‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 120 sur 243 · DU ROSAIRE · texte numérisé non relu

DU ROSAIRE

■cha'itata, ut fila Dci nasccrentur in Ecclesia ", Vous voyez la question décidée; et saint Augustin nous dit clairement que Marie est mère de tous les lidcles , parce qu'elle les engendre par la charité. Suivons donc les traces que nous a marquées cet incomparable docteur, et expliquons, par les Écritures, cette fécondité bienheureuse, par laquelle nous sommes nés de la charité de Marie.

Pour cela , il nous faut entendre qu'il y a deux fécondités : la première, dans la nature; la seconde, dans la charité, il est inutile de vous expliquer quelle est la fécondité naturelle qui se montre assez tous les jours, par celte éternelle multiplication qui perpétue toutes les espèces par la bénédiction de leur Créateur. Mais, après avoirsupposéla fécondité naturelle , faisons voir, par les saintes Lettres, que non-seulement la nature , mais encore que la charité est fécoude. Et qui peut ne voir pas cette vérité , entendant le divin apôtre lorsqu'il dit si tendrement aux Gâtâtes : - Mes petits enfants, que j’enfante encore, « pour lesquels je ressens encore les douleurs de ■ l’enfantement, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit

• formé en vous : Filioli mci, quos iterurn parturio, dance formclur Christus in vabis ■? Ne voyez-vous pas, chrétiens, la fécondité merveilleuse de la charité de saint Paul ? car quels sont ces petits enfants , que cet apôtre reconnaît pour siens, sinon ceux que la charité lui donne? et que signifient ces douleurs de l'enfantement de saint Paul , sinon les empressements de sa charité, et la sainte Inquiétude qui la travaille , pour engendrer les fidèles en Notrc-Scigneur? Et par conséquent, concluons que la charité est féconde. C’est pourquoi la même Écriture, qui nous enseigne qu'elle a des enfants , lui attribue aussi , en divers endroits , toutes les qualités des mères.

Oui, cette charité maternelle qui se fait des enfants par sa tendresse, elle a des entrailles où elle les porte; elle a des mamelles qu'elle leur présente , elle a un lait qu'elle leur donne : et c'est ce qui fait dire à saint Augustin que ■ la « charité est une mère, * et que « la môme cha-

* rité est une nourrice : » Chantas mater est 1 , chantas nutrix est *. La charité est une mère qui porte tous ses enfants dans le cœur, et qui a pour eux ces entrailles tendres , ces entrailles de compassion', que nous voyons si souvent dans les Écritures : Charitas mater est. Cette même charité est une nourrice, qui leur présente les chastes mamelles d'où distille ce lait sans fraude de la sainte mansuétude et de la sincérité chré-

1 De Siinct. rirjinit. n8 (I, t. V|, col. 313.

* Gai. if , 10.

3 Dt CaUvhiz. rudib. cap. xv, n8 33, 1. VI , col. 379.

4 Ad Marcel. Ep. cxxxix , n8 3 , t. il , Col. 421.

tienne : S inc aolo lac, comme parle l'apôtre saint Pierre '. Tellement qu'il est véritable qu'il y a deux fécondités: la première, dans la nature; la seconde , dans la charité. Or, cette vérité étant supposée , il me sera maintenant facile de vous faire voir clairement de quelle sorte la Vierge sacrée est unie au Père éternel , dans la chaste génération des enfants du Nouveau Testament.

Et premièrement remarquez que ces deux fécondités différentes , que nous avons vues dans les créatures , se trouvent en Dieu , comme dans leur source. La nature de Dieu est féconde ; sou amour et sa charité l'est aus-1. Je dis que sa nature est féconde; et c'est elle qui lui doune ce Fils éternel, qui est son image vivante. Mais si sa fécondité naturelle n fuit naftre ce divin Fils dans l'éternité, son amour lui en donne d'autres qu’il adopte tous les jours dans le temps. C'est de là que nous sommes nés; et c'est à cause de cet amour que nous l'appelons notre Père : par conséquent , le Pi re céleste nous paraît doublement fécond. Il l'est, premièrement par nature; et par là il engendre son Fils naturel : il l’est , secondement par amour ; et c'est ce qui fait naître les adoptifs. Mais après que nous avons vu que ces deux fécondités différentes sont en Dieu comme dans leur source ; voyons si nous pouvons découvrir qu'elles soient communiquées à Marie : je vous prie, renouvelez vos attentions.

