I S LUI
• Apoi ii, David, cap. itr, H* 13 qntti'KT. — T. IfJ.
telle â la partie divine et incorruptible. C’est là au contraire, dit Tertullicn , qu'il se forme uue volupté toute celestc, du mépris des voluptés sensuelles : (juœ major votuptas, quam /astidium ipsius voluptatis ■? Qui nous donnera, chrétiens, que nous sachions goûter ce plaisir sublime, plaisir toujours égal, toujoursunlforme, qui naît non du trouble de l'âme, mais de sa paix; non de sa maladie , mais de sa santé ; non de ses passions , mais de son devoir ; non de la ferveur inquiète et toujours changeante de ses désirs, mais du la rectitude immuable de sa conscience? Que ce plaisir est délicat! qu'il est généreux] qu’il est digne d'un grand courage, et qu’il est digne principalement de ceux qui sont nés pour commander ! Car si c’est quelque chose de si agréable d’imprimer le respect par ses regards, et de porter dans les yeux et sur le visage un caractère. d'autorité; combien plus de conserver à la raison cet air de commandement avec lequel elle est née; cette majesté intérieure qui modère les passions , qui tient les sens dans le devoir, qui calme par son aspect tous les mouvements séditieux, qui rend l’homme maître en lui-même! Mais pour être maître en soi-même, il faut être soumis à Dieu : c’est mn troisième partie.
TBOISIÈUE POINT.
La sainte et immuable volonté de Dieu à laquelle nous devons l'hommage d’une dépendance absolue , se déclare à nous en deux manières ; et Dieu nous fait connaître ce qu’il veut de nous, et par les commandements qu’il nous fait et par les événements qu’il nous envoie. Car comme il est tout ensemble et la règle immuable de l’équité et le principe universel de tout être , il s’ensuit nécessairement que rien n'est juste que ce qu’il veut , et que rien n’arrive que ce qu’il ordoune ; de sorte que les précéptcs qui prescrivent tout ce qu’il faut faire, et l'ordre des événements qui comprend tout ce qui arrive, reconnaissent également pour première cause sa volonté souveraine.
C’est donc , messieurs , en ces deux manières que Dieu règle nos volontés par la sienne; parce qu'y avant deux choses à régler en nous , ce que nous avons A pratiquer et ce que nous avons à souffrir, il propose dans ses préceptes ce qu’il lui plait qu'on pratique , il dispose par les événements ce qu’il veut que l'on endure > et ainsi , par ces deux moyens , il nous range parfaitement sous sa dépendance. Mais notre liberté toujours rebelle s'oppose sans cesse à Dieu, et combat directement ecs deux volontés : celle qui règle nos mœurs , en secouant ouvertement le Joug de sa loi ; celle qui
* Dr. Sprct. n" Î0.
rOUR LA PURIFICATION
conduit les événements, en s'abandonnant aux murmures, aux plaintes, à l'impatience dans les accidents fâcheux de la vie. Et pourquoi ces murmures inutiles dans des choses résolues et inévitables ; si ce n’est que l'audace humaine , toujours ennemie de la dépendance , s'imagine faire quelque chose de libre, quand, ne pouvant éluder l'effet elle blâme du moins la disposition , et que , ne pouvant être la maîtresse, elle fait la mutine et l'opiniâtre?
Prenons, mes frères, d'autres sentiments : considérons aujourd'hui le Sauveur pratiquant la loi , le Sauveur abandonnant à son Père toute In conduite de sa vie-, et â l'exemple de ce Fils unique , nous qui sommes aussi les enfants de Dieu , nés pour obéir à ses volontés, adorons dans ses préceptes les règles immuables de sa justice , ret-a riions dans les événements les effets visibles de sa toute-puissance. Apprenons dans ceux-là ce qu'il veut que nous pratiquions avec fidélité, et reconnaissons dans ceux-ci ce qu'il veut que nous endurions avec patience.
Et pour ôter tout prétexte a notre rébellion, tonte excuse à notre lâcheté , toute couleur à notre indulgence, la bienheureuse Marie, toujours humble et obéissante , recevant cet exemple de son cher fils, le donne aussi publiquement à tous les fidèles. Elle porte le jong d'une loi servile , de laquelle, comme nous apprend la théologie, elle était formellement exceptée; et quoiqu'elle soit plus pure et plus éclatante que les rayons du soleil , elle vient se purifier dans le temple. Après cela, chrétiens, quelle excuse pourrons-nous trouver pour nous exempter de la loi de Dieu , et pour colorer nos rébellions? mais le temps ne me permet pas de vous décrire plus amplement cette obéissance. Voici le grand sacrifice. C’est ici qu'il nous faut apprendre à soumettre à Dieu tout l’ordre de notre vie, toute la conduite de nos affaires , toutes les inégalités de notre fortune. Voici un spectacle digne de vos yeux , et digne de l'admiration de toute la terre.
. Cet enfant , dit Simeon à la sainte Vierge, « est établi pour In ruine et pour la résurrection ■ de plusieurs. Il est posé comme un signe auquel « on contredira, et votre âme sera percée d'un « glaive. » Paroles effroyables pour une mère! Je vous prie, messieurs , de les bien entendre, ii est vrai que ce bon vieillard ne lui propose rien en particulier de tous les travaux de son fils, mais ne vous persuadez pas que ce soit (mur épargner sa douleur ; au contraire , c'est ce qui la porte au dernier excès : en ce que , ne lui disant rien en particulier, il lui laisse à appréhender toutes choses. Car est-il rien de plus rude et de plus affreux que cette cruelle suspension d’une âme menacée
d'un mai extrême , sans qu'on lui explique ce que c'est? C'est là que cette pauvre âme confuse, étonnée , pressée et attaquée de toutes parts, qui ne voit de toutes parts que des -glaives pendants sur sa tète, qui ne sait de quel cdtc elle se doit mettre en garde, meurt en un moment de mille morts. C’est la que la crainte , toujours ingénieuse pour se tourmenter elle-méinc, ne pouvant savoir sa destinée, ni le mal qu'on lui prépare, va parcourant tous les maux pour faire son supplice de tous : si bien qu elle souffre toute la douleur que donne une prévoyance assurée, avec toule cette inquiétude importune, toute l'angoisse et l'anxiété qu’apporte une juste frayeur qui doute encore, et ne sait à quoi se résoudre. Dans cette cruelle incertitude, c’est une espèce de repos que desavoir de quel coup il faudra mourir : et saint Augustin a raison de dire, * qu'il est moins dur, sans com-
• paruison , de souffrir une seule mort , que de les
• appréhender toutes : ■ Longe salins est unnm I lerpeti moriendo, quant omnes limere vivendo ■ . Tel est l'état de la sainte Vierge, et c'est ainsi qu'on la traite. O Dieu , qu'on ménage peu sa douleur ! Pourquoi la frappez-vous de tant d’endroits? Ou ne lui dites rien de son mal, pour ne la tourmenter point par la prévoyance; ou dites-lui tout son mal , pour lui en ôter du moins la surprise. Chrétiens , Il n’en sera pas de la sorte. On lui annoncera son mal de bonne heure, afin qu'elle le sente longtemps; on ne lui dira pas ce que c'est , de peur d'dter à la douleur la secousse violente que la surprise y ajoute. Ce qu elle a oui confusément du bon Siméon , ce qui a déjà déchire le cœur et ému toutes les entrailles de celle mère ; elle le verra sur la croix plus horrible , plus épouvantable , quelle n'avait pu se l'imaginer. O prévoyance, ô surprise, 6 ciel, ô terre, o nature, étonnez-vous de celle constance 1 Ce qu’on lui prédit lui fait tout craindre ; ce qu'on exécute lui fait tout sentir : voyez cependant sa tranquillité par le miracle de son silence. Là elle ne demande point , Qu'arrivera-t-il ? Ici elle ne se plaint point de ce qu'elle voit. Sa crainte n'est point curieuse, sa douleur n’est pas impatiente. Si elle ne s'informe de l’avenir, ni elle ne se plaint du mai présent; et elle nous apprend par cet exemple les deux actes de résignation par lesquels nous nous devons immoler à Dieu : se préparer de loin a tout ce qu’il veut; se soumettre humblement a tout ce qu'il fait.
