HEINE DK FRANCK ET DE NAVARRE
Proooncte à Saint-DcnU ie I" septembre 1 683 en présence de monseigneur le Dauphin.
Sine macula mit» sitnl anle ISronum DW.
Ils sont sens tache devant le troue de Dieu.
I Paroles de l'apdtre Mini Jean, dans sa Révélation,
c l. L P XIV, S.)
Monseigneur,
Quelle assemblée l'apôtre saint Jean nous fait paraître ! Ce grand prophète nous ouvre le ciel , et notre foi y découvre . sur la sainte montagne ■ de Sion , • dans la partie la plus élevée de In Jérusalem bienheureuse , l'Agneau qui ôte le péché du monde, avec une compagnie digne de lui. Ce sont ceux dont il est écrit au commencement de l'Apocalypse : « Il y a dans l’Église de
• Sardis un petit nombre de fidèles , pauca no-
• mina, qui n'ont pas souillé leurs vêtements' : ■ ces riches vêtements dont le baptême les a revêtus ; vêtements qui ne sont rien moins que Jésus- Christ même, selon ce que dit l'Apôtre : « Vous
* tous qui avez étc baptisés , vous avez été revê- . tus de Jésus-Christ !. » Ce petit nombre chéri de Dieu pour son innocence , et remarquable pour la rareté d'un don si exquis, a su conserver cc précieux vêtement, et la grâce du baptême. Et quelle sera la récompense d une si rare fidélité ? Écoutez parler le Juste et le Saint : « lis marchent , dit-il ,
* avec moi , revêtus de blanc , parce qu'ils eu sont « dignes* ; » dignes, par leur innocence, de porter dans l'éternité la livrée de l'Agneau sans tache , et de marcher toujours avec lui, puisque jamais fis ne l'ont quitté depuis qu'il les a mis dans sa compagnie : âmes pures et innocentes, » âmes
• Cette princesse, n<Se le 20 septembre 163a, était l'unique fruit du mariage de Philippe IV , roi d'Espagne, avec Élisabeth de France, tille de Henri IV. Le 4 juin io«o, elle épousa Louis XIV , son cousin germain , rl qui était de même âge qu'elle. Lorsque ce monarque partit , en 1072, pour la guerre de Hollande, Il lui confia la régence du ro>aumc et lui donna ainsi le témoignage public de ha confiance dans ses talents. Après une vie passée dans l’exercice de la plus auslrre pieté, Marie-Thérèse , qui s'était éloignée le plus qu'elle avait pu des Intrigues et des agitations de la cour, mourut le au juillet 1683, a Pàgr de quantile-cinq ans. « Voila, dit le roi en apprenant sa mort, voilà le premier chagrin qu’elle m'ait donné. «
1 llnhes pauca nnmina in Sardis, qui non loquinaverunt \ estiment.! sua. ( Apor. cap. lit, 4. i
1 (^icu mque i n Ch r i»to ba pl i za t i est is, Christ uni induisUs. i Cal. cap. ni , 27. )
* Ambulahual mecum in «Ibis, quia dignt sunt. ( Apoe . Mp. m , «. )
FUNÈBRE
« vierges', ■ comme les appelle saint Jean , ntt même sens que saint Paul disait à tous les fidèles de Corinthe : « Je vous al promis, comme une
• vierge pudique, àun seul homme, qui est Jésus-
• Christ*. . lot vraie chastêté de l’âme, la vraie pudeur chrétienne est de rougir du péché, de n’avoir d'yeux ni d'amour que pour Jésus-Christ , et de tenir toujours scs sens épurés de la corruption du siècle. C’est dans cette troupe innocente et pure que la reine a été placée : l'horreur qu’elle a toujours eue du péché lui a mérité cet honneur. La foi , qui pénètre jusqu'aux deux , nous la fait voir aujourd'hui dans cette bienheureuse compagnie. Il me semble que Je reconnais cette modestie, cette paix, ce recueillement que nous lui voyions devant les antels, qui inspirait du respect pour Dieu et pour elle : Dieu ajoute ô ces saintes dispositions le transport d'une joie céleste. La mort ne l'a point changée, si ce n'est qu’une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle. Cette éclatante blancheur, symbole de son innocence et de la candeur de son âme, n’a fait, pour ainsi parler , que passer audedans , où nous la voyons rehaussée d’une lumière divine. « Elle marche avec l'Agneau , car elle ■ en est digne i. • La sincérité de son cœur, soos dissimulation et sans artifice , la range au nombre
1 de ceux dont saint Jean a dit , dans les paroles qui précédent celles de mon texte , que • le men- « songe ne s’est point trouvé en leur bouche, » ni aucun déguisement dans leur conduite , « ce « qui fait qu’on les voit sans tache devant le trône
• de Dieu 1 : . Sine macula enim sunt ante thronum Dei. En effet , elle est sans reproche devant Dieu et devant les hommes : la médisance ne peut attaquer aucun endroit de sa vie depuis son enfance jusqu’à sa mort ; et une gloire si pure, une si belle réputation est un parfum précieux qui réjouit le ciel et la terre. '
Monseigneur, ouvrez les yeux à ce grand spectacle. Pouvais-je mieux essuyer vos larmes, celles des princes qui vous environnent , et de cette auguste assemblée, qu'en vous faisant voir au milieu de cette troupe resplendissante , et dans cet état glorieux , une mère si chérie et si regrettée? Louis même, dont la constance ne peut vaincre ses justes douleurs, les trouverait plus traitables dans cette pensée. Mais ce qui doit être votré unique consolation, doit aussi , monseigneur , être votre exemple ; et , ravi de l’éclat
1 Virginrs rnim sunt. Hi sequuntur Agnum quocumque lerit. ( Âpoc. cap. xiv, 4. )
* Desponrii vos uni tiro vlrgincm castam exhiber? Ch risto. (II. Cor. cap. xi. 2. )
* Apoc. cap. iii, 4.
« In orrmntm non est inventum mendacium : sine macula enim euut aule Uiruuuni Dei. ( Apnc. cap. xix , b. >