • il les remplira de l'abondance de sa

• maison ; il les enivrera du torrent de ses déli-

• ees J. • Ah ! Seigneur, qu’il fait lienu dans vos tabernacles ! Je ne suis plus à moi quand je pense à votre palais ; mes sens sout ravis et mon âme transportée, quand je considère que je jouirai de vous dans la terre des vivants. Je le dis encore une fois, et ne me lasserai jamais de le dire :

« Il est plus doux de passer un jour dans votre

■ maison , que d’étre toute sa vie dans les vo-

■ luptés du monde4. » Seigneur, nnimcznoseoeurs de cette noble espérance.

Et vous, âmes bienheureuses, pardonnez-nous, si nous entendons si mal votre grandeur, et ayez agréables ces idées grossières que nous nous formons de votre félicité durant l’exil et la captivité de cette vie. Vous avez passé par les misères ou nous sommes : nous attendons la félicité que vous possédez : vous êtes dans le port : nous louons Dieu de vous avoir choisis , de vous avoir soutenus parmi tant de périls, de vous avoir comblés d’une si grande gloire. Secourez-nous de vos prié-

1 Rom. vil, 15.

* Psal. |, 1,5,3, etc.

5 tbid. XXXV, 9.

♦ IM. l.XX\ttl, 1 , 2, IO«t la.

res, afin que nous allions joindre nos voix avec les vôtres, pourchanter éternellement les louanges du l*ère qui vous a élus, du Fils qui vous a rachetés, du Saint-Esprit qui vous a sanctifiés. Ainsi soit-il à jamais.

TROISIÈME SERMON

POUR LA FKTK

DE TOUS LES SAINTS

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