Après cela , chrétiens, qu’est-il nécessaire que je vous exhorte à offrir à Dieu ce grand sacrifice? Marie vous parle assez fortement. C’est elle qui vous invite à ne sortir point de ce lieu sans
1 Dr Viv. Dei, Ifb. 1 . c»p. XI, t. vu . col. I*.
DE LA SAINTE VIERGE
«voir consacré à Dieu ce que vous avez de plus cher. Est-ce un époux , est-ce un llls , et serait-ce quelque chose de plus grand et de plus précieux qu’un royaume? ne craignez poiut de l’offrir à Dieu. Vous ne le perdrez pas en le remettant entre ses mains. Il le conservera au contraire avec une bonté d'autant plus soigneuse , que vous le lui aurez déposé avec une plus enticre confiance, tulius habitura gueta Domino commendassct *.
C’est la grande obligation du chrétien , de s'abandonner tout entier à la sainte volonté de Dieu ; et plus on est indépendant , plus on doit être à cet égard dans la dépendance. C’est la loi de tous les empires, que ceux qui ont cet honneur de recevoir quelque éclat de la majesté du prince, ou qui ont quelque partie de son autorité entre leurs mains, lui doivent une obéissance plus ponctuelle et une fidélité plus attentive à leur devoir; parce qu’étant les instruments principaux de la domination souveraine, ils doivent s'unir plus étroitement à la cause qui les applique. Si cette maxime est certaine dans les empires du monde et selon la politique de la terre , elle l’est beaucoup plus encore dans la politique du ciel et dans l'empire de Dieu; si bien que les souverains, qu’il a commis pour régir ses peuples, doivent être liés immuablement aux dispositions de sa providence plus que le reste des hommes. Il n'est pas expédient à l’homme de ne voir rien au-dessus de soi : un prompt égarement suit cette pensée, et la condition de la créature ne porte pas cette Indépendance. Ceux donc qui ne découvrent rien sur la terre qui puisse leur faire loi, doivent être d'autant plus préparés à la recevoir d’en haut. S'ils font la volonté de Dieu , je ne craindrai pointdc ledire : non-seulement leurs sujets, mais Dieu meme s'étudiera à faire la leur ; car il a dit, par son prophète, qu'il « fera la vo- • lonté de ceux qui le craignent : » Volunlalcm timentium se faciel *.
Sire, Votre Majesté rendra compte à Dieu de toutes les prospérités de son règne ; si vous n'étes aussi fidèle à foire scs volontés, comme il est soigneux d'accomplir les vôtres. Plus la volouté des rois est absolue , plus elle doit être soumise ; parce que Dieu, qui régit le monde par eux , prend un soin plus particulier de leur conduite et de la fortune de leurs États. Rien de plus dangereux à la volonté d une créature, que de penser trop qu'elle est souveraine : elle n'est pas née pour se régler elle-même , elle se doit regarder dans un ordre supérieur. Que si Votre Majesté regarde ses peuples avec amour comme les peuples de Dieu , sa couronne comme un présent de sa pro-
> J. Paulin Ep. ad Screr. d* 9.
* Pi. exuv , »
vidcnce, son sceptre comme l'instrument de ses volontés : Dieu bénira votre règne, Dieu affermira votre trône comme celui de David et de Salomon ; Dieu fera passer Votre Majesté d'un règne à un règne, d'un trône à un trône, mais trône bien plus auguste et règne bien plus glorieux , qui est celui de. l’éternité que je vous souhaite, au nom du Père , etc.
DEUXIÈME SERMON
i-oen ie wve
DE LÀ PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE, t'SËCIlé a la cocu.
Nfcmllé (lff* lois : soumission qui leur est dur. Ddpendnnce dons laquelle nous devons vivre a IV-ir.I de Dieu fl des ordres de sa providence.
rostquain impleti sont dira purgatiouis ejus serundum Irgcm Mnysi, tuieiunl ilium in Jérusalem, ut sisierent eum Domino , sicut se riplmn rai in loge Dominé le temps de la purification de Marie étant accompli selon ta toi de Moïse., ils portèrent l'eo/ani à Jérusalem , jxtur te présenter au Seigneur, ainsi qu'il est écrit en ta loi de Dieu. Luc. si, 22 , 33.
Un grand empereur • a prononcé qu'il n'y a rien de plus royal ni de plus majestueux qu'un prince qui se reconnaît soumis aux lois , c’est-àdirc , à la raison même : et certes le genre humain ne peut rien voir de plus beau, que la justice dans le trône ; et on ne, peut rien penser de plus grand ni de plus auguste que cette noble alliance de la puissance et de la raison , qui fait concourir heureusement à l’observance des lois et l'antorité et l'exemple.
Que si c’est un si beau spectacle qu'un prince obéissant è la loi, combien est plus admirable celui d’un Dieu qui s'y soumet! Et pouvons-nous mieux comprendre ce que nous devons aux lois, qu'en vovnut dans le mystère de cette journée un Dieu fait homme s’y assujettir, pour donner à tout l'univers l'exemple d'obéissance ? Merveilleuse conduite de Dieu ! Jésus-Christ venait abolir In loi de Moïse par une loi plus parfaite; néanmoins, tant qu'elle subsiste, il révère si fort le nom et l'autorité de la loi , qu'il l'observe ponctuellement, et la fait observer à sa sainte mère. Combien plus devons-nous garder les sacrés préceptes de l’Évangile éternel qu'il est venu établir, pins encore par son sang que par sa doctrine !
Je ne pense pas, chrétiens, pouvoir rien faire de plus convenable à la fête que nous célébrons, que de vous montrer aujourd'hui combien nous devons dépendre de Dieu et de ses ordres su-
1 Tltvodose. L. Diana, Cod. Justin. IIX». I, Titut. xiv, Leg. IV.
POUR LA PURIFICATION
prîmes; et je croirai pouvoir vous persuader une obéissance si nécessaire , pourvu que la sainte Vierge , qui nous en donne l’exemple, nous nccorde aussi son secours, que nous lui allons demander par les paroles de l’ange : Ave.
Parmi tant de lois différentes auxquelles notre nature est assujettie , si nous voulons établir une conduite réglée, nous devons reconnaître, avant toutes choses, qu’il y a une loi qui nous dirige , une loi qui nous entraîne , et une loi qui nous tente et qui nous séduit. Mous voyons dans les Écritures et dans les commandements divins, la loi de justice qui nous dirige : nous éprouvons tous les jours dans le cours de nos affaires, dans leurs conjonctures inévitables, dans toutes les suites malheureuses de notre mortalité , une loi romme fatale de la nécessité qui nous entraîne : enfin nous ressentons en nous-mêmes et dans nos membres mortels un attrait puissant et impérieux qui séduit nos sens et notre raison ; et cet attrait , qui nous pousse nu mal avec tant de force, est appelé par l’apôtre ' ■ la loi de péché, » qui est une continuelle tentation à la fragilité humaine.
