‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 93 sur 282 · SU II I.ES CARACTERES · texte numérisé non relu

SU II I.ES CARACTERES

saïquc. Pourquoi charger ce peuple de tant de differentes cérémonies, qui étaient tontes fort laborieuses , et néanmoins d'clles-mêmes incapables de rendre l'homme plus agréable à Dieu? Car il est évident, mes très-chères sœurs, que ni tant de purifications corporelles , ni tous ces bains externes , ni ce nombre inllni de pénibles observations, ni l’odeur de l'encens ou de la graisse brûlée, ni le sang des animaux égorgés, n'étaient pas choses qui par elles-mêmes pussent plaire à notre grand Dieu , qui , étant un pur esprit , veut être adoré en esprit et en vérité. Mais il ordonnait toutes ces choses; afin que tout ce pompeux appareil et que toute cette majesté extérieure de la religion judaïque fussent des figures de son cher Fils ; et c’était cette considération qui lui rendait ces choses agréables pour un temps, bien quelles fussent indifférentes de leur nature. Donc, comme l'enseigne l’Apôtre, depuis l’origine du monde jusques à ta résurrection du sauveur Jésus , ■ tout arrivait en figure à nos pères : » Omniti in figuris contingebanl illis '. Cest pourquoi l’admirable saint Augustin dit que ni dans la loi de nature, ni dans la loi mosaïque, il n'y voit rien de doux , s’il n’y lit le sauveur Jésus. Tout cela est sans goût ; c'est une eau insipide , si elle n’est changée en ce vin céleste , en ce vin évangélique que l'on garde pour la fin du repas, ce vin que Jésus a fait , et qu’il n tiré de sa vigne élue. Voulez-vous que uous rapportions quelques traits de l’histoire ancienne, et vous verrez combien elle est insipide , si nous n’y entendons le Sauveur. Nous en dirons quelquesuns des plus remarquables, avec le docte saint Augustin ’ ; car de raconter en détail tout ce qui uous parle de notre Sauveur, les années n'y suffiraient pas.

Voyez dans le paradis terrestre, voyez cet homme nouveau que Dieu a fait selon son plaisir. 11 lui envoie un profond sommeil, pour former d'une de scs côtes la compagne qu’il lui destinait. Dites-moi , dit saint Augustin , qu'était-il nécessaire de l’endormir pour lui tirer cette côte? Étaitce point peut-être pour lui diminuer la douleur? Ah 1 que cette raison serait ridicule I Mais que cette histoire est peu agréable, que cette eau est fade, si Jésus ne la change en vin! Ajoutez-y le sens spirituel , vous verrez le Sauveur dont la

sa femme , pendant un sommeil tout mystérieux ; et pendant le sommeil du nouvel Adam , après qu’il a fermé les yeux avec la même paix que les hommes sont gagnés du sommeil , on lui ouvre son côté avec une lance, et incontinent sortent les sacrements par lesquels l’Église est régénérée. Que dirai-je ici de Noé , qui seul rétablit le monde enseveli dans les eaux du déluge, qui repeuple le genre humain avec le petit nombre d'hommes qui restait dans sa famille? N'était-ce pas le Sauveur, l'unique réparateur des hommes , qui , par le moyen de douze hommes qu’il envoie par toute la terre, peuple le royaume de Dieu et remplit le monded’une race nouvel le? Que dirai- je du petit Isaac, qui porte lui-[mêmc le ] bois sur lequel il doit être immolé, pendant que son propre père se prépare , selon les ordres de Dieu , à le sacrifier sur la montagne? O spectacle d’inhumanité! mais si j’y considère le sauveur Jésus, Il devient un spectacle de miséricorde. Cest Jésus qui porte sa croix pour être immolé sur le mont de Calvaire, livré par son propre père ès-muins de ses ennemis, afin d'être une hostie vivante pour l'expiation de nos crimes. Et le chaste Joseph , vendu par scs frères et emprisonné par les Égyptiens, devenu par cette disgrâce le sauveur de ses frères et des Égyptiens, n’est-ce pas le sauveur Jésus mis à mort par les Juifs ses frères et par les Égyptiens , c’est-à-dire, par les idolâtres , et devenu par sa mort sauveur des Juifs et des Idolâtres? SI je passe la mer ‘ Rouge avec les Israélites, si je demeure dans le désert avec eux , combien de fois y verrai-je le Fils de Dieu , seul guide de son peuple dans le désert de ce monde, qui , les retirant de l’Égypte par l’eau du baptême, les conduit à la terre promise? Cette manne si délicieuse, qu’est-ce I qu'une viande corporelle, si je n'y goûte le Sauveur? Elle est fade , elle est Insipide ; peu s'en faut que je ne dise avec les Juifs : • Notre cœur j « sc soulève sur cette viande légère '. » Mais quand j'y considère le sauveur Jésus, vraipaindes anges, vraie nourriture des âmes fidèles, dont nous nous repaissons à la sainte table ; ali ! quelle i est douce , qu’elle est savoureuse I Voyez le pavé du temple , voyez les habits sacerdotaux ; voyez l'autel et le sanctuaire tout trempés du sang des i victimes, et le peuple israélite lavé tant de fois

