‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 123 sur 243 · L’UNITÉ DE L’ÉGLISE · texte numérisé non relu

L’UNITÉ DE L’ÉGLISE

Quam puldira labernacula tua, Jacob, et tentoria tua, Israël !

Que pot (mies sont belles, 6 enfants de Jacob! que cos pavillons, 6 Israélites, sont merveilleux! Ceitce que ifil Kala, un , inspiré de Dieu , à la vue du camp d'Israël dans le désert. Au livre des Sombres, xxiv, i , 2 ,

Mbsseioniurs,

C'est sans doute un grand spectacle de voir l'Église chrétienne figurée dans les anciens Israélites, la voir, dis-je, sortie de l’Égypte et des ténèbres de l'idolâtrie, cherchant la terre promise à travers d'un désert immense , ou elle ne trouve que d'affreux rochers et des sables brûlants; nulle terre, nulle culture, nul fruit; une sécheresse effroyable ; nul pain qu'il ne lui faille envoyer du ciel ; nul rafraîchissement qu'il ne lui faille tirer par miracle du sein d'une roche; toute la nature stérile pour elle, et aucun bien que par grâce : mais ce n’est pas ce quelle a de plus surprenant. Daus l'horreur de cette vaste solitude, on la voit environnée d'ennemis; ne marchant jamais qu’en bataille ; ne logeant que sous des tentes; toujours prête à déloger et à combattre : étrangère que rien n'attachc , que rien ne contente; qui regarde tout en passant, sans vouloir jamais s’arrêter : heureuse néanmoins dans cet état; tant à cause des consolations qu'elle reçoit durant le voyage, qu'à cause du glorieux et immuable repos qui sera la fin de sa course. Voilà l’image de l’Église pendaut qu’elle voyage sur la terre.

Ilalaam la voit dans le désert : son ordre , sa discipline, ses douze tribus rangées sous leurs étendards : Dieu, son chef invisible, au milieu d’elle : Aaron, prince des prêtres et de tout le peuple de Dieu, chef visible de l'Église sous l’autorité de Moïse, souverain législateur et figure de Jésus-Christ : le sacerdoce étroitement uni avec la magistrature : tout en paix par le concours de ces deux puissances : Coré et scs sectateurs, ennemis de l'ordre et de la paix, eugloutis à la vue de tout le peuple , dans la terre

• Ce sermon fut prêché h l’ouvrrlurede l'assemblée générale «lu clrrg«‘ de Franc»1 le 9 novembre igsi , a la «muse so- / lenuclledu Saiut-Esprit, dans l'église des Gramls-Augustius

SUR L’UNITE

soudainement entr'ouverte sous leurs pieds, et ensevelis tout vivants dans les enfers. Quel spectacle! quelle assemblée! quelle beauté de l’Eglise ! Du haut d’une montagne , Balaam la voit tout entière; et au lieu de la maudire comme ou l’y voulait contraindre, il la bénit. On le détourne, on espère lui en cacher la beauté, en lui montrant ce grand corps par un coin d'où il ne puisse en découvrir qu'une partie; et il n'est pas moins transporté : parce qu’il voit cette partie dans le tout , avec toute la convenance et toute la proportion qui les assortit l’un avec l'autre. Ainsi, de quelque cAté qu’il la considère, il est hors de lui; et ravi en admiration il s’écrie : Quant pulchra tabe macula tua, Jacob, et tentoria tua, Israël! « Que vous êtes admirables

• sous vos tentes, enfants de Jacob! » quel ordre dans votre camp! quelle merveilleuse beauté parait dans ces pavillons si sagement arrangés; et si vous causez tant d'admiration sous vos tentes et dans votre marche, que sera-ce quand vous serez établis dans votre patrie !

Il n’est pas possible, mes frères, qu’à la vue de cette auguste assemblée vous n'entriez dans de pareils sentiments. Une des plus belles parties de l'Église universelle se présente à vous. C’est l'Église gallicane qui vous a tous engendrés en Jésus-Christ : Église renommée dans tous les siècles, aujourd'hui représentée par tant de prélats que vous voyez assistés de l’élite de leur clergé, et tous ensemble prêts à vous bénir, prêts à vous instruire selon l’ordre qu’ils en ont reçu du ciel. C’est en leur nom que je vous parle; c’est par leur autorité que je vous prêche. Qu'elle est belle, cette Église gallicane, pleine de science et de vertu! mais qu elle est belle dans son tout, qui est l’Église catholique ; et quelle est belle saintement et inviolablement unie à son chef, c’est-à-dire , au successeur de saint Pierre ! Oh ! que cette union ne soit point troublée! que rien n'altère cette paix et celte unité ou Dieu habite!

Esprit saint , Esprit pacifique qui faites habiter les frères unanimement dans votre maison , affermissez-y la paix. La paix est l’objet de cette assemblée : au moindre bruit de division nous nccourons effrayés, pour unir parfaitement le corps de l'Église, le père et les enfants, le chef et les membres, le sacerdoce et l'empire. Mais puisqu’il s'agit d'unité, commençons à nous unir par des vœux communs, et demandons tous ensemble la grâce du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. Jrr.

MesseiGNEims,

• Regarde , et fais selon le modèle qui t'a été

• montre sur la montagne. » C'est ce qui fut dit

à Moïse, lorsqu'il eut ordre de construire le tabernacle'. Mois saint Paul nous avertit1 que ce n'est point ce tabernacle bâti de main d'homme qui doit être travaillé avec tant de soin , et formé sur ce beau modèle : c’est le vrai tabernacle de Dieu et des hommes; c’est l’Église catholique , où Dieu habite , et dont le plan est fait dans le ciel. C’est aussi pour cette raison que saint Jean voyait dans l’Apocalypse la > sainte cité de Jé- « rusaient’, - et l'Église qui commençait à s’établir par toute la terre ; il la voyait, dis-je, descendre du ciel. C’est là que les desseins en ont été pris : - Regarde, et fais selon le modèle qui « t'a été montré sur cette montagne. •

Mais pourquoi parler de saint Jean et de Moïse? écoutons Jésus-Christ lui-même. Il nous dira qu'il 11e fait - rien que, ce qu'il voit faire « à son Père4. - Qu'a-t-il donc vu, chrétiens, quand il a formé son Église? qu'a-t-ll vu dans la lumière éternelle et dans les splendeurs des saints ou il a été engendré devant l’aurore? C’est le secret de l'Époux , et nul autre que l'Époux ne le peut dire.