Ces trois différentes lois nous obligent aussi, chrétiens, À trois pratiques différentes : car, pour nous rendre fidèles à notre vocation et à la grâce du christianisme, il faut nous laisser conduire nu commandement qui nous dirige, nous élever i par courage au-dessus des nécessités qui nous accablent ; enfin, résister avec vigueur aux attraits ri(* sens qui nous trompent. C’est ce qui nous est montré clairement dans l’Évangile que nous traitons , et dans le mystère de cette journée. Jésus- Christ et la sainte Vierge, Simeon, ce vénérable vieillard, et Anne, cette sainte veuve, semblent ne paraître en ce jour, que pour donner aux fidèles toutes les instructions nécessaires au sujet de ces trois lois que j’ai rapportées. Le Sauveur et sa sainte mère se soumettent aux commandements que Dieu a donnés à son peuple. Siméon , vieillard courageux et détaché de la vie, en subissant sans se troubler la loi de la mort, se met au-dessus des nécessités qui accablent notre nature, et nous apprend à les regarder comme des lois souveraines auxquelles nous devons nous accommoder. Enfin , Anne pénitente et mortifiée nous fait voir dans ses sens domptés la loi du péché vaincu. Exemples puissants et mémorables, qui me donnent occasion de vous faire voir aujourd’hui combien nous devons être soumis à la loi de la vérité qui nous règle ; quel usage nous devons faire de la loi de la nécessité qui nous entraîne ; comment nous devons résister a l’attrait du mal qui nous tente , et à In loi du péché qui nous tyrannise.
1 Hum vh, sa.
PRF.MTHR POINT.
Le nom de liberté est le plus agréable et le plus doux, mais tout ensemble le plus décevant et le. plus trompeur de tous ceux qui ont quelque usage dans la vie humaine. Les troubles, les séditions, le mépris des lois, ont toujours eu leur cause ou leur prétexte dans l’amour de la liberté. Il n’y a aucun bien de la nature dont les hommes abusent davantage que de leur liberté, ni rien qu’ils connaissent moins que la franchise , encore qu’ils la désircntavec tant d’ardeur. J entreprends de vous faire voir que nous perdons notre liberté en la voulant trop étendre; que nous ne savons pas la conserver, si nous ne savons aussi lui donner des bornes; et enfin, que la liberté véritable c’est d’être soumis aux lois.
Quand je vous parle, messieurs, de la liberté véritable, vous devez entendre par là qu’il y en a aussi une fausse; et c’est ce qui parait clairement dans ces paroles du Sauveur : Si vos Fi lias tiàcravcrit , tune ve.rc liberi cri Us 1 : « Vous « serez vraiment libres, dit-il, quand je vousnu- " ra* affranchis. » Quand il dit que nous serons vraiment libres, il a dessein de nous faire entendre qu’il y a une liberté qui n’est qu’apparentc; et il veut que nous aspirions, non à toute sorte de franchise, mais à la franchise véritable , à la liberté digne de ce nom : c’est-à-dire, à celle qui nous est donnée par sa grâce et par sa doctrine : tune vere tibrri eritis. C’est pourquoi nous ne devons pas nous laisser surprendre par le nom | ni par l'apparence de la liberté. Il faut ici nous rendre attentifs à démêler le vrai d’avec le faux ; et pour le faire nettement et distinctement, je remarquerai , chrétiens, trois espèces de liberté, que nous pouvons nous figurer dans les créatures : la première, c’est la liberté des animaux; la seconde, c’est la liberté des rebelles; In troisième, c’est In liberté des sujets et des enfants. Les animaux semblent être libres, parce qu’on ne leur prescrit aucunes lois; les rebelles s’imaginent l’être, parce qu’ils secouent le joug des lois; les sujets et les enfants de Dieu le sont en effet, parce qu’ils se soumettent humblement à la sainte autorité des lois. Telle est la liberté véritable; et il nous sera aisé de l’établir solidement par la destruction des deux autres.
Et premièrement, chrétiens, pour ce qui regarde cette liberté dont jouissent les animaux , j’ai honte de l’appeler de la sorte et de ravilir jusque-là un si beau nom. Il est vrai qu’ils n’ont pas de lois qui répriment leurs appétits , ou dirigent leurs mouvements; mais c’est qu’ils n’ont
I Joan. viu , 06-
Digiti;
DE LA SAINTE VIERGE
pas d'intelligence qui les ronde capables d être gouvernés par la sage direction des lois : ils vont où les pousse un instinct aveugle, sans conduite et sans jugement; et appellerons-nous liberté un emportement brut et indocile, incapable déraison et de discipline? A Dieu ne plaise, û enfants d’Adam, 6 créatures raisonnables que Dieu a formées à son image; à Dieu ne plaise, encore une fois, qu'une telle liberté vous agrée, et que vous consentiez jamais d'être libres d’une manière si basse ! Et toutefois , chrétiens , qu’entendonsnous tous les jours dans In bouche des hommes du monde? ne sont-ce pas eux qui trouvent toutes les lois importunes, et qui voudraient les voir abolies, pour n’en recevoir que d’eux-mêmes et de leurs désirs déréglés? Peu s’en faut que nous n'euviions aux animaux leur liberté , et que nous ne célébrions hautement le bonheur des bêtes sauvages, de ce qu elles n'ont dans leurs désirs d’autres lois que leurs désirs mêmes ; tant nous avons ravili l’honneur de notre nature !
Mais au contraire, messieurs, le docte Tertuilieu en avait bien compris la dignité, lorsqu’il a prononcé cette sentence , nu second livre contre Marclon, qui est en vérité un chef-d'œuvre de doctrine et d’éloquence : « Il a fallu , nous « dit-il , que Dieu donnât des lois à l'homme , non « pour le priver de sa liberté, mais pour lui témoi- « gner de l’estime : » Legcm ... boni fax eroga vit t consulens homini quo Deo adhœrerct , ne non tam liber , quam abject ns videretur. Et certes cette liberté de vivre sans lois eût été injurieuse à notre nature. Dieu eût témoigné qu'il méprisait l’homme, s'il n’eût pas daigné le conduire et lui prescrire l’ordre de sa vie : il l’eût traité comme les animaux auxquels il ne permet de vivre sans lois, que p:ir le peu d’état qu'il en fait, et qu’il ne laisse libres de cette manière, dit le même Tertullien, que par mépris , œquan dus famulis suis cæleris animait bu s solulis a Deo et ex fustidio liberis *.
