‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 72 sur 282 · U. I, II · texte numérisé non relu

U. I, II

* Cent, u, I»; IV, S.

SUR LA VERITABLE CONVERSION

SOS

aussi voyez-vous qu’elle s’est perdue. Éprouvezvous vous -mêmes; c'est par les œuvres que le cœur s'explique, enfants légitimes et naturels : on peut lui supposer tous les autres.

. Ne donnez pas le saint aux chiens; ne jetez » pas vos perles devant les pourceaux '. » [Gardez-vous de ceux qui viennent] avec un cœur feint : je ne parle pas de ces feintes et dcccs impostures grossières. Il ne faut pas en croire les premiers regrets : ■ Car, nous dit saint Ambroise ,

« j’en ai trouvé plus aisément qui avaient conservé - leur innocence , que je n'en ai trouvé qui l’eus-

■ sent réparée par une pénitence convenable ,

. après être tombés : - Facitius auiem inverti , gui innoeentiam servaverint, guam qui congrue egerint panitentiam *. [Et nous décrivant les caractères de cette pénitence qu'il exige, il ajoute] : « Peut-on regarder comme une pént- « tcnce cette vie où l’ambition des dignités se

■ fait remarquer, où l'on se permet de boire du « vin comme à l'ordinaire , où l’usage du ma- « riage n'est pas retranché? - An guisqunm illam panilenliam putat, ubi adquirendœ ambi tio dignitatis, ubi vini effusio, ubi ipsius copulœ conjugalis tutu ? « Il faut , continue le saint doc-

■ teur, renoncer entièrement au siècle pour vivre

• en vrai pénitent ; donner au sommeil moins de

• temps que la nature n'en exige, le combattre I « par scs gémissements, l'interrompre par ses « soupirs , l'éloigner pour vaquer a la prière : • Benuntiandum sœculo est, somno ipsi minus indulgcndum, quam natura postula! , interpcllandus est gemitibus , interrumpendus est suspiriis, sequcstmndus oralionibus 3 . « Enun mot,

• il faut vivre de manière que nous mourions à « l'usage même de la vie ; que l'homme se renonce

■ lui-même , et soit ainsi changé et renouvelé tout

■ entier : ■ Vivendum ita ut vitali huic morv'amurusui, seipsum sibi Homo abneget, et lotus mutetur. [Et combien cette conduite est-elle nécessaire à un pénitent,] - puisque c'est par l'usage

• même des choses de eette vie que l'innocence « se corrompt? - Eo quod ipse hujus vitre usus corruptcla sit integritatis! [Dieu nous a tracé lui-même l'ordre de cette pénitence dans le premier de tous les pécheurs, comme le remarque] saint Ambroise : « Adam , dit ce Père , est chassé

• du paradis aussitôt après sa faute ; Dieu ne dif-

• fère pas; mais il le sépare aussitôt des délices,

• pour qu'il fasse pénitence : » Adam post culpam statirn d i paradiso Deus ejecit, non dis- I tulit : sed statim separavil a deliciis , ut ageret \ panitentiam*. -Il le couvrit a l instant non d une

' Unlth.vn, s. — ' De fMtnir. Ilb. II. c.ip. x.t. Il, eo}. i'IC. r tbitt. col 4M, 437.

* Md. lib. n, rnp. xi, t. fi, roi. 437.

« tunique de soie, mais d'une tonique de peau : • Statim tunicam vestivitpelliceam, non sericam. [Telles sont les règles que doivent suivre les pécheurs pénitents , • pour que dans leur pénitence . il ne se trouve rien qui ait ensuite besoin de • pénitence : » Ne in ipsa fiat panitentia , quod postea indigent panitentia.

