‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 124 sur 243 · UI · texte numérisé non relu

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A cet admirable spectacle , qui ne s'écrierait encore une fuis avec Balaam : Quant pulchra labernacula tua, Jacob? O Église catholique, que vous êtes belle ! le Saint-Esprit vous anime, le saint-siège unit tous vos pasteurs, les rois font la garde autour de vous : qui ne respecterait votre puissance?

Paraissez maintenant, sainte Église gallicane, avec vos évêques orthodoxes etavec vos roistreschréticns, et venez servir d’ornement à l’Église universelle. Et vous, Seigueur tout-puissant, qui avez comblé cette Église de tant de bienfaits , animez-moi de ce même esprit dont vous remplîtes David, lorsqu'il chanta si noblement les grâces de l’ancien peuple; afin qu'à son exemple je puisse aujourd'hui, avec tant d'évêques et dans une si grande assemblée , célébrer vos miséricordes éternelles : Quoniam bonus, quoniam in atemum misericortlia ejus * . C'est vous, Seigneur, qui excitâtes saint Pierre et ses successeurs à nous envoyer dès les premiers temps les évêques qui ont fondé nos Églises. C'était le conseil de Dieu tpte la foi nous fut annoncée par le saint-siège; nfln qu’éterneilement unis par des liens particuliers a ce centre commun de toute l’unité catholique, nous pussions dire avec un grand archevêque de Reims : « La sainte Église « romaine , la mère , la nourrice et la Maîtresse de • toutes les Églises , doit être consultée dans tous « les doutes qui regardent la foi et les moeurs,

« principalement par ceux qui, comme nous,

« ont été engendrés en Jésus-Christ par son mi-

nistère , et nourris par elle du lait de la doc- . trine catholique’. »

Il est vrai qu’il nous est venu d’Orient , et par le ministère de saint Polycarpe , une autre mission qui ne nous a pas été moins fructueuse. C'est de là que nous avons eu le vénérable vieillard saint Pothin , fondateur de la célèbre Église de Lyon ; et encore le grand saint Irénéc , successeur de son martyre aussi bien que de son siège :

I rénée digne de son nom, et véritablement pacifique , qui fut envoyé à Rome et au pape saint Ëleuthére de la part de l’Église gallicane1 * 3 ; ambassadeur de la paix , qui depuis la procura aux saintes Églises d’Asie d’où il nous avait été envoyé ; qui retint le pape saint Victor , lorsqu’il les voulait retrancher de la communion ; et qui présidant au concile des saints évêques des Gaules, dont il était réputé le père, fit connaître à ce saint pape qu’il ne fullait pas pousser toutes

1 r*. exxw, i.

* Hinem. de divor. Lolh. et leutb. t. I , p. Ml.

• Eu$eb. /lût. Keel. lit». ▼, cap. ||1 , p. |<m. Édit. /'al. I

les affaires à l'extrémité , ni toujours user d'un droit rigoureux*. Mais comme l'Eglise est une par tout l'univers, cette mission orientale n'a pas été moins favorable à l’autorité du saint-siège, que ceux que le saint-siège avait immédiatement envoyés; elle même suint Irénéc a prononcé cet oracle révéré de tous les siècles’ :

• Quand nous exposons lu tradition que la très-

- grande, très-ancienne et très-célèbre Église « romaine , fondée par les apôtres saint Pierre et

- saint Paul , a reçue des apôtres , et qu'elle a « conservée Jusqu'à nous par la succession do ses > évêques , nous confondons tous les hérétiques ;

• parce que c’est avec cette Église que toutes lee

• Églises et tous les fidèles qui sont par toute la « terre doivent s'accorder, à cause de sa princi- « pale et excellente principauté, et que c'est en « elle que ces mêmes fidèles, répandus par toute

• la terre , ont conservé la tradition qui vient des

• apôtres. *

Appuyée sur ces solides fondements, l'Église gallicane a été forte comme la tour de David. Quand le perfide Arius voulut renverser, avec la divinité du Fils de Dieu, le fondement de la foi préebée par saint Pierre , et changer en création et en adoption la génération éternelle de ce Fils unique; cette superbe hérésie, soutenue par un empereur, ne trouva point de plus grand obstacle à ses progrès, que la constance et la foi de saint Athanase d’Alexandrie et de saint Hilaire de Poitiers : et malgré l'inégalité de ces deux sièges , les deux évêques furent égaux eu gloire comme ils l’étaient en courage.

