‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 83 sur 282 · P ». XI.IV, I · texte numérisé non relu

P ». XI.IV, I

POUR LA CIRCONCISION

Que je triomphe d'aise quand je vols dan . Tertullicn que déjà de son temps le nom de Jésus, si près de la mort de notre Sauveur et du commencement de l’Église, déjà le nom de Jésus était adoré par toute la terre ; et que dans toutes les provinces du monde qui pour lors étaient découvertes , le Sauveur y avait un nombre infini de sujets! « Nous sommes, dit hautement ce « grand personnage, presque laplus grande partie

• de toutes les villes ,-pars pci te major civitatis eujusque'. Les Parthes invincibles aux Romains, les Thraees antinomes , comme les appelaient les anciens, c'est-à-dire , gens impatients de toute sorte de loi , ont subi volontairement le joug de Jésus. I-es Mèdes, les Arméniens , et les Perses , et les Indiens les plus reculés ; les Maures et les Arabes , et ces vastes provinces de l’Orient; l’Égypte et l’Ethiopie , et l’Afrique la plus sauvage ; les Scythes toujours errants , les Sarmates , les Gétuliens , et la Barbarie la plus inhumaine a été apprivoisée par la doctrine modeste du Sauveur Jésus. L’Angleterre, ah I la perfide Angleterre, que le rempart de ses mers rendait inaccessible uux Romains, la foi du Sauveur y est abordée : B ritannorum inaccessa Romanis loca, Christovero subilila’. Que dirai-je des peuples des Espagnes, et de la belliqueuse nation des (iaulois , l'effroi et la terreur des Romains , et des fiers Allemands , qui se vantaient de ne craindre autre chose sinon que le ciel tombât sur leurstêtes?Ilssont venus à Jésus, doux et simples comme desagneaux, demander pardon humblement , poussés d'une crainte respectueuse. Rome même , eette ville superbe qui s’était si longtemps enivrée du sang des martyrs de Jésus ; Rome la maitresse a baisse la tête , et a porté plus d'honneur au tombeau d'un pauvre pêcheur, qu'aux temples de son Roraulus : Ostcn- (laturmihi Romœ tanlo in honore lemplum Romuli, in quanta ibi ostendo memoriam Pétri*.

Il n’y a point d'empire si vaste, qui n'ait été resserré dans quelques limites. Jésus règne partout , dit le grave Tcrtulien ; c'est dans le livre contre les Juifs , duquel j’ai tiré presque tout ce que je viens de vous dire de l’étendue du royaume de Dieu. • Jésus règne partout , dit-il, Jésus est . adoré partout. Devant lui la condition des rois i n'est pas meilleure que celle des moindres escla- ■ ves. Scythes ou Romains , Grecs ou Barbares ,

• tout lui est égal , il est égal à tous , il est roi de « tous, il est le Seigneur et le Dieu de tous : » Christi regnum et nomen ubique porrigitur; libiquc régnât ubique adoratur ; non regis a/md i/lum major gratid, non Barbari alicujus in-

’ Atl Scap. n* 2.

* TcH. adv. Jud. n" 7.

* 5 ittg. in Ps. ii.iv. n* 23, 1. iv, cul. loi

ferior lœtitia ; omnibus aqualis , omnibus rex, omnibus Deus et Dominus est '. Et ce qui est de plus admirable , c'est que ce ne sont point les nobles et les empereurs qui lui ont amené les simples et les roturiers : au contraire, il a amené les empereurs par l'autorité des pécheurs. Il a permis que les empereurs avec toute la puissance du monde résistassent à sa pauvre Église par toute sorte de cruautés , afin de faire voir qu’il ne tenait pas son royaume de l'appui ni de la complaisance des grands. Mais quand il lui a plu d’abaisser à scs pieds la majesté de l’empire : Venez , venez à moi , A césars ! assez et trop longtemps vous avez persécuté mon Église : entrez vous-mêmes dans mon royaume , où vous ne serez pas plus considérables que les moindres de vos sujets. A même temps Constantin, ce triomphant empereur, obéissant à la Providence , éleva l’étcndart de la croix au-dessus des aigles romaines ; et par toute letendue de l’empire la paix fut rendue aux Églises.