* Père saint, je vous recommande ceux que « vous m'avez donnés ; • je vous recommande mon Église : - gardez-lcs en votre nom, afin ■ qu’ils soient un comme nous5; et encore :

* Comme vous êtes en moi , et moi en vous , 6

• mon Père , ainsi qu’ils soient un en nous. Qu'ils « soient un comme nous; qu’ils soient un en « nous6 : » je vous entends, ô Sauveur; vous voulez faire votre Église belle, vous commencez par la faire parfaitement une : car qu'est-cc que la beauté, sinon un rapport, une convenance, et enflu une espèce d'unité? Rien n'est plus beau que la nature divine, où le nombre même, qui ne subsiste que dans les rapports mutuels de trois Personnes égales , se termine en une parfaite unité. Après la Divinité, rien n'est plus beau que l'Eglise où l'unité divine est représentée. - Un comme nous , un en nous : regardez , - et faites suivant ce modèle. -

Une si grande lumière nous éblouirait : descendons, et considérons l’unité avec la beauté dans les chœurs des anges. La lumière s’y distribue sans se diviser : elle passe d'un ordre à un autre, d'un chœur à un autre avec une parfaite correspondance, parce qu'il y aune parfaite subordination. Les anges ne dédaignent pas de se soumettre aux archanges , ni les archauges de reconnaître les puissances supérieures. C’est une

1 t'.zoit. nv . *0.

1 Hfbr. vlll, 9.

1 Apoc. XVt , 10.

* Joau. V. 10.

» /ftfrf. S'il, 11.

* Ibilt. 21, Si.

1)E L EO LISE

armée ou tout marche avec ordre ; et comme ilisait ce patriarche : ■ C'est ici le camp de Dieu ' . > C’est pourquoi , dans ce combat donné dans le ciel , on nous représente « Michel et scs anges

• contre Satan et ses anges*. ■ Il y a un chef dans chaque parti ; mais ceux qui disent avec saint Michel : ■ Qui égale Dieu? • triomphent des orgueilleux, qui disent : Qui nous égale? et les anges victorieux demeurent unis il leur Créateur sous le chef qu'il leur a donné. O Jésus, qui n'étes pas moins le chef des anges que celui des hommes : • Regardez, et faites selon ce mo- « dcle; » que la sainte hiérarchie de votre Église soit formée sur celle des esprits célestes. Car, comme dit saint Grégoire1 * 3, . si la seule beauté

• de l'ordre fait qu’il se trosvc tant d’obéissance

• où il n'y a point de péché; combien plus doit-

• il y avoir de subordination et de dépendanee

• parmi nous , où le péché mettrait tout en con- « fusion sons ce secours! »

Selon cet ordre admirable, toute la nature angélique a ensemble une immortelle beauté; et chaque troupe, chaque chœur des anges a sa beauté particulière, inséparable de celle du tout. Cet ordre a passé du ciel à la terre ; et je vous ai dit d'abord qu'outre la beauté de l'Église universelle, qui consiste dans l'assemblage du tout, chaque Église placée dans un si beau tout avec une justesse parfaite , a sa grâce particulière. Jusqu'ici tout nous est commun av ec les saints anges : mais saint Grégoire nous a fait remarquer que le péché n’est point parmi eux ; c'est pourquoi la paix y règne éternellement. Cette cité bienheureuse, d ou les superbes et les factieux ont été bannis, où il n’est resté que les humbles et les pacifiques, ne craint plusd’étre divisée. Le péché est parmi nous : malgré notre infirmité, l'orgueil y règne; et tirant tout à soi , il nous arme les uns contre les autres. L'Église donc, qui porte en son sein, dans ce secret principe d'orgueil qu'elle ne cesse de réformer dans ses enfants , une éternelle semence de division, n'aurait point de beauté durable, ni de véritable unité, si elle ne trouvait daus son unité des moyens de s’y affermir, quand elle est menacée de division.

Écoutez : voici le mystère de l'unité catholique, et le principe immortel de lu beauté de l’Église. Elle est belle et une dans son tout; c'est ma première partie, ou nous verrons la beauté de tout le corps de l’Église : belle et une en chaque membre; c'est ma seconde partie, ou nous verrous la beauté particulière de l'Église gallicane dans ce beau tout de l’Église universelle :

1 Cetut. xxxii , 3.

• Jpoc. xil, 7.

3 5. Grrfj. Eput. U b vj Epiit . Liv, l. IJ, col- 784.

belle et une d'une beauté et d'une unité durable ; c'est ma dernière partie , ou nous verrons dnus le sein de l'unité catholique des remèdes pour prévenir les moindres commencements de division et de trouble. Que de grandeur et que de beauté! mais que de force, que de majesté, que de vigueur dans l'Eglise! Car ne croyez pas que je parle d'une beauté superficielle qui trompe les yeux. La vraie beaute vient de la santé : ce qui rend l'Eglise forte, la rend belle; son unité la rend belle, son unité la rend forte. Voyons donc dans sou unité , et sa beauté et sa force : heureux si l'ayant vue belle premièrement dans son tout, et ensuite dans la partie à laquelle nous nous trouvons immédiatement attachés , nous travaillons à finir jusqu’aux moindres dissensions qui pourraient défigurer une beauté si parfaite. Ce sera le fruit de ce discours, et c'est sans doute le plus digne objet qu’on puisse proposer à un si grand auditoire.

PREMIEB POINT.

J’ai , messieurs , à vous prêcher un grand mystère; c'est le mystère de l’unité de l’Église. Unie au dedans par le Saint-Esprit, elle a encore un lieu commun de sa communion extérieure, et doit demeurer unie par un gouvernement où l’autorité de Jésus-Christ soit représentée. Ainsi l’unité garde l’unité; et sous le sceau du gouvernement ecclésiastique l'unité de l’esprit est conservée. Quel est ce gouvernement ? quelle en est la forme? Ne disons rien de nous-mêmes : ouvrons l’Évangile; l’Agneau a levé les sceaux do cc sacré livre, et la tradition de l’Eglise a tout expliqué.

Nous trouverons dans l’Évangile que Jésus- Christ voulant commencer le mystère de l’unité dans son Église, parmi tousses disciples en choisit douze; mais que voulant consommer le mystère de l’unité dans ia même Église, parmi les douze il en choisit un. « Il appela ses disciples, » dit l'Evangile ' : les voilà tous; • et parmi eux il « en clrolsit douze. <* Voilà une première séparation , et les apôtres choisis. « Et voici les noms « des douze apôtres : le premier est Simon qu’on « appelle Pierre \ - Voilà , dans une seconde séparation , saint Pierre mis à la tête , et appelé pour cette raison du nom de Pierre , « que Jésus-Christ , » dit saint Marc J, lui avait donné; » pour préparer, comme vous verrez , l’ouvrage qu’il méditait d’élever tout son édifice sur cette pierre.

Tout ceci n’est encore qu’un commencement du mystère de l’unité. Jésus-Christ , eu le coin-

‘ Lue. »i , i.i.

* Matth. x . 2.

