‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 92 sur 282 · LV · texte numérisé non relu

LV

» Peut. Vf, 24.

* Tertull. de Resur. car ntt , n° 17.

DES DEUX ALLIANCES

est celle où notre grand Dieu est comparé à un chaste époux, qui, par un sentiment de miséricorde, épris de l'amour de nos âmes, après mille amoureuses caresses , après mille recherches de ses saintes inspirations, s'unit enfin à clics par des embrassements ineffables; et les ravissant d'une certaine douceur, que le monde ne peut entendre, les remplit d’un germe divin, qui fructifie en bonnes œuvres pour la vie étemelle.

Trois conditions du mariage. Union : Erunt duo in came una ■ : « Ils seront deux dans une » seule chair. » Douceur : Faciamus atljulorium : Il est scul,< donnons-lui un aide; > il est doux d'étre aidé. Fécondité : Crcscite et multipliai mini * : « Croissez et multipliez. » C'est ce que l'apôtre saint Paul nous enseigne , lorsqu'il dit aux chrétiens que de même que le mari et la femme ne sont qu'une même chair, ainsi « qui s'attache à Dieu est un même esprit avec lui : • Qui adhterel Domino unus spirilles est 3 ; doctrine que le saint apôtre a trouvée si utile à nos âmes, qu'il la répète en divers endroits, qu'il serait trop long de vous rapporter.

Or, d'autant que nous sommes déchus de cette première pureté qui nous égalait aux anges dans l'innocence de notre origine , étant devenus charnels et grossiers, nous ne pourrions plus soutenir les approches de la nature divine , si elle ne s’était premièrement rabaissée. Et de lâ vient que le Fils de Dieu , égal et consubstantiel à son père , pour rappeler les âmes des hommes à cet heureux mariage avec Dieu , dont elles avalent violé la sainteté par l'infamie de leur adultère, est descendu du ciel en la terre ; il s’est revêtu de chair ; il a déposé cette majesté terrible, ou plutôt il eu a tempéré l’éclat ; il a pris nos faiblesses , afin d'étre en quelque façon notre égal , et a voulu que, par la nature humaine qu’il a daigné avoir commune avec nous, nous trouvassions un chemin assuré à la nature divine, de laquelle nous nous étions éloignés par une funeste désobéissance. C'est ce charitable Époux de l'Église , c'est-à-dire , des âmes fidèles , que l'Apôtre nous dépeint [dans l'épttre]aux Ëphésicns1 *. C’est le plus beau des enfants des hommes , qui a aimé son épouse laide, afin de la faire belle. Il l’est veuu chercher dans la terre , afin de la conduire en triomphe dans la céleste patrie. Il a donné son âme pour elle, il l'a lavée de son sang , il l’a nettoyée en l'eau du baptême par des paroles de vie ; sou royaume est sa dot , scs grâces sont sa parure. C’est cet Époux , chères sœurs, qui fait aujourd’hui son premier

1 G en. H, 21.

* Ibid. 18.

1 I. Cor. Vl , 17.

• Cap. v, 27.

■tissu CT. — J. Il

miracle, et représente en son premier miracle ce qu'il est venu faire en ce monde. Scs disciples croient en lui en ce jour : c'est le commencement de l'Église. Il garde sou meilleur vin pour la fin du repas : c’est l’Évangile pour le dernier âge, qui doit durer Jusques à la consommation des siècles. Ce vin , il le tire de l'eau , et il change cette eau en vin : c’est qu’il change la loi en Évangile , c’està-dire, comme je m'en vais l'exposer, la figure en vérité , la lettre en esprit , la terreur en amour. Disons quelque chose de ces trois changements : mais disons seulement les points capitaux , à cause du peu de temps qui nous est donné ; le reste demeurera à votre méditation.

PHEUIEB POINT.

C'est de lui qu'il est écrit en la Genèse, ■ que - l'homme laissera son père et sa mère , afin de ■ s'attacher à sa femme . Car, à parler selon l'usage des choses humaines, c'est plutôt la femme qui quitte la maison paternelle pour habiter avec son mari; mais, selon ('intelligence spirituelle, Jésus est cet homme par excellence, qui a quitté son père et sa mère pour s'attacher à sa chère épouse. Il aquittéen quelque sorte son père, lorsqu'il est descendu du ciel en la terre , suivant ce qu'il a dit en plusieurs endroits, qu'il retournait à son Père. Il a quitté la Synagogue sa mère, qui l'avait engendré selon la chair, afin de s'attacher à l'Église , son uniqueépousc , qu’il a ramassée des nations idolâtres.

Vous saurez donc, mes sœurs, que Jésus étant la fin de tous les ouvrages de Dieu , tout ce qui s'est fait d'extraordinaire depuis l'origine du monde ne regardait que lui seul. Lisez les Écritures divines, vous verrez partout le sauveur Jésus, si vous avez les yeux assez épurés. Il n'y a page où on ne le trouve. Il est dans le paradis terrestre, il est dans le déluge, il est sur la montagne , il est au passage de la mer Rouge , Il est dans le désert , il est daus la terre promise , dans les cérémonies , dans les sacrifices, dans l'arche, dans le tabernacle ; il est partout ; mais il n’y est qu'en figure. Ainsi a-t-il plu à notre grand Dieu , comme dit l’Apôtre aux Galates de nous élever peu à peu, comme des enfants, à la connaissance de ses mystères. Par une infinité d'exemples sensibles, réitérés durant plusieurs siècles par des similitudes de choses corporelles, qui faisaient impression sur nos imaginations, il nous a doucement conduits à l’intelligence de ses vérités; Il nous a fait entendre les grandes choses qu'il préparait pour notre salut. Considérez , je vous prie, tout ce grand attirail de la loi mo-

1 Cap. n, >«.

* Ibid, iv , 3

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