mort fait naître l'Église ; mort qui est semblable nu sommeil, à cause de sa prompte résurrection , et du la tranquillité avec laquelle il la subit volontairement. Sa mort fait donc naitre l’Église. On tire une côte au premier Adam , pour former

1 i. Cor. x, n.

’ Or Genei. ad Ldter. lié. ix , cxp. Vil;, a* 33, 1. in, part, l,

col 31.1

de ce même sang : que tout cela est froid , chères sœurs, si la foi ne m’y montre le sang de l'Agneau répandu pour la rémission de nos crimes , ce sang du Nouveau Testament que nous offrons à Dieu sur ces terribles autels, et dont nous nous rassasions pour la vie étemelle !

1 a ’om. XVI , S.

DES DEUX ALLIANCES

En un mot , dit saint Augustin ■ , si nous ne regardons Jésus-Christ, toutes les Écritures prophétiques n'ont pas de goût ; elles sont apparemment pleines de folie, du moins en quelques endroits. Que nous y goûtions le Sauveur, tout y est lumière , tout y est intelligence, tout y est raison. Voyez ccsdcux disciples qui vont en Emmaüs. Iis s'entretenaient de la rédemption d’Israël ; c'cst le sujet de toute la loi ancienne : mais ils n'y entendaient pas les mystères du Rédempteur. Cétait une eau sans force et sans goût : aussi sont-ils froids et languissants. « Nous espé- * rions , disaient-ils , qu'il rachèterait Israël 1 : » nous espérions; A la froide parole ! Jésus approche d'eux , il parcourt toutes les prophéties , il les introduit au secret, au sens profond et mystérieux; il change l’eau en vin, les figures en vérité, et les obscurités en lumières. Les voilà incontinent transportés : Nonne cor noslrum ardenserat in nobis 5? ■ Notre coeur n'était-il ■ pas tout brûlant au dedans de nous-mêmes? . C'est qu'ils avaient commencé à boire le vin nouveau de Jésus , c'est-à-dire , la doctrine de l'Évangile. Cependant admirez , mes très-chères sœurs , les sages conseils de la Providence , qui , par une telle richesse d'exemples , nous enseigne une seule vérité , qui est le Verbe fait chair. Ah I si nous avions les yeux bien ouverts, combien doux serait cespcctaelc, de voir qu'il n'y a page, il n’y a parole, il n’y a, pour ainsi dire, ni trait ni virgule de la loi ancienne, qui ne parle du Sauveur Jésus. La loi est un Evangile caché : l'Évangile est la loi expliquée. Les philosophes nous disent que le vin n'est qu'une eau colorée, qui prend en passant par la vigne uue certaine impression de ses qualités , parce que cet élément est susceptible, de sa nature, de toutes altérations étrangères. Ainsi l'eau de la loi ancienne devient le vin de la loi nouvelle. C'est eette même eau de la loi mosaïque , qui étant appropriée à Jésus-Christ , vraie vigne du Père éternel , prend une nouvelle forme et une nouvelle vigueur. Donc , mes sœurs , passons les nuits et les jours à méditer la loi du Seigneur. Cherchons Jésus partout , et il n'y aura endroit où il ne se montre a nos yeux. Et puisqu’il a plu à notre grand Dieu de nous présenter ce vin nouveau de son Évangile , mais de le présenter pur et sans mélange , débrouillé de la lie des figures et de l'eau des expressions prophétiques, n'ayons point désormais d’autre breuvage que cette sainte et immortelle liqueur; que notre esprit soit toujours à goûter la parole divine. Mais ne nous arrêtons