Quand donc les hommes se plaignent des lois qui leur ont été imposées , quand ils voudraient qu’on les laissât errer sans ordre et sans règle au gré de leurs désirs aveugles, « ils n'entendent « pas , dit le saint psalmiste, quel est l’honneur t et la dignité de la nature raisonnable, puisqu'ils « veulent qu’on les compare et qu'on les mette ■ en égalité avec les animaux bruts , privés de « raison : » Homo cum in honore esset non intellcxit , comparai us est jumentis insipienti bus *. Et c’est ce prodigieux aveuglement que leur reproche avec raison un ami de Job , en ces termes : Virvanus in superbiam erigitur, et tan-
1 Lib. il , adv. V union, n* 4.
* Pt. U. VIII, *il.
quam pullum onagri se liberum nutum putat ' : • l/homme vain et déraisonnable s’emporte par « une fierté insensée, et s’imagine être né libre « à la manière d’un animal fougueux et indomp- « té. * En effet , quels sont vos sentiments , û pécheurs aveugles, lorsque vous suivez pour toute règle votre humeur, votre passion , votre colère, votre plaisir, votre fantaisie égarée; lorsque vous ne faites que secouer le mors et regimber contre toutes les lois, sans vouloir souffrir ni qu’on vous retienne, ni qu’on vous enseigne, ni qu’on vous conduise? n’est-ce pas sans doute que vous vous imaginez être nés libres, non à la manière des hommes, mais à celle des animaux, et encore les plus indomptés et les plus fougueux; si eut pullum onagri y qui n’endurent ni aucun joug, ni aucun frein, ni enfin aucun conducteur? O hommes, ce n’est pas ainsi que vous devez voue considérer. Vous êtes nés libres, je le confesse . mais certes votre liberté ne doit pas être abandonnée à elle-même; autrement vous la verriez dégénérer enuu égarement énorme. Il faut vous donner des lois , parce que vous êtes capables de raison et dignesd'étre gouvernés par une conduite réglée : Constitue, Domine , legistatorem super eus , ut sciant gentes quoniam homines sunt * : « O Seigneur, envoyez un législateur à votre « peuple; • donnez-lui premièrement un Moïse, qui leur apprenne leurs premiers éléments et conduise leur enfance : donnez-leur ensuite un Jésus- Christ, qui les enseigne dans l’âge plus mûr, et les mène ù la perfection , « et ainsi vous ferez con- « naître que vous les traitez comme des hommes; » c’est-à-dire, comme des créatures que vous avez formées à votre image, et dont vous voulez aussi former tes mœurs selon les lois de votre vérité éternelle.
Que s'il est juste et necessaire que Dieu nous donne des lois, confessez qu’il ne l’est pas moins! que notre volonté s’y soumette. C’est pour cela que la sainte Vierge nous montre aujourd’hui un si grand exemple d’une parfaite obéissance. Plus pure que les rayons du soleil , elle se soumet à la loi de la purification. Le Sauveur luimême est porté au temple, parce que la loi le commande; et le Fils ne dédaigne pas d’étro assujetti à la loi qui a été établie pour les serviteurs. A cet exemple, messieurs, n’aimons notre .iberté que pour la soumettre à Dieu , et ne nous persuadons pas que ses saintes lois nous la ravissent Ce n’est pas s’opposer à un fleuve, ni à la liberté de son cours, que de relever ses bords de part et d’autre , de peur qu’il ne se déborde et ne perde scs eaux dans la campagne; au con-
• Job. XI, 11.
* Pt. U , 11.
agle
POUR LA PURIFICATION
traire c'cst lui donner le moyen de couler plus doucement dans son lit , et de suivre plus certainement son cours naturel. Ainsi ce n'est pas perdre la liberté que de lui imposer des lois , de lui donner des bornes deçà et delà pour empêcher qu'elle ne s’égare: c'cst l'adresser plus assurément à la voie qu'elle doit tenir : par une telle précaution on ne la gêne pas, mais on la conduit; on ne la force pas, mais on la dirige. Ceux-là la perdent, ceux-là la détruisent qui détournent son cours naturel , c'est-à-dire, sa tendance au souverain bien .
Ainsi la liberté véritable, c’est de dépendre de Dieu : car qui ne voit que refuser son obéissance à l’autorité légitime de la loi de Dieu , ce n'est pas liberté, mais rébellion ; ce n’est pas franchise, mais insolence? Ouvrons les yeux, chrétiens, et comprenons quelle est notre liberté. La liberté nous est donnée, non pour secouer le joug , mais pour le porter avec honneur en le portant volontairement : la liberté nous est donnée, non pour avoir la licence de foire le mal, mais aGn qu'il nous tourne à gloire de faire le bien ; non pour déuier à Dieu nos services , mais afin qu'il puisse nous en savoir gré. Nous sommes sous la puissance de Dieu beaucoup plus, sans comparaison , que la loi ne met les enfants sous la puissance paternelle. S'il nous a , dit Tertulllen ■ , comme émancipés en nous donnant notre liberté, et la disposition de notre choix , ce n'est pas pour nous rendre indépendants ; mais afln que notre soumission fut volontaire , aGn que nous lui rendissions par choix ce que nous lui devons par obligation , et qu’ainsi nos devoirs tinssent lieu d'offrande, et que nos services Rissent aussi des mérités. C’est pour cela , chrétiens , que la liberté nous était donnée.
Mais combien abusons-nous de ce don du ciel 1 et qu'un grand pape a raison de dire que l’homme « est étrangement déçu par sa propre liberté, » sua in œtemum libcrtale deceptus *1 Qu 'est-ce à dire, que l'homme est déçu par sa liberté; c'est qu’il n’a pas su distinguer entre la liberté et l'indépendance ; et il n'a pas vu que , pour être libre , il n’était pas souverain. L'hoinme est libre comme un sujet sous un prince légitime , et comme un Gis sous la dépendance de l'autorité paternelle ; il a voulu être libre jusqu'à oublier sa condition et perdre entièrement le respect : c'est la liberté d'un rebelle , et non la liberté d'un enfant soumis et d'un Odèle sujet. Mais la souveraine puissance de cvluicontre lequel lise soulève, ne permet pasà ce rebelle de jouir longtemps de sa liberté licen-
* ddr. Marriott. Ub> 11, n"«.
* Innocent. I Ep. XXIV, ad Conc . Carth. Labb. t. Il, col.
*2Si.
cieuse ; car écoulez ce beau mot de saint Augustin : Autrefois , dit ce grand homme , j’ai voulu être libre de cette manière, j'ai contenté mes désirs, j’ai suivi mes passions insensées; mais, bêlas! ô liberté malheureuse I en faisant ce que je voulais , j’arrivais ou je ne voulais pas : Yotcns quo nollem pervenemm '. Voila en ce peu de mots, messieurs, lu commune destinée de tous les pécheurs.
Eu effet , considérez cet homme trop libre dont je vous parlais tout à l’heure ; qui ne refuse rien à ses passions , ni même à ses fantaisies : il transgresse toutes les lois , il aime , il hait , il se venge suivant qu’il est poussé par son humeur, et laisse aller son ccenr à I abandon partout où le plaisir l'attire : il croit respirer un air plus libre en promenant deçàet delà ses désirs vagues et incertains; et il appelle liberté son égarement : à la manière des enfants, qui s'imaginent être libres lorsque, s’étant échappés de la maison paternelle, ils courent sans savoir où ils vont. Telle est la liberté de l’homme pécheur : Il est libre , à son avis ; il fait ce qu’il veut : mais que cette fausse liberté le trompe ! puisqu e» faisant ce qu’il veut , aveugle et malheureux qu'il est, il s'engage à ce qu'il veut témoins. Car, messieurs, dans un empire réglé et autant absolu qu'est eelui de Dieu , l’antorité n'est pas sans force , et les lois ne sont pas désarmées; quiconque méprise leurs règlements , est assujetti à leurs peines : et ainsi ce rebelle inconsidéré qui éprouve sa liberté contre Dieu , et l'exerce insolemment par le mépris de ses saintes et terribles lois; pendant qu'il fait ce qu'il veut, attire sur lui nécessairement ce qu'il doit le plus avoir en horreur, la damnation , la mort éternelle , la juste et impitoyable vengeance d'un Tout- Puissant méprisé. Cesse donc, 6 sujet rebelle et téméraire prévaricateur de la loi de Dieu ! cesse de nous vanter désormais ta liberté malheureuse que tu ne peux pas soutenir contre le Souverain que tu offenses, et reconnais au contraire que tu forges loi-même tes fera par l'usage de ta liberté dissolue, que tu mets un poids de fer sur ta tête que tu ne peux plus secouer, et qu’enfin tu seras réduit à une servitude éternelle , en voulant étendre trop loin les folles prétentions de ta vaino et ridicule indépendance.
