CT. — T. II
sus pontife et victime présentant devant le trône de Dieu sa ehnir formée par le Saint-Esprit , oblation sainleet vivante pour l'expiation de nos crimes. Vous verriez Aaron dans un tabernacle mortel effaçant quelques immondices légales, et certaines irrégularités de la loi par le sang des animaux égorgés; et Jésus à In droite de la majesté faisaut par la vertu de son sang la vraie purification de nos âmes. Vous verriez Aaron consacré par un sang étranger, comme il est écrit dans le Lévitiquc ' , et par ce même sang étranger, in sanguine aliéna, dit l'Apôtre’ , entrer dans le sanctuaire bâti de main d'homme ; et Jésus consacré par son propre sang, entrer aussi par son propre sang dans le sanctuaire éternel , dont il ouvre la porte à ses serviteurs. Vous verriez , ù l'admirable spectacle pour des âmes vraiment chrétiennes! vous verriez d'une part tous les hommes révoltés ouvertement contre Dieu; et d’autre part Injustice divine prête à les précipiter dans i’abime en la compagnie des démons, desquels ils avaient suivi les conseils et imité la présomption , lorsque tout à coup ce saint , ce charitable pontife , ce pontife fidèle et compatissant u nos maux , parait entre Dieu et les hommes. Il se présente pour porter les coups qui allaient tomber sur nos têtes , il répand son sang sur les hommes , il lève à Dieu ses mains innocentes ; et pacifiant ainsi le ciel et la terre, il arrête le cours de la vengeance divine , et change une fureur implacable en une étemelle miséricorde. Vous verriez comme tous les fidèles deviennent prêtres et sacrificateurs , par le sang précieux de Jésus par lequel ils sont consacrés. Je vous les représenterais , ces nouveaux sacriflcateurs , revêtus d’uno étolc céleste , blanchis dans les eaux du baptême et dans le sang de l’Agneau, officiant tous ensemble non sur un autel de matière terrestre, mais sur cet autel céleste qui représente le Filsde Dieu 5 ; et là charger cet autel de victimes spirituelles , c’est-à-dire, de prières ferventes, de cantiques de louanges et de pieuses actions de grâces, qui de toutes les parties de la terre moutent de dessus cc mystérieux autel devant la face de Dieu , ainsi qu' un parfum agréable et un sacrifice de | tonne odeur, au nom de Notre-Scigneur Jésus- Christ, grand prêtre et sacrificateur étemel selon l'ordre de Melehisédeeh.
Et que ne dirions-nous pas de cet incomparable pontife , de ce médiateur du Nouveau Testament , par qui seul toutes les oraisons sont bien reçues , par qui les péchés sont remis , par qui toutes les grâces sont entérinées, qui par une
1 Ltr. vin.
5 Hcbr. IX , 25.
* vin, 3.
POUR I..A CIRCONCISION
nouvelle Alliance a rompu le damimble traité j que nous avions fait avec l'enfer et la mort , se- Ion ce que dit Isaïe : üelebilur fœdwt veslruui cum mûrie, et paclum veslrum eum in/erno ' non stabit' : « Votre pacte avec la mort sera « annulé, et votre pacte avec l'enfer ne tiendra • pas ! • Cest ce que nous dirions , chrétiens. Puis joignant cette doctrine tout apostolique a ce que nous venons de prêcher de la royauté du Sauveur, nous conclurions hautement dans l'épanchement de nos cœurs, que le nom de Jésus, qui enferme toutes ccs merveilles , est un nom au-dessus de tout nom , comme l’Apôtre l'enseigne aux Philippiens’ ; et qu'il était bien convenable , scion le même apôtre aux Hébreux ’ , que j Dieu déduit et consacrât par sa passion le prince i de notre salut. Mais puisqu'il n plu à celui qui nous inspire dans cette chaire de vérité, de nous fournir assez de pensées pour remplir tout cet entretien de la royauté deJésus; fidèles , demeurons-cn là , en attendant que la Providence divine nous fasse tomber sur la même matière , et tirons-en quelques instructions pour l'édification de nos âmes.
Donc , A peuples de Jésus-Christ , si le Fils de Dieu est votre vrai roi, songez à lui rendre vos obéissances. Rappellerai-je ici de bien loin la mémoire des siècles passés , pour vous faire voir I comme les bons princes ont été les délices de leurs | sujets? Que n’ont pas fait les peuples pour les rois j qui ont sauvé leurs pays , les vrais pères de la patrie? Ah ! il y a dans nos cœursje ne sais quelle inclination naturelle pour les princes que Dieu nous donne , que ni les disgrâces ni aucun mauvais traitement ne peut arracher aux âmes bien nées. Qu'il est aisé aux rois de la terre de gagner l'Affection de leurs peuples ! un souris , un regard favorable , un visage ouvert et riant satisfait quelquefois les plus difficiles. In hilaritule vultus regis vita, disait autrefois le Sage *. « La vie « est dans les regards du prince , quand on les a * sereins et tranquilles. • Peuples, c'est une chose certaine, vous le savez : un gouvernement doux et équitable , une puissance accompagnée de bonté et d'une humeur bienfaisante , charme les âmes les plus sauvages. C'est un sentiment commun parmi les hommes d'honneur, que pour de tels princes la vie même est bien employée.
11 n'y a que le roi Jésus à qui la douceur et les largesses ne servent de rien. 11 a beau nous ouvrir ses bras pour nous embrasser; il a beau nous obliger, non par de vaines caresses, mais par des bienfaits effectifs; nous sommes de glace
■ t*ti. xxvin, as.
* PhitirP H.»
* Urb-. Il , I».
* fVwl*. Ml, 16.
pour lui : nous aimons mieux nous repaître des frivoles apparences du monde, que de l'amitié solide qu'il nous promet. Ah 1 pourrai-je bien vous dire avec combien de soin il a recherché notre amour? Il est notre roi par naissance , il l'est de droit naturel ; il a voulu l'étre par amour et par bienfaits. 11 faut , dit-il, que je les délivre, ccs misérables captifs. Je pourrais bien le faire autrement; mais je veux les sauver en mourant pour eux , afin de les obliger à m'aimer. J'irai au péril de ma vie , j’irai avec la perte de tout mon sang les arracher de la mort éternelle. N'importe, je le ferai volontiers; pourvu seulement qu'ils m'aiment, je ne leur demande point d'autre récompense. Je les ferai régner avec mol.
Eh ! mes frères , dites-moi , je vous prie , que nous a fait Jésus , le meilleur des princes , qu'avec une telle bonté il ne peut gagner nos affections , il ne peut amollir la dureté de nos cœurs? Certes , peuple de Metz , je vous donnerai cet éloge, que voqs êtes fidèle à nos rois. On ne vous a jamais vus entrer, non pas même d'affection , dons les divers partis qui se sont formés contre leur service. Votre obéissance n'est pas douteiLse, ni votre fidélité cluincclante. Quand on parlait ces jours passés de ces lâches qui avaient vendu aux ennemis de l'État les pinces que le roi leur n confiées , on vous a vu frémir d'une juste indignation. Vous les nommiez des traîtres, indignes de voir lejour,poura\oir ainsi lâchement trompé la confiance du prince, et manqué de foi a leur roi. Fidèles aux rois de la terre, pourquoi ne sommes-nous traîtres qu’au Roi des rois? pourquoi est-ce qu'il n'y n qu'envers lui que le nom de perfides ne nous déplaît pas, qui serait le plus sensible reproche que l'on nous put faire en toute autre rencontre?
Mes frères , le roi Jésus nous a confié À tous une pince , qui lui est de telle importance , qu'il l'a voulu acheter par son sang : cette place , c'est notre âme , qu'il n commise à notre fidélité. Nous sommes obligés de la lui garder, par. un serment inviolable que nous lui ax ons prêté au baptême. Il l'a munie de tout ce qui est necessaire , au dedans par ses grâces et son Saint-Esprit , au dehors par la protection angélique. Rien n’y manque , elle est imprenable, elle ne peut être prise que par trahison. Traîtres et perfides que nous sommes, nous la livrons à Satan; nous vendons n Satan le prix du sang de Jésus, â Satan son ennemi cnpital , qui n voulu envahir son trône, qui n'ayant pas pu réussir au cie! dans son auda- | cieusc entreprise , est venu sur la terre lui dispu- ! ter son royaume, et se faire adorer en sa place. O perfidie! ô indignité! c'est pour servir Satan
DE NOTRE-SEIGNEUR
que nous trahissons notre prince crucifié pour nous , notre unique libérateur !
Figurez-vous , chrétiens, qu'aujourd’hui , au milieu de cette assemblée , parait tout à coup un ange de Dieu qui fait retentir à nos oreilles ce que disait autrefois Ëlie aux Samaritains : « Peuples,
« jusques à quand ehnncelle.rcz-vous entre deux
■ partis ? * Quousque claudicatis in duos partes ' ? Si le Dieu d'Israël est le vrai Dieu , il faut l'adorer; si Daal est Dieu, il faut l'adorer. Chers frères , les prédicateurs sont les anges du Dieu des armées. Je vous dis donc aujourd'hui à tous , et Dieu veuille que je me le dise à moi-même comme il faut: Quousque clawlicatis ? Jusques à quand serez-vous chancelants? Si Jésus est votre roi , rendez-lui vos obéissances ; si Satan est votre roi , rangez-vous du cêté de Satan. Il faut prendre parti aujourd'hui. Ah! mes frères, vous frémissez à cette horrible proposition. A Jésus , à Jésus , dites-vous ; il n’y a pas ici lieu de délibérer. Et moi , nonobstant ce que vous me dites , je réitère encore la mémo demande : Quousque claudicatis in duas partes? Et serez-vous à jamais chancelants , sans prendre parti comme il faut? • Si je suis votre maître, dit le Seigneur - par la bouche de son prophète , où est l’honneur
■ que vous me devez *? Et pourquoi m'appelez- . vous Seigneur, et ne faites pas ce que je vous • dis? » dit iNotre-Seigncur en son Evangile ’■ Que voulez-vous que I on croie , ou nos paroles , ou nos actions?
