‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 85 sur 282 · P ». XXXIX · texte numérisé non relu

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corrigez l’indifférence inhumaine que vous avez pour les malheureux et pour les pauvres, vous viendrez , plein de vous-même et de vos plaisirs, à l'insensibilité du mauvais riche. Qu’ou pousse à bout cette vanité qui exige tant de complaisances, ou cet intérêt qui vous fait faire un faux pas dans le chemin de la bonne foi -et de la justice; on verra naître d'un cûté ces monstres d'orgueil qu'on ne pourra plus supporter, et de l'autre les trahisons et les perfidies signalées. Regardez donc dans ce premier pas où la main du Sauveur vous a soutenu , toute l'horreur de la chute. Ce que nous ne craignons pas de notre malice , cralgnons-lcde notre faiblesse : on plutôt craignons tout de notre malice et de notre faiblesse tout ensemble ; parce que , de l'un A l'autre , notre malice nous porte A tout , et que notre faiblesse sans défense et découverte de tous côtés , hélas ! ne résiste à rien. Soyons donc toujours én garde contre nous-mêmes : nous uvods à entretenir un édifice braulant; pour en soutenir la structure , qui se dément de toutes parts , il faut être toujours vigilant, toujours attentif et en action, étayer d’un côté , réparer de l'autre , affermir le fondement , appuyer cette muraille caduque qui entraînera tout le bâtiment, recouvrir le comble : c’cst par IA que la faiblesse succombe, c'est par IA que les pluies pénètrent.

Jusqu’A ce que nous connaissions toutes ces infirmités , nous ne connaîtrons pas assez le Sauveur. Que ce nom me donue de confusion ! mais que ce nom me donne de joie et de confiance ! Qu'il me donne de confusion ! car combien me dois-je tenir pour perdu , puisque j'ai besoin d'un Sauveur à chaque moment ! Mais combien aussi d’autre part me dois-je pour ainsi dire tenir pour sauvé, puisque j'ai un Sauveur si puissant et si secourable , un Sauveur qui ne se refuse à personne , - dont le nom est un parfum répandu ' , • et dont les grâces s'étendent sur tous les pécheurs , c'est-à-dire, sur tous les hommes; qui ouvre ses bras à tous , à tous scs plaies , A tous ses grâces ! De quelque tempérament , de quelque âge , de quelque condition que vous soyez , ne craignez pas de venir à lui , qui non-seulement entre quand on lui ouvre, mais qui de lui-même frappe toujours pour se faire ouvrir ’. Cette pécheresse a trouvé A ses pieds un plus digne objet de ses tendresses, un meilleur emploi de scs parfùms, un plus bel usage de scs longs cheveux \ Les pécheurs grossiers y ont épuré leurs pensées : les publicains s’y sont enrichis du vrai trésor : un saint Paul a puisé dans sa croix une science plus

1 CaHt. i, 2.

* Jpœ. III, 20.

* Luc. vil.

POün LA CIRCONCISION

ISO

éminente que celle qu'il avait acquise aux pieds de Garaaliel ' : la eontemplatiou et l'action y goûtent d'égales délices : enfin il a des consolations pour tous les maux , des attraits pour toutes les complcxions , des soutiens pour toutes les infirmités.

* Ah ! je me glorifierai au Seigneur mon Dieu ,

« et je me réjouirai en Dieu mon Sauveur : » In Dco salulari meo ’. - Mon âine , bénis le Sei-

■ gneur ; et que tout ce qui est en moi célèbre « son saint nom : mon âme, encore une fois, bé-

* nis le Seigneur, et ne laisse échapper à ton sou-

* venir aucune de ses bontés. C'est lui qui a par-

■ donné tous tes péchés : c'est lui qui soutient

■ toutes tes faiblesses 5. » Mais, pour comble de félicité, c'est lui qui te délivrera de tous tes périls , et qui, t'élevant à une si haute et si parfaite liberté, fera que tu ne pourras plus servir au péché.

C’est donc ici, chrétiens, la dernière grâce, le prix, la perfection et le comble de toutes les autres. C’est ce sabbat éternel : c’est ce parfait repos qui nous est promis , où notre fidélité ne sera pas moins assurée que celle de Dieu ; parce qu'alors fl fixera nos désirs errants , par la pleine communication du bien véritable. Kncore un mot , chrétiens , sur cette dernière grâce.

TROISIEME POIST

Cette dernière grâce sera donnée au fidèle par notre Sauveur, lorsqu'apres la fin de eette vie il lui adressera ces paroles : » Courage, bon servi-

• teur ; parce que vous avez été fidèle dans les

• petites choses, les grandes vous seront don- « nées : entrez dans la joie de votre Seigneur1 * * 4. » Entendez-vous, chrétiens, la force de cette parole : Entrez dans la joie de votre Seigneur? Entendez-vous eette joie sublime, divine, incompréhensible, qui n'entre pas dans votre cœur comme dans un vaisseau plus vaste quelle ; mais qui , plus grande que votre cœur, dit saint Augustin s, l'inonde, le pénètre, l'enlève à luimème ? Ce n'est pas sa joie qu'il ressent , c’est la joie de son Seigneur où il entre : c'est la félicité de son Dieu , parce qu'il est fait , comme dit saint Paul p , un même esprit par un amour immuable ; si bien que semblable a Dieu , et Dieu en quelque façon dans cette union, tout ce qu'il y a de mortel en lui est englouti par la vie : il no sent plus que Dieu seul , et entre dans fii plénitude de la joie de Dieu : In gaudium Domini lui.

1 Jet. xxii . s.

1 Luc. 1,46, 47.

* Pi. cil.

