DE LA VENGEANCE DIVINE
u bouclie , et les dissiper par la clarté de son avènement glorieux.
Le faible s’élève contre le fort , le fort accable le faible. Le fort a offert la paix an faible ; le faible a voulu combattre : il n’y a qu’a voir qui l'emportera et à qui demeurera la victoire. Si résistaut hautement à un souverain tel que Dieu , nous ne laissons pas toutefois que de vivre heureux , il s'ensuit que Dieu n'est plus Dieu ; nous l’emportons contre lui , et sa volonté est vaincue par celle de la créature. Mais parce qu’elle est invincible , aucun ne peut être heureux que celui qui lui obéit ; et il faut nécessairement que quiconque se soulève contre lui soit accablé par sa puissance.
C’est encore pour cette raison qu'il ajoute dans les paroles que j’explique : « Et je briserai votre « flèreet indocile dureté. «Vous vous endurcissez contre Dieu , il s’endurcit contre vous ; vous vous attachez contre lui , et lui s'attache contre vous ; vous , en homme, de toute la force de votre cœur ; ltü , en Dieu , de toute la force du sien , s’il m’est permis de parler ainsi. Hélas 1 il n'y a point de proportion , et la partie n’est pas égale : mais vous avez voulu le premier vous mesurer avec lui. Vous avez le premier rompu les mesures ; et vous avez rendu juste [ le traitement que vous en avez éprouvé]. Vous persévérez , et il persévère. Vous persévérez & retenir ce bien mal acquis, et je vois toujours dans vos coffres , dit le saint prophète cette flamme dévorante , ce trésor d'iniquité , ce bien mal acquis qui renversera peut-être votre maison , et sans doute donnera la mort à votre âme. Persévérance humaine , opiniâtre , ah I Dieu vous opposera une persévérance divine, une fermeté immuable , un décret fixe et irrévocable , une résolution éternelle. [Ils sont] incorrigibles : de IA il les aura en exécration , parce que , les regardant comme incorrigibles, Il frappera sans pitié et n'écoutera plus les gémissements. [ Ils ressentiront] une haine, une aversion du cœur de Dieu.
Rentrez donc, pécheurs, en vous-mêmes, et regardez dans vos crimes ce que vous méritez que Dieu fasse de vous par sa vengeance. [Rien n’a pu vous toucher; tous les efforts]* de la bonté de Dieu ont été vains. [Elle prenait plaisir à vous faire du bien , et vous , vous n'en avez trouvé qu’à l’outrager.] Peut-elle souffrir [une si noire ingratitude? j Écoutez cette bonté méprisée , et voyez comme elle vous parle.
' Mick. TI , 10.
» On trouve ici lien» le roemucrit celtr note : Ou mot de le boute de Dieu. Nous evons Ucbé de suppléée per le» paroles qui sont entre drue crochets, ce que l'euteur sveit intention d «Jouter. (Êdu. de Di/orie.)
DSCXIÈMS POINT.
Encore qu'un Dieu irrité ne paraisse jamais aux hommes qu'avec un appareil étonnant , toutefois Il n'est jamais plus terrible qu'en l’état où je dois le représenter, non point , comme on pourrait croire, porté sur un nuage enflammé, ou sur un tourbillon foudroyant, [avec une voix] toujours menaçante, toujours foudroyante , et jetant de ses yeux un feu dévorant ; mais armé de ses bienfaits et assis sur un trône de grâce. IVolite conl ris tare spiritual sanction Dei in guo signati estis ' : . N'attristez point l'esprit saint
■ de Dieu dont vous avez été marqués comme
• d'un sceau. » Il se réjouit en faisant du bien, on l'afflige quand on le reftise. [Ce qui peut] affliger et contrister l’Esprit de Dieu , [c’est ] non tant l’outrage qui est fait à sa sainteté, que U violence que souffre son amour méprisé et sa bonne volonté frustrée par notre opiniâtre résistance. C’est là, dit le saint Apôtre, ce qui afflige le Saint-Esprit, c’est-à-dire l'amour de Dieu agissant en nous pour gagner nos cœurs. Dieu est irrité contre les démons ; mais , comme il ne demande plus leur affection , il n’est plus affligé ni contristé par leur désobéissance. C’est à un cœur chrétien qu'il veut faire sentir ses tendresses : [ il doit y] trouver la correspondance. De là naît le rebut qui l’afflige et qui le contriste , un dégoût des ingrats qui lui sont à charge.