Par conséquent , chrétiens , vivons dépendants de Dieu ; et croyons que , si nous osons mépriser ses lois, notre audace ne sera pas impunie. Car si l'apêtre a raison de dire que nous devons craindre le prince et le magistrat , ■ parce que ce n'est pas « en vain qu'il porte l'épée : * Son cnim sine causa gladium portât *; combien plus devons-
1 ('«njcsi. lit», vin , c.ip v , 1 1 , col. li».
3 Hum. XIII , «■
DE LA SAINTE VIERGE
nous penser (pie ce n'est pas en vain que Dieu est juste; que ce n'est pas en vain qu'il est toutpuissant; que ce n'est pas en vain qu'il lance le foudre yni qu'il fait gronder son tonnerre! Nous avons ici l'honneur (le parier devant les puissances souveraines : apprenons notre devoir envers Dieu par celui que nous rendons a ses images. Qui de nous ne fait pas sa loi de la volonté du prince? ne mettons-nous pas notre gloire a lui obéir, à prévenir mime ses commandements , à exposer notre vie pour sou service? qu'avons-nous de plus précieux que les occasions de signaler notre obéissauce? Tous ces sentiments sont tris-justes, tous ces devoirs , légitimés. Le prince n'a que Dieu au dessus de soi , apres Dieu il est le premier ; il a en main sa puissance , il exerce sur iious son autorité. Mais cniiti il n'est pas juste que le sujet de Dieu soit mieux obéi que Dieu même , et la seconde Majesté, mieux servie et plus révérée que la première, il est vrai que quiconque offense le prince ne le fait pas impunément. Le prince a le glaivcen main pour se faire craindre ; ou ne lui résiste pas. Il découvre, dit Salomon, les plus secrètes intrigues,
• les oiseaux du ciel lui rapportent tout ■ , • et vous diriez qu’il devine : tant il est malaisé de lui rien cocher : Üivinatio in labiis régis, dit le même Salomon *. Apres il étend ses bras, et il déterre ses ennemis du fond des ubimes ou ils cherchaient contre lui un vain asile ; sa présence les déconcerte , son autorité les accable. Que si , dans cette faiblesse de notre mortalité , nous y voyons subsister une force si redoutable , combien plus devons-nous trembler devant la souveraine majesté du Dieu vivant etéternell Car enfin la plus grande puissance (pli soit dans le monde peut-elle, apres tout, s'étendre plus loin que d’Ater la vie ù un homme? Eh! messieurs, est-ce donc un si grand effort que de faire mourir un mortel , et de luiter de quelques moments une vie qui se précipite d’elle-même? Si donc nous craignons celui qui ayant fait mourir le corps, a épuisé son pouvoir et mis à bout sa vengeance par son propre usage; ■ combien plus, dit le Sauveur1, doit-on
- redouter celui qui peut envoyer et l'âme et le
- corps dans une gêue étemelle! »
Cependant, A aveuglement! non-seulement
nous lui résistons, mais encore nous prenons plnisir à lui résister. Étrange dépravation , et révolte insupportable contre Dieu! ses lois qui sont po- " sées pour servir de bornes à nos désirs déréglés les excitent et les fortifient. N'est-il pas vrai, chrétiens, moins une chose est permise, plus elle a d’attraits; le devoir est une espèce de supplice;
' F.ecfeS. X, 20,
* Prov. *VI, 10.
1 Ma Oh. X , 20.
ce qui plaît par raison ne (daft presque pus; ce qui est dérobé à la loi nous semble plus doux; les viandes défendues nous paraissent plus délicieuses durant le temps de pénitence: In defense est un nouvel assaisonnement qui en relève le goût ;
« Ainsi le péché nous trompe par une fausse dou- « ceur ; parce qu’il nous paraît d’autant plus agréa-
* ble, qu’il est moins permis: * Fallu pcecatum fai/aci tlulccdine... cuin tanlo ma gis libet , quanfo minus licet*. Il semble que nous nous irritions contre la loi , de ce qu'elle contrarie nos désirs; et que nous prenions plaisir à notre tour à la contrarier par une espèce de dépit : tellement que nous vouloir contenir par la discipline, c’est nous faire déborder avec plus d’excès, et précipiter plus violemment notre liberté indocile et impatiente. C’est ce qui fait dire ù l’apôtre, que
• le péché prend occasion du précepte pour nous - tromper; » c’est-à-dire, pour nous tenter davantage et plus dangereusement : Peccalum , occasione accepta per mandat um, seduxil me \ O Dieu , quel est donc notre égarement ! et combien est éloignée l’arrogance humaine de l’obéissance qui vous est due ; puisque même l’autorité de votre précepte nous est une tentation pour le violer î
Paraissez, ô très-sainte Vierge! paraissez, ô divin Jésus I et fléchissez par votre exemple, nos cœurs indomptables. Qui peut être exempt d’obéir, puisqu’un Dieu même se soumet? Quel prétexte pouvons-nous trouver pour nous dispenser de la loi , après que la Vierge même se purifle, et ne croit point être excusée, par sa pureté angélique, d'une obsennncc qui lui est si peu nécessaire? Si la loi qui a été donnée par le ministère de Moïse, qui n’était que le serviteur, demande une telle exactitude, combien ponctuellement devons nous garder celle que le Fils lui-même nous a établie ! Après ces raisons, après ces exemples, notre lâcheté n’a plus d'excuse , et notre rébellion n’a plus de prétexte. Baissons humblement la tête ; et non contents de nous disposer à faire ce que Dieu veut, consentons de plus, chrétiens, qu'il fasse de nous ce qu’il lui plaira. C’est ce que j’ai à vous proposer dans ma seconde partie , que je joindrai, pour abréger ce discours, avec la troisième dans une même suite de raisonnement; et je les établirai toutes deux par les mêmes preuves.
SECOND POINT
Parmi les choses que Dieu veut de nous, il faut remarquer, messieurs, celte différence, qu'il y en a quelques-unes dont il veut que l’exécution dépende de notre choix, et aussi qu’il y eu a d’autres où , sans aucun égard à nos volontés , il agit lui*
< De dir. Qwest, ad Simplic. lib. i, t. VI, cul. Si, M.