Ou êtes- vous , A persécuteurs? que sont devenus ces lions rugissants qui voulaient dévorer le troupeau du Sauveur? Mes frères , ils ne sont plus ; Jésus les a défaits : » Ils sont tombés à ses « pieds : » Populi sub te codent. Il en est arrivé comme de saint Paul. » Jésus fit mourir son per-

• sécutcur, et mit en sa place un disciple : • Occisus est inimicut Christi, vivil discipu/us Christi, dit saint Augustin’. Ainsi ces peuples farouches, quifmnissaicntcommedes lions contre les innocents agneaux de Notre-Seigneur, ils ne sont plus , ils sont morts ; « Jésus les a frappés au « coeur : - in corda inimicorum. « C’était dans le « cœur qu'iis s'élevaient contre lui , c'est dans le

• cœur qu'il les a abaissés : » Cadunl in corde. Ibi se erigebant adversus Christum, ibi cudunt ante Christum. > Les (lèches de mon maître ont « percé le cœur de ses ennemis : » Sagittœ Polenlis acutœ , in corda inimicorum regis. Il les a blessés de son saint amour. « Les ennemis sont « défaits; mon Sauveur en a fait des amis: - Ceciderunt ; ex inimicis amici facti sunl; inimici mortui sunt, amici vivant *. Et comment cela ? « Par la croix : - Domuil orbem, non ferro ; sed ligna1. ■ Le royaume qui n’était pas de ce monde « n dompté le royaume superbe , non par la fierté

• d’un combat, mais pas l’humilité de la patience: - Regnum quodde hoc mundo non crat, superbum mundum non atrocitale pugnandi, sed patiendi humi/itale vinccbat s.

C’est pourquoi dans ce même temps, faites avec moi cette dernière remarque ; dans ce même

* Tcrtutl. adv. Jttdtmt, fl* T.

* In P$. A l.i Y, n* 16, t. IV, col. 380.

* S. Avtj, ibid.

* la P». *CV, fl* 2. Col. 1093.

% ht Jttan. tract. c\vi , n* i, t. ni , pari, n , col 7<H.

DK NOTRE SElü.NEl. il.

temps, dis je , dans lequel In paix étant donnée à l'Eglise tout ne respirait que Jésus, on lui élevait des temples de tous côtés , ou renversait les idoles par toute la terre ; dans ce même terni» (>u les vénérables évêques , qui sont les princes de son empire, s'assemblèrent de toutes parts à Nicée pour y tenir les premiers états généraux de tout le royaume de Jésus-Christ , dans lesquels toutes les provinces du monde confessèrent sa divinité ; dans ce même temps la croix précieuse à laquelle avait été pendu le Sauveur, croix qui jusques alors avait été cachée , et peut-être que la providence divine jugeait que la croix de N’otre-Seigneur paraissait assez en ses membres durant la persécution des fidèles : la croix donc, jusques alors cachée , pesez toutes ces circonstances, fut découverte en ce trmps par de grands et extraordinaires miracles; elle fut reconnue; elle fut adorée. Et ce n'est point ici une histoire douteuse : elle doit être approuvée par tous ceux qui aiment les antiquités chrétiennes , dans lesquelles nous la voyons très-évidemment attestée. Eh! penseriezvous bien , chrétiens , qu'une chose si mémorable, si célèbre parmi les Pères, soit arrivée en ce temps sans quelque profond conseil de la sagesse éternelle ? cela est hors de toute apparence. Que dirons-nous donc en cette rencontre? c’est que tout le monde est dompté, tout a fléchi sous les lois du Sauveur.

Paraissez , paraissez , il est temps , ô croix qui avez fait eet ouvrage : c’est vous qui avez brisé les idoles ; c’est vous qui avez subjugué les peuples ; c’est vous qui avez donné la victoire aux valeureux soldats de Jésus qui ont tout surmonté par la patience. Vous serez gravée sur le front des rois , vous serez le principal ornement de la couronne des empereurs, 6 croix qui êtes la joie et l’espérance de tous les fidèles. Concluons donc de tout ce discours , que la croix est un trône magnifique , que le nom de Jésus est un nom bien digne d’un roi ; et qu’un Dieu descendant sur la terre pour vivre parmi les hommes, n'y pouvait rien faire de plus grand , rien de plus royal , rien de plus divin , que de sauver tout le genre humain par une mort généreuse.

Et plut à Dieu , chrétiens, que pour achever de vous faire voir la gloire de cette mort, il me restât assez de loisir pour vous entretenir quelque temps de In qualité de pontife que Notrc-Seigneur a si bien méritée! C'est là que suivant la doctrine toute céleste de l'incomparable épître aux Hébreux , par la comparaison du sacerdoce de la loi mosaïque, je tâcherais de vous faire connaître la dignité infinie de la prêtrise de Jesus- Clirist. Vous verriez Aaron portant à un autel corruptible des génisses et des taureaux , et Jé-

Page 1