‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 6 sur 282 · AM · texte numérisé non relu

AM

3 Gloria rnim rt potentia, dlvitlæ et uohilltas, rl hls similia, nomina suut npud ipso», ris autrm npud nos : qurm- Jidmodum rt IrKtltla, mors cl iKOominl.i , et pnuprrlus, rt tiinilia , nomina sunt npud nos , rc* npud illo*. {thmil. uni , ai. ut , in Mnlth. n° C, L vil, p. SOI.)

1 £<*/. cap. f, 2, l«; cap. iii , il.

4 Jbid. cap. i , 17; cap il, M, 04-

I s’égare dans l'avenir; qui, par beaucoup de rai- [ sonnemenls et de grands effort*, ne fait que se consumer inutilement en amassant des choses | que le vent emporte, «lié ! s'écrie ce sage roi , f ■ y a-t-il rien de si vain •? » Kt n’a-t-il pas raison de préférer la simplicité d'une vie particulière , qui goûte doucement et Innocemment ee i>eu de biens que la nature liras donne, aux soucis et aux chagrins des avares, aux songes inquiets des ambitieux ? « Mais cela même , dit-il , cc

• repos , eetle douceur de ia vie , est encore une « vanité", • parce que la mort trouble et emporte tout. Laissons-lui donc mépriser tous les états de cette vie, puisque enfin, de quelque côté qu’on s'y tourne, on voit toujours la mort en face , qui couvre de ténèbres tous nos plus beaux jours. Laissons-lui égaler le fou et le sage; et même je ne craindrai pas de le dire hautement en celte chaire, laissons-lui confondre l’homme avec la bête : Vnus interilus est hominis et jumentonim Kn effet , jusqu’à cc que nous ayons trouvé la véritable sagesse , tant que nous regarderons l'homme par les yeux du corps, sans y démêler par l'intelligence ce secret principe de toutes nos actions , qui , étant capable de s'unir à Dieu, doit nécessairement y retourner, que verronsnous autre chose dans notre vie que de folles inquiétudes? et que verrons-nous dans notre mort, qu'une vapeur qui s'exhale , que des esprits qui s'épuisent, que des ressorts qui se démontent et sc déconcertent, enfin qu'une machine qui se dissout et qui se met en pièces? Ennuyés de ees vanités ,' cherchons ce qu'il y a de grand et de solide en nous. LeSagc nous l'a montré dans les dernières paroles de l'Ecclésiaste ; et bientôt Madame nous le fera paraître dans les dernières actions de sa vie. « Crains Dieu , et observe ses » commandements ; car c'est là tout l’homme 4 : • comme s'il disait : O n’est pas l’homme que j'ai méprisé : ne le croyez pas; ce sont les opinions, ce sont les erreurs par lesquelles l'homme abusé se déshonore lui-même. Voulez-vous savoir en un mot , cc que c'est que l’homme? Tout son devoir, tout son objet, toute sa nature, c'est de craindre Dieu : tout le reste est vain , je le déclare ; mais aussi tout le reste n'est pas l'homme. Voici ce qui est réel et solide, et ce que la mort ne peut enlever; car, ajoute l'Ecclésiaste , . Dieu « examinera dans son jugement tout ce que nous

• aurons fait de bien et de mal s. » Il est donc maintenant aisé de concilier toutes choses. Le

1 M est (Jui.lqmm taam vanum? (àert. cap. Il , io.)

" V idi quod hoc quoque vanltaa. (Sel. cap. u, i, S; cap. vm , lo.)

" Sert. cap. ni , 19.

* Ibid. cap. an , ia.

» Ibid. cap. an . ia.

DK HENRIETTE D’ANGLETERRE.

Psahniste dit 1 , * qu’à la mort périront toutes nos j * pensées; » oui, celles que nous aurons laissé emporter au monde, dont la figure passe et s’évanouit. Car encore que notre esprit soit de nature à vivre toujours, il abandonne à la mort tout ce qu’il consacre aux choses mortelles ; de sorte que nos pensées, qui devaient être incorruptibles du côté de leur principe, deviennent périssables du côte de leur objet. Voulez-vous sauver quelque chose de ce débris si universel, si inévitable? donnez à Dieu vos affections : nulle force ne vous ravira ce que vous aurez déposé en scs mains divines; vous pourrez hardiment mépriser la mort, à l’exemple de notre héroïne chrétieuue. Mais , afin de tirer d’un si bel exemple toute l’instruction qu’il nous peut donner, entrons dans une profonde considération des conduites de Dieu sur elle, et adorons en cette princesse le mystère de la prédestination et de la grâce.