1 W'irr. iii, in

SUK L IMITÉ

mençant, parlait encore à plusieurs : * Ailes, « prêchez, je vous envoie : .lie, prœilicate, milia vos ' : mais quand il veut mettre la dernière main au mystère de l'unité, Il ne parle plus à plusieurs; il désigne Pierre personnellement et par le nouveau nom qu’il lui a donné : c'est un seul qui parle à un seul ; Jésus-Christ Fils de Dieu à Simon (ilsde Jonas : Jésus-Christ qui est la vraie pierre, et fort par lui-méme, à Simon qui n'est Pierre que par la force que Jésus-Christ lui communique : c'est à celui-la que Jésus-Christ parle ; et en lui parlant il agit en lui, et y imprime le caractère de sa fermeté : « Et moi , dit-il *, je te dis

- à toi : Tu es Pierre, et, ajoute-t-il, sur cette « pierre j’établirai mon Église, et, conclut-il , les . portes de l'enfer ne prévaudront point contre

- elle. * Pour le préparer à cet honneur, Jésus- Christ , qui sait que la foi qu'on a en lui est le fondement de son Église, inspire à Pierre une foi digue d'ètrc le fondement de cet admirable édifice : > Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant5. * Par cette haute prédication de la foi , il s'attire l'inviolable promesse qui le fait le fondement de l'Eglise. La parole de Jésus-Christ, qui de rien fait ce qu il lui plaît , donne cette force à un mortel. Qu'on ne dise point , qu'on ne pense point que ce ministère de saint Pierre finisse avec lui : ce qui doit servir desoutien à une Église éternelle ne peut jamais avoir de fin. Pierre vivra dans ses successeurs; Pierre parlera toujours dans sa chaire : c’est ce que disent les Pères ; c'est ce que confirment six cent trente évéques au concile de Chalcédoinc *.

Jésus-Christ ne parle pas sans effet. Pierre portera partout avec lui , dans cette haute prédication de la foi , le fondement des Églises ; et voici le chemin qu’il lui faut faire. Par Jérusalem la cité sainte où Jésus-Christ a paru, où " l’Église « devait commencer 5 » pour continuer la succession du peuple de Dieu , où Pierre par conséquent devait être longtemps le chef de la parole et de la conduite, d’où il allait visitant les Églises persécutécsr‘, et les confirmant dans la foi; ou il fallait que le grand Paul , Paul revenu du troisième ciel , le vint voir ' : non pas Jacques , quoiqu'il y fût; un si grand npûtrc, « frère du Sel-

- gneur', ■ évfque (le Jérusalem , appelé le Juste, et également respecté par les chrétiens et par les Juifs : ce n'était pas lui que Paul devait venir

■ tlallk.1, 6, 7, ts.

* Ibid, w 1 , 18.

> Ibid. 10.

• Cohc. Cl, aie. .Icl.il, m.Lal. t. iv, col. JM.MS.JWal ad Leon. ibid. col. 833.

* Lue. txxiv , 17.

1 Jet. ix , 31.

1 Cal. I, 18.

• ibid. 11 .

voir; mais il est venu voir Pierre, et Je voîi selon In force de l'original, comme on vient voir une chose pleinede merveilles, et digne d être recherchée, « le contempler, l’étudier, dit saint Jean- « Chrysostômc *, et le voir comme plus grand •t aussi bien que comme plus ancien que lui, » dit le même Pere : le voir néanmoins, non pour être instruit, lui que Jésus-Christ instruisait luimême par une révélation si expresse; mais afin de donner la forme aux siècles futurs , et qu’il demeurât établi à jamais que quelque docte, quelque saint qu’on soit, fût-on un autre saint Paul, il faut voir Pierre : par cette sainte cité et encore par Antioche , la métropolitaine de l’Orient ; mais ce n’est rien, la plus illustre Église du monde, puisque c’est là que le nom de chrétien a pris naissance : vous l’avez lu dans les Actes * ; Église fondée par saint Barnabe et par saint Paul , mais que la dignité de Pierre oblige à le reconnaître pour son premier pasteur, l’histoire ecclésiastique en fait foi : ou il fallait que Pierre vînt, quand elle se fut distinguée des autres par uuc si éclatante profession du christianisme, et que sa chaire à Antioche fit une solennité dans les Églises : par ces deux villes, illustres dans l’Église chrétienne par des caractères si marqués , il fallait qu’il vînt à Rome plus illustre encore : Rome le chef de l’idolâtrie aussi bien que de l’empire; mais Rome , qui , pour signaler le triomphe de Jésus-Christ, est prédestinée à être le chef de la religion et de l’Église, doit devenir par cette raison la propre Église de saint Pierre ; et voilà où il faut qu’il vienne, par Jérusalem, et par Antioche.

Mais pourquoi voyons-nous ici l'apôtre saint Paul? le mystère en serait long à déduire. Souvenez-vousseulement du grand partageoù l’univers fut comme divisé entre Pierre et Paul ; où Pierre chargé du tout en général par sa primauté, et par un ordre exprès chargé des Gentils qu’il avait reçus en la personne de Cornélius le Centurion 3, ne laisse pns, pour faciliter la prédication, de se charger du soin spécial des Juifs, comme Paul se chargea du soin spécial des Gentils *. Puisqu'il fallait partager, il fallait que le premier eût les aînés; que le chef, à qui tout se devait unir, eût le peuple sur lequel le reste devait être enté, et que le vicaire de Jésus-Christ eût le partage de Jésus-Christ même. Mais ce n’est pas encore assez; et il faut que Rome revienne au partage de saint Pierre: car encore que, comme chef de la gcntilitc* , elle fût plus que toutes les autres villes comprise dans le partage de l’apôtre des Gentils:

* In Fpùt. ad Cal. cap. t , Q* 1 1 , t - X , p. 077.

* Jri. XI, 20.

* .4rt. \.

1 Cal. 11,7,8, ».

DE L’ÉGLISE

comme chef de ia chrétienté, il faut que Pierre y fonde l’Église : ce n’est pas tout; il faut que la commission extraordinaire de Paul expire avec lui à Rome, et que réunie à jamais, pour ainsi parler, à la chaire suprême de Pierre à laquelle elle était subordonnée , elle élève l’Église romaine au comble de l'autorité et de la gloire. Disons encore : quoique ces deux frères, saint Pierre et saint Paul, nouveaux fondateurs de Rome, plus heureux, comme plus unis, que scs deux premiers fondateurs, doivent consacrer ensemble l'Église romaine; quelque grand que soit saint Paul, en science, en dons spirituels, en charité, en courage, encore qu'il ait « travaillé plus que tous les autres « apôtres1; » et qu’il paraisse étonné lui-même de ses grandes révélations * et de l’excès de ses lumières, il faut que la parole de Jésus-Christ prévale : Rome ne sera pas la chaire de saint Paul, mais la chaire de saint Pierre; c'est souscc titre qu’elle sera plus assurément que jamais le chef du monde : et qui ne sait ce qu’a chanté le grand saint Prosper il y a plus de douze cents ans3 : « Rome le siège de Pierre, devenue sous ce titre « le chef de l’ordre pastoral dans tout l’univers, « s’assujettit par la religion ce qu’elle n’a pu sub- « juguer par les armes? >» Que volontiers nous répétons ce sacré cantique d’un Père de l’Église gallicane! c’est le cantique de la paix, où, dans la grandeur de Rome, l’unité de toute l’Eglise est célébrée.

