‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 49 sur 282 · SUH LE JUGEMENT DERNIER · texte numérisé non relu

SUH LE JUGEMENT DERNIER

sera manifesté devant le tribunal de Jésus- Christ, line lumière très-claire de justice et de vérité sortira du trône, dans laquelle les pécheurs verront qu'il n'y a point d'excuse valable pour colorer leur rébellion ; mais que le comble du crime , c'est l'audace de l'excuser et la présomption de le défendre.

Car il faut , messieurs , remarquer ici une doctrine importante : c'est qu'au lieu que dans cette vie notre raison vacillante se met souvent du parti de notre cœur dépravé; dans les malheureux réprouvés il y aura une éternelle contrariété entre leur esprit et leur cœur. L'amour de la vérité et de la justice sera éteint pour jamais dans la volonté de ces misérables; et toutefois à leur honte , toujours la connaissance en sera très-claire dans leur esprit. C’est ce qui fait dire à Tcrtullien cette parole mémorable dans le livre du Témoignage de l'ime : JUerito omnis anima et rca et lestis est * : « Toute âme pécheresse, dit ce « grand homme , est tout ensemble et la crimi- « ncllc et le témoin. » Criminelle par la corruption de sa volonté , témoin par la lumière de sa raison : criminelle par la haine de la justice, témoin par la connaissance certaine de scs lois sacrées : criminelle, parce qu’elle est toujours obstinée au mal; témoin, parce quelle Condamne toujours son obstination. Effroyable contrariété et supplice insupportable ! C’est donc cette connaissance de la vérité qui sera in source immortelle d une confusion infinie. C'est ce qui fait dire nu Prophète : Alii evigilabunt in opprobrium ut viileant semper * : ■ Plusieurs s'éveilleront à leur - honte pour voir toujours. - Ceux qui s'étalent appuyés sur des conseils accommodants cl sur des condescendances flatteuses, qui pensaient avoir échappé la honte, et s'étaient endormis dans leurs péchés h l'abri de leurs excuses vainement plausibles , « s'éveilleront tout à coup à leur honte • pour voir toujours : » evigilabunt ut vidcant semper. Et qu'est-ce qu'ils verront toujours? Cette vérité qui les confond , cette vérité qui les juge. Alors ils rougiront doublement et de leurs crimes et de leurs excuses. La force de la vérité manifeste renversera leurs faibles défenses , et leur ôtant à jamais tous les vains prétextes dont lis avaient pensé pallier leurs crimes, elle ne leur laissera que leur péché et leur honte. Dieu s'en glorifie en ces mots par la bouche de Jérémie : Oiscooperui Esau; j'ai dépouillé le pécheur, j’ai dissipé les fausses couleurs par lesquelles il avait voulu pallier ses crimes; j'ai manifesté ses mauvais desseins si subtilement déguisés, et il ne

1 De Tatimos. aii'im. sut) Un. Tl" 8

* Dus. VU , 3.

j peut plus se couvrir par aucun prétexte : discoo- ; per ui Esau, revelavi abscondita ejus, eleelari nonpoterir.

Mais réveillez vos attentions pour entendre ce qui servira davantage â la conviction et à la confusion des impies: les justes qu'on leur produira , les gens de bien qui leur seront confrontés. C’est ici que ces péchés trop communs , hélas ! trop aisément commis , trop promptement excusés ; péchés qui précipitent tant d'âmes et qui causent dans le genre humain des ruines si épouvantables; péchés qu'on se pardonne toujouis si facilement, et qu'on croit avoir assez excusés, quand on les appelle péchés de fragilité : ah ! ces péchés désormais ne trouveront plus aucune défense. Car il y aura le troupeau d'élite, petit à la vérité A comparaison des impies, grand néanmoins et nombreux en soi , dans lequel il paraîtra desâines fidèles, rpti dans la même chair et dans les mêmes tentations ont néanmoins conservé sans tache, ceux-là la fleur sacrée de la pureté, et ceuxci l'honnéteté du lit nuptial. D’autres aussi Vous seront produits. Ceux-là sont à la vérité tombés par faiblesse ; mais s'étant aussi relevés, ils porteront contre vous ce témoignage fidèle , que malgré la fragilité ils ont toujours triomphé autant de fois qu'ils ont voulu combattre ; et , comme dit Julien Pomère , « ils montreront par ce qu’ils ont « fait ce que vous pouviez faire à leur exemple • aussi bien qu'eux : » Cum fragilitate camis in carne viuentes, fragititatem camis in carne rince nies, quodfeccrunt, utique Jieriposse docue runt ".

