‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 91 sur 282 · SUR LES CARACTERES · texte numérisé non relu

SUR LES CARACTERES

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SERMON

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LE SECOND DIMANCHE après l'Épiphanie.

Union sainte de la nxtiire divine avec Inâim* fidèirs. Cnnrtlé do Ji'siis [khi r non Epousa. Jésus et ses mystères , fm de Imites les Êrrilures, de InutfS les céréroonios : impuissance de In loi ancienne , caractère dlsttncttf des deux alliances.

Nupliai facta- eunt in Cani (.alil.væ, et eral mater Jesu ibi. Vocatus est autem et Jésus , et discipuli ejus. lise fil des noces A Canaen Caillée, cl la mere de Jésus y était. Jésus /ut aussi convié à ces noces avec ses disciples. Juan, il, I et 2.

Jésus et sa sainte Mètre avec ses disciples : chères steurs, quelle compagnie! Us sont invités à un festin , A festin pieux ! et à un festin nuptial , 6 noces mystérieuses ! Mais à ce festin le vin y manque , le vin que les délicats appellent l'âme des banquets. Est-ce avarice, est-ce pauvreté, est-ce négligence? ou bien n‘est-ce pas plutôt quelque grand mystère , que le Saint-Esprit nous propose pour exercer nos intelligences? Certes il est ainsi , mes très-chères sœurs. Car je vois que le Sauveur Jésus, pour suppléer a ce défaut, change l’eau en vin excellent; et ce vin se sert à la fin du repas , au grand étonnement de la compagnie. O vin admirable et plein de mystères , fourni par la charité de Jésus aux prières delà sainte "Vierge ! Je vous demande, mes sœurs , quel intérêt prend le maître de sobriété à ce que cette compagnie ne soit pas sans vin. Était-ce chose qui méritât que sa toute-puissance y fût employée? Était-ce en une pareille rencontre où il devait commencer à manifester sa gloire ; et un ouvrage de cette nature devait-il être son premier miracle? Croyez-vous que ceci soit sans mystère? à Dieu ne plaise , âmes chrétiennes , que nous ayons une telle opinion de notre Sauveur. Il est la sagesse et la parole du l’ere : tous ses discours et toutes ses actions sont esprit et vie ; tout y est lumière , tout y est intelligence , tout y est raison. O Sagesse éternelle , éclairez par votre Esprit saint notre faible et impuissante raison , pour nous faire entendre la vAtre.

Dans cette histoire miraculeuse, tout me réprésente le Sauveur Jésus. Il y est lui-méme en personne : mais si J'ose parler de la sorte , il y est encore plus en mystère. Il est invité selon la vérité de l'histoire ; et si nous le savons entendre , il est lui-méme l'Époux selon la vérité du mystère. C’est une chose connue que Jésus est l’époux des âmes fidèles. Et néanmoins, si vous me le permettez, je vous déduirai sur ce point quelques vérités chrétiennes merveilleusement pieuses.

Dieu remplit le ciel et la terre , et 11 se trouve en tous lieux , comme l’enseigne la théologie : mais il sait encore se communiquer d’une façon toute particulière aux créatures Intelligentes : Ad ipsum veniemus, et mansioncm apud eum faciemus' , - Nous viendrons A lui , et nous ferons

• en lui notre demeure. » Certes il est incompréhensible , mes sœurs , comment la nature divine s'unit aux esprits purs par de chastes embrassements ; et bien que ce soit un secret ineffable , si est-ce toutefois que les Écritures divines nous le représentent en diverses manières et par de différentes figures. Tantût elles nous disent que Dieu est une fontaine de vie, qui se répandant en nos âmes , les lave et les nettoie , leur communique une divine fraîcheur, et étanche leur soif ardente par les ondes de ses vérités : t ons aquœ salientis Quemadmodum desidc rat ce rvus adfontes aquarum J: Comme le cerf altéré soupire après

• les eaux des fontaines. - Tantôt elles nous le décrivent tout ainsi qu’une douce rosée, qui arrosant nos esprits comme par une féconde humidité , y fait germer les semences célestes : H orale , cœ/i, de super*. Quelquefois elles nous le représentent à la manière d’un feu consumant , qui pénétrant toutes nos puissances, dévore toutes les alîcctions étrangères , et épure nosâmes comme l'or dans une fournaise : tgnis consumens esti. Elles nous disent ailleurs que Dieu est une nourriture admirable : car de même que toutes les parties de nos corps attirent à elles une certaine substance sans laquelle elles defaudraient , et ensuite se l’incorporent par la vertu d’une secrète chaleur que la nature leur a donnée ; ainsi seraient nos âmes destituées de toute vigueur, si par de fidèles désirs que le Saint-Esprit leur excite, elles n’attiraient à elles-mêmes cette vérité éternelle qui seule est capable de les sustenter. C'est ce qui nous est signifié par ce pain des anges , qui est devenu le pain des hommes, • pain céleste que nous

• désirons par un appétit de vie éternelle, que

• nous prenons par l'ouie , que nous ruminons par

• l’entendement , que nous digérons par la foi : - In causam vitee appetendus , et devorandus auditu, et ruminandus intclleclu, et Jide digerenduse. Telles sont A peu prés les comparaisons dont se servent les Écritures, pour nous faire en quelque sorte comprendre cette sainte union de la nature divine avec les âmes élues. Mais de toutes ces comparaisons , la plus douce , la plus aimable et la plus ordinaire dans les saintes Lettres

1 Joan. xnr, 03.

* Ibid, iv, 14.

* Pt. xu, I.

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