■ tnjoan. Tract, il, n> 3, t. lu, put. Il . col. Ml.

* Luc. xxlv, SI.

> /Sut. S2.

point à la lettre; suçons l’esprit vivifiant que Jésus y a coulé par sa grâce. C’est notre seconde partie ; et pour une plus grande brièveté , nous y attacherons aussi la troisième dans une même suite de raisonnement

SECOND POINT

Que ne puis-jc vous transporter en esprit sur cette terrible montagne où parait la majesté du Seigneur I c'est la montagne de Sina, sur laquelle Dieu donne sa loi à Moïse. Là je vois ce grand Dieu tout-puissant, qui grave sur de la pierre ses saintes lois , dignes d être écrites dans le ciel le plus élevé, avec les rayons du soleil. Et après cela , par la bouche de son serviteur Moïse , il fait publier à son peuple ses ordonnances, et menace les transgresseurs de peines dont ieseul récit fait horreur. Certes , cette loi est très-sainte : mais ne vous persuadez pas, mes très-chères sœurs, qu elle contienne la vie. Toutes ces paroles majestueuses et cette Écriture du doigt de Dieu ne sont qu'un instrument de mort, si elles ne sont accompagnées de l'esprit de la grâce. « C’est

■ une lettre qui tue, » dit le grand apôtre saint Paul '. Combien d'âmes présomptueuses ont été précipitées dans la mort éternelle par ces augustes commandements ! Ne vous étonnez pas de cette parole : c'est la doctrine de l'apAtre saint Paul, et en voici la véritable explication. La loi montrait bien ce qu'il fallait faire; mais elle ne subvenait pas à l’impuissance de notre nature. Elle frappait les oreilles; mais elle ne touchait pas le cœur. Ce n'était pas assez que Dieu, d'une voix tonnante et impérieuse, fit annoncer an peuple ses volontés : il fallait qu'il parlât intérieurement, et que par une opération toute-puissante il amollit notre dureté. Grand Dieu éternel, vous me commandez; il ëSt juste que vous soyez obéi : mais ce n’est rien faire que me commander, si vous ne me donnez la grâce par laquelle je puisse observer vos commandements. Or cette grâce n'est point par la loi : c'est le propre don de l'É-

j vangile, selon ce que dit l'apAtre saint Jean*, que « la loi a été donnée par Moïse , et la grâce > et In vérité a été faite par Jésus-Christ. » Qu’est-ce donc que faisait la loi ? Elle ordonnait , elle commandait, elle liait les transgresseurs d’éternelles malédictions ; parce que ■ maudit est • celui qui n’observe pas les paroles qui sont

■ écrites en ce livre5 : » mais elle ne soulageait en rien nos infirmités. C'était une eau faible et siuis vigueur, capable de nous agiter, incapable de nous soutenir.

1 II, Cor. 111 , 6.

5 Joan. l, 17.

‘ DfM(. XXVll , 26.