Sicut lœtatus est Dominus bene vobis faciens vosgue multiplicans , sic lætabitur subvertens atque disperdens * : > Comme le Seigneur s’est
• réjoui en vous faisant du bien , ainsi il se ré-
■ jouira en vous ravageant et en vous renversant
• de fond en comble. » L'amour rebuté, l’amour dédaigné , l'amour outragé par le plus injurieux mépris, l’amour épuisé par l’excès de son abondance fait tarir la source des grâces et ouvre celle des vengeances. Rien de plus furieux qu’un amour méprisé et outragé. Dieu a suivi , en nous bénissant, sa nature bienfaisante ; mais nous l'avons contristé , mais nous avons affligé son Saint-Esprit ; nous avons changé la joie de bien faire en une joie de punir ; et il est juste qu'il répare la tristesse que nous avons causée à l’Esprit de grâce , par une joie efficace , par un triomphe de son cœur, par un zèle de sa justice à punir nos ingratitudes , justice du Nouveau Testament qui s’applique par le sang , par la bonté même et par les grâces infinies d'un Dieu rédempteur.
Ecce A gnus Dei 5 : « Voici l’Agneau de Dieu. * Jam enim sccuris ad radicem posita est * : • La
’ Ephft. 1T, 30.
1 Deul. 11YIU , A3.
* Joan. ,U.
* Matth. Ul , 10.
Digitizi
SUR LES FONDEMENTS
• cognée est déjà mise à la racine. « La colère approche toujours avec la grâce ; la cognée s'applique toujours par le bienfait même; et st la sainte inspiration ne nous vivifie , elle nous tue. Car d’où pensez-vous que sortent les flammes qui dévorent les chrétiens Ingrats? De ses autels , de ses sacrements , de ses plaies , de ce côté ouvert sur la croix pour nous être une source d'amour Infini. Cest de là que sortira l'indignation de la Juste fureur, et d’autant plus implacable qu'elle aura été détrempée dans la source même des grâces. Car il est juste et très-juste que tout, et les grâces mêmes, tournent à mal à un cœur Ingrat. O poids des grâces rejetées I poids des bienfaits méprisés I [Au contraire] tout tourne à bien à ceux qui aiment, même les péchés, dit saint Augustin ‘ , qui les abaissent , qui les humilient, qui les encouragent.
A facie iroe colwnbœ,: (Mettex-nous à couvert] « de la face Irritée de la colombe. * Operik nos à fane.... Agen'-. * Cachez-nous de devant « la face de l'Agneau. * Ce n’est pas tant la face du Père irrité ; c’est la face de cette colombe tendre et bienfaisante qui a gérai tant de fois pour eux, de cet Agneau qui s’est immolé pour eux. La croix , la rédemption aggrave la damnntion et accumule les crimes ; elle y met le comble. Sol obscurabitur et luna non dabil lumen suum, et Stella codent de calo , et virtutes calorum commovcbvntur; et tune parebit signum Filii homints. Et tune plongent omnes tribus terrer, etvidebunt Filium Hominis venkntem in nubibus cali cum virtute mu/ta et mojestate 4 : « Le
• soleil s’obscurcira, et la lune ne donnera plus sa 4 lumière : les étoiles tomberont du ciel , et les « puissancesdescieuxserontébranlées.Maisalors
• le signe du Fils de l’Homme paraîtra dans le
• ciel , et tous les peuples de la terre seront dans
• les plenrs et dans les gémissements , et ils ver- . mnt le Fils de l’Homme qui viendra sur les nuées . du ciel avec une grande puissance et une grande
< majesté. »
Méditons attentivement quelle prise nous donnons sur nous à la justice de Dieu par le mépris outrageux de ses bontés infinies. Qui donne a droit d’exiger : il exige des reconnaissances : s’il ne trouve pas des reconnaissances , il exigera des supplices : il ne perd pas ses droits. Les grâces que vous méprisez préparent une éternité bienheureuse. « La grâce,’ dit le Sauveur, est une
< fontaine d’eau jaillissante » : Fans aquor salientis *. Quand donc vous êtes touchés , quand vous
’ Or Corrrpi. r I Gmt. »• SI , 1. 1 , col. 7*3
» Je rem. *XT, 3*.
