‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 110 sur 243 · AUTRE CONCLUSION · texte numérisé non relu

AUTRE CONCLUSION

DU MÊME SERMON *

Hélas! quel objet funeste mais quel exemple admirable se présente ici à mon esprit ! Me serat-il permis en ce lieu de toucher à des plaies encore toutes récentes, et de renouveler les justes douleurs des premières personnes du monde? Grande et auguste reine que le ciel vient d'enlever à la terre, et qui causez à tout l'univers un deuil si grand et si véritable, ce sont ccs fortes pensées , c'est cette attache immuable à la souveraine volonté de Dieu, qui nous a fait voir ce miracle , et d'égalité dans votre vie , et de constance inimitable dans votre mort. Quels troubles, quels mouvements, quels accidents imprévus ont jamais été capables de l'ébranler, ni d’élouncr sa grande Urne? Ne craignons pas de jeter un moment la vue sur nos dissensions passées , puisque la fermeté inébranlable de cette princesse a tellement soutenu l'effort de cette tempête , que nous pouvons maintenant nous en souvenir sans crainte. Quand il plut à Dieu de changer en tant de maux les longues prospérités de sa sage et glorieuse régence, fut-elle abattue par ce changement? au contraire ne la vit-on pas toujours ferme, toujours invincible, fléchissant quelquefois par prudence, mais incapable de rien relâcher des grands intérêts de l'État , et attachée immuablement à conserver le sacré dépôt de l’autorité royale, unique appui du repos public, qu'elle a remise enfin tout entière entre les mains victorieuses d'un fils qui sait la maintenir avec tant de force? C'est sa foi, c'est sa piété, c'est son abandon aux ordres de Dieu, qui animait son courage; et c’est cette même foi et ce même abandon à la providence , qui , la soutenant toujours malgré scs douleurs cruelles jusques entre les bras de la mort , lui a si bien conservé parmi les sanglots de tout le monde , et parmi les cris déplorables de scs chers et illustres enfants, cette

O morceau forme dans le manuscrit un hors-d'œuvre Sloulè après roup, pour appliquer Ir sermon à la circonstance de la mort de la reine mère. Dan, ce plan , l'auteur de ait retrancher de son discours, depuis cm muta de la pape Val, Vois, nirj/rrrrs, imilont en faut ce tniut homme , jusqu'à la fui , pour y substituer celle péroraison. ; tdil. de Vijora. l

force , cette constance , cette égalité qui n'u pas moins étonné qu’attendri tous les spectateurs.

O vie illustre, A vie glorieuse et éternellement mémorable! mais A vie trop courte, trop tôt précipitée ! Quoi donc ! nous ne verrons plus que dans une reine ce noble amas de vertus que nous admirions en deux ! Quoi ! cette bonté , quoi ! cette clémence , quoi! tant de douceur parmi tant de majesté ; quoi ! ce cœur si grand et vraiment royal, ces charités infinies, ces tendres compassions pour les misères publiques et particulières ; enlin , toutes les autres rares et incomparables qualités de la grande Anne d’Aulriehe ne seront plus qu'un exemple et un ornement de l’histoire i qui nous a si tAt enlevé cette reine que nous ne voyions point vieillir, et que les années ne changeaient pas? comment cette merveilleuse constitution est-elle devenue si soudainement la proie de la mort? d'ou est sorti ce venin? en quelle partie de ce corps si bien composé était cache le foyer de cette humeur malfaisante dont l'opiniâtre malignité a triomphé des soins , et de l'art , et des voeux de tout le moude? que nous ne sommes rien! Aque la force et l'embonpoint nesoutqucdcs noms trompeurs ! Car que sert d'avoir sur le visage tant de santé et tant de vie , si cependunt la corruption nous gagne au dedans , si elle atteud , pour ainsi dire , à se déclarer, qu'elle se soit emparée du principe de la vie ; si , s’étant rendue invincible , elle sort enlin tout â coup avec furie de ses embûches secrètes et impénétrables , pour achever de nous accabler? C'est ainsi que nous avons perdu cette grande reine, qui devait illustrer ce siècle entier; et maintenant étant arrivée au séjour de l'éternité, elle n'est plus suivie que de ses <eu\ res ; et de toute cette grandeur, il no lai en reste qu'un plus grand compte.