Si n LES CARACTERES

C'est pourquoi le sauveur Jésus ayant compassion Je notre impuissance, vient nous don- | nrr un vin d'une céleste vigueur : c'est sa grâce , i c'est son Esprit saint dont les apôtres furent enivrés au jour de la Pentecôte. C’est ce saint et divin Esprit qui porte la loi au fond de nos cœurs, et l’y grave par des caractères de flamme. LA il l'anime intérieurement et la remplit d'une force vivifiante : il change la lettre en esprit , et c'est ; la nouvelle alliance que Dieu contracte avec nous par son Évangile. C'est pour cette raison ' que parlant par la bouche de Jérémie, ■ Voici,

■ dit-il 1 , que j'établirai avec la maison de Juda » un Nouveau Testament , non selon le testament » que j'ai établi avec leurs pères : ils ne sont point demeurés dans mon testament, et moi

- je les ai rejetés, dit le Seigneur. Mais voici le . testament que je disposerai à la maison d’Is-

- roél, * c'est-à-dire, aux vrais enfants d'Israël et nu peuple de la nouvelle alliance : « J’inspi- ., rerai, dit-il, ma loi dnns leurs âmes; et je „ l’écrirai non en des tables de pierre , mais Je « l'écrirai en leurs cœurs ; et ils seront mon

- peuple, et je serai leur Dieu. - Quelle est donc cette vertu merveilleuse , qui entre si profondément dnns nos cœurs? d'où vient à cette loi nouvelle ccttc force si pénétrante? Chères sœurs , elle vient de l’esprit de Dieu, qui est le vrai moteur de nos âmes, qui tient nos cœurs en sa main , qui est le maître de nos inclinations. Mais par quelle sorte d'opérations la porte-t-il ainsi nu fond de nous-mêmes? c'est par une charité très-sincère, par un puissant amour qu'il nous inspire, par une chaste délectation, par uncsainteet ravissante douceur.

Dieu exerce deux sortes d'opérations sur nos âmes, qui font la différence des deux lois. Premièrement il les effraye, il les remplit de la terreur de scs jugements : et en second lieu il les attire, il les enflamme d'un saint amour. La première opération , qui est la crainte , ne peut pénétrer nu fond de nos âmes : elle les étonne , elle les ébranle; mais elle ne les change pas. Par exemple, que vous rencontriez des voleurs, si vous êtes le plus fort , ils ne vous abordent qu'avec une apparence de civilité feinte : ils n'en sont pas moins voleurs , ils n'en ont pas l'âme moins avide de carnage et de pillerie. I-a crainte étouffe les sentiments, elle semble les réprimer; mais elle n’en coupc pas la racine. Voyez cette pierre sur laquelle Dieu écrit sa loi : en est-elle changée, pour avoir en sol de si saintes paroles? en estcllc mo ns dure? rien moins. Ces saints commandements ne tiennent qu’à une superficie extérieure. Ainsi en est-il de la loi de Dieu : quand elle • Jerrm. iU1 , SI Cl KllV.

n’entre dans nos âmes (pic par la terreur, elle ne touche que la surface : tant qu'il n'y a que ccttc crainte servile, le fond ne peut être changé comme il faut. Il n’y a que l'amour qui entre au plus secret de nos cœurs : lui seul en a la clef ; lui seul en modère les mouvements. Vous avez de méchantes inelinations , vous avez des affections déréglées : Jamais clics ne pourront être chassées que par des inelinations contraires, que par un saint amour, que par de chastes affections du vrai bien : ainsi l'âme sera tout autre. L'amour la dilate par une certaine ferveur : il l’ouvre jusqu'au fond , pour recevoir la rosée des grâces célestes. Ce n'est plus une pierre sur laquelle on écrit au dehors : c'est une cire pénétrer et fondue par une divine chaleur. C'est ainsi que le sauveur Jésus est véritablement gravé dans toutes les facultés de nos âmes. Il est dans nos volontés toutes transportées de son saint amour : il est dans la mémoire, car on ne peut oublier ce qu'on aime : il est dans l'entendement ; car l’amour curieux et diligent n'a point d’autre satisfaction , que celle de contempler les perfections du bien-aimé qui l’attire. De IA il passe dans les corps par l’exercice des vertus , et par de saintes opérations , qui , prenant leur origine de l’amour de Jésus , en conservent les traits et les caractères.