[Que diront ici ceux] qui font indifféremment la pénitence, qui négligente r sc gesserunl * ? Il» doivent avoir compris que , dans la faiblesse naturelle à l’homme , il est plus aisé de tomber que de se relever de sa chute; de se donner le coup de la mort, que de se rendre la vie; de suivre notre penchant en allant au mal , que de nous violenter pour en sortir. Ils doivent se persuader qu’on n'obtient pas de Dieu le pardon aussi facilement qu'on l’offense , et que l'homme ne fléchit pas sa bonté avec la même facilité qu’il la méprise. Car c’est une maxime établie que le bien dous coûte plus que le mal , et que c’est un ouvrage plus laborieux de se réparer que de sc perdre. Mais ceux dont nous parlons ne l'entendent pas de la sorte: ils mettent dans la même ligne et pénitence et la faute. S'il leur est aisé de pécher, il ne leur est pas moins aisé de sc convertir : tantôt justes et tantôt pécheurs, selon qu’il leur plait; ils croient pouvoir changer leurs mauvais désirs avec autant de promptitude qu'ils ont à se laisser vaincre, et se défaire de leurs mauvaises inclinations comme d'un habit qu’on prend et qu'on quitte quand on veut : erreur manifeste. A vérité, chrétiens, pendant que la maladie supprime pour un peu de temps les atteintes les plus vives de la convoitise , je confesse qu’il nous est facile de peindre sur notre visage, et même pour nous mieux tromper, dans notre imagination alarmée, l'image d'un pénitent. Le cœur a des mouvements superficiels qui se font et se défont en un moment. Mais il ne prend [pas] si facilement les impressions fortes et profondes : non , non : ni un nouvel homme ne se forme pas tout à coup , ni ces affections vicieuses dans lesquelles nous avons vieilli ne s’arrachent pas par un seul effort. Des remèdes palliatifs qui ne guérissent que la fantaisie , et ne touchent pas U la maladie [ne sont point propres à opérer une guérison véritable].

TBOIS1ÈME POINT.

Par ces saintes préparations , l'Ame qui s'éprouve elle-même, qui se défie des illusions de son amour-propre, rectifiera ses intentions et donnera à son cœur la véritable droiture.

Toute l’Écriture est pleine de saintes bénédictions pour ceux qui ont le cœur droit. Mais quelle

' Coutil . Nie. Cou. Arab. cap. xix ,Lab. t- It, col. St7.

St R LA VÉRITABLE CONVERSION.

est , messieurs , cette droiture? Disons-le en un ’ mot : c'est la charité, c'est la sainte dilection , C'est le pur amour; c'est la chaste et intime attache de l'épouse pour l'Époux sacré; c'est cette céleste délectation d'un cœur qui se plaît dans la loi de Dieu , qui s'y soumet d'une pleine et entière volonté, « non par la crainte de la peine, mais - par l'amour de la justice * : » Qui s uni reeti , dit saint Augustin, qui dirigunl cor sccvndum voluntatrm Dei '.Ceux qui veulent tout ce que Dieu veut, ceux-là sont droits, ceux-là sont justes. Il ne faudrait point ici d'explication : ceux qui ont des oreilles chrétiennes entendent cette vérité. La volonté de Dieu est droite par ellemême ; elle est elle-même la droiture , elle est la règle primitive et originale. Nous ne sommes pas la droiture , nous ne sommes pas la règle , car nous serions impeccables : ainsi n'étant pas droits par nous-mêmes , nous le deveuons , chrétiens , en nous unissant à la règle, à la sainte volonté de Dieu , à la loi qu'il nous a donnée ; non étonnés par scs menaces , mais saintement délectés par son équité et charmés par sa beauté et par sa droiture.

Faites droits , mes chers frères , les sentiers de notre Dieu. Aimez purement , aimez saintement , uimez constamment , et vous serez droits. Si vous craignez seulement les menaces de la loi , sans aimer sa vérité et sa justice, quoique vous ne rompiez pas ouvertement , vous n'êtes pas d'accord avec elle dans le fond du cœur. Elle menace, elle est redoutable : vous, à ces menaces, vous donnez la crainte ; que faites-vous pour son équité? L'almez-vous, ne l’aimez-vous pas? la regardez-vous avec plaisir, ou avec une secrète aversion, ou avec froideur et indifférence? Que sont devenus vos premiers désirs , vos premières inclinations? I.a crainte n'arrache pas un désir, elle en empêche l'effet , elle l'empêche de se montrer, de lever la tête; elle coupe les branches, mais non In racine. Elle contraint , elle bride , elle étouffe, elle supprime; mais elle ne chnnge pas. Le fond du désir demeure ; je ne sais quoi qui voudrait, ou que la loi ne fut pas, ou qu'elle ne fût pas si droite , ni si rude , ni si précise , ou que celui (fui l’a établie fût moins fort ou moins clairvoyant. Mais cette intention ne se montre pas : vous n'entendez donc pas quel secret venin coule dans les branches , quand laTacine de l'intention n'est pas ôtée , quand le fond de la volonté n’est pas changé?