Ainsi fut établie et fixée à Rome la chaire éternelle. C’est cette Église romaine qui, enseignée par saint Pierre et ses successeurs , ne connaît point d’hérésie. T. es Donatistes affectèrent d’y avoir un siège et crurent sir sauver par ce moyen du reproche qu’on leur faisait que In chaire d’unité leur manquait : mais la chaire de pestilence ne put subsister, ni avoir de succession auprès de la chaire de vérité. Les Manichéens se cachèrent quelque temps dans cette Église5 : les y découvrir seulement, a été les en bannir pour jamais. Ainsi les hérésies ont pu y passer, mais non pas y prendre racine. Que contre la coutume de tous leurs prédécesseurs, un ou deux souverains pontifes, ou par violence, ou par surprise, n'aient pas assez constamment soutenu ou assez pleinement expliqué la doctrine de la foi ; consultés de toute la terre, et répondant durant tant de siècles à toutes sortes de questions de doctrine, de discipline, de cérémonies , qu’une seule de leurs réponses se trouve notée par la souveraine rigueur d’un concile écuménlque : ces fautes par-

' I. Cor. xv, 10.

* II. Cor. Il, 7.

* S. Pro*p. Curai. de Ingr. cap. tl.

* 6*. Opt. MH. III». il. n° 4, |». 20 ; «lit. l?i«0.

* S. Léo. St>rm. \u, cap. V.

ticulières n’ont pu faire aucune impression dans la chaire de saint Pierre. Un vaisseau qui fend les eaux n’y laisse pas moins de vestiges de son passage. C’est Pierre quia failli, mais qu’un regard de Jésus ramène aussitôt ‘ ; et qui , avant que le Fils de Dieu lui déclare sa faute future , assuré de sa conversion , reçoit l’ordre de * eonfir- « mer ses frères* : - et quels frères? les apôtres; les colonnes mêmes : combien plus les siècles suivants! Qu'a servi à l'hérésie des Monothélitcs d’avoir pu surprendre un pape? l’anathème qui lui a donné le premier coup n’en est pas moins parti de cette chaire, qu’elle tenta vainement d'occuper; et le concile sixième ne s’en est pas écrié avec moins île force : « Pierre a parlé par - Âgathon3. - Toutes les autres hérésies ont reçu du même endroit le coup mortel. Ainsi l’Égliso romaine est toujours vierge; la foi romaine est toujours la foi de l’Église; on croit toujours ce qu'on a cru; la même voix retentit partout; et Pierre demeure dans ses successeurs le fondement des fidcles. C’est Jésus-Christ qui l’a dit; et le ciel et la terre passeront , plfltôt que sa parole.

Mais voyons encore en un mot la suite de celte parole. Jésus-Christ poursuit son dessein ; et après avoir dft à Pierre, éternel prédicateur de la foi : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon « Église4, - il ajoute : « et je te donnerai les clefs « du royaume des cieux. - Toi qui as la prérogative de In prédication de la foi, tu auras aussi les clefs qui désignent l’autorité du gouvernement : « ce que tu lieras sur la terre, sera lié • dans le ciel; et ce que tu délieras sur la terre, « sera délié dans le ciel. - Tout est soumis a ces clefs; tout, mes frères, rois et peuples, pasteurs et troupeaux : nous le publions avec joie; car nous aimons l’unité, et nous tenons à gloire noire obéissance. C’est à Pierre qu’il est ordonné premièrement « d’aimer plus que tous les autres apô- « très, » et ensuite « de paître • et gouverner tout, « et les agneaux et les brebis5, * et les petits et les mères , et les pasteurs mêmes : pasteurs ù l’égard des peuples, et brebis à l’égard de Pierre, ils honorent en lui Jésus-Christ, confessant aussi qu’avec raison on lui demande un plus grand amour, puisqu'il a plus de dignité avee plus de charge; et que parmi nous, sous la discipline d’pn maître tel que le nôtre, il faut, selon sa parole, « que le premier soit comme lui, par la « charité, le serviteur de tous les autres6. »

1 Lue. xxii, «l.

* Ibid. 32.

* Cohc. Contl. tu, g en. vi , Serai. actlam. ad lmp. Ad. XVIII , I. VI Cohc. Cul. 1053.

* Matth. XVI, 18, 10.

1 Juan. XXI, IS, 16, (7.

« Mot- x, tl

SUR L’UNITE

Ainsi saint Pierre parait le premier en toutes manières : le premier a confesser la foi % le premier dans l'obligation d’exercer l'amour’; le premier de tous les apôtres qui vit Jésus-Christ ressuscité des morts1, comme il en devait être le premier témoin devant tout le peuple 5; le premier quand il fallut remplir le nombre des apôtres5, le premier qui confirma la fol par un miracle6; le premier à convertir les Juifs" , le premier à recevoir les gentils8: le premier partout: mais je ne puis pas tout dire. Tout concourt à établir sa primauté; oui, mes frères, tout, jusqu'à ses fautes , qui apprennent à ses successeurs à exercer une si grande puissance avec humilité et condescendance. Car Jésus-Christ est le seul pontife qui, au-dessus, dit saint Pauls, du péché et de l’ignorance , n’a pu ressentir la faiblesse humaine que dans la mortalité, ni apprendre la compassion que par scs souffrances. Mais les pontifes scs vicaires, qui tous les jours disent avec nous, « Par- « donnez-nous nos fautes, « apprennent à compatir d’une autre manièrp , et ne se glorifient pas du trésor qu’ils portent dans un vaisseau si fragile.

Mais une autre faute de Pierre donne une autre leçon à toute l’Église. Il en avait déjà pris le gouvernement en main quand saint Paul lui dit en face, qu'il « ne marchait pas droitement selon « l'Évangile*0; * parce qu'en s éloignant trop des Gentils convertis , il mettait quelque espèce de division dans l'Église. Il ne manquait pas dans la foi ; mais dans la conduite : je le sais ; les anciens l'ont dit, et il est certain. Mais enfin saint Paul faisait voir à un si grand apôtre qu'il manquait dans la conduite “ : et encore que cette faute lui frit commune avec Jacques, il ne s'en prend pas à Jacques ; mais à Pierre qui était chnrgéilu gouvernement, et H écrit la faute de Pierre dans une épltre qu’on devait lire éternellement dans toutes les Églises avec le respect qu'on doit à l’autorité divine : et Pierre, qui le voit, ne s’en fâche pas ; et Paul , qui l’écrit, ne craint pas qu’on l'accuse d’étre vain. Ames célestes , qui ne sont touchées que du bien commun ; qui écrivent , qui laissent écrire, aux dépens de tout, ce qu'ils croient utile à la conversion des Gentils et à l’instruction de la postérité! Il fallait que dans un pontife aussi éminent que saint Pierre les pontifes

» MaU h. XVI, Kl.