Tel est , mes très-chères sœurs, l’esprit de la loi nouvelle. Cest pourquoi Dieu ne vient point à nous avec cette apparence terrible qu’il avait sur le mont de Sina. Là cette montagne fumait de la majesté du Seigneur, qui - fait distiller les

- montagnes comme de la cire1. - Ici il ne rompt pas seulement un roseau à demi brisé * ; il est tout clément et tout débonnaire. Là on n’entend quu le bruit d’un long et effroyable tonnerre : ici c’est une voix douce et bénigne : « Apprenez de moi ,

- dit-ll , que je suis doux et humble de cœur J. - Là il est défendu d’approcher, sous peine de la vie : - N’approchez pas, dit-il, de peur que » vous ne mouriez ; et les hommes et les animaux • qui approcheront de la montagne , ils mourront « de mort *. » Ici 11 change bien de langage : « Ve- . nez, venez, dit-il s , approchez , ne craignez pas, « mes enfants : venez, oppressés, je vous soula- « gérai, je vous aiderai à porter vos fardeaux : « venez, malades, je vous guérirai : pécheurs, ■ publicains , approchez , je suis votre libérateur : « ne chassez pas ces petits enfants ; à de tels np - « partient le royaume de Dieu fi. • D'où vient ce changement, mes très-chères sœurs? ahl c'est

' Pt. xnri , 5.

i Nanti, xii, 20. y

» Ibid. XI , 20.

« Bxod. xix , 12, 13.

> Nntlh. xi, 28 et alibi.

• Marc x, 14.

DES DEUX ALLIANCES

qu'il sc Veut foire aimer. 11 % ient changer la terreur en amour, cette eau froide de la crainte qui resserrait le cccu r par une basse et servi le timidité, en un vin d une divine ferveur, qui le dilatera, qui l'encouragera , qui réchauffera par de bienheureuses ardeurs. C’est l’esprit de la loi nouvelle. Je vous ai dit les changements qu'a faits le Sauveur. L'eau , vous ai-je dit , est fade et insipide. Ainsi était la loi dans ses ombresetdans ses figures , si Jésus ne la change en la vérité de son Évangile, vin doux et savoureux , qui nous remplit de délices célestes. L'eau n’a point de force pour nous émouvoir. Ainsi était la loi par sa lettre inutile et impuissante, si elle n'est accompagnée du vin de la loi nouvelle , c'est-à-dire , de l'esprit de la grâce. Ces deux premiers changements ne sont que pour le troisième. Assez et trop longtemps nous avons été abreuvés de cette froide terreur : il est temps que nos cœurs soient échauffés de l'amour de Dieu.

Mes sœurs, nous ne sommes plus sous la loi de crainte, nous sommes sous la loi d'amour; parce que nous ne sommes plus dans la servitude , nous sommes dans la liberté des enfants de Dieu : Jésus, qui est la vérité, nous a délivrés. Partant , servons noire Dieu d'un amour liberal et sincère. Aimons la justice, aimons la vérité, aimons la vraie et solide raison , aimons l'unique repos. Tout cela c’est 'Jésus : aimons donc Jésus de toute l'affection de nos âmes : qui n'aime pas Jésus, je l'ose dire, il n'est pas chrétien. Un chrétien , c'est un homme renouvelé : nous ne pouvons être renouvelés sans l'esprit de la loi nouvelle : l'esprit de la loi nouvelle, c'est la charité : qui n'a pas la charité n'est pas chrétien. Ah ! que le siècle sc réjouisse dans les débauches et dans les banquets, dans les vins friands et délicienx ! Nous avons un vin dont il nous est permis de nous enivrer; vin qui nous échauffe, mais d'une ardeur toute spirituelle; qui nous fait chanter, mais des cantiques d'amour divin ; qui nous ûtela mémoire, mais du monde et de ses vanités ; qui nous excite une grande joie , mais une joie que Iq monde ne comprend pas. Buvons de ce vin, mes très-chères sœurs. Jour et nuit ne respirons que Jésus : vous particulièrement qu'il a retirées du siècle, goiitez Jésus dans ia solitude; c'est là qu'il sc communique aux âmes fidèles.