Et déjà il semble qu'elle participe , en quelque manière , à la fécondité naturelle, par laquelle Dieu engendre son Fils. Car d'où vient, ô très-sainte Vierge , que vous êtes mère du Fils de Dieu même? est-ce votre fécondité propre, qui vous donne cette vertu? Non, dit-elle, c’est Dieu qui l'a fait, et c'est l’ouvrage de sa puissance : Fecit mihi magna qui potens est'. Elle n'est donc pas mère de ce Fils par sa propre fécondité. Au contraire ne voyons-nous pas, fidèles , qu'elle se condamne elle-même à une stérilité bienheureuse , par cette ferme résolution de garder sa pureté virginale : Quomodo Jict istuds1 . Comment cela se pourra-t-il faire? - Puis-ja bien concevoir un fils, mol qui ai résolu de demeurer vierge? Si donc elle confesse sa stérilité, de quelle sorte devient-elle mère , et encore mère du Fils du Très-Haut? Écoutez ce que lui dit l'ange : Virtus A/lissimi obumbrabit tibi < : » La . vertu du Très-Haut vous couvrira toute. • Pénétrons le sens de cette parole. Sans doute le Saint-Esprit nous veut faire entendre que la féconditédu Pèrecélestese communiquant a Marie

1 1. Prlr. 11,5.

* l.HC. 49.

» Ibid. 1 , 34.

* Ibid. 35.

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Dit

POUH LA FÊTE

elle sera mère du Fils de Dieu même; et c'est pourquoi l'ange, après avoir dit que la vertu du Très-Haut l'environnera , il ajoute , aussitôt après, ces beaux mots : hleoque et quodnascetur ex te sanetum , vocabitur II lui x l)ei; comme s’il avait dessein de lui dire : O sainte et divine Marie, le fruit de vos bénites entrailles sein appelé le Fils du Très-Haut, parce que vous l'engendrerez, non par votre fécondité naturelle, mais par une bienheureuse participation de la fécondité du Père éternel , qui sera répandue sur vous.

N'admirez-vous pas, chrétiens, cette dignité de Marie? toutefois encore ce n'est pas assez qu’elle soit associée au Père étemel , comme mere de son Fils unique : celui qui lui donne son propre Fils, qu'il engendre par sa nature, lui refusera-t-il les enfants qu’il adopte par sa charité? et s'il veut bien lui communiquer sa fécondité naturelle, afin qu’elle soit mère de Jésus-Christ, ne doit-il pas, pour achever son ouvrage , lui donner libéralement la fécondité de son amour, pour être mère de tous ses membres ? Et c'est |>our cela, chrétiens, que mon évangile m'appelle au Culvaire : c'est là que je vois la très-sainte Vierge s'unissant, devant son citer fils , à l’amour fécond du Père éternel. Ah ! qui pourrait ne s'attendrir pas à la vue d'un si beau spectacle?