• Joan. xxi, |& el srijq.

• l. Cor. xv, 5.

4 Act. il, M.

» Md. i, i r>.

• Ibid. III, 0,7.

• Ibid. Il, H.

• tbid. x.

• Ntbr. il, 17, 18; IV, 15; VU, 28.

• Cal. Il, II, 14.

» Ibid II.

ses successeurs apprissent à prêter l'oreille à leurs inférieurs, lorsque beaucoup moindres que saint Paul , et dans de moindres sujets, ils leur parleraient avec moins de force , mais toujours avec le même dessein de pacifier l'Église. Voilà ce que saint Cyprien1, saint Augustin* et les autres Pères ont remarqué dans ect exemple de saint Pierre. Admirons, après ees grands hommes, dans l'humilité , l'ornement le plus nécessaire des grandes places; et quelque chose de plus vénérable dans la modestie, que dans tous les autres dons; et le monde plus disposé à l'obéissance, quand celui à qui ou la doit obéit le premier à la raisou ; et Pierre , qui se corrige , plus grand , s'il se peut , que Paul qui le reprend.

Suivons; ne vous lassez point d'entendre le grand mystère qu'une raison nécessaire noua oblige aujourd'hui de vous prêcher. On veut de la moralcdansles sermons;cton a raison, pourvu qu’on entende que la morale chrétienne est fondée sur les mystères du christianisme. Ce que je vous prêche, « je vous le dis, est un grand mystère • en Jésus-Christ et en son Église3; » et ce mystère est le fondement de cette belle morale qui unit tous les chrétiens dans la paix , dans l'obéissance , et dans l’unité catholique.

Vous avez vu cette unité dans le saint-siège : la voulez-vous voir dans tout l'ordre et dans tout le collège épiscopal ? Mais c'est encore en saint Pierre quelle doit paraître, et encore dans ces paroles : ■ Tout ce que tu lieras, sera lié; tout ce « que tu délieras , sera délié4. • Tous les papes et tous les saints Pères l’ont enseigné d'un commun accord. Oui, mes frères, ces grandes paroles, où vous avez vu si clairement la primauté de saint Pierre, ont érigé les évêques, puisque la force de leur ministère consiste à lier ou à délier ceux qui croient ou ne croient pas à leur parole. Ainsi cette divine puissance de lier et de délier est une annexe nécessaire, et comme le dernier sceau , de la prédication que Jésus-Christ leur n confiée ; et vous voyez en passant tout l’ordre de la juridiction ecclésiastique. C’est pourquoi le même qui a dit à saint Pierre : * Tout ce que tu

■ lieras sera Hé, tout ce que tu délieras sera dé-

■ lie5, ■ a dit la même chose A tous les apôtres ; et leur a dit encore : • Tous ceux dont vous re- ” mettrez les péchés, ils leur seront remis; et i tous ceux dont vous retiendrez les péchés, ils « leur seront retenus". » Qu’est-ce que lier, sinon retenir; et qu’est-ce que délier, sinon remettre?

1 C'jpr. Epiât, i.vxi , p. U7.

1 S. .1ug. Epiât, lxxxiii, n' 25 , |. n, col. 108.

» Ephfâ. V , 32.

1 Naüh. xvi, 10.

* Ibid, xvm , 18.

* JoaH. XX ,

1)E L’ÉGLISE

et le même qui donne à Pierre cette puissance , j la donne aussi de sa propre bouche à tous les apô- : très. - Connue mon Père m'a envoyé, ainsi dit- « il, Je vous envoie'. » On ne peut voir ni une j puissance mieux établie, ni une mission plus immédiate : aussi soufUe-t-il également sur tous; il répand sur tous le même espritavee ce souffle, en leur disant : * Recevez le Saint-Esprit; ceux . dont vous remettrez les pécbés, Ils seront re-

• mis’ : » et le reste que nous avons récité.

C’était donc manifestement le dessein de Jésus-

Christ de mettre premièrement dans un seul ce que dans la suite il voulait mettre dans plusieurs : mais la suite ne renverse pas le commencement , et le premier ne perd pas sa place. Cette première parole , « Tout ce qne tu lieras , ■ dite à un seul , n déjà rangé sous sa puissance chacun de ceux à qui on dira : < Tout ce que vous remettrez : » car les promesses de Jésus-Christ , aussi bieu que scs dons , sont sans repentance ; et ce qni est nnc fois donné indéfiniment et universellement, est irrévocable : outre que la puissance donnée à plusieurs, porte sa restriction dans son partage; nu lieu que la puissance donnée à un seul, et sur tous , et sans exception , emporte la plénitude ; et n’ayant à se partager avec aucun autre, elle n’a de bornes que celles que donne la règle. Ccst pourquoi nos anciens docteurs de Paris, que je pourrais Ici nommer avec honneur, ont tous reconnu d'une même voix , dans In chaire de saint Pierre , la plénitude de la puissance apostolique : c’est un point décidé et résolu; mais ils demandent seulement qu'elle soit réglée dans son exercice par les canons , c'est-à-dire , par les lois communes de toute l’Église : de peur que, s'élevant au-dessus de tout, elle ne détruise elle-même ses propres décrets .

Ainsi le mystère est entendu : tous reçoivent la même puissance , et tous de la même source ; mais non pas tous en même degré, ni avec la même étendue : car Jésus Christ se communique en telle mesure qu’il lui plait, et toujours de la manière la plus convenable à établir l'unité de son Église. C'est pourquoi il commence par le premier, et dans ce premier il forme le tout; et lui-même il développe avec ordre ce qu’il a mis dans un seul.

« Et Pierre, dit saint Augustin1 * 3, qui, dans l’hon-

• ncur de sa primauté , représentait toute l'Église,

• reçoit aussi le premier et le seul d'abord les

• clefs qui dans la suite devaient être communi- « quccs à tous les autres4, » afin que nous apprenions, selon la doctrine d’un saint évêque de

1 Joan. xx, 9t.

* Ibid. 29 , 23.

» S. .4 WJ. in Joan. Tract cxxlV, t. Itl , port. Il , col. 823.