Et vous, chères sœurs, que, par sa miséricorde infinie, il a miraculeusement délivrées des ténèbres de l'hérésie, c'est à vous, c'est à vous que je parle. Et quelles paroles pourraient vous exprimer la tendresse que mon cœur a pour vous ! Rendez-lui à jamais vos actions de grâces. Voyez combien l'erreur est répandue par toute la ville. Dieu vous a triées deux ou trois, qu'il

a appelées à sa sainte Église : donc ne soyez pas ingrates à cet inestimable bienfait. Persévérez dans cette bieuheureusc vocation. Voyez In pureté, voyez l’innocence et la candeur de ces saintes filles, avec lesquelles vous conversez. O Dieu, quelle différence de cette véritable dévotion qu'elles vous enseignent en toute humilité et simplicité, avec le faste, et l'orgueil, et la piété contrefaite de l’hérésie. Persévérez, mes très-chères sœurs : n'écoutez ni les larmes ni les reproches de vos parents. Dieu vous fasse la grâce d'expérimenter combien sa sainte maison est plus douce que la maison pntcrnelle! Voyez ces redoutables autels : les sacrements que nous y distribuons, ce ne sont pas des ombres ni des figures : nous ne sommes plus sous la loi judaïque ; c'est la réalité , c’est la vérité , c'est la propre chair de Jésus autrefois jwur nous déchirée; c'est son sang vivifiant épanché pour l’amour de nous. Jouissez des délices de cette chair de laquelle l’hérésie s'est privée, pour se repaitre de la vanité d’une cène imaginaire , etc.

FRAGMENT

SUR LE MÊME SUJET’

Je dis donc avant toutes choses que la loi n’a que des ombres et des figures, selon ce que dit 1 apiïtrc saint Paul : . Toutes choses leur arri- « vaient en figure*. » Pour éclaircir cette vérité par la doctrine du saint apétre, posons premièrement ce principe. Tout ce qui agit par intelligence, sc propose nécessairement une fin à laquelle elle rapporte ses actions; et d'autant plus que la cause est parfaite , d'autant plus ce rapport est exact: et la raison en est évidente ; car si la cause est plus excellente, il s'ensuit que l'opération est mieux ordonnée. Or il est certain que l’ordre consiste dans l'accord de la fin avec les moyens; et c'est de ce concert que résulte cette justesse qu'on appelle l'ordre. Cette vérité étant supposée , passons outre maintenant , et disons : lâ loi est une œuvre d'intelligence et d'une intelligence Infinie; parce que c'est une œuvre de l'es, prit de Dieu. Par conséquent elle a une fin à laquelle elle est destinée; et quand nous connaîtrons cette fin , il ne faudra nullement douter que toutes les parties de la loi n'y soient rapportées. Or l'apétre saint Paul nous assure que < Jésus-

• morcpaa

« ituuienH ni rapport au premier point du

sermon prraifcut : aussi .«Ml trouvé réuni au mime m». nusrrtt sur une feuille séparée. Nous ne l'avon. «pendant E*fî?îp0™ * " point , para qu*i! était Impussibla

Drjont j U° *'eC aUtre Mns <ïucltIu« confusion. [Edit, dt

1 I* Cor. x, U.

SUR LA LEPRE DU PECHE, etc.

■ Christ est la finde la loi: -Finislegis Christus C'est pourquoi , et les patriarches et les prophètes soupiraient perpétuellement après sa venue ; parce qu'il était la Un de la loi , et le sujet principal de ses prophéties. Dou il s'ensuit manifestement que toutes les ceremonies de la loi , toutes ses solennités, tous ses sacrilices regardaient uniquement le Sauveur ; et qu'il n'y a page dans les Écritures en laquelle nous ne le vissions , si nous avions les yeux assez épurés.

