‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 39 sur 282 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

4 Semblable à celui qui moi/* honore de son audience. Os mots, qui désignent que ce sermon a dû être prêché devant le roi, sont effacé* dans le manuscrit de l'autour. ( Edit, de Uejorii. »

isovst et — T. il.

infidèles, etne précipité pas sa juste vengeance, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus au terme fatal ou il a résolu de les arrêter. Ainsi, et à plus forte raison, ee Dieu tout-puissant , qui du centre de son éternité développe tout Tordre des siècles, et qui, sage dispensateur des temps, a fait la destination d '. tous les moments devunt l'origine des choses , n'a rien à précipiter. Ceux-là se luttent et se précipitent, dont les conseils sont dominés pur lu rapidité des occasions, et emportés par la fortune. Il n'en est pas ainsi du Tout-Puissant. I-es pécheurs sont sous ses yeux et sous sa main. II sait le temps qu'il leur a donné pour se repentir, et celui ou il les attend pour les confondre. Cependant qu’ils mêlent le ciel et la terre ;>our se cacher, s'ils pouvaient, dans lu confusion de toutes choses ; que ces femmes inlldèles et ees hommes corrompus et corrupteurs se couvrent euxmêmes, s'ils peuvent, de toutes les ombres de la nuit; que ceux qui s'entendent si bien pour conspirer à leur perte, enveloppent leurs intelligences déshonnêtes dans l’obscurité d’une Intrigue impénétrable : ils seront découverts au jour arrêté; leur cause sera portée devant le tribunal de Jésus-Christ , où leur conviction ne pourra être éludée par aucune excuse, ni leur peine retardée par aucunes lÿamtcs.

Mais j’ai à vous uécouvrir de plus profondes vérités. Je ne prétends pas seulement faire appréhender aux pécheurs les rigucursdu jugement dernier , ni les supplices insupportables du siècle A venir. De peurque le repos ou ils sont dans lu vie présente ne serve à nourrir en leur cœur aveugle et impénitent l'espérance de l'impunité, le Saint-Esprit nousenselguc que leur repos même est une peine. Pécheurs, soyez ici attentifs. Voici une nouvelle manière de se venger, qui n'appartient qu’à Dieu seul ; c'est de laisser ses enuemis eu repos, et de les punir davantage par leur endurcissement et par leur sommeil léthargique , que s'il exerçait sur eux un châtiment exemplaire. 1 1 est donc vrai, chrel iens , qu'il arrive souvent qu’ù foreed'étreirrité, Dieu renferme en lui-mêmetoute sa colère ; en sorte que les pécheurs , étant étonnés eux-mêmes de leurs longues prospérités et du cours fortuné de leurs affaires, s'imaginent n’avoir rien à craindre et ne sentent plus aucun trouble dans leur conscience. Voilà ce pernicieux assoupissement, voilà ce sommeil de mort dont j'ai déjà tant parlé. C'est, mes frères, le dernier fléau que Dieu envoie à se» ennemis , c'est le comble de tous les malheui's , c'est la plus prochaine disposition à l'impéniteuee Iliade et a la ruine dernière et irrémédiable. Pour l'entendre, ilfaut remarquer quec'cst une excellente maxime des saints docteurs , • qu'autant que les pécheurs

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SUR LA .NÉCESSITÉ

• sont rigoureux censeurs de leurs vices, autant

■ Dieu se relâche en leur faveur de la sévérité de

■ ses jugements : » In quantum non pepe récris tibi, in tantum tibi Drus, cretle, parcet'. En effet, comme il est écrit que Dieu aime la justice et déteste l'iniquité , tant qu'il y a quelque chose eu nous qui crie contre les péchés et s'élév c cont re les vices , il y a aussi quelque chose qui prend le parti de Dieu; et c'est une disposition favorable pour le réconcilier avec nous. Mais dès que nous sommes si malheureux que d'être tout à fait d'accord avec nos péchés; dis que , par le plus indigne des attentats , nous en sommes venus à ce point , que d'abolir en nous-mêmes lu sainte vérité de Dieu , l’impression de son doigt et de ses lumières , lu marque de sa justice souv erninc , en renversant cet auguste tribunal de la conscience qui condamnait tous les crimes, c'est alors que l'empire de Dieu est détruit , que l'audace de la rébellion est consommée, et que nos maux n'ont presque plus de remèdes. C'est pourquoi ce grand Dieu vivant, qui sait que le souverain bonheur est de le servir et de lui plaire , et que ce qui reste de meilleur à ceux qui se sont éloignés de lui par leurs crimes , c'est d'être troublés et inquiétés du malheur de lui av oir déplu ; après qu'on u méprisé longtemps ses grâces , ses inspirations, ses miséricordieux avertis^ments , et les coups par lesquels il nous a frappés de temps en temps, non encore pour nous punir à toute rigueur, mais seulement pour nous réveiller, prend enfin celle dernière résolution pour se venger des hommes ingratset trop insensibles: il retire ses saintes lumières,il les aveugle , il Irsendurcit ; et leur laissant oublier ses divins préceptes, il fait qu'eu mêmetempsilsoublientet leursaluteteux-mêmes. Encore que celte doctriuc paraisse assez établie sur l'ordre des jugements de Dieu , je penserai n'avoir rien fait , si je ne la prouve clairement : il faut que je vous montre dans son Ecriture le progrès d'un si grand mal. Le prophète Isaïe nous le représente tenant en sa main une coupe, qu'il appelle la coupe de la colère de Dieu : Uibistidc manu Domini caliccm ira cjus * : « La . main du Seigneur vous a fait boire la coupc de