Pensez ici , chrétiens , ce que vous pourrez répondre ; pensez-y pendant qu'il est temps et que la pensée en peut être utile. N'alléguez plus vos faiblesses , ne mettez plus votre appui en votre fragilité. La nature était faible ; la grâce était forte. Vous aviez une chair qui convoitait contre l'esprit; vous aviez un esprit qui convoitait contre* la chair. Vous aviez des maladies; vous aviez ; aussi des remèdes dans les sacrements. Vousavlez un tentateur; mais vous aviez un sauveur. Les s tentations étalent fréquentes; les inspirations ne ; l'étaient pas moins. Les objets étaient toujours ’ présents ; et la grâce était toujours prête ; et vous pouviez du moins fuir ce que vous ne pouviez pas vaincre. Enfin , de quelque côté que vous vous tourniez, il ne vous reste plus aucune défaite, aucun subterfuge, ni aucun moyen d’évader; vousétes pris et convaincu.C est pourquoi le prophète Jérémie dit que les pécheurs seront en ce jour comme ceux qui sont surpris en flagrant dé-

I « Jerrm. lux, 10.

| * De fit. Costcmpt. U!», lu. cap. vil.

SliR LE JUGEMENT DERNIER.

lit : guonwdo confundilurfur, tptando deprehenditur ' : » Comme un voleur est cunfus quand ■ il est surpris dans son vol. » Il ne peut pas nier le fait , il ne peut pas l'excuser ; Il ne peut ni se défendre par la raison , ni s’échapper par la fuite. • Ainsi, dit le saint prophète, seront étonnés, « confus, interd ts les ingrats enfants d'Israël : > Sir confusi suntdomus Israël. Nul n'échappera cette honte. Car écoutez le prophète: Tous, dit-il, seront confus , - eux et leurs rois et leurs princes , » et leurs prêt res et leurs prophètes : » ipsi et rcgcs eorum , principes et sacerdotcs et prophetœ connu *. Leurs rois, car ils trouveront un plus grand roi et une plus haute majesté : leurs princes, car ils perdront leur rang dans cette assemblée , et ils seront pêle-mêle avec le peuple : leurs prêtres, car leur sacré caractère et leur sainte onction les condamnera : leurs prophètes , leurs prédicateurs, ceux qui leur ont porté les divins oracles , car la parole qu'ils ont annoncée sera en témoignage contre eux. - L'homme paraîtra, dit - Tertullicn , devant le trône de Dieu , n’ayant rien ~ à dire. » El stabilanl coûtas Dci nihil habens dicere 3. Nous resterons interdits et si puissamment convaincus, que même nous n'aurons pas cette misérable consolation de pouvoir nous plaindre : Sic confusi crunt domus Israël, ipsi et reges, etc.

Mais, messieurs, quand j'appellerais à mon secours les expressions les plus fortes et les figures les plus violentes de la rhétorique , je ne puis assez expliquer quelle sera la confusion de ceux dont les crimes scandaleux ont déshonoré le ciel et la terre.

Vous voyez que je suis entré dans ma troisième partie, que je veux conclure en peu de paroles, mais par des raisons convaincantes. Pour en poser les fondements , je remarquerai , messieurs , que cette honte que Dieu réserve auxpéchcurscn sou jugement , a plusieurs degrés et nous est différemment exprimée dans son Ecriture. Elle nous dit très-souvent, et nous en avons déjà cité les passages, qu’il confondra ses ennemis, qu'il les couvrira d'ignominie. C'est ce qui sera commun u tous les pécheurs. Mais nous lisons aussi dans les saints prophètes , que Dieu et scs serviteurs se riront d’eux, qu'il leur insultera par des reproches mêlés de dérision et de raillerie, et que non content de les découvrir et de les convaincre , comme nous avons déjà dit, il les immolera à la risée de tout l'univers.

Je pense pour mol , messieurs , que cette dérision est le propre et véritable partage des pécheurs

* Jerrm. u , M.

* Ibid.

* lie Testim. onim. n' 8.

publics et scandaleux. Tous les pécheurs transgressent la loi ; tous aussi méritent d’être confondus : mais tous n'insultent pas publiquement à la sainteté de la loi. Ceux-là s'en moquent, ceux-là lui insultent, qui font trophée de leurs crimes, et les font éclater sans crainte à la face du ciel et de la terre. A ces pécheurs insolents , s'ils ne s'humilient bientôt par la pénitence , est réservée dans le jugement cette dérision , cette moquerie terrible, et cette juste et Inévitable insulte d’un Dieu outragé. Car qu'y a-t-il de plus indigne? Nous les voyons tous les Jours dans le monde , ces pécheurs superbes, qui, avec la face et le front d’une femme débauchée, osent, je ne dis plus excuser, mais encore soutenir leurs crimes. Ils ne trouveraient pas assez d’agrément dans leur intempérance, s'ils ne s’en vantaient publiquement, ■ s'ds ne la faisaient jouir, ditTertullien, « de toute la lumière du jour et de tout le témoi- ■ gnage du ciel : * Dclicta vcslra et loco omni et luce omni et unicersa cœli conscientia fruvntur '. ■ Ils annoncent leurs péchés comme So- « dôme, ■ disait un prophète : Pcccatum suum sicut Sodoma prœdicavcrunt ■ ; et ils mettent une partie de leur grandeur dans leur licence effréné* 11 me souvient en ce lieu de ce beau mot de Tacite , qui parlant des excès de Domitien après que son père fut parvenu à l'empire , dit que - sans se mêler d’affaires publiques il corti- • mença seulement à faire le fils du prince par « ses adultères et par ses débauches : ■ Nihil r/uidquam pubtici muneris attigerat ; sedstupris et adulteriis Jilium principis agebat *.