Vous savez que toute la vie chrétienne, que tout l’ouvrage de notre salut est une suite continuelle de miséricordes: mais le fidèle interprète du mystère de (a grâce , je veux dire le grand Augustin, m’apprend cette véritable et solide théologie, que c’est dans la première grâce et dans la dernière, que la grâce se montre; c’està-dire, que c’est dans la vocation qui nous prévient, et daus la persévérance finale qui nous couronne, que la bonté qui nous sauve paraît toute gratuite et toute pure. En effet , comme nous changeons deux fois d’étal , en passant premièrement des ténèbres à la lumière , et ensuite de la lumière imparfaite de la foi à la lumière consommée de la gloire; comme c’est la vocation qui nous inspire la foi , et que c’est la persévérance qui nous transmet à la gloire, il a piu à la divine bonté de se marquer elle même au commencement de ces deux états , par une impression illustre et particulière , afin que nous confessions que toute la vie du chrétien , et dans le temps qu’il espère, et dans le temps qu’il jouit, est un miracle de grâce. Que ces deux principaux moments de la grâce ont été bien marqués par les merveilles que Dieu a faites pour le salut éternel de Henriette d’Angleterre! Pour la donner à l’Église, il a fallu renverser tout un grand royaume. La grandeur de la maison d'ou elle est sortie n’était pour elle qu’un engagement plus étroit dans le schisme de ses ancêtres : disons , des derniers de ses ancêtres , puisque tout ce qui les précède, à remonter jusqu’aux premiers temps, est si pieux et si catholique1. Mais si les lois de l’État s’opposent a sou salut éternel , Dieu ébranlera tout I É-

’ P*il. eu* ,4.

J Henri VIII après avoir méconnu l'autorité de la cour de Rome, en IW1 , te fit le chef suprême de l'Eglbc d'Angleterre.

tat pour l'affranchir d« ces lois. Il met les Ames à ce prix ; il remue le ciel et la terre pour enfanter scs élus; et comme rien ne lui est cher que ces enfants de sa dilcelion éternelle , que ces membres inséparables de son Fils bien-aimé, rien ne lui colite, pourvu qu'il les sauve. Notre princesse est persécutée avant que de naître, délaissée aussitôt que mise au monde ; arrachée , en naissant, À la piété d'une mère catholique; captive, dès le berceau , des ennemis implacables de sa maison ; et , ce qui était plus déplorable , captive des ennemis de l'Église , par conséquent destinée premièrement par sa glorieuse naissance , et ensuite par sa malheureuse captivité, ù l'erreur et à l’hérésie. Mais le sceau de Dieu était sur elle , elle pouvait dire avec le prophète 1 : « Mon père

- et ma mère m'ont abandonnée ; mais le Sei- « gneur m'a reçue en sa protection. . Délaissée de toute la terre dès ma naissance , «Je fus . comme jetée entre les bras de sa providence « paternelle, et dès le ventre do ma mère il se

- déclara mon Dieu. « Ce fut à cette garde fidèle que la reine sa mère commit ce précieux dépôt. Elle ne fut point trompée dans sa confiance. Deux ans après , un coup imprévu , et qui tenait du miracle , délivra la princesse des mains des rebelles. Malgré les tempêtes de l'Océan , et les agitations encore plus violentes de la terre, Dieu la prenant sur ses ailes, comme l’aigle prend ses petits, la porta lui-mémc dans ce royaume, luimètue la posa dans le sein de la reine sa mère , ou plutôt dans le sein de l'Église catholique. Lit elle apprit les maximes de la piété véritable, moins par les instructions qu'elle y rcccvnit, que par les exemples vivants de cette grande et religieuse reine. Elle a imité ses pieuses libéralités. Ses aumônes toujours abondantes se sont répandues principalement sur les catholiques d'Angleterre, dont elle a été la fidèle protectrice. Digne fille de saint Édouard et de saint Louis, elle s’atacha du fond de son cœur u la foi de ces deux grands rois. Qui pourrait assez exprimer le zèle dont elle brillait |>oiir le rétablissement de cette foi dans le royaume d’Angleterre, ou l’on en conserve encore tant de précieux monuments? Nous savons quelle n'eût pas craint d’exposer sa vie pour un si pieux dessein : et le ciel nous l'a ravie ! O Dieu ! que prépare ici votre éternelle providence? Mc permettrez-vous, ô Seigneur! d'envisager eu tremblant vos saiuts et redoutables conseils? Est-ee que les temps de confusion ne sont pas encore accomplis?est-ce que le crime, qui fit céder vos

1 râler meus rl mater mea ilrrelir|uerurit me: Domina* autrui as&ump>i!>iiii'. — In le prujrclus sum rv utero : ri* ventre tnatris men? Drus meus es tu. (Ps-thn. v\v»; 10 rl XU, II.)