Et certes , puisqu'il plaisait a notre grand Dieu de se revêtir d une chair humaine , il était convenable , mes sœurs , que de même que ce mystère étant accompli, nous en célébrons la grandeur par de pieuses actions de grâces ; aussi ceux qui en ont précédé l'accomplissement, vécussent dans l'attente de ce bonheur qui devait arriver à notre nature. Il est vrai que le Verbe éternel , en se faisant homme , est né dans un temps limité ; car c'est une suite de la condition humaine. L’éternité s'est alliée avec le temps, afin que ceux qui sont sujets au temps pussent aspirera l'éternité. Mais encore que la venue du Sauveur fut arrêtée à un temps certain par les ordres de la Providence div ine ; toutefois II faut av ouer que le mystère du Verbe fait chair devait remplir et honorer tous les temps. C'est pourquoi il était à propos qu'où il n'était pas par la vérité de sa présence , il y fut du moins d’une autre manière par des figures très-excellentes. Et de là vient que la loi de Moïse est plciuc de merveilleuses ligures qui nous représentent le sauveur Jésus.

En effet , je vous demande , mes très-chères sœurs, d'où vient tant de sang répandu dans les cérémonies anciennes; sinon [tour représenter le sang de Jésus? Pourquoi est-ce que par le sang de l'Agneau le peuple est délivré du glaive vengeur qui désola les maisons des Égyptiens? pourquoi est-ce que l'alliance est signée et ratifiée par le sang? pourquoi n’y a-t-il point d’entrée dans le sanctuaire , si le pontife n'a les mains teintes du sang des victimes ? pourquoi les crimes sont-ils expiés, les pontifes et leurs vêtements consacrés par le sang versé dans le sacrifice? le sang des animaux égorgésétait-il suffisant pour apaiser Dieu? était-il capable de purifier l'homme? Si ce n'est pour nous faire entendre qu'il n’y a ni délivrance, ni consécration, ni alliance, ni expiation, ni salut, que par le sang de l'Agneau sans tache , « qui a - été tué, dit saint Jean1, dès l’origine du monde : > tué, dis-je, dès l’origine du monde, parce que dès l'origine du monde sa mort a été figurée par une multitude infinie de sacrifices sanglants. C'est ce qui fait dire à Tertullicn : O C/inslum «» no-

1 Rom. \ , 4.

* Jpoc. XIII .

vis vetenm ' ! . Oh! que Jésus-Christ est ancien « dans la nouveauté de sou Év angile I > Ce que nous honorons est nouveau , parce que Jésus-Christ l'a mis dans un nouveau jour : ce que nous honorons est ancien , parce que la figure s’en trouve dès les premiers temps. La loi est un Évaugile caché; et l'Évangile est une loi expliquée.

Et c'est ce qu'exprime l'apêtre saint Pnul en ces excellentes paroles : • I.n loi a l'ombre des - choses futures, et non point la vive image’. » Que veut dire ce grand apétre , que la loi a l'ombre et non point la vive image des choses? La comparaison est prise de la peinture. Le peintre dessine le portrait du roi. Vous en voyez déjà quelque ressemblance dans les premiers crayons du tableau : cc sont ses traits , c'est sa taille , c'est son air, c’est l'image du prince que vous y voyez : mais quand l'ouvrage sera accompli, ë'est alors que le roi paraitraavcc sa majesté naturelle. Ainsi la loi avait Jésus-Christ dans des ombres et dans des figures , et comme dans un crayon imparfait ; mais elle n’avait pas l'image finie. Et de même que la peinture achevée efface les linéaments imparfaits, ainsi la beauté parfaite de l'Évangile efface I imperfection de la loi par des couleurs plus vi vos et plus éclatantes. C’est pourquoi Jésus- Christ change l'eau en vin , c'est-à-dire , la loi do Moïse en son Évangile.

ABRÉGÉ D’UN SERMON

pour

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