Le Fils de Dieu nous ordonne quo nous approchions de. son Père en toute pureté et en tempérance. Et pourquoi donc tant d'infdmes désirs? pourquoi tant d’excessives débauches? Il nous ordouue d'étre charitables ; et, fidèles, la charité pourra-t-elle jamais s'accorder avec nos secrètes envies , avee nos médisances continuelles , nvec nos inimitiés irréconciliables? Le fils de Dieu nous ordonne de soulager les pauvres autant que nous le pourrons; et nous ne craignons pas de consumer la substance du pauvre, ou par de cruelles rapines, ou par des usures plus que judaïques. Quousque claudicatis ? Mes frères , il ne faut plus chanceler ; il faut être tout un ou tout autre. Si Jésus est notre roi , donnons-lui nos œuvres , comme nous lui donnons nos paroles. Si Satan est notre roi , à chose abominable ! mais la dureté de nos cœurs nous contraint de parler de la sorte ; si Satan est notre roi , ne lui refusons pas nos paroles après lui uvoir donné nos actions. Mais à Dieu ne plaise , mes frères, que jamais nous fassions un tel choix ! Et comment pourrions-nous
1 111. Rtg. xviil, 21,
» Moine, l, 6.
» j t/atlh. VII, SI.
supporter les regards de cet Agneau sans tache , meurtri pour l'amour de nous? Dans cette terrible journée , où ce roi descendra en sa majesté juger les vivants et les morts , comment soutiendrionsnous l'aspect de scs plaies qui nous reprocheraient notre ingratitude? Où trouverlons-nons des antres assez obscurs et des abîmes assez profonds pour cacher une si noire perfidie? Et comment souffririons-nous les reproches de cette tendre amitié si indignement méprisée, et la voix effroyable du s; -a g de l'Agneau qui a crié pour nous sur In croix , pardon et miséricorde ; et dans ce jour de colère, criera vengeance contre notre foi mal gardée et contre nos serments infidèles?
O Dieu étemel ! combien dur, combien insupportable sera ce règne que Jésus commencera en ces jours d'exercer sur ses ennemis! Car enfin, fidèles, il est nécessaire qu'il règne sur nous. L'empire des nations lut est promis par les prophéties. S'il ne règne sur nos finir s par miséricorde , 11 y régnera par justice ; s’il n'y règne par amour et par grdee, il y régnera par la sévérité de ses jugements et par la rigueur de ses ordonnances. Et que diront les méchants quand ils sentiront , malgré qu'ils en aient , leur roi en eux-mémes appesantir sur eux son bras tout-puissant; lorsque Dieu, frappant d'une main, soutenant de l'autre, les brisera éternellement de sus coups sans les consumer? Et ainsi , toujours vivants et toujours mourants, immortels pour leur peine, trop forts pour mourir, trop faibles pour supporter, ils gémiront ù jamais sur des lits de flammes , outrés de furieuses et irrémédiables douleurs; et poussant parmi des blasphèmes exécrables mille plaintes désespérées, ils confesseront, par une pénitence tardive, qu'il n'y avait rien de si raisonnable que de laisser régner Jésus sur leurs âmes . Dignes certes des plus horribles supplices , pour avoir préféré latyranniede l’usurpateurù ladouee et légitime domination du prince naturel. O Dieu et Père de miséricorde ! détournez ces malheurs de dessus nos têtes.
Mes frères, ne voulez-vous pas bien que je renouvelle aujourd'hui le serment de fidélité que nous devons tous à notre grand roi ? O roi Jésus ! à qui nous appartenons à si juste titre , qui nous avez rachetés par un prix d’amour et de charité infinie, je vous reconnais pour mon souverain. C'est à vous seul que je me dévoue. Votre amour sera ma vie , votre loi sera la loi de mon cœur. Je chanterai vos louanges , jamais je ne cesserai de publier vos miséricordes. Je veux vous être fidèle, je veux être à vous sans réserve, je veux vous consacrer tous mes soins, je veux vivre et mourir à votre service. A mrn.
POUR LA CIRCONCISION
DEUXIEME SERMON
FOUI LK fi. TE
DE LA CIRCONCISION DE NOTRE-SEIGPiEUR '.
Roywil.Me Jwu*-Chri>l, sa n.'Uur*1, sroelrrl» : droit» qu Vile lui donne sur nous : comment nous lierons la mouualtre.
Ur us autern rca tsnsU-r mile Sictula, opcralus est salutem in nicilio lerra’.
/joli , qui est notre roi avant tous tes siècles, a opéré
notre salut au milieu de la terre. P», «uni, ta.
Quoique nous apprenions par les saintes Lettres que Dieu se considère dnns tous ses ouvrages, et que ne voyant rien dans le monde qui ne soit infiniment au-dessous de lui , il ne voit aussi que lui-même qui mérite d’ètrc la fin de ses net 011s ; toutefois il est assuré qu’il n'augmente pas pour cela ses propres richesses , parce qu'elles sont infinies. Quelques beaux ouvrages que produise sa toute-puissance, il n'en retire aucun bien que celui d'en faire aux autres ; Il n'y peut rien acquérir que le titre de bienfaiteur ; et l'intérét de scs créatures se trouve si heureusement conjoint avec le sien , que comme il ne leur donne qnc pour l'avancement de sa gloire , aussi ne peut-il avoir de plus grande gloire que de leur donner. C'est pourquoi l'Église, inspirée de Dieu, nous apprend, dans le sacrifice, il lui rendre grâces pour sa grande gloire : Gratins agimus tibi profiler magnant glorium tuam ; afin que nous comprenions par cette prière, que la grande gloire de Dieu c'est d'étre libéral à sa créature. C'est pour cette raison que le Fils de Dieu prend aujourd'hui le nom de Jésus et la qualité de Sauveur. Ce n’est pas assez que l'on nous enseigne que ce petit enfant est né pour les hommes , il faut que son nom nous le fasse entendre : et il en revient a notre nature ce grand et glorieux avantage, qu'on ne peut honorer le nom de Jésus sans célébrer aussi notre délivrance ; et ainsi que le salut des mortels est devenu si considérable , qu'il fait non-seulement le bonheur des hommes et le sujet des hymnes des anges , mais encore le triomphe du Fils de Dieu même.
Sainte mère de mon Sauveur, dont le Saint- Esprit s'est servi pour lui donner un nom si aimable, obtenez-nous de Dieu cette grâce , que nous en sentions les douceurs que l'ange commença de
1 Nous avons supprime de ce si rmon plusieurs moronux tiré* mol à mol du précédent , qui pouvaient être rrtrancliés mm interrompre l'ordre el la »ufl8 du discourt; nous en userons ainsi dan» toutes les occasion a ou le» circonstance» Je prruirllront, nlin d’éviter, autant qu’il sera possible , 1rs rrp*tilions trop fréquentes. I Bdit. de Or/oris .)
vous expliquer après qu’il vous eut ainsi saluée : Ave, Marin.
Encore que le mystère de cette journée , cachant à nos yeux la divinité , nous représente le Fils de Dieu, non-seulement dans l'infirmité de la chair, mais encore dans la bassesse de la servitude , et que les cris , les gémissements et le saug de cet enfant circoncis semblent plutôt exciter en nous les tendresses de la pitié que les soumissions du respect ; néanmoins la foi pénétrante, qui ne peut être surprise par les apparences , nous découvre dans ses faiblesses des marques illustres de sa grandeur et des témoignages certains de sa royauté. C’est , fidèles , cette vérité chrétienne que je me propose de vous faire entendre avec le secours de In grâce. J’espere que vous verrez aujourd’hui dans le nom que l’on impose au Sauveur des âmes, et dans les prémices du sang précieux qu’il commence à verser pour l’amour des hommes , une expression évidente de la souveraineté très-auguste que son Père céleste lui a destinée. Et vous reconnaîtrez que cette doctrine nous est infiniment fructueuse, puisqu'en établissant la gloire du maître, et les droits de sa royauté, elle nous apprend tout ensemble les devoirs de l’obéissance.
Entrons donc en cette matière sous la conduite des lettres sacrées , et disons avant toutes choses que le nom de Jésus est un nom de roi , et qu'il signifie une royauté qui n’est pas moins légitime qu’elle est absolue. Pour mettre cette vérité dans son jour, je suppose premièrement que la royauté est le véritable apanage de la nature divine , à laquelle seule appartient la souveraineté et l’indépendance. Or, entre tous les divins attributs il y en a trois principaux, qui établissent le règne de Dieu sur scs créatures : la puissance , la justice , la miséricorde. Que Dieu règne par sa puissance , c’est une vérité si constante qu’elle entre par ellemême dans tous les esprits , sans qu’il soit besoin d’alléguer des preuves. En effet, c’est par sa puissance qu’il dispose des créatures ainsi qu'il lui plait, sans que rien puisse résister à ses volontés ; et par conséquent il en est le roi avec une autorité qui n’a point de homes. C’est pourquoi l'apôtre saint Paul , en parlant de Dieu : « C’est, dit-il , le « bienheureux et le seul puissant; » et il ajoute aussitôt après, » le Roi des rois et le Seigneur « des seigneurs 1 : » comme ayant dessein de nous faire entendre que l’empire de Dieu doit être infini , parce que sa puissance est incomparable.
Mais je remarque ici , chrétiens , que ce règne est universel et enferme indifféremment tous les étrès qui relèvent également de la toute-puissance
! 1 1 Tiutolh. Tl , 16.