4 S. Opt Mît. til>. vil, n* 3, p. lot.

l’Église gallicane’, que l'autorité ecclésiastique, premièrement établie en la personne d'un seul, ne s'est répandue qu’à condition d’être toujours ramenée au principe de son unité; et que tous ceux qui auront à l'exercer, se doivent tenir inséparablement unis à la même chaire.

C’est cette chaire romaine tant célébrée par les Pères, où ils ont exalté, comme à l’envi , ■ la

■ principauté de la chaire apostolique, la prin-

- eipauté principale, la source del’unité, et dans « la place de Pierre l'éminent degré de la chaire

• sacerdotale; l'Église mère qui tient en sa main

- In conduite de toutes les autres Églises; le chef

• de l'épiscopat d’où part le rayon du gouverne-

• ment; la chaire principale, la chaire unique

• en laquelle seule tous gardent l’unité. » Vous entendez dans ces mots saint Optât , saint Augustin , saint Cvprien , saint lrénée , saint Prosper, saint A vite, saint Théodoret, le concile de Chalccdoine, et les autres ; l'Affrlque, les Gaules, la Grèce, l'Asie; l'Orient et l’Occident unis ensemble * : et voilà , sans préjudice des lumières divines extraordinaires et surabondantes, et de la puissance proportionnée à de si grandes lumières, qui étnit pour les premiers temps dans

' les apôtres , premiers fondateurs de toutes les Églises chrétiennes; voilà, dis-je, ce qui doit rester, scion la parole de Jésus-Christ et la constante tradition de nos Pères, dans l’ordre commun de l’Église : et puisque c’était le conseil de Dieu de permettre, pour éprouver ses fidèles, qu'il s’élevât des schismes et des hérésies , il u’y avait point de constitution ni plus ferme pour se soutenir, ni plus forte pour les abattre. Par cette constitution tout est fort dans l’Église ; parce que tout y est divin, et que tout y est uni : et comme chaque partie est divine , le lien aussi est divin ; et l’assemblage est tel que chaque partie agit avec la force du tout. C'est pourquoi nos prédécesseurs, qui ont dit si souvent, dans leurs conciles3, qu'ils agissaient dans leurs Églises comme vicaires de Jésus-Christ et successeurs des apôtres qu’il a immédiatement envoyés, ont dit aussi dans d'autres conciles4, comme ont fait les papes à Gallons, à Vienne et ailleurs, qu’ils agissaient « au nom de Pierre , » vice Pelri, « par l’autorité

■ donnée à tous les évêques eu la personne de

* S. Casar Arel. F pi il. ad Symnt. t. i Conc. Cnil. p. 181.

* S. Auy. Epiai. XLIII , t- il, col. 91. S. Iren. Ilb. m, cap. IU, p. 175. S. l'ypr. Epiât, LV, p. 86. Theod. tp. ad Hen. CWI , t. III, p. 989. S. Avil. Ep. ad Faust. !. i Conc. Cal. p. 158. S. Prosp. Varia . de hiyr. cap. il. Conc. C/talc. Relat. ad Ijeon. / lab . t. nr, col. 8-17. Libtll. Joan. Const. ib. col. I486. S. Opt. Mit. lil». Il, n® 2, p. 28.

3 Conc. Meld. P ne/. t. m Conc. Call. p. 27.

4 Synod. Hem t. VIII Conc. col. 691. Conc. t ien. t. ix Conc. col. 433. Conc. C'a bit, ib. col. 275. Conc. Rem. ib. col. 481 . Conc. Cicent. t. X Conc. col. 1182. ho. Carn. de Cath. Petr. A nt.

SUR L’UNITE

■ saint Pierre, * aucloritate (pis copi s per braitwi Pelrum collata , « comme vicaires de saint • Pierre, - vicarii Pétri , et lont dit lors même qu’ils agissaient par leur autorité ordinaire et subordonnée ; parce que tout a été mis premièrement dans saint Pierre, et que la correspondance est telle dans tout le corps de l'Église, que cc que fait chaque évéque, selon la règle et dans l’esprit de l’unité catholique, toute l’Église, tout lcpiscopat, et le chef de l’épiscopat le fait avec lui.

S’il est ainsi , chrétiens : si les évêques n’ont tous ensemble qu’une même chaire, par le rapport essentiel qu’ils ont tous avec la chaire unique ou saint Pierre et ses successeurs sont assis; si , en conséquence de cette doctrine, ils doivent tous agir dans l'esprit de l'unité catholique , en sorte que chaque évéque ne dise rien , ne fasse rien, ne pense rieu que l'église universelle ne puisse avouer : que doit attendre l’univers d’une assemblée de tant d’évêques? M'est-il permis, messeigneurs, de vous adresser la parole, à vous de qui je la tiens aujourd’hui ; mais à vous qui êtes mes jtïges et les interprétés de la volonté divine? Ah ! sans doute, puisque c’est vous qui m’ouvrez la bouche, quand je vous parle, messeigneurs , ce n’est pas moi qui vous parle, c’est vous-mêmes qui vous parlez à vous-mêmes. Songeons que nous devons agir par l’esprit de toute l’Église; ne soyons pas des hommes vulgnires que les vues particulières détournent du vrai esprit de l’unité catholique : nous agissons dans un corps , dans le corps de l'épiscopat et de l'Église catholique , où tout ce qui est contraire à la règle ne manque jamais d'ètre détesté , car l'esprit de vérité y prévaut toujours. Puissent nos résolutions être telles, quelles soient dignes de nos pères , et dignes d’être adoptées par nos descendants ; dignes enfin d’être comptées parmi les actes authentiques de l’Église, et insérées avec honneur dans ces registres immortels où sont compris les décrets qui regardent non-seulement la vie présente, mais encore la vie future et l’éternité tout entière 1

I*i comprenez- vous maintenant, cette immortelle beauté de i’Églisc catholique; où se ramasse ce que tous les lieux , ce que tous les siècles présents, passés et futurs ont de beau et de glorieux ? Que vous êtes belle dans cette union , A Église catholique; mais en même temps que vous êtes forte! - Relie, dit le saint Cantique’, et ngréa- « b!e comme Jérusalem; » et en même temps, • terrible comme une armée rangée en bataille: » belle comme Jérusalem où l’on voit une sainte

• C»mt. Tl, 3

uniformité, et une police admiralUe sous un même chef : belle assurément dans votre paix , lorsque recueillie dans vos murailles vous louez celui qui vous a choisie, annonçant ses vérités à ses lideles. Mais si les scandales s’élèvent, si les ennemis de Dieu osent l’attaquer par leurs blasphèmes , vous sortez de vos murailles, A Jérusalem, et vous vous formez en armée pour les combattre : toujours belle en cet état , car votre beauté ne vous quitte pas; mais tout à coup devenue terrible : car une armée qui parait si belle dans une revue, combien est-elle terrible quand on voit tous les arcs bandés et toutes les piques hérissées contre soi! Que vous êtes donc terrible, A Église sainte, lorsque vous marchez Pierre à votre tête, et la chaire de l’unité vous unissant toute,; abattant les têtes superbes et toute hauteur qui s’élève contre la science de. Dieu ; pressant scs ennemis de tout le poids de vos bataillons serrés; les accablant tout ensemble et de toute l’autorité des siècles passés , et de toute l’exécration des siècles futurs; dissipant les hérésies, et les étouffant quelquefois dans leur naissance; prenant les petits de Rabyionc et les hérésies naissantes, et les brisant contre, votre Pierre ; Jésus-Christ votre chef vous mouvant d’en haut et vous unissant, mais vous mouvant et vous unissant par des instruments proportionnés , par des moyens convenables , par un chef qui le représente, qui vous fasse en tout agir tout entière , et rassemble toutes vos forces dans une seule action!