ORAISON FUNEBRE

vérités saintes à des passions malheureuses , est encore devant vos yeux , et que vous ne l'avez pas assez puni par un aveuglement de plus d'un siècle? Nous ravissez-vous Henbiette, par un effet du même jugement qui abrégea les jours de la reiue Marie, et son régne si favorable à l’Église? ou bien voulez-vous triompher seul? et, en nous étant les moyens dont nos désirs se Battaient , réservez-vous , dans les temps marqués par votre prédestination éternelle, de secrets retours à l’État et à la maison d’Angleterre? Quoi qu’il en soit, A grand Dieu, reccvez-on aujourd’hui les bienheureuses prémices en In personne de cette princesse. Puisse toute sa maison et tout le royaume suivre l’exemple de sa foi ! Ce grand roi , qui remplit de tant de vertus le trône de ses ancêtres , et fait louer tous les jours la divine main qui l’y a rétabli comme par miracle, n'improuvera pas notre zèle , si nous souhaitons devant Pieu que lui et tous scs peuples soient comme nous. Oplo apurl ficum, non lanliim le, serf etiam omnes fieri taies, i/ualis ctegosum '. Ce souhait est fait pour les rois ; et saint Paul , étant dans Ira fers, le fit la première fois en faveur du roi Agrippa ; mais saint Paul en exceptait ses liens , exceptis vinculis his : et nous, nous souhaitons principalement que l’Angleterre, trop libre dans sa croyance , trop licencieuse dans ses sentiments, soit enchaînée comme nous de ces bienheureux liens qui empêchent l’orgueil humain de s'égarer dans ses pensées , en le captivant sous l'autorité du Saint-Esprit et de l’Église.

Après vous avoir exposé le premier effet de la grâce de Jésus-Christ en notre princesse , il me reste, messieurs, de vous faire considérer le dernier, qui couronnera tous les autres. C’est par cette dernière grâce que la mort change de nature pour les chrétiens, puisqu'au lieu qu'elle semblait être faite pour nous dépouiller de tout, elle commence, comme dit l’Apôtre ”, â nous revêtir, et nous assurer éternellement In possession des biens véritables. Tant que nous sommes détenus dans cette demeure mortelle , nous vivons assujettis aux changements , parce que , si vous me permettez de parler ainsi , c’est la loi du pays que nous habitons ; et nous ne possédons aucun bien, même dans l’ordre de la grâce, que nous ne puissions perdre un moment apres , par la mutabilité naturelle de nos désirs. Mais aussitôt qu'on cesse pour nous de compter les heures , et de mesurer notre vie par les jours et par les années; sortis des ligures qui passent , et des ombres qui disparaissent, nous arrivons au règne de la vé-

1 Jet. rap. xxvi , as.

’ U ton a

rlté, où nous sommes affranchis de la loi des changements. Ainsi notre âme n’est plus en péril ; nos résolutions ne vacillent plus ; la mort , ou plutôt la grâce de la persévérance finale , a la force de les fixer : et de même que le testament de Jcsus-Christ , par lequel il se donne à nous , est confirmé à Jamais, suivant le droit des testaments et la doctrine de l'Apôtre , par la mort de ce divin testateur; ainsi la mort du fidèle fait que ce bienheureux testament , par lequel de notre côté nous nous donnons au Sauveur, devient irrévocable. Donc , messieurs , si je vous fais voir encore une fois Msuameoux prises avec la mort, n'appréhendez rien pour elle : quelque cruelle que la mort vous paraisse, elle ne doit servir à cette fois que pour accomplir l’oeuvre de la grâce , et sceller en cette princesse le conseil do son étemelle prédestination. Voyons donc ce dernier combat; mais, encore un coup, affermissons-nous. Ne mêlons point de faiblesse à une si forte action , et ne déshonorons point par nos larmes une si belle victoire. Voulez-vous voir combien la grâce qui a fait triompher Madame a été puissante? voyez combien la mort a été terrible. Premièrement , elle a plus de prise sur une princesse qui a tant à perdre. Que d'années elle va ravir â cette jeunesse ! que de joie elle enlève â cette fortune! que de gloire elle ôte a ce mérite ! D'ailleurs peut elle venir ou plus prompte* ou plus cruelle? C’est ramasser toutes ses forces, c'est unir tout ce qu’elle a de plus redoutable, que de joindre, comme elle fait , aux plus vives douleurs l’attaque la plus imprévue. Mais quoique, sans menacer et sans avertir, elle se fasse sentir tout entière des le premier coup, elle trouve la princesse prête. La grâce , plus active encore, l'a déjà mise en défense. Ni la gloire ni la jeunesse n'auront un soupir. Un regret immense de scs péchés ne lui permet pas de regretter autre chose. Elle demande le crucifix sur lequel elle avait vu expirer la reine sa belle-mère, comme pour y recueillir les impressions de constance et de piété que cette âme vraiment chrétienne y avait laissées avec les derniers soupirs. A In vue d'un si grand objet , n’attendez pas de cette princesse des discours étudiés et magnifiques : une sainte simplicité fait Ici toule la grandeur. Kilo s'écrie : « O mon Dieu , pourquoi n'ai-je pas tou- - jours mis en vous ma confiance? » Elle s’afflige, elle se rassure, elle confesse humblement, et

• Hchr. cap. x , 15. — Elle mourut s vtagt-slt «n» , après neuf heures d'horrihles souffrant***. I.a nouvelle tir cctto mort soudaine frappa la cour comme d’un coup de foudre : In esprit» consterné» nt* sortirent de rabattement qui* pour sc jeter dan» les plus noires conjecture»; cl, apres avoir pesé le» |émoi}(na£(*s, nous n’oscriou» pas dire qu'elles aient éle mu» foudeuicnt- « t J mm u II.)

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