Digiti;
IZ80 Dy VjOOQIC
Igle
DE NOTRE-SEIGÎSEUR.
divine. Si bien que les hommes et les anges étant capables d'un gouvernement spécial , parce qu'ils peuvent être conduits par raison ; il parait manifestement qu'outre ce règne de toute-puissance , qui comprend généralement toutes les créatures ; il faut encore reconnaître en Dieu quelque domination plus particulière pour les natures intelligentes. C'est aussi ce que nous voyons éclater dans sa bonté et par sa justice. Car comme entre les anges et les hommes , les uns sont rebelles à leur Créateur et les autres sont obéissants , les uns suivent ses volontés et les autres les contredisent; et que d'ailleurs il est impossible querien échappe dcscs mains souveraines , ni se dérobe de son empire; qui ne voit qu’il est nécessaire qu’il établisse deux gouvernements différents, l’un de justice, l’autre de bonté ; l’un pour la vengeance des crimes, l'autre pour le couronnement des vertus ; l'un pour ranger les esprits rebelles par la rigueur d'un juste supplice, l'autre pour enrichir les respectueux par la profusion des bienfaits?
De là ces deux règnes divers dont il est parlé dans les saintes lettres : l'un de rigueur et de dureté , que le Psalmiste nous représente en ces mots : • Vous les régirez, dit-il , avec un sceptre • de fer, et vous les briserez tous ainsi qu'un
- vaisseau de terre 1 ; • l'autre de douceur et de joie , que le même Psalmiste décrit : " Avan-
- cez , dit-il , 6 mon Prince ! combattez heurcu- ■ sement , et régnez par votre beauté et par votre « bonne grâce “. ■ Par ou le Saint-Esprit nous veut faire entendre qu'il y a un règne de fer, et c’est le règne de la justice rigoureuse qui assujettit par force les esprits rebelles , en les contraignant de porter le poids d'une impitoyable vengeance : et qu'il y a un règne de paix ; et c'est le règne de la bonté qui possède les cœurs souverainement par les grâces de ses attraits infinis : de sorte que nous avons prouvé par les Écritures le règne de la puissance, et de la justice et de la miséricorde divine.
Ces vérités étant supposées , venons maintenant a l'enfant Jésus ; et puisque tant de prophéties, tant d’oracles, tant de figures du Vieux Testament lui promettent qu'il sera roi , ne craignons pas de lui demander de quelle nature est la royauté qu'il est venu chercher sur la terre. Il est certain, aimable Jésus, que ce nouveau règne ne s'établit pas sur votre pouvoir, puisque vous vous revêtez de notre faiblesse ; ni sur la rigueur de votre justice , puisque vous déclarez dans votre Évangile que vous n'ètes » pas venu * pour juger le monde » Que nous reste-t-il
1 Pt. Il , o.
» Ibitl. IUT, s.
* Joait. vil , 47.
donc maintenant à dire , sinon que le règne que vous commencez est un règne de miséricorde? Aussi ne prenez-vous pas aujourd’hui le titre pompeux de Dieu des armées , pour nous étonner par votre puissance ; ni la qualité terrible de juste juge , pour nous effrayer par votre rigueur; mais l'aimable nom de Jésus, pour nous inviter par votre clémence. Vous venez pour régner; il vous plaît de régner sur nous en qualité de Sauveur des âmes; et ainsi vous accomplissez cette fameuse prophétie d’un de vos ancêtres : « Dieu , qui est notre roi devant tous les - siècles , a opéré le salut au milieu du monde. •
Mais , fidèles , s’il est véritable que le nom de Jésus soit un nom royal , un nom de grandeur et de majesté, qui promet à l'enfant que nous adorons un empire si magnifique, pourquoi voyons-nous du sang répandu, et ne recherchons-nous point dans les Écritures le secret de cette mystérieuse cérémonie? J'entends votre dessein , û mon roi Sauveur ! Ce n'est pas assez que vous soyez roi , il faut que vous soyez un roi conquérant. Comme roi , vous sauvez vos peuples ; comme conquérant , vous donnez du sang et vous achetez à ce prix les peuples que vous soumettez, à votre pouvoir. Et c'est, fidèles, pour cette raison que dans cette même journée, où il reçoit le titre de roi dans la qualité de Sauveur, il veut que son sang commence a couler, afin de nous faire voir son règne établi sur le salut de tous scs sujets et sur l'effusion de son sang. Considérons ces deux vérités qui comprennent tout le mystère de cette journée. Prouvons par des raisons invincibles qu'il n'est point d'empire mieux affermi, ni de conquête plus glorieuse ; et tâchons de profiter tellement de cette doctrine tout apostolique, que nous méritions enfin d'être la conquête de notre monarque Sauveur, qui n'ac.mquis et ne s'assujettit sespcuples qu'en les délivrant.
Pour comprendre solidement combien grande, combien illustre , combien magnifique est la souveraineté du Sauveur des âmes , il faut premièrement former en nous-mêmes la véritable idée de la royauté, où je vous demande, fldeles, que vous ne vous laissiez pas éblouir les yeux par cet éclat et par cette pompe qui remplit d’étonnement le vulgaire. Comprenons dans la royauté des rois quelque chose de plus relevé que ce que l'ignorance y admire. Certes , je ne craindrai pas de le publier : ce ne sont ni les frênes, ni les palais , ni la pourpre , ni les richesses , ni 1rs gardes qui environnent le prince , ni cette longue suite de grands seigneurs, ni la fouie des courtisans qui s'empressent autour de sa personne; et pour dire quelque chose de plus redoutable ,
POUR LA CIRCONCISION
ce no sont ni les forteresses, ni les armées qni j me montrent la véritable grandeur de la dignité royale. Je porte mes yeux jusque sur Dieu même, et de cette Majesté infinie je vois tomber sur les rois un rayon de gloire que j'appelle la royauté. Et pour dire plus clairement ma pensée, je soutiens que la royauté, à la bien entendre, qu'cst-ce , fidèles, et que dirons-nous? C'est une puissance universelle de faire du bien aux peuples soumis : tellement que le nom de roi , c'est un nom de père commun et de bienfaiteur général ; et c'est là ce rayon de divinité qui éclate dans les souverains.
Expliquons toutes les parties de cette définition importante , qui sera le fondement de tout mon discours. Je dis donc que la royauté est une puissance. Je ne m'arrête point à prouver une vérité si constante ; mais passant plus outre je raisonne ainsi. Je dis que si la royauté est une puissance , il s'ensuit manifestement que c'est une puissance de faire du bien; et j'appuie cette conséquence sur ce beau principe : Tout ce qui mérite le nom de puissance , naturellement tend au bien. Juges si j’établirai cette vérité par des raisons assez convaincantes.
La puissance qui s'emploie à faire dp mal aux autres , le fait ou justement ou injustement. Si elle le fait avec injustice, il est certain que c'est impuissance : car nul ne peut opprimer les autres par violence et par injustice, qu’il ne se mette le premier dans la servitude. C'est pourquoi il est écrit dans l’Apocalypse, que » celui ■ qui mène les autres en captivité, va lui-même
- en captivité : ■ Qui in captivitatcm duxerit, in captivitatcm vudet '. Sans doute afin que nous concevions que celui qui opprime , celui qui tourmente, est le premier esclave de 'son injustice, ! selon l'expression de l'Apôtre : Servi injustitiœ \ Étant dans un si honteux esclavage , il ne peut pas être appelé puissant ; et par conséquent la puissance d'affliger les autres avec injustice, n'est pas une véritable puissance : tiihil possum us contra veritatem , sed pro verilate 1 : « Nous
» ne pouvons rien contre la vérité ; mais nous
- pouvons tout pour elle : ■ puissance qui se détruit elle-même.
Mais que dirons-nous maintenant de cette puissance qui punit les crimes , et qui donne des armes à la justice contre les entreprises des méchants? C’est ici qu'il faut que je vous propose une belle théologie de Tertullien; elle donnera un grand jour à la vérité que j'ai avancée , que tout ce qui mérite le nom de puissance est natu-
• Âpoc. Mil, 10-
> Rom. 17.
» 11. Cor. MU,
rellcment bienfaisant. Ce grand tomme comparant la bonté de Dieu, par laquelle il fait du bien à ses créatures , avec la sévérité rigoureuse par laquelle il les châtie selon leurs mérites , dit que la première lui est naturelle , c'est-à-dire , la munificence ; et que l'autre est comme empruntée , c'est-à-dire , la sévérité : Ilia ingenita , tare accidcns; ilia édita, hæc adhibita ; ilia propria, hæc accommodata Et il en rend cette excellente raison : Car; dit-il, la toute-puissance divine jamais n'afflige ses créatures, que lorsqu'elle y est forcée par les crimes. Si donc jamais elle ne se résout à leur faire sentir du mal que par une espèce de force , il parait qu'elle leur fait du bien par nature; et par là ma proposition demeure invinciblement établie. Car ce n'est pas une véritable puissance d'affliger les hommes avec injustice , parce que, ainsi que nous avons dit, l'injustice est une faiblesse et un esclavage : de sorte que la véritable puissance ne faisant jamais de mal à personne , que lorsqu'elle y est contrainte et forcée , il s'ensuit que par elle-même et de sa nature elle est éternellement bienfaisante. Et c'est pour cette raison, chrétiens , que je dis que la royauté est une puissance de faire du bien; parce que telle est la nature de toutes les puissances légitimes , et que la puissance des rois est un rayon de la puissance divine si naturellement libérale.