Je ne m’étonne donc plus de In force de l’Église, ni de cc puissant attrait de son unité. Pleine de l’esprit de celui qui dit : * Je tirerai « tout à moi’ , • tout vient à elle , Juifs et Gentils, Grecs et Barbares. Les Juifs devaient venir les premiers; et malgré la réprobation de ce peuple ingrat, il y a ce précieux reste et ces bienheureux réservés tant célébrés par les prophètes. Prêchez, Pierre ; tendez vos filets, divin pécheur. Cinq mille, trois mille entreront d’abord, bientôt suivis d’un plus grand nombre. Mais « Jésus-Christ a d’autres brebis qui ne sont ■ pas de ce bercail *. » C’est par vous , A Pierre , qu’il veut commencer à les rassembler. Voyez ces serpents, voyez ces reptiles et ces autres animaux immondes qui vous sont présentes du ciel. C’est les Gentils, peuple immonde, et peuple qui n’est pas peuple : et que vous dit la voix céleste ? « Tue et mange*, » unis , incorpore, fais mourir la gentilité dans ces peuples : et voilà en même temps à la porte les envoyés de Cornélius; et

* J*ntn. su, 32.

* Ibid, x, 16.

* Art. X, 12, 13.

DE L'ÉGLISE

Pierre, qui a reçu les bienheureux restes îles Juifs, va consacrer les prémices des Gentils.

Après les prémices vicudra le tout ; après l'officier romain , Rome viendra elle-même; apres Rome, viendront les peuples l’un sur l’autre Quelle Église a enfanté tant d'autres Églises? D’abord tout l'Occident est venu par elle, et nous sommes venus des premiers; vous le verres bientôt. Mais Rome n’est pas épuisée dans sa vieillesse, et sa voix n'est pas éteinte; nuit et jour elle ne cesse de crier aux peuples les plus éloignés, afin de les appeler au banquet où tout est fait un : et voilà qu'à cette voix maternelle les extrémilésde l'Orient s'ébranlent, et semblent vouloir enfanter une nouvelle chrétienté pour réparer les ravages des dernières hérésies , c’s^t le destinde l'Église. Movebocandelabrum tuum : « Je remuerai votre chandelier, ■ dit Jésus-Christ à l’Église d’Éphèse' ; je vous ôterai la foi : ■ Je - le remuerai; » Il n'éteint pas la lumière, il la transporte: elle passe à des climats plus heureux. Malheur, malheur encore une fois à qui la perd ; mais la lumière va son train , et le soleil achève sa course.

Mais quoi , je ne vois pas encore les rois et les empereurs! où sont-ils, ces illustres nourriciers tant de fois promis à l’Église par les prophètes? Ils viendront, mais en leur temps. •< Ne voyez-

• vous pas dans un seul psaume 1 le temps où les ■ nations entrent eu fureur, où les rois et lesprin-

• ces fout de vains complots contre le Seigneur « et contre son Christ ? • Mais je vois tout à coup un autre temps : Et nunc, et nunc, « Etmainte- > nant, • c'est un autre temps qui va paraître. Et nunc, rerjes,intelligitc : - Et maintenant, 6 rois, « entendez : « durant le temps de votre ignorance vous avez combattu l’Eglise, et vous l’avez vue triompher malgré vous; maintenant vous allez aider à son triomphe. > Et maintenant, ô rois,

• entendez; instruisez-vous, arbitres du monde,

• servez le Seigneur en crainte : » et le reste que vous savez.

Durant ces jours de tempête, où l'Église, comme un rocher, devait voir les efforts des rois se briser contre elle, demandez aux chrétiens si lescésars pouvaient être de leur corps : Tertullien vous répondra hardiment que non. « I.es cé- « sors, dit-il1, seraient chrétiens, s’ils pouvaient

• être tout ensemble chrétiens et césars. * Quoi, les césars ne peuvent pas être chrétiens ! ce n’est pas de ces excès de Tertullien; il parlait au nom de toute l’Église dans cet admirable Apologétique, et rc qu’il dit est vrai a la lettre. Mais il faut

1 Ap<*. Il, B.

1 Trrtnll. Apolog. n* 2!

uoswrr.— t. »«.

distinguer les temps. Il y avait le premier temps, où l’on devait voir l’empire ennemi de l’Église , et tout ensemble vaincu par l'Église; et le second temps, où l’on devait voir l’empire réconcilié avec l’Église , et tout ensemble le rempart et la défense de l'Eglise.

L'Église n’est pas moins féconde que la Synagogue : elle doit, comme elle , avoir ses David, scs Salomon, ses Ëzéchias, ses Josias, dont la main royale lui serve d’appui : comme elle. Il faut qu'elle voie la concorde de l’empire et du sacerdoce ; un Josué partager la terre aux enfants de Dieu avec un Éléazar; un Josaphat établir l’observance de la loi avec un Amarias ; un Joas réparer le temple avec un Joîada ; un Zorobabel en relever les ruines avec un Jésus fils de Josédec ; un Néhémios réformer le peuple avec un Esdras. Mais la Synagogue, dont les promesses sont terrestres, commence par la puisance et par les armes : l’Église commence par la croix et par les martyres ; fille du ciel , il faut qu’il paraisse qu’elle est née libre et indépendante dans son état essentiel , et ne doit son origine qu’au Père céleste. Quand après trois cents uns de persécution, parfaitement établie et parfaitement gouvernée durant tant de siècles , saus aucun secours humain , Il paraîtra clairement qu’elle ne tient rien de l’homme : Venez maintenant, ô césars, il est temps: Et nunc intelliyite. Tu vaincras, ô Constantin , et Rome te sera soumise ; mais tu vaincras par la croix : Rome verra la première ce grand spectacle ; un empereur victorieux prosterné devant le tombeau d'un pécheur , et devenu son disciple.

