‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 121 sur 243 · ROSAIRE · texte numérisé non relu

ROSAIRE

Mais il me semble que vous me dites : Quel échange nous conseillez-vous , et que rendronsnous à Marie? quoi, des hommes mortels pour un Dieu! des pécheurs pour un Jésus-Christ! est-ce ainsi qu'il nous faut réparer sa perte? Non, ce n'est pns là ma pensée. C'est un Jésus-Christ qu'elle donne, rendous-lui un Jésus-Christ en nous-mêmes ; et faisons revivre en nos âmes ce (ils quelle perd pour l’amour de nous. Je sais bien que Dieu le lui a rendu glorieux , ressuscité, immortel : mais encore qu’elle le possède en sa gloire, elle ne laisse pas , chrétiens, de le chercher encore dans tous les fidèles. Soyons donc chastes et pudiques, et Marie reconnaîtra Jésus- Christ en nous. Soyons humbles et obéissants , comme Jésus l'a été jusqu’à la mort; ayons de9 cœurs tendres et des mains ouvertes pour les pauvres et les misérables ; oublions toutes les injures , comme Jésus les a oubliées : jusqu'à laver dans son propre sang, même le crime de ses bourreaux. Quelle sera la joie de Marie, quand elle verra vivre Jésus-Christ en nous : dans nos âmes par la charité , dans nos corps par la continence; sur les yeux même et sur les visages, par la retenue , par la modestie et par la simplicité chrétienne! C’est alors que reconnaissant en nous Jésus-Christ, par la pratique exacte de son Évangile, scs entrailles seront émues de cette vive représentation de son bien-aime; et touchée, jusque dans le cœur, de culte sainte conformité, elle croira aimer Jésus-Christ en nous, et elle répandra sur nous toutes les douceurs de son affection mutcrnelle. Eu est-ce assez pour nous faire voir qu'elle est notre mère par la charité, et pour nous donner un amour de fils? Que si nous ne sommes pas encore attendris , si le lait de sou amour maternel ne suffit pas pour nous amollir, et qu’il faille du sang et des souffrances pour briser la dureté de nos cœurs : en voici , je vous en prépare ; et c’est ma seconde partie , où vous verrez les douleurs amères et les tristes gémissements parmi lesquels elle nous engendre.

SECOND POINT

Saint Jean nous représente la très-sainte V ierge, au chapitre douzième de l'Apocalypse ■ , par une excellente figure. -Il parut , dit-il , un grand « signe aux cieux, une femme environnée du

• soleil , qui avait la lune à ses pieds , et la tête

• couronnée d'étoiles, et qui allait enfanter uu « fils. » Saint Augustin nous assure , dans le livre du Symbole aux Catéchumènes1, que cette femme de l'Apocalypse, c'est la bienheureuse

1 Apor. XII, |.

* Serm. IT de Symb. ad Catech. cap. I, I. VI, col.

Marie , et ou le pourrait aisément prouver par plusieurs raisons convaincantes. Mais une parole du texte sacré semble s'opposer à cette pensée : car cette femme mystérieuse nous est représentée en ce lieu dans les douleurs de l'enfantement. « Elle « criait , dit saint Jean ; et (elle était tourmentée • pourenfanter :» Clamabat parluriens , et cruciabatur ut pareret '. Que dirons-nous ici, chrétiens? cette femme ainsi tourmentée peut-elle être la très-sainte Vierge? Avouerons-nous à nos hérétiques , que Marie a été sujette à la malédiction de toutes les mères , qui mettent leurs enfants au monde nu milieu des’ gémissements et des cris? Au contraire ne savons-nous pas qu’elle a enfanté sans douleur, comme elle a conçu sans corruption? Quel est donc le sens de saint Jean , dans cet enfantement douloureux qu’il attribue à la sainte Vierge? et comment démêlcrons-notis ces contrariétés apparentes?

C’est le mystère que je vous prêche , c’est la vérité que je vous annonce. Nous devons entendre, mes frères, qu'il y a deux enfantements en Marie. Elle a enfanté Jésus-Christ, elle a enfanté les fidèles, c'est-à-dire, elle a enfanté l'Innocent, elle a enfanté les pécheurs. Elle enfante l’Innocent sans peine; mais II fallait qu'elle enfantât les pré heurs parmi les tourments et les cris : c'est pourquoi Je vois dans mon évangile qu’elle les enfante à la croix , ayant le cœur rempli d’amertume et saisi de douleur, le visage noyé de scs larmes. Et voici la raison de tout ce mystère, que je vous prie de bien pénétrer pour l'édification de vos âmes.

Puisque , ainsi que nous l'avons dit, les fidèles devaient renaître de l'amour du Père éternel , et des souffrances de son cher Fils; afin que la divine Marie fût la mère du peuple nouveau , „ il fallait qu'elle fût unie non-seulement à l’amour fécond par lequel le Père nous a adoptés , mais encore aux cruels supplices par lesquel* le Fils nous engendre. Car n'était-il pas nécessaire que l'Ève de la nouvelle alliance fût associée nu nouvel Adam? Et de là vient que vous la voyez affligée au pied de la croix ; afin que de même que la première Eve a goûté autrefois sous l'arbre, avec son époux désobéissant, la douceur empoisonnée du fruit défendu; ainsi l'Ève de mon Évangile s'approchât de la croix de Jésus, jour goûter avec lui tonte l'amertume de cet arbre mystérieux. Mais mettons ee raisonnement dans un plus grand jour ; et posons pour pre» mier principe : que c’était la volonté du Sauveur des âmes, que toute sa fécondité fût dans ses souffrances. C'est lui-même qui me l'apprend, lors-

- ' AfOC- su , s.

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