Mais j'ajoute que cette puissance est universelle; et c’cst, fidèles, cette différence qni distingue le souverain d'avec les sujets. Les libéralités particulières sont nécessairement limitées ; c'est le privilège du prince de pouvoir étendre scs bienfaits par tout son empire : il montre l'éminence de sa dignité par letendue de son influence. Ainsi, Dieu a mis le soleil dans une place si élevée au-dessus de nous , pour réjouir par sa vertu toute la nature. L'action du prince , occupé à foire du bien à ses peuples , me montre sa grandeur et son abondance : c’cst le caractère de la royauté , c’est ce qui fait la majesté des monarques ; et par là vous pouvez comprendre quelle est la royauté du Sauveur Jésus.
S'il est vrai que la royauté , c’est une puissance de faire du bien ; si le salut qui mène avec lui la paix, l'abondance, la félicité, est un bien si considérable qu’il est capable de rassasier jusques aux désirs les plus vastes; qui ne voit qu'il n'est rien plus digne d'un roi que de s’établir en sauvant son peuple? Et nous en lisons un très-bel exemple dans les Écritures sacrées. Lorsque Snül entendant les glorieux éloges que tout le monde donnait à David : « Sait! en a dé-
1 Lib- il, flrfr. Mtmtn. n" II.
DK NOIRE-SEIGNEUR.
• fait mille , et David dix mille ' ; il a frappe
■ le Philistin , et a ôté l'opprobre d'Israël : » aussitôt il s’écria tout troublé : « Après cet éloge ,
- dit-il , il ne lui manque plus rien que le nom « de roi ■ Comme s'il eut dit : On me dépouille de ma royauté , puisqu'on m'ôte la gloire de garder mes peuples ; ou transfère l'honneur royal à David , en reconnaissant que c'est lui qui sauve, et il ne lui en manque plus que le titre. Tant il est véritable, ô fidèles» que c'est le propre des rois de sauver. C'est pourquoi le prince Jésus , en venant au monde, considérant que les prophéties lui promettent l’empire de tout l'univers, il ne demande point à son Père une maison riche et magnifique , ni des armées grandes et victorieuses , ni enfin tout ce pompeux appareil dont la majesté royale est environnée. Ce n'est pas ce que je demande , ô mon Père I Je demande la qualité de Sauveur, et l'honneur de délivrer mes sujets de la misère , de la servitude, de la damnation éternelle. Que je sauve seulement, et je serai roi. O aimable royauté du Sauveur des ümes !
Ces vérités étant supposées , venez maintenant adorer, mes frères, l’auguste monarchie du Sauveur des âmes; et parce que mes sentiments sont trop bas pour vous exprimer une tel le gloire , écoutez de In bouche de saint Augustin ce qu'il en a appris dans les Écritures : - Ne nous imaginons « pas , dit ce grand docteur, que ce soit un avantage
- pour le Roi des anges d'être fait aussi le prince
• des hommes. Le règne qu'il lui plait établir sur
■ nous , c'est la paix , c'est la liberté , c'est la vie
- et le salut de ses peuples. Il n'est pas roi, pour- « suit-il encore, ni pour exiger des tributs, ni « pour lever de grandes armées; mais il est roi, « dit ce saint évêque, parce qu'il gouverne les «âmes, parce qu'il nous procure les biens éter- « ncls, parce qu'il fait régner avec lui ceux que « la charité soumet à scs ordres. « Et enfin il conclut ainsi : « Le règne de notre Prince , c'est notre
■ bonheur ; ce qu'il daigne régner sur nous , c’est « clémence , c'est miséricorde ; ce ne lui est pas un « accroissement de puissance , mais un temoi-
■ gnage de sa bonté : « Diynalio est , non promotio; miseraiionis indicium, non potestatis augmentum J.
Mais, fideies, d'où savons-nous que tels sont les sentiments de notre monarque? Ecoutons l'Ecriture sainte ; écoutons, et que noscœurs s'attendrissent en contemplant la miséricorde infinie de Jésus notre souverain très-aimable. Je remarque dans son Évangile une chose très-considérable :
1 l. h*-?, xviu, 7.
> mm. s.
« Tract. U, iaJaa». 0* k., t. Ul , pari. Il, Col. sas.
c'est que jamais il n'a confessé qu'il fut roi, que devant le tribunal de Pilate, et il le fait dans des circonstances qui sont dignes d'être obsers ces ‘....
Qui ne vous louerait , ô mon Prince? qui n'admirerait vos bontés? Que le ciel et la terre chantent U jamais vos miséricordes ! Que vos fidèles célèbrent éternellement la magnificence de votre règne! Quel empire est mieux acquis que le vôtre, puisqu'on ne voit parmi vos sujets que des captifs que vous avez délivrés, des pauvres que vous avez enrichis, des misérables que vous rendez bienheureux , des esclaves que votre bonté a changés en rois?
Mais, fidèles, ce n'est pas assez de contempler la gloire de notre Prince : elle est si grande et si éclatante , qu'elle n'a pas besoin d’être relevée par nos paroles ; mais elle veut être honorée par nos actions. Faisons donc cette réflexion chrétienne sur les vérités que j'ai annoncées. Chaque monarchie a ses droits , selon la qualité des monarques : ainsi nous devons régler nos devoirs sur le titre de notre Prince. Or, je vous demande , mes frères , que ne doivent pas des peu ■ pies sauvés à un roi Sauveur? Considère, ô peuple sauvé , que , si l’on t'a sauvé , tu étais perdu ; et si I on t'a sauvé tout entier, tu étais perdu tout entier , et si tu étais perdu tout entier, tu te dois aussi tout entier à celui par qui tu subsistes. Et cependant tu oublies Jésus; ou les affaires ou les débauches, ouïes vains empressements de la terre t'enlevent entièrement à Jésus. Du moins ne sens-tu pas en ta conscience que tu crois faire beaucoup de te partager? Jésus aura ce quart d'heure , etc. ; mais le coeur n'est à lui qu'à demi ; et n’y étant qu’à demi , il u’y est point du tout.
S’il y a quelque those en nous dont Jésus ne soit pas Sauveur, je veux qu'il nous soit permis de le réserver. Mais si nous voulons avoir la consolation de croire qu'il a sauvé tout ce que nous sommes, pourquoi ne voulons-nous pas avoir la justice de lui donner aussi tout ce que nous sommes? Eh! ne voyons-nous pas qu'étant le Sauveur, et ne voulant régner que comme Sauveur, nous ne lui donnons rien qu'afin qu'il le sauve? Qucllcest notre ingratitude et notre folie , si nous nous soulevons tous les jours contre ce roi de miséricorde, dont le règne est notre salut ; si , au lieu de nous joindre aux pieuxeufants qui présentent despalmcsà notre Sauveur : « Vive , disaient- « ils , le Fils de David ; bénisoit le roi d'Israël * , « nous embrassons le parti rebelle des séditieux de la parabole, en nous écriant avec eux : ■ Nous « ne voulons point qu'il règne sur nous’? « Car
» Voyez le srrmoo prmxlcut , p. 231.
» Natlk. xxi. IB.
s Luc. xix , K.
POUR LA CIRCONCISION
oserions- nous (lire qu'il régne sur nous, puisque nous foulons aux pieds tant de fois les saintes maximes de son Evangile? Quelle illusion 1 quelle moquerie ! Nous disons qu'il est notre roi , et nous méprisons ses commandements. Nous nourrissonsdes inimitiés implacables , et nousnousdlsons les sujets dn Rot pacifique. Nousbrùlons de convoitises brutales, et nous voulons être à l’Époux des vierges. Notre âme est enivrée des plnisirs du monde , et nous servons un roi couronné d'épines.
Retournons, retournons, fidèles, à l'empire du roi Sauveur. Refuser un prince qui sauve , c'est renoncer ouvertement au salut. Imprimons bien avant en notre pensée que nous sommes un peuple sauvé , afin qu’ayant toujours en notre mémoiro les misères dont Jésus-Christ nous a délivrés, nous apprenions que nous n'avons rien que par la miséricorde du libérateur. Et puisque le prince qui nous a sauvés, non-seulement nous tire de la servitude, mais encore nous rend participants de sa royauté, rougissons de retomber dans les fers, nous que Jésus-Christ a faits rois. Ne jetons pas aux pieds de Satan la couronne que Jésus a mise sur nos tètes. Puisque la bonté du Sauveur nous a non-seulement affranchis, mais en quelque façon déjà couronnés , concevons qu'il est indigne de nous de servir ce divin monarque dans la servilité de la crainte. Scrvons-le donc , fidèles, dans la liberté de la sainte dilectlon servons-le d'une affection libérale , puisqu'il ne demande que notre amour pour le prix de ses travaux et de sesconquètes. Mais afin que vous compreniez ma pensée qui ne tend qu à l édification de vos âmes, il faut que je déduise par ordre quelques propositions importantes.
première proposition , c'est que le Fils de Dieu surmontant le monde devt.it principalement surmonter les coeurs. C'est ce qui nous est prophétisé manifestement dans le psaume où Dnvid parle de lui en ces termes : Sagiltæ ralentis naître ’ : • Les flèches du Puissant sont perçan- >tes; les peuples tomberont à ses pieds; ses
- coups donnent tout droit nu cœur des ennemis • de mon roi. » Par où vous voyez, chrétiens, que le roi dont parle cette prophétie, c'est-à-dire , sans difficulté le Sauveur des âmes, devait principalement subjuguer les cœurs. Et la raison en est évidente. Car le Fils de Dieu est venu au monde pour dompter les peuples rebelles, qui s'étalent révoltés contre Dieu son Père. Et quand
1 On Ironvr fur IYim>]nppc cio manuscrit orîRinal ce* parole» écrites de la mnin de Bn*«uc(, qni ont rapport » ce qu'il dit ici ARirei! amls.cn rot», noin-o e.scl.ive», perla dis-
- rlte.r'csl clic qui n.Hl» fuit «Rir mycilcmcnt : •rrgmw maltd-tlum, rrgahm t'i'm Jnc II, ». {tdil. de Dr/m, )
* Cl. VI IT. 7
je cherche la rébellion par laquelle nous nous soulevons contre Dieu , je trouve infailliblement qu'elle est dans le cœur. Ce ne sont pas nos bras ni nos mains qui s'élèvent insolemment contre Dieu ; c'est le cœur qui s’enfle au dedans , c’est lui qui murmure, c’est lui qui résiste : fiïxil insipiens in corde suo : /Von est Deus • : « I.’ln- « sensé a dit en son cœur : Il n'y n point de Dieu. » L’insensé combat contre Dieu ; et voyant bien qu'il ne le peut détruire èn effet, il tâche de le détruire du moins en son cœur. La rébellion est donc dans le cœur. Et c’est pourquoi le même prophète qui a remarqué que c’est là que se nourrit la rébellion , nous apprend aussi que c'est là que portent les coups du victorieux : tn corda inimicorum regis. C'est ce qui fait dire à saint Augustin que les peuples que Jésus surmonte tombent dans le cœur. Qu'est-ce à dire , tomber dans le cœur ? » C'est dans le cœur qu’i Is s'élevaient » contre lui, c’est dans le cœur qu'il les abaisse • et les fait tomber : • lbi se erigebant adeersus Christum , ibi eadunt ante Chrislum *.
