DE I.A VENGEANCE DIVINE
ma
• trc moi , je marcherai aussi directement contre
■ vous; je vous frapperai sept fois, c'est-à-dire,
• sans fin et sans nombre , pour vos péchés , et je « briserai votre superbe et indomptable dureté, « et mon âme vous aura en exécration. » [ Le texte du Deutéronome] est plus court mais non moins terrible : Si cul lœtatus est Dominus bene v obis faciens vosque multiplicans, sic iœtabitur svbvertens alque disperdens ' : • Comme le Seigneur « s'est réjoui en vous accroissant et en vous fai-
• saut du bien , ainsi il se réjouira en vous rova- . géant et en vous renversant de fond en comble. » Mais voici une troisième menace qui met le comble aux maux des pécheurs : Eo quod non servir ris Domino Deo tuo in gaudio cordisque Iretitia propter rerum omnium abundantiam , servies inimico tuo quem immittet tibi Dominus, in famé, etsiti, et nudilate, et omni penuria; et panel jugum ferreum super cervicem tuam, donec te conterai * : * Puisque vous n'avez pas » voulu servir le Seigneur votre Dieu dans la joie
• et l’allégresse de votre cœur au milieu de l'abon-
• dance de toutes sortes de biens , vous servirez
■ à votre ennemi que le Seigneur enverra contre « vous, dans la faim , dans la soif , dans la nudité ,
• et dans une extrême disette ; et cet ennemi cruel
• mettra sur vos épaules un joug de fer par lequel
• vous serez brisés. •
[Je veux] suivre l’Écriture de mot à mot et de parole è parole : il ne faut point que l'homme parlp, et je ne veux pas ici contrefaire la voix de Dieu ni imiter le tonnerre. Pour joindre ces trois passages, [réunissons] trois caractères. Dans le premier, la puissance méprisée ; dans le second, la bonté aigrie par l'ingratitude; dans le troisième, la majesté et la souveraineté violées : et voici en trois mots les trois fondements de la vengeance divine , que le Saint-Esprit veut nous faire entendre. Vous vous êtes soulevés contre la puissance Infinie , elle vous accablera. Vous avez méprisé la bonté , vous éprouverez les rigueurs. Vous n'avez pas voulu vivre sous un empire doux et légitime, vous serez assujettis A une dure et insupportable tyrannie.
PRKMIKK POINT.
Mais pour procéder avec ordre dans l’explication des paroles que j'ai rapportées, il les faut considérer dans leur suite. Voici la première qui se présente : Quod si nec sic volueritis disciptinam : - Que si vous ne voulez pas vous soumet-
• tre à la discipline. » II leur met devant les yeux avant toutes choses la liberté du choix, qui leur est donnée ; parce que c’est cette liberté qui nous
* /)ru/. \ A Mil , GH.
1 Ibid. 47» «8-
rend coupables , et dont le mauvais usage donna une prise terrible sur nous à la justice divine.
Pour entendre cette vérité, il faut savoir que Dieu , qui est par nature notre souverain , a voulu l’être aussi par notre choix. Il a cru qu’il manquerait quelque chose à la gloire de son empire , s’il n'avait des sujets volontaires; et c’est pourquoi il a fait les créatures raisonnables et intelligentes , qui , étant déjà à lui par leur naissance , fussent capables encore de s'engager à lui obéir par leur volonté , et de se soumettre à son empire par un consentement exprès. Cette vérité importante nous est magnifiquement exprimée dans le livre de Josué, où nous voyons que ce fidèle serviteur de Dieu ayant assemblé le peuple , leur dit ces paroles : - Si vous n’êtes pas contents de servir
■ le Seigneur, l'option vous est déférée : » Optio vobis datur : « choisissez aujourd’hui ce qu’il
■ vous plaira, à quel maître vous voulez servir, « et déterminez à qui vous avez résolu de vous
• soumettre ; - e/igite hodie quod place! , evi potissimum service debeatis'. Et tout le peuple répondit : « A Dieu ne plaise que nous quittions « le Seigneur ; au contraire , nous voulons le ser- « vir, parce que c'est lui en effet qui est noire
■ Dieu. - Josué ne se contente pas de cette première acceptation, et reprenant la parole, Il dit au peuple : « Prenez garde à quoi vous vous [engagez; « vous ne pourrez servir le Seigneur, ni subsis-
• ter devant sa face : parce que Dieu est fort , saint « et jaloux, et II ne pardonnera pas vos crimes et « vos péchés : » Non poteritis service Domino : De us enim sanctus et fortis cemulator est'. Et le peuple repartit : - Non , il ne sera pas comme
• vous le dites, mais nous servirons le Seigneur
• et demeurerons ses sujets. > Alors Josué leur dit : • Vous êtes doue aujourd'hui témoins que
• vous choisissez vous-mêmes le Seigneur pour « être votre Dieu et le servir : Oui , nous en som-
■ mes témoins ’. »
Si j’entreprenais de raconter tout ce qui est à remarquer sur ces paroles, [il faudrait un] discours entier : mais [je me restreins à ] ce qui importe A mon sujet. Vous jugez bien , messieurs , que Dieu en nous laissant l'option ne renonce pas au droit qui lui est acquis. Il ne prétend pas nous décharger de l’obligntion primitive que nousavons d’être à lui, ni nous déférer tellement le choix, que nous puissions sans révolte et sans injustice nous soustraire à son empire. Mais il veut que nous soyons aussi volontairement à lui , que nous y sommes déjà de droit naturel , et que nous confirmions par un choix exprès notre dépendance
* J". XXIV, If».
’ Hui. 10. 1H . lit, 21».