Il est vrai qu'on ne peut assez admirer cette Immense charité, par laquelle il nous choisit pour enfants : car, comme remarque admirablement l'incomparable saint Augustin1, nous voyons que, parmi les hommes, l'adoption n'a jamais lieu, que lorsqu'on ne peut plus espérer d'avoir de véritables enfants. Alors, quand la'nature n'en peut plus donner, les hommes ont trouvé le secret de s'en faire par leur amour : tellement que cel amour, qui adopte , n’est etabliquepour venir au secours, et pour suppléer au défaut de la nature qui mauqUe. Mais il n’est pas ainsi de notre grand Dieu : il a engendré dans l'éternité un Fils qui est égal à lui-même, qui failles déliées de son cœur, qui rassasie parfaitement son amour, comme il épuise sa fécondité. D’où vient donc , qu'ayant un Fils si parfait, il ne laisse pas de nous adopter? Ce n'est pas l'indigence qui l'y oblige; mais les richesses immenses de sa charité. C'est la fécondité infinie d'un amour inépuisable et surabondant, qui fait qu’il donne des frères à ce premier-né , des compagnons ù cet unique , et enfin des cohéritiers ù ce bien-aimé de son cœur. O amour) A miséricorde! Mais il passe encore plus loin.

Non-seulement il joint à son propre Fils des enfants , qu’il adopte par miséricorde ; mais il

» i> 4 Cou i-m. Erany. lUi. Il, cup. lit, l. lu, pari, il, cul. JS.

livreson propre Fils à la mort, pour faire naître les adoptifs : c'est ainsi que sa charité est féconde. Nouvelle sorte de fécondité : (mur produire , il finit qu'il détruise ; pour engendrer les adoptifs , Il faut qu'il donne le véritable. Et ce n’est pas moi qui le dis ; c'est Jésus qui me l’enseigne dans son Evangile : * Dieu a tant aimé le monde , dit- « il', qu'il a donné son Fils unique; afin que

■ ceux qui croient ne périssent pas, mais qu’ils - nient In vie éternelle. • Ne voyez- vous pas , chrétiens, qu'il donne son propre Fils à la mort, pour faire vivre les enfants d'adoption , et que cette même charité du l’ère , qui le livre , qui l'abandonne, qui le sacrifie, nous adopte, nous vivifie et nous régénère ?

Mais après avoir contemplé la charité Infinie de Dieu , jetez maintenant les yeux sur Marie ; et voyez comme elle se joint à l’amour fécond du Père éternel. Car pourquoi son fils l'a-t-il appelée à ce spectacle d’inhumanité? Est-ce pour lui percer le cœur, et lui déchirer les entrailles? Faut-il que ses yeux maternels soient frappés de ce triste objet , et qu'elle voie couler devant ellp , par tant decruelles blessures, un sang qui lui est si cher? n’y a-t-il pas de laduretè dene lui épargner pascctte peine? chrétiens, ne le croyez pas; et comprenez un si grand mystère. 1 1 fallait q u'ellc se joignit à l'amour du Père éternel ; et que , pour sauver les pécheurs , ils livrassent leur commun Fils , d’un commun accord , au supplice. Si bien qu'il me semble que j'entends Marie , qui parle ainsi au Père éternel d'un cœur tout ensemble ouvert et serré : serré par une extrême douleur; mais ouvert en même temps au salut des hommes, par la saiute dilatation de la charité : Puisque vous le voulez, A mon Dieu, dit-elle, je consens à celte mort ignominieuse, à laquelle vous abandonnez le Sauveur; vous le condamnez , j'y souscris : vous voulez sauver les pécheurs , par la mort de notre Fils innocent ; qu'il meure, afin que les hommes vivent. Voyez, mes frères, comme elle s'unit à l'amour fécond du Père éternel ; mais îdmirez, qu'en ce même temps elle reçoit aussi sa fécondité : * Femme , dit Jésus , voilà votre

■ fds. - Son amour lui Ate un fils bien-aimé, son amour lui en rend un autre; et en la personne de ce seul disciple elle devient , par la charité , l'Èvo de la nouvelle alliance, et la mère féconde de tous les fidèles : car qui ne voit ici un amour de mcrc? donnerait-elle pour nous son chcrfiJs, si elle nenousaimaitcommesescnfants?Que restet-il donc maintenant , sinon que nous lui rendions amour pour amour; et qu'au lieu du fils qu’elle perd, elle en tr<v>ve un en chacun de nous?

1 JtXlfl. III, Ifa.

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