D'où passant plus outre , je dis en second lieu avec le même saint Augustin, que pour abattre ses ennemis dans le cœur, il fallait qu'il les remplit de son saint amour. C'est alors que les cœurs tombent devnnt lui , saintement abaissés par la charité : Populi sub te carient, nous dit le Psalmiste. De là vient que notre prophète arme les mains de son conquérant de flèches aiguës, qui signifient les traits perçants par lesquels la charité pénètre les cœurs : Sagillœ Potentis acutœ. Et c'est Ici, chrétien, que tu dois apprendre que si Jésus ne te toucheau cœur, si tu ne brûles pour lui par un saint amour, tu ne pourras jamais être sa conquête. Car tu ne peux être sa conquête, jusqu’à ce que tu sois blrssé par scs armes. Puis donc que les armes de notre Prince sont des flèches qui percent les cœurs , tant que tu le sers seulement par crainte , tant que le cœur n'est point blessé par le saint amour, tu n'es point la conquête du Sauveur des âmes. Or pour blesser les cœurs par amour, pour les gagner, pour les conquérir, il fallait que mou Prince répandit du sang. Et c'est ce qui achève mon raisonnement , et nous découvre le secret de la prophétie ; c’est là que je découvre les charmes par lesquels Jésus subjugue les cœurs.
De là vient que nous lisons dans son Évangile , que pendant le cours de sa vie il a toujours eu peu de sectateurs; jusque-là que ses amis rougissaient souvent de se voir rangés sous sa discipline. Mais après qu'il a répandu son sang, tous les peuples peu à peu tombent à ses pieds, jus-
' Pt. Ul. i.
1 lt/ar In Pt. sur, H* Ift, t iv, cul. 3S9.
1)E NOTRK-SEIG.NKIR.
ques aux terres les plus inconnues , jusques aux nations les plus inhumaines, que sa doctrine a civilisées. Rome , après s'ètre longtemps enivrée du sang de ses généreux combattants, Rome la maîtresse a baissé la tête , et a rendu plus d’honneur au tombean d'un pauvre pécheur, qu'aux temples de son Romulus. Les empereurs même les plus triomphants sont venus au temps marqué par la Providence, rendre aussi leursdevoirs ; ils ont élevé l’étendard de Jésus au-dessus des aigles romaines ; ils ont donné la paix à l’Église par toute l'étendue de l'empire.
Où êtes-vous maintenant , A persécuteurs? Que sont devenus ces peuples farouches qui rugissaient comme des lions contrefinnocenttroupeau de Jésus? “ Ils ne sont plus , dit saint Augustin ;
- Jésus les a frappés dans le cœur : Jésus a défait
• ses ennemis , et il en a fait des amis : les cnne-
- mis sont morts , ce sont des amis qui sont en leur
- place : » Ceciiicrunt ; ex inimicis amici facti surit; inimici mortui surit, amici vivant ■. Le sang répandu par amour a change la haine en amour. O victoire vraiment glorieuse ! qui se nmd les cœurs tributaires; é noble et magnifique conquête ! A sang utilement répandu 1
Mais finissons enfin ce discours par une dernière considération, par laquelle l'ApAtrc nous fera comprendre combien nous sommes acquis au Sauveur des Ames par le sang qu'il a versé pour l'amour de nous. Nous ne sommes pas seulement au prince Jésus comme un peuple qu'il a gagné par amour, mais comme un peuple qu'il a acheté d'un prix inlini ; et remarquez » qu’il ne nous a
• pas achetés, comme dit saint Pierre1, ni par
- or,niparargcnt,ni par des richesses mortelles. • Car, étant maître de l'univers , tout cela ne lui coûtait rien ; mais parce qu'il nous voulait beaucoup acheter, il a voulu qu'il lui en coûtât. Et afin que nous entendions jusqu'à quel point nous lui sommes chers, il a donné son sang d'un prix inlini. Entrons profondément en cette pensée.
Tout achat consiste en échange. Vous me donnez, je vous donne, c'est un échange; et dans cet éeliange, fidèles, ce que je reçois remplit la place de ce que je donne. I-'achat n’est point une perte. Je me dessaisis, mais je ne perds pas; parce que ce que je reçois me tient lieu de ce que je donne. Ceia est dans le commerce ordinaire. Qu'a donné Jcsus pournous acheter?ila donné sa vie, sa chair et son sang. Donc nous lui tenons lieu de sa vie ; nous ne sommes pas moins à lui que son propre corps et que le sang qu’il a donné pour nous acheter ; et c'est pourquoi nous sommes ses membres. Belle et admirable manière d'acquérir
1 5. 4 H <j. i tbixiipra.
* I- Prit- 1, |ft
les hommes ! Ah ! mes frères , élevons nos cœurs ; travaillons à nous rendre dignes de l’honneur que nous avons d'être à lui par une sorte d'union si intime. Vêtons pas à Jésus le prix de son sang. Songeons à ce que dit l’apêtre saint Paul : « Vous ■ n'étes pas à vous, nous dit-il; car vous avez - été pavés d'un grand prix '. ■ Consacrons toute notre vie nu Sauveur, puisqu'il l’a si bien achetée; et comme il ne nous achète que pour nous sauver, parce qu’il ne nous possède que comme Sauveur, ne rompons pas un marché qui nous est si avantageux.
Considère , A peuple fidèle , que nous appartenons au Seigneur Jésus par le droit de notre naissance. Étant donc à lui à si juste titre, puisqu’il nous pave encore, puisqu’il nous achète, comprenons que c'cst notre amour qu'il veut acheter, parce que notre rébellion le lui a fait perdre. Qui ne vous aimerait , A Jésus ! qui ne vous donnerait un amour que vous exigez avec tant de force , que vous attirez avec tant de grâce , et enfin que vous couronnez avec une telle libéralité? Aimons donc Jésus de toute notre âme , aimons fortement , aimons constamment ; et ayons toujours en notre pensée, que l'amour que nous lui rendons est un amour gagné par le sang. C’est pourquoi résolvons-nous , chrétiens, à aimer Jésus-Christ parmi les souffrances. C'est aimer trop faiblement Jésus-Christ, que de ne souffrir rien pour l'amour de lui. Son amour parait par son sang ; il ne reconnaît point d'amour qui ne soit marqué de sang tout comme le sien.
Mais quel sang lui donnerons-nous? Irons-nous chercher bien loin des persécuteurs qui répandent notre sang pour l'amour de lui ? non , fidèles , ce n'est pas là ma pensée. Il n’est pas nécessaire de passer les mers , ni de visiter les peuples barbares. Si nous aimons assez Jésus-Christ, la foi inventive et industrieuse nous fera trouver un martyre au milieu de la paix du christianisme. Quand il nous exerce par les souffrances , si nous l’endurons chrétiennement; notre patience tient lieu de martyre. S'il met la main dans notre sang et dans nos familles, en nous étant des parents et des proches que nous chérissons , et que bien loin de murmurer de ses ordres, nous sachions lui en rendre grâce; c’est notre sang que nous lui donnons. Si nous lui offrons avec patience un cœur blessé et ensanglanté par la perte qü'il a faite de ce qu'il aimait justement ; c'est notre sang que nous lui donnons. Et puisque nous voyons dans les saintes Lettres, que l'amour que nous avons des biens corruptibles est appelé tant de fois la chair et le sang; lorsque nous retranchons cet amour, qui ne peut être arraché que de vive
■ t. Cor. vi, le, 2o.
POUR LA CIRCONCISION
force , de aorte que l’âme se sent comme déchirée par la violence qu’elle souffre , c'est du sang que nous donnons au Sauveur.
Quelques philosophes enseignent que c’est la même matière du sang qui fait les sueurs et les larmes. Je ne recherche pas curieusement si cette opinion est la véritable ; mais je sais que devant te Seigneur Jésus et les larmes et les sueurs tiennent lieu de sang. J'entends par les sueurs , chrétiens, les travaux que nous subissons pour l’amour de lui , non avec une nonchalance molle et paresseuse , mais avec un courage ferme et une noble contention. Travaillons donc pour l'amour de Dieu. Faut-il faire quelque établissement pour le bien des pauvres, se préscnte-il quelque occasion d'avancer la gloire de Dieu , d'employer des soins charitables au salut des âmes ; faut-il résister généreusement aux entreprises de l'hérésie , afin qu'étant plus soumise clic devienne par conséquent plus docile, afin qu’étant plus humble elle devienne plus disposée à rendre les armes à la vérité : montrons de la vigueur et du zélé. Travaillons constamment pour l'amour de Dieu , et tenons pour chose assurée que les sueurs que répandra un si beau travail , c'est du sang que nous donnons au Sauveur.