> nid. xx
SUR l.KS FONDEMENTS
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nécessaire et inévitable. Pourquoi le veut-il ainsi? Pour notre perfection et pour notre gloire. Celui à qui nous devons tout , veut pouvoir nous savoir gré de quelque chose : il veut nous douncr un titre pour lui demander des récompenses. Que si nous refusons notre obéissance , nous lui donnons nn titre pour exiger des supplices.
J'entends ici les pécheurs qui disent secrètement dans leurs cœurs , qu'ils se passeraient aisément de cette liberté malheureuse qui les expose au pééhé et ensuite àla damnation. Je suis ici pour exposer les vérités éternelles , et non pour répondre h tous les murmures de ceux qui s'élèvent contre ces oracles; et toutefois je dirai ce mot : O homme , qui que tu sois , qui te fâches de n'étre pas une béte brute , & qui la lumière de ta raison et l'honneur de ta liberté est à charge, cesse de te plaindre de tes avantages , et d'accuser témérairement ton bienfaiteur. Si tu étais indépendant par nature , et que Dieu néanmoins exigeât de toi que tu te rendisses dépendant par ta volonté, peut-être aurais-tu raison de trouver ou l'obligation importune, ou la demande incivile. Mais puisque l'usage qu’il prétend de ta liberté, c'est [de travailler h ton bonheur en t'assujettissant n son empire]; ce qu’il exige est trop aisé , trop naturel et trop juste. On peut sans grand effort sc donner à qui on est. Ce serait peut-être quelque violence, s’il fallait sortir de notre état et nous transporter à un domaine étranger. Il ne s'agit que d’y demeurer et d’y consentir. Enfin quand Dieu exige que nous consentions à être ses sujets, il veut que nous consentions à être ce que nous sommes , et que nous accommodions notre volonté au fond même de notre essence. Rien n'est pins naturel , rien n'est moins pénible , à moins que la volonté ne soit entièrement dépravée.
Aussi faut-il avouer qu'elle l'est étrangement dans tous les pécheurs. Car dès qu'ils ne veulent pas dépendre de Dieu, Ils ne veulent donc plus être ce qu'ils sont Ils combattent en eux-mêmes les premiers principes et le fondement de leur être. Us corrompent leur propre droiture. Ils se rendent contraires à Dieu , et Dieu par conséquent leur devient contraire. Ils sont soumis è Dieu comme juge. Il les juge, parce qu’il connaît ce déréglement. Il les hait, parce que les règles de sa vérité répugnent à leur injustice.
Rien, disent-ils, n'est contraire à Dieu, rien ne lui répugne, rien ne l’offense, parce que rien ne lui’nuit ni ne le trouble. Dites donc qu’il ne se fait rien au monde contre la raison : poussez jus quc-li l’extravagance de votre sens dépravé. Votre bien vous est 6té, mais la raison subsiste toujours : si cette faible raison humaine , combien plus la divine et l'originale ! Il faut quelle sub-
siste éternelle et inviolable, afin que hi justice soit exercée. FA erit in tempore illo, risilnbo xuper viros defixox in feecibus suis, qui rlicunt in ronlibux suis : pion faeiet benc Dominu.i et non faeiet male : et erit fortiturlo eontm in direptionem ' : • En ce temps-lâ je visiterai dans
• ma colère ceux qui sont enfoncés dans leurs or-
• dnres, qui disent en leur cœur : Le Seicncur « ne fera ni bien ni mal : et toutes leurs rirhrsses
■ seront pillées. ■■ Vitiebith rpiid fit infetjuttum et impium , inter xervientem Domino et non servientem ri* :* Vous verres quelle différence il « y n entre le Juste et l'Impie, entre celui qui sert
■ Dieu et celui qui ne le sert point. »
Il faut donc ici vous faire entendre à quoi nous engage notre liberté, et combien die nous rend responsables de nos notions. Par cette liberté nous faisons la guerre A Dieu. Nous exerçons notre liberté par une audacieuse transgression de tonies ses lois : nous transgressons l’une et l’autre table.
• Tu adoreras le Seigneur ton Dieu *. » Où lui rendons-nous cette adoration? Se confesse-t-on seulement d’avoir manqué à ce devoir? Comme sf ce premier de tons les préceptes n'était mis en tête du Décalogue que par honneur, et emportait le moins d'obligation ! Sanctifiez les fêtes. Croyezvous en conscience avoir satisfait à l’intention de la loi par une messe qui dure moins d'une demi-heure , qui n’est jamais trop courte , où l'on est sans attent ion et sans respect même apurent ? Le Jour a vingt-quatre heures ; et le reste devrait un peu participer è cette sanctification. Il me vient dans la pensée d’appliquer ici ce reproche : « Ce « peuple m’honore des lèvres ; mais son cœur est « loin de moi4. » Mais nous ne Ilionorons pas même des lèvres. Je ne sais qui je blâmerai davantage , ou ceux qui ne l 'honorent que des lèvres , ou ceux qui ne l’honorent pas même des lèvres ; ou ceux qui ne composent que l’extérieur, ou ceux qui ne composent pas même l'extérieur. Si bien que les fêtes ne diffèrent des autres jours, sinon en ce que les profanations et les irrévérencesy sont plus publiques, plus scandaleuses, plus universelles.
Et pour la secondetablequi regarde le prochain, nous attaquons tous les jours son honneur par nos médisances , son repos par nos vexations, son bien par nos rapines , sa couche même par nos adultères. Disons après cela que nous ne marchons pas contre Dieu. Mais voici qu'il marche aussi directement contre nous. Voici Jésus qui descend de la mte pour détruire ses ennemis par le souffle de
' Saph. I, 13, 11.
' Mal. ai, la.
> lirai, vi, 13.