ht iiunc reges, intelligite; erudimini, gui judicalis terrain ■ : . Ouvrez les yeux, arbitres « du monde ; entendez , juges de la terre. » Celui qui est le maitre de votre vie, l'est-il moins da votre grandeur? celui qui dispose de votre personne, dispose-t-ii moins de votre fortune? Et si ces tètes illustres sont si fort sujettes, nous, faibles particuliers, que pensons-nous faire, et combien devons-nous être sous la main de Dieu , et dépendants de ses ordres ? Car sur quoi se peut assurer notre prudence tremblante? que tenonsnous de certain? quel fondement a notre vie? quel appui a notre fortune? et quand tout l'état présent serait tranquille, qui nous garantira l'avenir ? seront-ce les devins et les astrologues? Que Je me ris de la vanité de ees faiseurs de pronostics, qui menneeut qui U leur ploit , et nuus

■ Pt. II. 10.

DE LA SAINTE VIERGE

font à leur gré des années fatales! esprits tnrbu- j lents et inquiets, amoureux des changements et des nouveautés, qui , ne trouvant rien à remuer dans la terre, semblent vouloir nouer avec les astres des Intelligences secrètes , pour troubler et agiter le monde. Moquons-nous de ces vanités. Je veux qu'un homme de bien pense toujours favorablement de la fortune publique : et du moins n'avons-nous pas à craindre les astres. Non , non , le bonheur et le malheur de la vie humaine n'est pas envoyé à l'aveugle par des influences naturelles ; mais dispensé avec choix par les ordres d'une sagesse et d'une justice cachée, qui punit comme tl lui plaît les péchés des hommes. Ne craignons donc pas les astres ; mais, mes frères, craignons nos péchés. Croyons que le grand pape saint Grégoire parlait à nous, quand il a dit ces belles paroles : Peccala nostra barbaricis tnribus sociamus; et culpa nostra hostium glatlios exaeuit, quœ reipublieœ vires gravai ‘ : Ne voyezvous pas , dit-il , que l'État gémit sous le poids de nos péchés ; et que joignant nos crimes aux forces des ennemis , c'est nous seuls peut-être qui allons faire pencher la balance? Quand deux grands peuples se font la guerre, Dieu veut assurément se venger de l'un, et souvent de tous les deux ; mais de savoir par où il veut commencer, c'est ce qui passe de bien loin la portée des hommes. Nous savons qu'il a souvent commencé par les étrangers , et aussi il est écrit que souvent - le * jugement commence par sa maison : > Tcmpus estât judicium incipiat a tlomo Dci'. Celui qui réussit le premier n'est pas plus en sûreté que l’autre, parce que son tour viendra au temps ordonné. Dieu chêlie les uns par les autres, et il chétie ordinairement ceux par lesquels il châtie les autres. Nnbuehodonosor est son serviteur pour exercer scs vengeances, le même est son ennemi pour recevoir les coups de sa justice. Prenons donc garde, mes frères, de ne mettre pas Dieu contre nous ; et Infidèles à notre patrie et à notre prince, ne nous joignons pas à nos ennemis, et ne les fortifions pas par nos crimes. Faisons In volonté de Dieu , et après il fera la nûtrc : il nous protégera dans le temps, cl nous couronnera daus l'éternité; où nous conduise, etc.

1 Ub. v, F.p. xx , ad Mauric. L II, col. 717.

» I. Ptlr. iv , 17.

TROISIÈME SERMON

POLU LE JOVR

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