Mais quel sang est plus agréable à Jésus que celui de la péniteuce ; ce sang que le regret de nos crimes tire si amoureusement du cœur par les yeux , c'est-à-dire , le sang des larmes amères, qui est nomme par saint Augustin ' le sang de notre âme ; ce sang que nous versons devant Dieu, lorsque repassant nos mis écoulés, dans l'amertume de notre cœur, nous pleurons sincèrement nos ingratitudes ? c’est ce sang que nous devons au Sauveur. Présentons-le-lui devant ses autels, mêlons-le dans le sang de son sacriilce ; portonsle à ces tribunaux de miséricorde, que l'infinie bonté du Sauveur érige dans les églises, pour purger nos fautes. Mais, lldèlc, si c'est un sang que tu aies consacré nu Seigneur Jésus , prends garde de ne fêter point de scs mains. Tu lui êtes les larmes que tu lui as données , lorsque tu retournes au péché que tu as déjà pleuré plusieurs fois ; car alors tu Improuves tes premières larmes, tu condamnes tes déplaisirs , tu te repens de ta pénitence. Ah I Jésus n'improuve pas ce qu'il a fait une fois pour toi : au contraire, il le perpétue tous les jours en quelque façon sur ses saints autels.... Serment de fidélité au roi Jésus prêté au baptême : rcnouvelons-le devant Dieu *.
1 Srrm. cocu, n" 7, t V, col. I3WJ.
7 Voyes le sermon précàlcol, p. 141.
TROISIÈME SERMON
POU B l-A VÊTU
DE LA CIRCONCISION
DH NOTRE-SEIGNEUR
raècirè le ritEviEit jour de l'as i <v,7 ’ .
Malice du pcchC, aes effet*. Etendue de nos maladies : leoi* «riaa du Sauteur pouc noua en delh eer : dUpoallious pour J cepondre. Moyens d'aaeucer notre guértaou.
Vocaiiis nnraen ejua désuni : ipse enirn saivum làciel po-
pulum Mi uni à peccatù corutn.
foin lut donnera le nom de Jésus , c'est-à-dire. Sauveur : parce que c'est lui qui sauvera son peuple de
scs péchés. Mattli. 1,21.
Si nous avions conservé les sentiments que Dieu avait mis d'abord dans notre nature , il ne faudrait aucun effort pour nous faire entendre que le péché est le plus grand de tous les maux ; et sans le secours des prédicateurs, notre conscience nous en dirait plus que tous leurs discours. Ce qui nous trompe, mes frères, ce qui fait que nous avons peine à donner au péché le nom de mal ; c'est à cause qu'il est volontaire. Mais en cela notre erreur est visible , puisqu'au contraire c'est de notre faute, qui est volontaire, que la peine, qui ne l'est pas, prend su naissance : c'est pour venger le consentement que nous avons donné de nous-mêmes à notre perte et à notre honte, que la mortalité, que les maladies, que l'enfer même et tous ses supplices viennent eu foule nous accabler malgré nous. Et quiconque sera le Sauveur des hommes , il doit uniquement s'attacher à ce principe volontaire et universel de tous nos maux. C'est pourquoi Dieu nous avertit que si aujourd’hui, parmi les douleurs de la circoncision , Il donne à son Fils le nom de Sauveur, et relève par un si grand nom son humiliation ; c'est à cause qu'il doit sauver son peuple fidèle de ce grand mal du péché. D'autres ont porté ce beau nom pour avoir délivré le peuple ou d'une longue captivité, ou des périls de la guerre , ou des horreurs de la famine. Toute laugue doit confesser que celui-ci est un Sauveur à meilleur titre ; puisqu'il ne vient pas nous sauver, comme les autres, des peines ou de quelques suites du péché : il vient nous sauver du péché même : et attaquant le mal jusque dans sa source, il est le véritable Libérateur et le Sauveur par excellence. C'est, mes frères, en peu de paroles l'explication de mon texte, et c'est par là que le nom sacré de Jésus est au-dessus de tout nom. Je pourrais
’ * P*r«. dam l'rjlhj de Salnt-Louit dei Jnuiln.
Dgle
DE ÎSOTRE-SElGiN'EL'R.
vous faire voir avec saint Paul qu'à ce nom tout genou fléchit dans le ciel , dans la terra et dans les eufers’, et par ce moyen remplir vos esprits d'admiration et d'étonncmeut pour uu nom si auguste et si magnifique. Mais j'aime mieux vous faire voir, par le propre seus de mdu texte , qu'à ce Dom le ciel et la terre sont remplis de joie , d'espérance, d'actions de grâces; et que tout coeur doit être enflammé d'un saint amour : c'est à quoi je consacre tout ce discours. Et comme j'apprends de saint Paul que • nul ne peut même » nommer le Seigneur Jésus, que par la grâce
• du Saint-Esprit * , • je le demande humblement par l'intercession de la bienheureuse Vierge. Arc.
La rémission des péchés, le propre ouvrage du Sauveur, et la grâce particulière de la nouvelle alliance , se commence dans le baptême , se continue dans toute ta vie et s'achève dans le ciel. C'est ce que saint Augustin nous explique par une excellente doctrine , en interprétant cette parole de saint Jean-Baptiste : * Voila l'agneau de
■ Dieu ; voici celui qui ôte les péchés du monde 5. • Les paroles de saint Augustin sont trop belles et trop précises pour u'être pas rapportées au commencement de ce discours, puisque aussi bien elles en sont tout le fondement : Tôt lit autan , et dimittendo quœ facta sunt...et adjuvando ne fiant, et perducendo ad vitam ubi Jicri omnino non possint *. « Jésus-Christ ôte le péché, et parce » qu’il nous le pardonne , lorsque nous y sommes « tombés : • et dimittendo quœ facta svnt : * et
■ parce qu'il nous aide à n'y tomber plus : • et adjuvando ne fiant : « et parce qu'il nous conduit « à la vie bienheureuse, où nous ne pouvons plus
* y tomber jamais : ■ et perducendo ad vitam ubi Jicri oiimino non possint.
Ainsi le règne du pécl’ié est enttèremcntdétruit , et la grâce de notre Sauveur remporte sur cet ennemi une pleine victoire. Et afin de la mieux entendre , [considérer. ,] mes frères , [que] quand nous nous livrons au péché , il a sa tache qui nous déshonore, et qui entraîne après clic la mort éternelle : et lorsque le péché est effneé dans les âmes par la grâce du saint baptême , ou par celle de la pénitence, il y laisse encore scs appâts trompeurs et scs attraits qui nous tentent : et dans la plus grande vigueur de la résistance, si nous vivons sans péché , du moins sans ces péchés qui donnent la mort, nous ne vivons pas sans périls ; puisque nous avons toujours en nousmêmes cette liberté malheureuse et cette déplo-
* Philtpp. Il, 10,
* I. Cor. XII, a.
1 Jnan. i , 2P-
* Op. imprrf. font, Jut. Iil>. il, n* M , 1. x , col- W6-
rable facilité de succomber à un mal si dangereux. Pour être notre Sauveur, et remplir toute l’étendue d'un titre si glorieux , il faut quo le Fils de Dieu nous délivre de ces trois maux : il ôte le mal du péché , parla grâce qui nous le pardonne : il en réprime l'attrait , par la grâce qui nous soutient durant tout le cours de la vie : enfin il en arrache jusqu’à la racine , et en ôte tout le péril , par la grâce qui nous couronne et nous récompense. Tel est l'ouvrage du Sauveur. Ah ! mes frères , faisons le nôtre : à ces trois grâces , qu’il nous donne , doivent répondre de notre côté trois dispositions; rctencz-les, chrétiens. Et si vous voulez jouir du salut qui vous est offert en Jésus-Christ , reconnaissez avant toutes choses avec amour et action de grâces , le pardon qui vous a été accordé; combattez, sans vous relâcher jamais, l'attrait pernicieux qui vous porte au mal ; et aspirez de tout votre cœur à l'état heureux où vous n'aurez plus à craindre le poids intérieur d'aucune faiblesse. Voilà toute la vie chrétienne, qui répond au nom adorable de Jésus-Christ. Et, mes frères , je serai heureux si je puis vous imprimer dans le cœur ces trois vérités.
PRF.H1EB POINT.
Pour comprendre parfaitement ce que vous devez au Sauveur, -comprenez avant toutes choses ce que c’est que le péché dont il vous délivre. Je ne veux pas ici , chrétiens , que vous regardiez dans le péché , ni la faiblesse qui le produit , ul la honte qui l’environne, ni le supplice affreux qui le suit de prés : non , non , pour le détester, je ne veux que vous attendiez , ni la sentence du Juge, ni la sanglante exécution de ce dernier jugement , ni le soulèvement universel des créatures unies pour venger l'outrage de leurCréateur, ni l'ardeur d’un feu dévorant , ou comme l'appelle saint Paul , son émulation , ignis œmulutio ' , et cette force toujours renaissante qui s'irrite de plus en plus contre les méchants. Ce n'est point tout cela que je veux que vous remarquiez : ce que Je voudrais vous faire entendre, c'est ce qui mérite tout cela; ce qui par conséquent est plus funeste, plus mauvais et plus digne de notre haine ; c'est-à-dire , le déréglement , l'iniquité , la laideur, In malice même du péché.
Et d'ou vient cette laideur et cette malice qui le rend si digne d'exécration ? il est aisé de l'entendre. C'est que l’homme est soumis par sa nature, et il doit être soumis par son choix à la volonté divine et à la raison étemelle qui en dij rige la conduite; il s'y doit unir de tout son ! cœur : car c'est ce qui le fait juste, ce qui le fait droit, ce qui le fait vertueux. Quand il pèche,
I ' /kir. x, 7.