* Nnllh. XX». 73.

i Ctmjtn lili ix , en?, x , 1. 1 , mi. 166.

* I, Cur. VI, 17.

Alors non-seulement il ne peche plus, mais encore il ne peut plus pécher. Tous ses désirs sont contents; avec la capacité de son âme, son espérance est remplie. Qu’est devenue cette liberté qui ne cessait d'errer d'objets en objets? il n'en connaît plus l'appât. Nul mouvement de son cœur, nulle partie de lui-même ne peut échapper au souverain bien qui le possédé. Le commencement de notre repos, c’est de pouvoir ne plus pécher : lu fin , ne pouvoir plus pécher : voilà , mes frères , où il faut tendre, voila ce que nous avons à dél sirer. « Hâtons-nous, dit saint Paul * , d'entrer - dans ce repos. > On ne vient pas à un si grand bien sans en avoir désiré la jouissance : il faut goûter par nvance ses saintes douceurs. C'est liourquoi Dieunous n donné, dès cette vie même (présent admirable envoyé du ciel ! ) un écoulement de la gloire dans la grâce, un essai de lu claire vue dans la foi , un avant-goût de la possession dans l'espérance , une étincelle de la charité consommée dans la charité commencée. Commençons donc à goûter et à voir combien le Seigneur est doux ’.

Mais quoi ! on ne m'entend plus ; tu m’échappes à ce coup, auditeur distrait. On nous entend quelque temps pendant que nous débitons | une morale sensible, ou que nous reprenons les | vices communs du siècle. L'homme curieux de spectacles s'en fait un , tant il est vain ! de In peiuture de scs erreurs et de ses défauts , et croit avoir satisfait à tout quand il laisse du moins censurer ce qu'il ne corrige pas. Quand nous venons à ce qui fait l'homme intérieur, c'est-à-dire , à ce qui fait le chrétien , à ces désirs du régné de Dieu, ù ces tendres gémissements d’un cœur dégoûté du monde et touché des biens étemels ; c'est une langue inconnue. Je ne m'en étonne pas : ce cantique des joies cclestes que je commençais à chanter, c'est le cantique de Jérusalem. Et de qui sont environnés les prédicateurs? De qui sont composés ordinairement les grands auditoires , si ce n'est des habitants de Rahylonc , des mondains qui apportent leurs vanités , leur corruption, leur vie sensuelle à ces saints discours. Et bientôt ils condamneront encore , si Dieu le permet, le prédicateur, s'il ne sait pas caresser les tendres oreilles, et flatter par quelque nouvel artifice, contenter ou surprendre leur goût ou raffiué. ou bizarre. Et je pourrais espérer que des âmes ainsi prévenues des joies de la terre , entendissent les Joies du ciel !

Malheur à nous, malheur à nous, non pas à cause de ce déluge de maux dont la vie humaine est accablée, ni à cause de la pauvreté et des

1 H'br l», II.

* Pi. xxxiii , H

DE NOTRE-SEIGNEUR

maladies, et de la vieillesse et de la mort I malheur à nous à cause des joies qui nous trompent , qui obscurcissent nos yeux, qui nous cachent nos devoirs, et la fin malheureuse de tous nus desseins ! Malheur à une jeunesse enivrée qui se glorifie dans scs désordres , et qui a honte de donner des bornes à ses excès I malheur au pécheur fdrtuné qui dit en son cœur aveugle : « J’ai pé- • ché , et que m’est-i I arri vé de mal ' ? • 11 ne songe pas que le Tout-Puissant l'attend au mauvais jour, et qu’assuré de son coup , il ne précipite pas sa vengeance. Malheur à l’impie qui se délecte dans la singularité de ses sentiments I 11 craindrait de paraître faible , s’il en revenait ; et, plus faible, il craiut de perdre les vaines louanges de quelques amis qui, aussi peu résolus que lui sur les vérités de la vie future , sont néanmoins bien aises d’éprouver jusqu'où l'on peut pousser l’apparence de lu sûreté au milieu de l'incertitude et du doute. Mais Dieu confondra bientôt leur vaine philosophie ; et malgré cette honteuse dissimulation, Il trouvera dans leur cœur do quoi les convaincre. « Il n'y a point de paix pour l’impie ■ , * dit le Seigneur. « Malheur enfin à ceux qui vi- « vent dans les délices, puisqu'ils sont morts tout > vivants, » comme dit l'Apôtre1 * 3! Jésus-Christ ne sera pas leur Sauveur; car « son royaume - n’est pas de ce monde*, > et il ne l'a pas préparé ù ceux qui veulent triompher sur la terre. Au contraire, c'est d’eux qu'il a prononcé cette sentence : « Ils ont reçu leur consolation : • et encore , ■ vous avez reçu vos biens s. • C’est .ce que. Jésus-Christ a toujours prêché en public et eu particulier, au peuple comme à ses disciples, dans toutes scs conversations et dans toutes ses paraboles. Quoi ! n'y aura-t-il que des excès dans son Évangile? n'aura-t-il jamais parlé qu’en exagérant? ou faudra-t-il forcer toutes scs paroles en faveur de nos passions et pour y trouver des excuses?

Mais sans raisonner davantage, j'appelle ici votre conscience : voulez-vous achever vos jours parmi ccs plaisirs, et dans ce continuel empressement? liépondcz-mol , gens du monde , si vous n’avez pas encore oublié le christianisme. Je ne vous parlerai pas de ces commerces dangereux , ni de ces intrigues qui se mènent parmi les ténèbres. Je ne vous parlerai pas de ces rapines cachées, de ces concussions, ni de tout ce négoce d'iniquité. Mais voulez-vous que la mort survienne , pendant qu'appesantis par les soins du

1 Bcel. ▼, 4.

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