» Apnf. TI, !«.
* Mntlk X AIT, 20 , 30.
* JiMtH. IV, II.
ressentez quelquefois un certain mépris de cette pompe du monde qui s'évanouit, « de sa figure « qui passe ' , • de ses fleurs qui se flétrissent du matin au soir ; quand , dégoûté de vous-même et de votre vie déréglée, vous regardez avec complaisance les chastes attraits de la vertu ; [ vous vous écriez dans l’amertume de votre coeur] : O chasteté ! ô modestie ! ô pudeur passée ! ô tendresse deconscience qui ne pouvait souffrir aucun crime ! O sainte timidité , gardienne de l’innocence i Mais 6 force à faillir) A hardiesse pour s'excuser, A lâche abandon d'un cœur corrompu et livré à ses désirs ! Que veut le Seigneur votre Dieu , sinon que vous vous attachiez fortement à lui , et qu’en vous y attachant vous viviez heureux? C'est pour cela que Jésus-Christ est venu au monde ■ plein de grâce et de vérité *. » Cest pour cela qu'il nous a donné tant de saintes instructions, qu’il ne cesse de renouveler par la bouche de ses ministres. C’est pour cela qu’il a rempli tous ses sacrements d'une Influence de vie, afin qu’y participent noos vivions. Si nous savons profiter de tons ces bienfaits , nous acquerrons par sa grâce un droit éternel sur lui-même pour le posséder en paix. Que si nous les méprisons, qui ne voit que nous lui donnons réciproquement un titre très-juste pour nous châtier par des supplices autant lnouis que ses bontés étalent extraordinaires? « Comme le Seigneur s’est réjoui
• en vous faisant du bien , ainsi il se réjouira en
• vous ravageant et en vous renversant de fond
• en comble : » Sicut latatus est Dominas ben» vobis faciens vasque mulliplicans ; sic loetobitui subvertens atque disperdens.
Et en effet il est juste qu’il mesure sa colère à ses bontés et à nos Ingratitudes, et que sa fureur implacable perce d’autant de traits un cœur infidèle , que son amour bienfaisant avait employé d’attraits pour le gagner. C’est pourquoi il ne faut pas se persuader que les grâces de Dieu périssent : non, mes frères, ne le pensons pas. Ces grâces que nous rejetons, Dieu les rappelle à luimême ; Dieu les ramasse en son sein , où sa justice les change en traits pénétrants dont les ingrats seront percés. Ils connaîtront, les misérables , ce que c’est que d'abuser des bontés d’un Dieu , de forcer son inclination bienfaisante , de le contraindre à devenir cruel et inexorable, lut qui ne voulait être que libéral et bienfaisant. Dieu ne cessera de les frapper de cette, main souveraine et victorieuse dont ils ont injurieusement refusé les dons ; et scs coups redoublés sans fin leur seront d’étemels reproches de ses grâces méprisée*. Ainsi toujours vivants et toqjours mourants , im-
• I. Cor. vu, u.
* Joan.i. |l.