1 Hum. VU, K.
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même souverainement par sn puissance absolue. Parexemple,Dieuveutque nous soyons justes, que nous soyons droits 1 modérés dans nos désirs sincères dans nos paroles, équitables dans nos actions, prompts à pardonner Les injures, et incapables d'en faire à personne. Mais dans ces choses qu'il veut de nous, et dans les autres semblables qui comprennent la pratique de ses saintes lois, il ne force point notre liberté. Il est vrai que si nous sommes désobéissants, nous ne pouvons empêcher qu'il ne nous puuisse; mais toutefois il est en nous de n'obéir pas. Dieu met entre nus mains la vie et la mort, et nous laisse le choix de l’une et de l'autre. C'est ainsi qu’il demande à l'homme l'obéissance aux préceptes , comme un effet de son choix et de sa propre détermination. Mais il n'en est pas de la sorte des événementsdiversqul déci dent de notre fortune et de notre vie : il en ordonne le cours par de secrètes dispositions de sa providence éternelle, qui passent notre pouvoir, et même ordinairement notre prévoyance ; si bien qu'il n'y a aucune puissance capable d'en arrêter l’exécution, conformément à cette parole d'Isaïe :
• Mes pensées ne sont pas vos pensees : autant que
• le ciel est éloigné de la terre , autant mes pensées > sont-elles au-dessus des vôtres1; » et encore cet autre oracle du même prophète : « Toutes mes
• v olontés seront accomplies , et tous mes desseins
• auront leur effet , dit le Seigneur tout-puissant : > Consilium meum slabit, et ornais voluntas mea fiet'.
Quand je considère la cause de cette diversité , Je trouve que Dieu étant notre souverain , il n'est pas juste, messieurs, qu'il laisse tout A notre disposition, ni qu'il nuus rcude maîtres absolus de ce qui nous touche et de nous-mêmes. Il est juste au contraire que l'homme ressente qu'il y a une force majeure à laquelle il faut céder. C’est pourquoi s’il y a des choses qu'il veut que nous fassions par choix , il veut aussi qu'il y en ait d’aut res que nous souffrions par nécessité. Pour cela les choses humaines sont disposées de maniéré qu’il n'y a rien sur la terre ni de si bien concerté par la prudence , ni de si bien affermi par le pouvoir, qui ne soit sou vent troublé et embarrassé par des événements bizarres qui sc jettent à la traverse ; et cette puissance souveraine qui régit le monde ne permet pas qu'il y ait un homme vivant , si grand et si puissant qu'il soit , qui puisse disposer à son gré de sa fortune et de ses affaires , et bien moins de sa sanlé et de sa vie. C'est ainsi qu'il a plu à Dieu que l'homme ressentit par expérience cette force majeure dont
1 h. LV, « , 9.
* Ibid. XL VI , la
j'ai parlé : force divine et luévitable , qui se relâche quand elle veut , et s'accommode quelquefois à nos volontés ; mais qui sait aussi se roidir quand il lui plaît avec une telle fermeté-, qu’elle entraîne tout avec elle, et nous fait servir malgré nous à une conduite supérieure qui surpasse de bien loin toutes nos pensées.
C'est donc pour cette raison que cet arbitre souverain de notre sort a comme partagé notre vie entre les choses qui sont en notre pouvoir, et celles ou il ne consulte que son bon plaisir : afin que nous resseutioDs non-seulement notre liberté, mais encore notre dépendance, il ne veut pas que nous soyons les maîtres de tout, afin que nous apprenions que nous ne le sommes de rien qu'autant qu'il lui plaît , et que nous craignons d'abuser de la liberté et du pouvoir qu'il nous donne. Il veut que nous entendions que s’il nous invite par la douceur, ce n'est pas qu’il ne sache bien nous faire fléchir par la force; et par là il nous accoutume à redouter sa force invincible, lors même qu'il ne nous témoigné que de la douceur. C'est lui qui mêle toute notre vie d'événements qui nous fichent, qui contrarie notre volonté, qui s'attache trop à elle-même, et qui étend sa liberté jusqu'à la licence ; afin de nous soumettre tout a fait a lui et de nous élever, en nous domptant , a la véritable sagesse.
Car il est certain, chrétiens, que de savoir résister à ses propres volontés, c'est l'effet le plus assuré d'une raison consommée : et ce qui prouve év idemment cette vérité, c'est que l’âge le moins capable de raison , est aussi le moins capable de sc modérer et de se vaincre. Considérez les enfants : certainement si leurs volontés étaient aussi durables qu’elles sont ardentes, Il n’y aurait pes moyen de les apaiser. Combien veulent-ils violemment tout ce qu’ils veulent, sans peser aucune raison ? Ils ne considèrent pas si ce qu’ils recherchent leur est nuisible : il ne leur importe pas si cet acier coupe; c'est assez qu'il brille à leurs yeux, et ils ne songent qu’a se satisfaire : ils ne regardent pas non plus si ce qu’ils demandent est à autrui; II suffit qu’il leur plaise pour le désirer, et ils s’imaginent que tout est à eux. Que si vous leur résistez, vous voyez au même moment, et tout leur visage en feu , et tout leur petit corps en action , et toute leur force éclater en un cri perçant qui témoigne leur impatience. D’où vient cette ardeur violente et cette force, pour ainsi dire , de leurs désirs , sinon de la faiblesse et de l’imbécillité de leur raison ?
Mais, s'ils est ainsi, chrétiens, ô Dieu! qu'il y a d’enfants a cheveux gris, et qu’il y a d’enfants dans le monde! puisque nous n'y voyons autre chose que des hommes faibles eu raison et impé-
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t ueux en désirs. Quelle raison a cet avare qui veut nvoir nécessairement ce qui l’accommode, sans autre droit que son intérêt ? quelle raison a cet adultère tant de fois maudit par la loi de Dieu, qui entreprend sur la femme de son prochain sans autre titre que sa convoitise? ne ressemblent-ils pas à des enfants, qui croient que leur volonté leur est une raison sufllsanle pour s’approprier ce qu’ils veulent? Mais il y a cette différence , que la nature en léchant la bride aux violentes inclinations des enfants, leur a donné pour frein leur propre faiblesse ; au lieu que les désirsdel'âge plus avancé, encore plus impétueux, n'ayant point de semblables digues, se débordentnussi sans mesure, si la raison ne lesrcsseire et ne les restreint. Concluons donc, chrétiens, que la véritable raison et la véritable sagesse, c'est de savoir se modérer. Oui , sans doute , on sort de l'enfance, et l'on devient raisonnable A mesure qu'on sait dompter ce qu’il y a en soi de trop violent. Celui-là est un homme fait et un véritable sage, qui, comme dit le docte Svnésius, ne se fait pas une obligation du soin de contenter ses désirs , mais qui sait régler ses désirs suivant ses obligations; et qui sachant peser mftrement combien la nature est fécondé en mauvaisesinclinations, retranche deçà et delà, comme un jardinier soigneux , tout ce qui est gâté et superflu , afin de ne laisser croître que ce qui est capable de porter les fruits d'une véritable sagesse.