POUR LA CIRCONCISION
il s'eu détache : il préféré sa volonté n celle de Dieu ; la volonté dépendant et subordonnée i la volonté souveraine ; la volonté errante et défectueuse à la volonté toujours droite , qui est sa régie elle-même ; la volonté particulière et qui se borne aussi a contenter un particulier, c'cstii-dire soi-mème , à la volonté première et universelle, par laquelle tout subsiste; où tout ce qui est, tout ce qui vit, tout ce qui entend , trouve son ordre, sa consistance, son repos. Il n'y a rien de plus indigne ni de plus inique, et il n’est pas possible de pousser plus loin, ni la rébellion contre Dieu , ni , ce qui en est une suite , la haine contre soi-même.
Voilé sans doute de tous les maux le plus pernicieux , la rébellion contre Dieu : « Contre qui « vous êtes-vous soulevés? contre qui élcvez- « vous vos regards superbes? contre le suint d'Is- • raél 1 ! • La haine contre soi-même : • Celui « qui aime l’iniquité est ennemi de son âme*. ■ Oui, chrétiens, tout pécheur est ennemi de son âme , corrupteur dans sa conscience de son plus grand bien, qui est l’innocence. Nul ne pèche qu’il ne s'outrage lui-même : nul n’attente à l’intégrité d’autrui , que par la perte de lu sienne : nul ne se venge de son ennemi , qu'il ne porte le premier coup et le plus mortel dans son propre sein : et la haine , ce venin mortel de la vie humaine, commence sa funeste operation dans le cueur où clic est conçue , puisqu’elle y éteint la charité ! et la grâce. Parjure, qui voulais rendre le ciel j complice de ta perfidie ; ce dépôt de la lionne foi que Dieu avait confié a ta garde , mais que tu te ravis â toi-même, combien valait-il mieux que celui que tu refuses de reconnaître !
Ainsi le péché est le plus grand et le plus extrême de tous les maux : plus grand sans comparaison que tous les maux qui nous menacent par le dehors; parce que c’est le dérèglement et l'entière dépravation du dedans : plus grand et plus dangereux que les maladies du corps les plus pestilentielles; parce que c'cst un venin fatal à la vie de l’âme : plus grand que la perte de la raison ; parce que c'est la perte delà probité etde la vertu ; et qu 'après tout, c’est perdre plus que la raison , que d'en perdre le bon usage ; sans quoi la raison même n’est plus qu'une extravagance et un égarement criminel : mal intime qui efface en nous, et qui y déracine tout ce qui nous unit à Dieu ; et qui , faisant entrer la malice jusque dans le fond de notre âme , l’ouvre aussi de toutes parts à la vengeance : par conséquent , pour conclure, mal par-dessus tous les maux, malheur excédant tous les malheurs ; parce que nous y I
1 IV. Rfÿ. vis , si.
trouvons tout ensemble et un malheur et un crime; malheur qui nous accable, mais crime qui nous déshonore; malheur qui nous ôte toute espérance , mais crime qui nous ôte toute excuse ; malheur qui nous fait tout perdre, mais crime qui nous rend coupables du notre perte , â qui même ne reste pas ic triste droit de se plaindre, et dont la honte est plus grande que les infortunes, digne à la fois d'une haine et d'un mépris éternel.
C'en est assez , c'en est assez : je ne puis plus seulement souffrir le nom de péehé. Accablé que je suis d'un si grand mal , si je ne trouve un Sauveur, je ne vis plus. Car, ô Dieu ! sans ce Sauveur miséricordieux , ô Dieu ! ou trouverai-je un remède contre le mal qui me presse? où trouverai-jc un remède contre les désordres ou un asile contre les frayeurs de ma conscience , tristes avant-coureurs des rigueurs inexorables de votre justice? quel recours chercherai-je? Non, mes frères, il n’y a plus que le Sauveur qui nous puisse donner le moyen de respirer un moment. Ne dites pas avec les impies , dont il est parlé dans le Prophète : * Le Seigneur ne nous fera ni « bien ni mal : • Non faciet belle Dominas, et non faciet male ’. Car aussi quel mal lui pouvonsnous faire, pour attirer ses vengeances? Occupé autour des cieux , dont il roule continuellement la grande machine , nos injures ne vont pas jusqu’à lui ; nos péchés , dont on dit qu’il est offensé , ne pénètrent pas jusqu'à lui : c'est ainsi que parle l'impie, et il se rassure sur son impuissance. Ignorant, qui ne voit pas au contraire que quiconque est le vengeur des injustices , doit par sa propre grandeur être au-dessus de scs attaques. C'est à cause que la règle est inaltérable , que le tort et l'injustice se brisent contre elle. C'est à cause que la vérité est invincible , que le mensonge et l'erreur sont confondus en sa présence, la; châtiment doit partir d'une main inaccessible aux injures ; autrement plus occupée à se défendre des crimes, qu'à les punir, elle laissera triompher l'iniquité. A Dieu ne plaise! sous un Dieu si saint, si nos péchés pouvaient nuire à son règne , si nous pouvions affaiblir sa puissance par nos rébellions , ou blesser sa dignité par nos outrages , il serait un vengeur trop peu redoutable. Mais parce que son trône est hors d'atteinte, que la justice l'environne, que son jugement proj cède toujours en puissance et en vérité ; malheur, malheur encore une fois, et malheur jusqu’à l'infini , à quiconque pèche sous ses yeux I
Et cette vérité est si importante , qu'il fallait quelle parut dans le Sauveur même; c'cst pour cela que Dieu fait paraître uu sauveur chargé do
' S'<ph. 1, 13.
[ized by GiOO^lc
DK NOTRE -SEIGNEUR.
nos crimes sur lu croix. Qu’était-ce en effet que le Sauveur? qu'étalt-ce que ce Verbe incarné, mes frères? qu'était-ce autre chose, si ce n’est la vérité même manifestée dans la chair? Ainsi toute vérité y devait être manifestée , et autant la vérité des rigueurs de Dieu que celle de ses miséricordes. Dieu donc « n mis sur le Sauveur « l'iniquité de nous tous ', >• comme disait le prophète; et en même temps pour concilier toutes choses , et de peur qu'au milieu des miséricordes les rigueurs ne fussent oubliées, il a fait du médiateur de sa griiee un exemple de sa justice. Jésus- Christ a subi ce Joug pour l’amour de nous. Dès le commencement de sa vie il a reçu la circoncision, c'est-à-dire , le sacrement des pécheurs et la marque de leur servitude. Quand il commencera son ministère; quand, sorti de sa retraite profonde, il commencera l’ouvrage pour lequel il est envoyé, il recevra encore un autre sacrement des pécheurs dans le baptême. Quoi ! Jésus être baptisé! Jésus, l'innocence même , être mis nu rang des pénitents! Saint Jean à qui il s'adresse en est troublé lui-même : - Seigneur, que je vous bap-
• tise ! Laissez-moi , répond le Sauveur : c’est « ainsi que nousdevonsaccompiirtoutcjusticc'. • Et prêt à porter la peine de tous les pécheurs , il est juste que j’en prenne la ressemblance. « Dieu
• a donc mis sur lui , dit le prophète , l'iniquité
• de nous tous1. « Il a subi ce joug volontairement. Le voilà donc en quelque façon le plus grand de tous les pécheurs, puisqu’il les représente tous dans sa personne : et voilà en même temps, je ne m’étonne point, la vengeance qui le poursuit, à sa tiassance, à sa mort , dans tout le cours de sa vie. Il y aurait succombé, s’il n’eût été Dieu.
Quel" est, mes frères, ce nouveau prodige! Le paganisme a bien pu comprendre qu’il faut être Dieu pour exerrer la justice dans toute son étendue ; et on en vit quelque idée dans le platonisme. Mais qu’il fallut être Dieu pour le souffrir, c’est le mystère du christianisme; mais mystère très-manifeste aux yeux épurés : car le poids de la vengeance divine sur le pécheur est si grand , que s’il faut une puissance infinie pour l’envoyer, il n’en faut pas une moindre pour le soutenir. Que Jésus-Christ prenne seulement la forme d’esclave et la ressemblance du péché, que Jésus-Christ ne soit que pécheur, entendez toujours, par la représentation de tous les pécheurs , et la charge qu’il s’est imposée de porter la peine de tous les crimes : sa croix l’accablera de son poids; il demeurera enseveli dans les ombres de la mort ; et les prisons de l’enfer où il
• /.*. lui. s.
1 Matth. m. 14, ls.
J h. LUI, 6.
a fallu qu’il descendit , le tiendront éternellement captif. Mais parce que ce pécheur par représentation est en effet un Dieu tout-puissant , c’est pour cela, comme dit David, qu'ila été - libre entre les « morts1, » et supérieur non-seulement à la peine du péché, mais au péché même : il est devenu : par son sang In propitiation de tous les péchés , et le Sauveur de tous les hommes.
Accourez donc, ô pécheurs! quels que vous soyez : soit que votre or soit votre force , ou que vous mettiez votre force et votre confiance dans vos déguisements, que vous vous soyez fait à vous-mêmes unofaussedivinité dans une créature aussi malheureuse et aussi aveugle que vous : soit que votre flamme naissante vous laisse encore la liberté de vous reconnaître , ou que votre joug se soit appesanti , et qu'endurci dans le mal , vous scmbliez avoir fait avec le péché une alliance éternelle. Par la grâce de Jésus-Christ , qui vous appelle , - votre pacte avec l’enfer sera rompu , > et le traité que vous avez fait avec la mort ne
■ tiendra pas’. * Vous recevrez gratuitement la
rémission de vos péchés par les mérites du Sauveur; et vous entendrez de sa bouche : Allez
* en paix 5. - Écoutez seulement , pécheurs , la douce loi qu’il vous impose : c’est qu’attendris par tant de bontés , vous lui donniez votre cœur. Vous lui devez donc votre amour, quand il vous donne la grâce : vous en devez davantage , quand il l’a donnée : et si voulez savoir la mesure de l’amour qu’il attend de vous , connaissez-la par vos crimes.