* sa colère. » Elle est, dit-il , remplie d'un breuvage qu’il veut faire boire aux pécheurs; mais d'un breuvage fumeux comme d'un v in nouveau , qui leur monte à la tête et qui les cuivre. Ce breuvage qui enivre les pécheurs , qu e t-cc autre chose, messieurs, que leurs péchés mêmes et leurs désirs emportés, auxquels Dieu les abandonne ? Us boivent comme un premier verre , et peu à peu la tête leur tourne ; e'est-ù-dire , que

1 Tertnll. de Pienifrntin. n* 10.

dans l'ardeur de leurs passions , la réflexion a demi éteinte n'envoie que des lumières douteuses. Ainsi l'âme n'est pins éclairés! comme auparavant; on ne voit plus les vérités de la religion, ni les terribles jugements de Dieu , que comme à travers d'un nuage épais. C'est ce qui s’appelle dans les Ec.itures ■ l'esprit de vertige1, - qui rend les hommes chancelants et mal assurés. Cependant Ils déplorent encore leur faiblesse ; ils jettent quelque regard du coté de la vertu qu’ils ont quittée. Leur conscience se réveille de temps en temps , et dit en poussant un secret soupir dans le cœur : 0 piété 1 ô chasteté! ô innocence! ô sainteté du baptême! 6 pureté du christianisme! I-es sens l'emportent sur la conscience : Ils boivent encore, et leurs forces se diminuent , et leur vue se trouble. Il leur reste néanmoins quelque connaissance et quelque souvenir de Dieu. Buvez, buvez, b pécheurs I buvez jusqu’à la dernière goutte, et avalez tout jusqu’à la Ile. Mais que trouveront-ils dans ce fond? « Un breuvage d'assoupissement, « dit le saint prophète , qui achève de les enivrer • jusqu'à les priver de tout sentiment : » Vaque ad fundum ralicis soporis bibisti, et potasti usque. ad faces *. Et voici un effet étrange : - .le ■ les vois, poursuit Isaïe, tombés dans leseoinsdes | « rues, si profondément assoupis, qu’ils semblent | * tout à fa t morts : » Fitii lui prajecti sunt , dor- ; mienmt in capil: omnium vin ru m C'est l'i-

mage des grands pécheurs , qui , s'étant enivrés longtemps du vin de leurs passions et de leurs délices criminelles, perdent enfin toute connaissance de Dieu , et tout sentiment de leur mal. Ils pèchent sans scrupule : Us s'en souviennent sans douleur: ils s’en confessent sans componction : ils y retomlient sans crainte : ils y persévèrent sans inquiétude : ils y meurent enfin sans repentance.

Ouvrez donc les yeux , ft pécheurs ! et connaissez l’état ou vous êtes. Pendant que vous contentez vos mauvais désirs, vous buvez un long oubli de Dieu; un sommeil mortel vous gagne, vos lumières s'éteignent , vos sens s'affaiblissent. Cependant il se fait contre vous , dans le cœur de Dieu, un ■* amas de haine et de colère : - Thésaurisas tibi iram \ comme dit l'Apôtre : sa fureur longtemps retenue fera tout à coup un éclat terrible. Alors vous serez réveillés par un coup mortel , mais réveillés seulement pour sentir votre supplice intolérable. Prévenez un si grand malheur ; éveillez-vous , l'heure est venue : lions est jam nos de somno surgcrc. Éveillez-vous pour écouter l'avertissement, de peur qu'on ne

1 /*. XIX t II.

* Ibid. — * Ibid. 20.

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