Mais les arbres ne se plaignent pas quand on les coupe pour retrancher et diminuer l’excès de leurs branches, et la volonté réclame quand on retranche ses désirs : c’est pourquoi il est malaisé que nous nous fassions nous-mêmes cette violence. Tout le monde n’a pas le courage de cette Anne la prophétesse, de cette sainte veuve de notre évangile, pour faire effort contre soi-même, et mortifier par scs jeûnes et par ses austérités cette loi de péché qui vit en nos sens. C’est aussi pour cela , messieurs , que Dieu vient à notre secours. La source de tous nos désordres , c’est que nous sommes trop attaches à nos volontés : nous ne savons pas nous contredire, et nous trouvons plus facile de résister A Dieu qu’à nous-mêmes. Il faut nous arracher avec violence cette attache à notre volonté propre, qui fait tout notre malheur et tout notre crime. Mais comment aurons-nous le courage de toucher nous-mêmes et d’appliquer de nos propres mains le fer et le feu à une partie si tendre et si délicate? Je vois bien , dit ce malade , mon bras gangrené , et je sais qu’il n’y a de salut pour moi qu'en le séparant du corps ; mais je ne puis pas le couper moi-même : un chirurgien expert me rend cct office, triste, à la vérité, mais
nécessaire. Ainsi je vois bien que je suis perdu, si je ne retranche cette attache àma volonté, qui fait vivre en moi tous les mauvais désirs qui ine damnent : je le confesse , je le reconnais; mais je n'ai ni la résolution ni la force d'armer mon bras contre moi-même. Ccst Dieu qui entreprend de me traiter : c’est lui qui m'envoie |>ar sa providence ces rencontres épineuses, ces accidents importuns, ces contrariétés imprévues et insupportables; parce qu'il veut abattre et dompter ma volonté trop licencieuse que je n’ai (vas le courage d'attaquer moi-même, il la lie, il la serre, de peur qu’elle ne résiste au coup salutaire qu'il lui veut donner pour la guérir. Enfin il frappe ou je suis sensible, il coupe et enfonce bien avant dans le vif, afin qu'étant pressé sous sa main suprême et sous les ordres inévitables de sa volonté , je sois enfin obligé de me détacher de la mienne : et c’est là ma guérison , c’est là ma vie.
Si vous savez entendre, A mortels, comme vous êtes composés, et combien vous abondez en humeurs peccantes, vous comprendrez nisément que cette conduite vous est nécessaire. Il faut ici vous représenter en peu de paroles letat misérable de notre nature. Nous avons deux sortes de maux : il y a des maux qui nous affligent , et, chrétiens, qui le pourrait croire? il y a des maux qui nousplaisent. Étrange distinction, mais néanmoins véritable ? « Il y a des maux, dit saint Au- « guslin , que la patience supporte : - ce sont les maux qui nous affligent ;« et il yenad’nutres,dit • le même saint, que la tempérance modère: • ce sont les maux qui nous plaisent : A lia quœpcr patientiam ferimus , alla quœ per tempe rantiam rc/rænitmus'. O pauvre et désastreuse humanité, à combien de maux es-tu exposée ! nous sommes donnés en proie à mille cruelles inflrmites : tout nous altère , tout nous Incommode , tout nous tue ; et vous diriez que quelque puissance ennemie ait soulevé contre nous toute la nature , tantiisemblequ'elle prend plaisirà nous outrager de toutes parts. Mais encore ne sont-ce pas là nos plus grands malheurs : notre avarice, notre ambition , nos autres passions iusensées et insatiables sontdesmauxet de très-grands maux ; mais ce sont des maux qui nous plaisent , parce que ce sont des maux qui nous flattent. O Dieu , où en sommes-nous? et quelle vie est la nôtre, si nous sommes également persécutés de ce qui nous plaît et de ce qui nous afflige ! • Malheureux homme que « je suis! qui me délivrera de ce corps mortel? • Injetix ego homo! guis me liberabit i le corpore mortis hujus? Écoute, homme misérable : • Ce « sera la grâce de Dieu par Jésus-Christ notre
< S. Attg. contra Julian, lib. V, c-vp. V , 0*23, t. X, col. MV.
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• Seigneur : • Gralia Dei per Jauni Christum Dominum nastrum'. Il est vrai que tu éprouves deux sortes de maux ; mais Dieu a disposé par sa providence que les uns servissent de remède aux autres : je veux dire que les maux qui fâchent, servent pour modérer ceux qui plaisent; ce qui est forcé, pour dompter ce qui est trop libre; ce qui survient du dehors, pour abattre ce qui se soulève et se révolte au dedans; enfin les douleurs cuisantes, pour corriger les excès de tant de passions immodérées; et les afflictions de la vie, pour nous dégoûter des vaines douceurs, et étourdir le sentiment trop vif des plaisirs.
Il est vrai, la nature souffre dans un traitement qui lui est si rude; mais ne nous plaignons pas de cctlc conduite : cette peiue, c'est un remède; cette rigueur qu'on nous tient, c’est un régime. C'est ainsi qu’il faut vous traiter, 6 enfants de Dieu , jusqu’à ce que voire santé soit parfaite, et que cette loi de péché qui règne en vos corps mortels soit entièrement abolie. Il importe que vousayez des maux à souffrir, tant que vous eu aurez à corriger : il importe que vous ayez des maux à souffrir, tant que vous serez au milieu des biens dans lesquels il est dangereux de se plaire trop. Ces contrariétés qui vous arrivent vous sont envoyées pour être des bornes à votre liberté qui s'égare, et un frein à vos passions qui s'emportent. C’est pourquoi Dieu, qui sait qu’il vous est utile que vos désirs soient contrariés, a tellement disposé et la nature et le monde, qu’il en sort de toutes parts des obstacles invincibles a nos desseins. C’est pour cela que la nature a tant d’infirmités, les affaires tant d'épines, les hommes tant d'injustices, leurs humeurs tant d’importunes inégalités, le monde tant d'embarras, sa faveur tant de vanité, ses rebuts tant d'amertumes , scs engagements les plus doux tant de captivités déplorables. Nous sommes attaqués à droite et à gauche par mille différentes oppositions, afin que notre volonté, qui n'est que trop libre, apprenne enfin à se réduire, et que i’homme niusi exercé , pressé et fatigué de toutes parts , se retourne enfin du cdté du Seigneur son Dieu , et lui crie du fond de son cœur : O seigneur! vous êtes le maftre et le souverain ; et après tout il est juste que votre créature vous serve et vous obéisse.
Que si nous nous soumettons à la sainte volonté de Dieu , nous y trouverons la paix de nos âmes , et rien ne sera capable de nous émouvoir. Voyez la très-sainte Vierge : Siméon lui prédit des maux infinis, et lui annonce des douleurs immenses : « Votre âme , lui dit-il , 6 mère ! sera
1 Hum. vil, 54, 2».
« percée d'un glaive ; et ce fils , foute votre joie « et tout votre amour, sera posé comme un signe
■ auquel on contredira , ■ ta signum cui contradieetur ' : c'est-à-dire , si nous l'entendons , qu’il se fera contre loi des complots et des conjurations, et que toute la puissance , toute la fureur, toute la malice du monde sembleront se réunir pour concourir à sa perte.