« Un créancier avait deux débiteurs : l’un lui
• devait cinq cents deniers, et l’autre en devait
■ cinquante. Comme ils n’avaient pas de quoi le « payer, il leur remit à tous deux ladette entière. « Lequel des deux l’aime le plus? » Vous reconnaissez, chrétiens, la parabole de l'Évangile1: c'est ce que demande Jésus nu pharisien , vous le savez. Et que répond le pharisien ; c’est-à-dire , que répond la dureté même et la sécheresse même? Ne répondez pas , mes frères , plus durement que lui. Lequel des deux aime le plus? sans doute que c’est celui à qui on remet davantage? Le pharisien répond ainsi , et sa réponse mérite l’approbation du Sauveur. Et vous, mes frères, que repondrez-vous? votre cœur insensible ne dira-t-il rien à votre libérateur? Et si , selon son oracle , celui à qui on remet le plus aime davantage ; nprès tant de péchés remis , après tant de grâces reçues, où trouverez-vous assez d’amour pour les reconnaître ? Mais si vous n’en avez pas ; si votre
1 Pu. LVXX Vit . 4.
3 h. Uflll, 1S.
3 Lnc vn , lo.
1 VII, 41 et lui I.
POUR LA CIRCONCISION
amour, loin de s'enflammer, ne fait que languir et va s'éteindre ; si la grâce de la pénitence tant et tant de fois méprisée, pour tout fruit n'a produit dans votre cœur ingrat qu'une confiance insensée, et dans des rechutes continuelles une insensibilité étonnante : n'entendez-vous pas déjà votre sentence? Si Jésus ne voit rien en vous de ce qui doit suivre comme naturellement la rémission des péchés, et qu'il n'aperçoive dans vos œuvres aucune étincelle d'amour; insensibles, ne craignez-vous pas qu'il ne vous ait rien remis? Non , vous n'étiez pas disposés arecevoir une telle grâce. Ainsi votre pénitence n'était qu'une illusion. Je puis vous dire avec saint Paul : « Vous êtes encore * dans vos péchés ■; » c’est-à-dire, Vous êtes encore dans la perdition et dans la mort. Que votre état est funeste ! Mais quand vous aurez reçu la rémission de vos péchés , si ie médecin qui vous A guéris ne vous continue son secours , la rechute est inévitable. Car il est ce Sauveur miséricordieux qui non-seulement entre quand on lui ouvre, mais encore qui frappe pour se foire ouvrir
DEUX1ÈUS POINT.
Cest ici qu'il nous faut entendre les faiblesses, les blessures, la captivité de notre nature vaincue par le péché : et au dedans et au dehors tout concourt à établir son empire. Et premièrement an dehors, enivrés de notre bonne fortune, envieux de celle des autres , insensibles à leurs malheurs , troublés et abattus par nos moindres pertes, nous ne gardons ni envers nous-mêmes, ni envers nos frères, le juste milieu : tout ce qui parait au dehors nous est une occasion de scandale. Et au dedans, quelles ténèbres ! quelle ignorance! Les biens véritables sont les moins connus ; on ne peut nous les faire entendre. Et pource qui est de nos connaissances , ou la passion les obscurcit, ou l'inconsidération les rend inutiles; témoins tant de savants déréglés : ou la curiosité les rend dangereuses ; témoins tant d'impiétés et tant d’hérésies. Dans toutes les rencontres de In vie, la raison nous conseille mieux , les sens nous pressent davantage : c'cst'pourquoi le bien nous [liait, mais cependant le mal prévaut, la beauté de la vertu nous attire , mais les passions nous emportent : et pendant que celle-là combat faiblement, celles-ci remportent une trop facile victoire, établissent leur tyrannie , et se font un règne pnisible. Tout ce qu'il y a de meilleur en nous se tourne en excès , le courage en fierté , l'activité en empressement , la circonspection en incertitude. Que deviendrai-je? où me tournerai-je? homme misérable ! que ferai-je de ma volonté
• I. Cor. xr, 17.
* Ut , Mi.
. toujours affaiblie par la contrariété de ses désirs? Ou la paresse l’engourdit , ou la témérité la précipite, ou l'irrésolution la suspend, ou l'opiniâtreté la tient engagée et ne lui permet plus de rien entendre. Tantôt le péril l'étonne, tantôt la sûreté la relâche, tantôt la présomption l'égare. O pauvre cœur humain , de combien d'erreur es-tu la proie? de combien de vanités es-tu le jouet I de combien de passions es-tu le théâtre! Étrange misère de l'homme, que ses ignorancesavcuglent, que scs lumières confondent , • à qui sa propre
* sagesse est un lacet , et sa vertu même un écueil
■ contre lequel ses forces se brisent , parce que
• son humilité y succombe ! » 6'ui suu jit laque us sapientia , cui sua virtus est scoputus ' .
Dans cette faiblesse déplorable , mes frères ,
' je me sens pressé de vous exciter à rendre au Sauveur vos reconnaissances , non tant pour les péchés qu’il vous a remis, que pour ceux dont sa grâce vous a préservés. C’est un beau sentiment de saint Augustin , dans le livre de la sainte Virginité’. Omniupeccalasic habenda lanquam dimitlantur, aquibus Deus custodit'ne cominitluntur : » Vous devez croire , dit saint Augustin , « qu'il vous a remis tous les péchés où sa grâce
■ vous a empêché de tomber , * parce que nous les portons tous , pour ainsi parler, dans le fond
! de corruption que nous avons dans le sein. Non, mes frères , il n’y a erreur si extravagante , ni passion si désordonnée , dont nous n'ayons en nous le principe : que Dieu seulement laisse aller la main pour nous livrer à nous-mêmes , comme dit saint Paul J; qu'il lève tant soit peu la digue, notre âme sera inondée de toutes sortes de péchés. Et ne me dites pas qu’il y a des crimes pour lesquels vous vous sentez tant de répugnance , que vous les pouvez éviter sans ce secours : car qui pourrait ici vous représenter l'enchaînement de nos passions ; et comment ces passions que vous chérissez introduisent l'une après l'autre , pour ainsi parler, leurs compagnes qui vous font horreur? Combien éloigné de l'idolâtrie devait être le sage Salomon , à qui Dieu s'était fait connaître par des apparitions si manifestes- ! scs aveugles amours l'y précipitent. Quoi de plus opposé à la | clémence et au cœur magnanime de David , que de répandre le sang innocent d'un de scs plus fi- ! dèles serviteurs, d'un Urie qui ne respirait que son service? un regard jeté mal à propos , et trop doucement arrêté , l'a engagé peu à peu contre son humeur à une action si noire et si sanguinaire. Combien était ennemi de l'incontinence Lot, qui s'était conservé sans tache avec sa fa-
1 S. Pmnfxr Carm.de layrati»
I » M* M , I. VI , roi. Ml.
Rom. l, 24.
DE N0TRE-SE1GMEUR
mille parmi les abominations de ces villes qu'on n'ose nommer! on sait où le vin l'emporta. Nnbucliodonosor n'était que superbe : son orgueil méprisé le fait devenir cruel. Qu’avait besoin Balthasar, dans ses banquets dissolus, des vaisseau* du temple de Jérusalem? n’y avait-il pas assez d’autres coupes d’or dans Babylone enrichie de la dépouille de tant de rois ? Qu'on les apporte néanmoins ; précipitez vos pas , troupe d’esclaves. Enivrons-nous, dit-il à ses femmes et A ses maîtresses , enivrons-nous daus ces coupes sacrées d’où l'on a fait tant d'effusions au Dieu des Juifs ! Cest ainsi que son Intempérance le pousse jusqu'à la profanation et au sacrilège. Tant il est vrai que la lumière de Dieu étant une fois éteinte, le principe de la droiture entamé, et la conscience affaiblie , tous les crimes l'un après l'autre se naturalisent , pour ainsi parler, dans notre cœur, et nous tombons d'excès en excès.
En effet, l’auriez-vous cru, Je vous le demande, l'auriez-vous cru, si on vous l’eût dit dans votre Jeunesse , que vous eussiez dû vous durcir le front jusqu'à mépriser tous les bruits et tous les reproches du monde? Et vous , l'eussiez- vous pensé que vos lèvres accoutumées, je ne sais comment , à ce plaisir qu'on ne connaît pus , de mentir toujours, à la fin dussent proférer gratuitement autant de mensonges, ou même autant de parjures que de paroles? Vous êtes tombés par degrés dans cet abîme; et pour vous faire descendre dans ces profondeurs , dont vous aviez tant d'horreur, il n'a fallu que vous y conduire par une pente plus douce et plus insensible. Ainsi , A divin Sauveur, je bornerais trop ma reconnaissance envers vous, si je la renfermais seulement dans les crimes que vous m’avez pardonnes. Hélas I • ils se sont multipliés par- . dessus les cheveux de ma tête, et mon cœur ' m’abandonne quand J'y pense » Enfin le nombre en est infini; et je vois paraître à mes yeux une suite qui n’a point de fin, de péchés connus et inconnus. Si mes mains en sont innocentes, je le dois ù la bonté du Sauveur. (O grâce ! ) Apprenons donc A connaître la société des péchés ; et dans un seul que nous commettons, concevons l'infinité tout entière de notre malice.
Un respect humain vous empêche de faire une bonne action. Pendant qu'on se déchaîne contre les dévots , vous rougissez de la profession de la piété véritable. C'est par un semblable commencement que durant la persécution tant d'âmes infirmes firent naufrage dans la foi , et que l'Église pleura leur apostasie. Si bientAt vous ne