‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 48 sur 282 · SI' R LE JUGEMENT DERNIER · texte numérisé non relu

SI' R LE JUGEMENT DERNIER

fer dans sa naissance cette cabale decouverte; mais assuré de lui-mémc et de sa propre puissance , il est bien aise de voir jusqu'où iront les téméraires complots de ses sujets infidèles, et ne précipite pas sa juste vengeance Jusqu’à ce qu’ils soient parvenus au terme fatal ou il a résolu de les arrêter. Ainsi , et à plus forte raison , ce Dieu tout-puissant , souverain arbitre et dispensateur des temps , qui du centre de son éternité développe tout l'ordre des siècles , et qui devant l'origine des choses a fait la destination de tous les moments selon les conseils de sa sagesse ; a plus forte raison , chrétiens , n'a-t-il rien à précipiter ni à presser. Les pécheurs sont sous ses jeux et sous sa main. Il sait le temps qu'il leur a donné pour sc repentir et celui ou il les attend pour les confondre. Cependant qu'ils cubaient, qu'ils intriguent, <pi’ils mêlent le ciel et la terre pour se cacher duns la confusion de toutes choses ; ils seront découverts au jour arrêté, leur cause sera portée aux grandes assises générales de Dieu , ou comme leur découverte ne pourra être empêchée par aucune adresse, aussi leur conviction ne pourra être éludée par aucune excuse. C'est ma seconde partie , que je joindrai pour abréger avec la troisième dans une même suite de raisonnement.

SECONO POINT.

Le grand pape saint Grégoire , dans la troisième partie de son Pustoral, compare les pécheurs à des hérissons. Lorsque vous êtes éloigné , dit-il , de cet animal , et qu'il ne craint pas d’être pris , vous voyez sa tète , ses pieds et son corps ; quand vous approchez pour le prendre, vous ne trouvez plus qu'une masse ronde qui pique de tous eûtes; et celui que vous découvriez de loin tout entier, vous le perdez tout à coup aussitôt que vous le tenez entre vos mains : intra tenentis ma- . nus latum simul amittilur, quwi latum simili ante videbatur'. C'est l'image, dit saint Grégoire, de l'homme pécheur qui s'enveloppe dans scs raisons et dans ses excuses. Vous avez découvert toutes ses menées et reconnu distinctement tout l'ordre du crime ; vous en voyez les pieds , le eorps et la tête. Aussitôt que vous pensez le convaincre en lui racontant ce détail , il retire ses pieds, il couvre tous les vestiges de son entreprise ; il cache sa tête , il recèle profondément scs desseins; Il enveloppe sor. corps, c'est-à-dire, toute la suite de son intrigue dans le tissu artificieux d’une histoire faite à plaisir. Ce que vous pensiez avoir vu si distinctement n'est plus qu'une

' S. Gug. Vngn. Paslor. pari. Ul , cap, il, L il, col. 18.

masse informe et confuse , où il ne parait ni commencement ni fin, et cette vérité si bien démêlée est tout a coup disparue : Qui tolum jam deprehendendu viderai, tergiversations pnwœ defensionis illusus, tolum pariter ignorai'. Cet homme que vous croyiez si bien convaincu , étant ainsi retranché et enveloppé en lui-même, ne vous présente plus que des piquants ; il s'arme à son tour contre vous , et vous ne pouvez plus le toucher sans que votre main soit ensanglantée, je veux dire sans que votre honneur soit blessé par mille sanglants reproches contre votre injurieuse crédulité et contre vos soupçons téméraires.

C'est ainsi que font les pécheurs : iis se cachent , s'ils peuvent, comme lit Adam; et s'ils ne peuvent pas sc cacher non plus que lui, ils ne laissent pas toutefois de s'excuser à son exemple. Adam , le premier de tous les pécheurs , aussitôt après son péché s'enfonce dans le plus épais de la forêt , et voudrait pouvoir cacher et lui et son crime. Quand ii se voit découvert , il a recours aux excuses. Ses enfants , malheureux héritiers de son crime , le sont aussi de ses vains prétextes. Ils disent tout ce qu'ils peuvent; et quand ils ne peuvent rien dire, ils rejettent toute leur faute sur la fragilité de la nature , sur la violence de la passion , sur la tyrannie de l'habitude. Ainsi on n'a plus besoin de se tourmenter à chercher des excuses, le péché s'en sert à lui-même et prétend se justifier par son propre excès. Mais quand aurai-je achevé , si je me laisse engager à ce détail infini des excuses particulières? Il suffit de dire en général : Tous s'excusent , tous se défendent; ils le font en partie par crainte, en partie aussi par orgueil , et en partie par artifice. Ils se trompent quelquefois eux-mêmes, et iis tâchent après de tromper les autres. Quelquefois convaincus en leur conscience de l'injustice de leurs actions , ils veulent seulement amuser le monde par des raisons colorées; puis se laissant emporter eux-mêmes à leurs belles inventions , en les débitant ils se les impriment dans l'esprit , et adorent le vain fantôme qu’ils ont supposé pour tromper le monde , en la place de la vérité : tant l'homme se joue soi-même et sa propre conscience : Adeo nostram quoque conscicntiam ludimus, dit le grave Tcrtullien *.

Dieu est lumière, Dieu est vérité, Dieu est justice. Sous l'empire de Dieu, ce ne sera jamais par de faux prétextes , mais par une humble reconnaissance de scs péchés, qu'on évitera la honte éternelle qui en est le juste salaire. Tout

' S. Crtg .Vi-jjw. Pattor. ubi supra.

* Ad Sat. lîb. i, n* 1«.

lis

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