Ainsi nous les voyons ces emportés qui se plaisent à faire les grands par leur licence, qui s'imaginent s’élever bien haut au-dessus des choses humaines par le mépris des lois, à qui la pudeur même semble une faiblesse indigne d'eux, paix» qu'elle montre dans sa retenue quelque apparence do crainte : si bien qu'ils ne font pas seulement un seusible outrage, mais une insulte publique à l'Église, à l'Évangile, à la conscience des hommes. De tels pécheurs scandaleux corrompent les bonnes mœurs par leurs pernicieux exemples. Ils déshonorent la terre, et chargent de reproches , si je l osc dire , la patieuce du ciel , qui les souffre trop longtemps. Mais Dieu saura bien se justifier d'une manière terrible, et peut-être dès cette vie, par un châtiment exemplaire. Que si Dieu durant cette vie les attend a pénitence; si, manque d écouler sa voix, ils se rendent dignes qu'il les réserve a son dernier jugement, ils y boiront nou-sculemcnt le breuvage de honte eter-

' Art I Set. lib. I, n* IS.

* 7*111. lit , o.

* TaciL Hitl. lib. (▼.

SLR LES HUMILIATIONS DK J. C.

nelle qui est préparé à tous les péelicurs, mais encore . ils avaleront , dit Kzéchicl , la coupe

• large et profonde de dérision et de moquerie ,

• et ils seront accablés par les insultes sanglantes

• de toutes les créatures : > Calicem sororit taœ tubes profundum et latum ; cris in derisum et in subsannalionem, qua; est capacissima *. Tel sera le juste supplice de leur impudence.

Prévenons , messieurs , cette honte qui ne s'effacera jamais. Car ne nous persuadons pas que nous recevrons seulement à ce tribunal une confusion passagère; au contraire, nous devons entendre, dit saint G régoire de Nazianzc , que , par la vérité immuable de ce dernier jugement, Dieu imprimera sur nos frouts une « marque éternelle - d'ignominie, ■ nutum ignominiœ tcmpilernam Et , ajoute saint Jean Chrysostôme , cette lionte sera plus terrible que tous les autres supplices. Car c'est par elle , mes frères , que le pécheur, chargé de ses crimes et poursuivi sans relâche par sa conscience , ne pourra se souffrir soi-même ; et il cherchera le néant, et il ne lui sera pas donné. 0 mes frères, que la teinture de cette bonté , si je puis parier de la sorte , sera inhérente alors ! 0 qu'il nous est aisé maintenant de nous en laver pour jamais ! Allons rougir, mes frères , dans le tribunal de la pénitence. Hé I ne désirons pas qu'on y plaigne toujours notre faiblesse. Qu'on la blâme, qu'on la reprenne, qu'on la réprime, qu'on la châtie.

Le temps est court, dit l'Apôtre5, et l'heure n'est pas éloignée. Je ne dis pas celle du grand jugement ; car le Père s’est réservé ce secret ; mais je dis l’heure de la mort, en laquelle sera fixé notre état. En tel état que nous serons morts , en cet état immuable nous serons représentés nu grand jour de Dieu. 0 quel renversement en ce jour I 0 combien descendront des hautes pinces! O combien chercheront leurs anciens titres , regretteront vainement leur grandeur perdue ! O quelle peine de s'accoutumer A cette bassesse ! Fasse le Dieu que j'adore, que tant de grands qui m’écoutent ne perdent pas leur rang en ce jour!

Que cet auguste monarque ne voie jamnis tomber sa couronne : qu'il soit auprès de saint Louis, qui lui teud les bras et qui lui montre sa place. 0 Dieu! que cette place ne soit point vacante! Que celui-là soit haï de Dieu et des hommes, qui ne souhaite pas sa glaire , même sur la terre , et qui ne veut pas la procurer de toutes scs forces par ses fidèles services. Dieu sait sur ce sujet les vœux de mon cœur. Mais , Sire, je trahis

1 Ezeeh. xxiii , 33

* Oral, xr, t. i , p MO. CV»t flan» la coniclrnc* mO/ne , îv Ttlj -rjvttwt , que s-ainl Grégoire \«rut que soit imprimée celle noie d'une ëler.icilr Ignominie. (Edit, de Défont.)

» I. Cor. vil, 2i».

Votre Majesté et je lui suis infidèle, si Je borne mes souhaits pour vous dans cette vie périssable. Vivez donc heureux , fortuné , victorieux de vos ennemi;, père de vos peuples; mais vivez toujours bon et toujours juste ; vivez toujours humble et toujours pieux , toujours prêt à rendre compte à Dieu de cette noble partie du genre hurnaiu qu'il vous a commise. C’est par là que nous vous verrons toujours roi , toujours auguste , toujours couronné , et dans la terre et nu ciel ; et c'est la félicité que je souhaite à Votre Majesté , au nom du Père , et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

EXOR DE

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