Depuis ce temps-la , chrétiens , l’Église a appris d’en haut à se servir des rois et des empereurs pour faire mieux servir Dieu ; ■ pour élar- ■ gir , disait saint Grégoire ■ , les voies du ciel ; » pour donner un cours plus libre à l’Évangile, une force plus présente à scs canons , et un soutien plus sensible à sa discipline. Que l’Église demeure seule, ne craignez rien; Dieu est avec elle , et la soutient au dedans : mais les princes religieux lui élèvent par leur protection ces invincibles dehors qui la font jouir , disait un grand pnpe’, d’une douce tranquillité, à l’abri de leur autorité sacrée.

Mais parlons toujours comme il faut de l’Épouse de Jésus-Cbrist : l’Église se doit à ellemême et à ses services toutes les grâces qu’elle a reçues des rois de la terre. Quel ordre , quelle compagnie , quelle armée , quelque forte , quel-

* 5. Crtg Epist. lib- ut , Epist. lxv, ad Nantie. Aug. t. U, col. «78.

* Ihhoc. ii , Ep. n ; t x Cône. col. MG. Conc. Aguis. il , t H

Cour. Catt. p. f»7*.

SI H I.'UNiTÉ

î'Ifl

que (idole cl quelque naissante quelle soit, les a mieux servis que l'Église a fuit par sa patience? Omis ees cruelles persécutions qu’elle endure sans murmurer durant tant de siècles, en combattant pour Jésus-Christ, j'oserai le dire, elle ne combat guère moins pour l'autorité des princes qui la persécutent : ce combat n’est pas indigne d'elle, puisque c'est encore combattre pour l'ordre de Dieu. En effet n 'est-ce pas combattre pour l'autorité légitime, que d’en souffrir tout sans nuirmurer? Ce n'était point par faiblesse; qui peut mourir n'est jamais faible : mais c'est que l'Église savait jusques ou il lui était permis d étendre sa résistance. Nondum usque ail sanguine 1/1 rrstitistis : ■ Vous n’avez pas encore résisté ■ jusques au sang, * disait l'apôtre 1 : jusques nu sang; c’est-à-dire, jusqu'à donner le sien , et non pas jusqu’à répandre celui des autres. Quand on la s eut forcer de désavouer ou de taire les vérités de l’Évangile, elle ne peut que dire avec les s pâtres : Non possumus, non possumus » : Que prclrudez-vous? « Nous ne pouvons pas; ■ et en même temps découvrir le sein où l’on veut frapper : de sorte que le même sang qui rend témoignage à l'Évangile , le même sang le rend aussi à :e!tc vérité : que nul prétexte ni nulle raison ne peut autoriser les révoltes; qu’il faut révérer l'ordre du ciel, et le caractère du Tout-Puissant dans tous les princes, quels qu'ils soient; puisque les plus beaux temps de l’Église nous le font voir sacré et inviolable , même dans les princes persécuteurs de l'Évangile. Ainsi leur couronne est hors d’atteinte : l’Église leur a érigé un trône dans le lieu le plus sûr de tous et le plus Inaccessible, dans la eonselenee même où Dieu n le sien ; et c’est là le fondement le plus assuré de la tranquillité publique.

Nous leur dirons donc sans crainte , même en publiant leurs bienfaits , qu'il y a plus de justice que de grâce dans les privilèges qu’ils accordent à l’Église ; et qu’ils ne pouvaient refuser de lui faire part de quelques honneurs de leur royaume, qu’elle prend tant de soin de leur conserver. Mais confessons en même temps qu’au milieu de tant d'ennemis, de tant d'hérétiques, de tant d'impics, <le tant de rebelles qui nous environnent, nous devons beaucoup aux princes qui nous mettent à couvert de leurs insultes; et que nos mains désarmées, que nous ne pouvons que tendre nu ciel, sont heureusement soutenues par leur puissance.

Il le faut avouer, messieurs, notre ministère est pénible : s'opposer aux scandales , au torrent des mauvaises mœurs, et nu cours violent dis

' WiVr. xn. 4.

* tu. iT.au.

passions qu'on trouve toujours d'autant plus hautaines qu’elles sont plus déraisonnables ; c'est un terrible ministère , et on ne peut l’exercer sans rigueur. C'est cc que nos prédécesseurs , assembles dans les conciles de Thionville et de Meaux, appellent • la rigueur du salut des hommes, • rigorem sidulis hmnanœ'. L’Église assemblée dans ces conciles demande l’assistance des rois pour exercer plus facilement cette rigueur salutaire au genre humain ; et convaincue par expérience du besoin quelle a de leur protection pour aider les âmes infirmes, c'est-à-dire, le plus grand nombre de ses eufants , elle ne se prive qu’avec peine de ce secours : de sorte que la concorde du sacerdoce et de l'empire , dans le cours ordinaire des choses humaines, est un des soutiens de l'Église, et fait partie de cette unité qui la rend si belle.

Car qu’y a-t-il de plus beau que d’entendre un saint empereur dire à un saint pape : « Je « ne vous puis rien refuser, puisque je vous dois

• tout en Jésus-Christ : * Ni hit tibi negare possum, cui per Deum omnia debeo'. • Tout cc « que votre autorité paternelle a réglé dans son « concile pour le rétablissement de l’Église , je le

■ loue , je l’approuve, je le confirme comme vo- « tre fils; je veux qu’il soit inséré parmi les lois, « qu’il fasse partie du droit public, et qu’il vivo « autant que l’Église,» et in œternum mansura , et huntanis sotemniter legibus inscribenila, et inter publica jura semper rccipienda hae auctoritate, vivante Ecetesia, victura : ou d’entendre un roi pieux dans un concile; c’était un roi d’Angleterre : ah 1 nos entrailles s’émeuvent à ce nom , et l'Église toujours mère ne peut s’empêcher dans cc souvenir de renouveler ses gémissements et ses vœux ; passons et écoutons cc saint roi , ce nouveau David dire au clergé assemblé : Ego Constantini, vos Pétri gladium babetis in manibus; jungamus dexteras, gladium gladio coputcmus 1 : « J’ai le glaive de « Constantin à la main , et vous y avez celui de « Pierre ; donnons-nous la main , et joignons le

■ glaive au glaive : » que ceux qui n’ont pas la foi assez vive pour craindre les coups invisibles de votre glaive spirituel tremblent à la vue du glaive royal : ne craignez rien , saints évêques ; si les hommes sont assczrebelles pournepascroire à vos paroles, qui sont celles de Jésus Christ, des châtiments rigoureux leur en feront , malgré qu'ils en oient , sentir la force , » et la puissance

• royale ne vous manquera jamais? »

* Conc. ad Theodon. vil. can. n, Cône. Cal. t. w, p. I#. Cour. Me ht. can. Xll , ibid. p. 63,

* Heurte, il ad Bcard. vil, I. I\ Conc. col. Ml.

* latlg. Oral, ad Blrr. I. u Cône. col. Wl.

1)E L'EGLISE

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