Jcsais qu'il y a de la différence entre la crainte des hommes et celle qu'on a d'un Dieu vengeur; que comme on peut espérer de tromper les hom-

» JS. Autj in Pt. ex vin Sen n. xt, n" i, t it, eol. 1306. în.

1 P*. x\mi , inarr. fl, n" 5, ml, 28*.

■OVMTIT. — T. II.

mes , et qu'on sait qu'on leur peut du moins sous- Irnire le cœur, la crainte est plus pénétrante sous les yeux de Dieu. Mais comme rite est toujours crainte, elle ne peut agir contre sa nature; elle ne pent attirer, ni gagner, ni par conséquent arracher a fond les inclinations corrompues. - SI

■ vous pouviez tromper, dit saint Augustin , les

■ regards de celui qui voit tout, que ne fcriez- » vous pas? L'amour ne détruit donc pas chez « vous la concupiscence , mais elle est réprimée

- pas la crainte : • Si f allen passes , quid non fecisses f Ergoet concupiscentiam tuam malam non amor tollit, sed timor premil *. Non , je ne le ferais pas. Qui vous en empêcherait? Ce ne serait pas la crainte, car nous supposons qu’on ne vous voit pas ; ce serait donc quelque attrait interne, quelque bien caché , quelque plaisir' innocent et chaste.

Faites donc, mes frères, vos sentlefs droits [par] un commencement de dilection : » Ils com-

- meneent à aimer, et par la ils sont mus contre • le péché par des sentiments de baiue et de dé- " testation ; » Diligen incipiunl ae propterea moventur advenus peccala per odium ali quod ae rieleslalionem \ C’est le motif de votre haine, c'est de ce commencement d'amour que doit [naître] votre aversion; une aversion [se forme] par une inclination contraire. Il faut que cette plante divine ne soit pas seulement semée , mais qu’elle ait commencé de prendre racine dans l’âme avant qu'elle reçoive la grâce justifiante ; autrement elle en serait incapable. Il faut un commencement de droiture et de justice dans le cœur; mais il la faut ensuite cultiver de sorte qu’elle étende scs branches partout, qu'elle remplisse tout le cœur, afin que vous puissiez cueillir des fruits de justice.

De là doit naître une autre crainte; non la crainte de l’adultère qui craint le retour de son mari', mais la crainte d’une chaste épouse qui craint de le perdre. De là encore nne autre dro tore : marcher dans In loi de Dieu avec une nouvelle circonspection , craindre une faiblesse expérimentée, s’attacher plus étroitement à Injustice une fois perdue , honorer !a bonté divine par la crainte des tentations et des périls infinis qui nous environnent, etc.

Toute créature a un instinct pour se conserver; [et combien plus la] créature nouvelle [doitelle être toujours sur scs gardes pour se maintenir dans la justice qui fait sa vie] ? Le bruit nous effraye , cet éclat menace de quelque ruine ou de quelque force étrangère qui vient contre nous avec violence; la nature nous apprend souvent à

' S. Àvif. Serm. rxxix . n" S. t. T, cot. «la.

J Cnncil Trid. Se**. \ i . cap. vr , tir

SDK I.A NATIVITÉ

craindre à faux. Kl certes , au milieu de tant de périls, et les périls nous pressant de tant d’endroits , et ayaut , comme nous avons , si peu de connaissance pour les prévoir, qui veut être en sûreté doit souvent craindre même sans péril. Si vous n'avez point cette crainte , je doute que votre changement soit sincère et votre conversion véritable.

PREMIER SERMON

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