Telle est la prédictiou de ce saint vieillard , d’autant plus dure et insupportable, que Siméon ne marquant rien en particulier ù cette mère affligée , lui laisse a imaginer et à craindre tout ce qu’ilyndeplusrudectde plus extrême. En effet, je ne conçois rien de plus effroyable que cette cruelle suspension d’une âme menacée de quelque grand mal , sans qu elle sache seulement de quel cûté elle doit se mettre en garde. Alors celte âme étonnée et éperdue , ne sachant où se tourner, va chercher et parcourir tous les maux pour en faire son supplice , et ne donne aucune borne ni à ses craintes, ni à ses peines. Dans cette cruelle incertitude, avouez que c'est une espèce de consolation de savoir de quel coup il faudra mourir ; et que saint Augustin a raison de dire , qu’il • vaut mieux sans comparaison endurer - une seule mort, que de les appréhender tou-
■ tes : » Salius est unam perpeti moriendo, quant omîtes timere vinendo ’. Toutefois , Marie ne réplique pas au vénérable vieillard qui lui prédit tant d’afflictions et de traverses : elle écoute en silence et sans émotion ses terribles prophéties ; elle ne lui demande curieusement, ni le temps , ni la qualité , ni In fin et l’événement de ces funestes aventures dont il la menace : elle sait que tout est régi par des raisons éternelles auxquelles elle se soumet; et c’est pourquoi ni le présent ne la trouble , ni l'avenir ne l’inquiète. Ainsi si nous abandonnons toute notre vie à cette sagesse suprême qui régit si bien toutes choses, nous serons toujours fermes et inébranlables; il n’y aura point pour nous de nécessités fâcheuses , ni de contrariétés embarrassantes : nous ressemblerons au bon Siméon; ni la vie n’aura rien qui nous attache , ni la mort tout odieuse qu elle est n’aura rien qui nous épouvante : nous attendrons avec lui humblement et trnnquillemcut la réponse du Saint-Esprit et l’ordre de la Providence éternelle , pour décider du jour de notre départ ; et quand nous aurons accompli ce que Dieu veut que nous fassions sur la terre, nous serons prêts à dire à toute heure à l'imitation de ce saint vieillard : . Seigneur, iais- « sez maintenant mourir en paix votre servi-
1 Luc. Il, 34, 35.
1 De Civ. Dei, UL. l, cap. &l, U VII, cul. 12.
DE LA SAINTE VIERGE
• teur : » ISunc dimittu , Domine, servum luum in pace.
Mais, mes frères, imitons en tout ce saint homme; ne sortons point de ce monde avant que Jésus nons ait paru, et que nous puissions dire avec lui : * Mes yeux ont vu le Sauveur : • Quia viderunt oculi mei Salutare tuum. Je sais qu'il est venu, ce divin Sauveur, sur ia terre, « celui que Dieu avait destiné pour être exposé ■ en vue à tous les peuples de l’univers : • Quod parasti ante faciem omnium populorum. On l’a vue, cette « lumière éclatante qui devait éclairer
• toutes les nations et combler de gloire son peu- « pie d'Israël : » Lumen ad revelationem gentiuin , et gloriam plebis tuœ Israël •. Enfin, ce Sauveur tant de fois promis a rempli l'attente de tout l’univers ; il a accompli les prophéties , il a renversé les idoles , il a délivré les captifs , il a réconcilié les pécheurs, il a converti les peuples. Mais, mes frères, ce n'est pas assez; ce Sauveur n’est pas encore venu pour nous , puisqu’il ne règne pas encore sur tous nos désir* : il n'est pas notre conducteur ni notre lumière, puisque nous ne marchons pas dans les voies qu’il nous a montrées. Non, « nous n'avons jamais vu sa face, ni
• nous n’avons jamais écouté sa voix , ni nous
• n’avons pas sa parole demeurante en nous, » puisque nous n’obéissons pas à ses préceptes : [i'egue vocem ejus unquam audistis, negue speciem ejus vidislis, et verbum ejus non habetis in vobis manens ’. Car écoutez ce que dit son disciple bien-aimé : « Celui qui dit qu’il le con- « naît, et ne garde pas ses commandements, c'est
• un menteur et la vérité n’est point en lui : » Qui dicil se nosse eum, et mandata ejus non custodit, mendax est, et in hoc veritas non est1 * *. Après cela, chrétiens, qui de nous se peut vanter de le connaître? qu’avons-nous donné A son Évangile? quels vices avons-nous corrigés? quelles passions avons-nous domptées ? quel usage avons-nous fait des biens et des maux de la vie? Quand Dieu a diminué nos richesses , avons-nous songé en même temps à modérer notre luxe? quand la fortune nous a trompés, avons-nous tourné notre cœur aux biens qui ne sont point de son ressort ni de son empire? Au contraire, n’avons-nous pas été de ceux dont il est écrit : Dissipât i sunl, nec compuncli 4 ? Nous avons
• été affligés, sans être touchés de componc-
• tion; • serviteurs opiniâtres et incorrigibles, qui nous sommes mutinés , même sous la verge : repris et non corrigés, abattus et non humiliés,
1 Lue. Il, W, 30, 31, 33.
1 Joint, s, 37, 39.
1 I. Joim. Il , 4.
* Pt. XXXIV , 10.
châtiés sévèrement et non convertis. Après cela si nous osons dire que nous avons connu Jésus- Christ, que nous avons vu le Sauveur que Dieu nous avait promis, le Saint-Esprit nous appellera des menteurs, et nous dira par la bouche de saint Jean , que la vérité n'est pas en nous.
Craignons donc , chrétiens , craignons de mourir; car nous n'avons pas vu Jésus-Christ , nous n’avons pas encore tenu le Sauveur entre nos bras , nous n'avons encore embrassé ni sa personne, ni ses préceptes, ni ses vérités, ni les saints enseignements de son Évangile. Malheur à ceux qui mourront avant que Jésus-Christ ait régné sur eux I 0 que la mort leur sera fâcheuse! 6 que ses approches leur seront terribles! A que ses suites leur seront funestes et insupportables ! En ce jour, toute leur gloire sera dissipée; en ce jour, tous leurs grands projets seront ruinés ; * en • ce jour, périront, dit le psalmiste, toutes leurs •.hautes pensées : • In ilia die , penbunt omnes cogitationes corum ‘ ; en ce Jour, commenceront leurs supplices;encejour, s’allumeront pour eux des feux éternels; en ce jour, la fureur et le désespoir s’empareront de leur âme : et ce ver qui ne meurt point enfoncera dans leur cœur scs dents dévorantes , venimeuses , sans jamais lâcher prise.
Ah! mes frères, allons au temple avec Stméon, prenons Jésus entre nos bras, donnonslui un baiser religieux, cmbrassons-le de tout notre cœur. Un homme de bien ne serapasétonné dans les approches de la mort : son âme ne tient presque plus à rien; elle est déjà comme détachée de ce corps mortel : autant qu'il a dompté de passions , autant a-t-il rompu de liens : l'usage de la pénitence et de la sainte mortification l'a déjà comme désaccoutumé de son corps et de ses sens; et quand il verra arriver la mort, il lui tendra de bon cœur les bras, il lui montrera luimême l'endroit où il faut qu’elle frappe son dernier coup. 0 mort! lui dira-t-il, je ne te nommerai ni cruelle ni inexorable : tu ne m’âteras aucun des biens que j'aime, tu me délivreras de ce corps mortel. O mort , je t'en remercie : il y a déjà tant d'années que je travaille moi-même à m’en détacher et à secouer ee fardeau ! Tu ne troubles donc pas mes desseins ; mais tu les accomplis : tu n'interromps pas mon ouvrage , mais plutôt tu y vas mettre la dernière main. Achève donc , ô mort favorable , et rends-moi bientôt à mon maître : Nunc dimittis! Que ne devons-nous pas faire pour mourir en cette paix! 0 que nous puissions mourir de la mort des justes, pour y trouver le repos que tous les plaisirs de In vie ne
1 Pt. CXLV, s.
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peuvent pas nous donner; et afin que fermant les yeux à tout ce qui se passe nous commencions à les ouvrir à ce qui demeure , et que nous le possédions éternellement avec le Père, le Fils, et le suinl-Espril!