Pour perpétuer cettegloirede l'Église gallicane, le célèbre saint Martin fut élevé sous la discipline de saint Hilaire; et cette Église, renouvelée par les exemples et par les miracles de cet homme incomparable, crut revoir le temps des apôtres : tant la Providence divine fut soigneuse de réveiller parmi nous l’ancien esprit , et d'y faire revivre les premières grâces.

Quand le temps fut arrivé que l’empire romain devait tomber en Occident , et que In Gaule devait devenir France, Dieu ne laissa pas longtemps sous des princes idolâtres une si noble partie de la chrétienté ; et voulant transmettre aux rois des F rançais la garde de son Église , qu’il avait confiée aux empereurs, il donna non-seulement à In France, mais encore à tout l’Occident, un nouveau Constantin en la personne de Clovis. La victoire miraculeuse qu'il envoya du ciel à ces deux princes guerriers , fut le gage de son amour, et le glorieux attrait qui leur fit embrasser le christianisme. La fol fut victorieuse , et la belliqueuse

1 Etucb. Hi*t. Fret. llb. T, cap. XXtlI , XMv , p. 191 133,

* S. /rca. til». itt cantr, /heref. c.ip. m, p. |7 ..

SUR L’UNITÉ

nation de» Francs connut que le Dieu de Clotilde était le vrai Dieu des armées.

Alors saint Remi vit en esprit qu'en engendrant en Jésus-Christ les rois de France avec leur peuple, il donnait à l'Église d’invincibles protecteurs. Ce grand saint et ce nouveau Samuel , appelé pour sacrer les rois, sacra ceux-ci, comme H dit luimême, pour être « les perpétuels défenseurs de

• l’Église et des pauvres ' ; » digne objet de la royauté. Après leur avoir enseigné à faire fleurir les Kgliscsetàrendre les peuples heureux (croyez que c'est lui-même qui vous parle , puisque je ne fais Ici que réciter les paroles paternelles de cet apôtre des Français) , il priait Dieu nuit et jour qu'ils persévérassent dans la fol , et qu'ils régnassent selou les régies qu'il leur avait données , leur prédisant en même temps qu’en dilatant leur royaume, ils dilateraicut celui de Jésus-Christ; et que, s’ils étaient fidèles A garder les lois qu'il leur prescrivait de la part de Dieu’, l’empire romain leur serait donné : en sorte que des rois de France sortiraient des empereurs dignes de ce nom, qui feraient régner Jésus-Christ.

Telles furent les bénédictions que versa mille et mille fois le grand saint Remi sur les Frauçais et sur les rois , qu'il appelait toujours ses chers enfants ; louant sans cesse la bonté divine de ee que , pour affermir la foi naissante de ce peuple béni de Dieu , elle avait daigné , par le minislere de sa main pécheresse, c’est ainsi qu’il parle, renouveler, a la vue de tous les Français et de leur roi , Ira miracles qu'on avait vus éclater dans In première fondation des Églises chrétiennes. Tous les saints qui étaient alors, furent réjouis; et dans le déclin de l'empire romain Ils crureut voir paraître dans les rois de France • une nou-

• velie lumière pour tout l’Occident : » In occiduis partibux novi jubaris lumen effulgumt J; et non-seulement pour tout l’Occident, mais encore pour toute l’Église, à laquelle ce nouveau royaume promettait de nouveaux progrès. C’est ee que disait saint Avite, ce docte et ee saint évêque de Vienne , ce grave et éloquent défenseur de l’Église romaine, qui fut charge par tous ses collègues, les saints évêques des Gaules , de recommander nux Romains , dans la cause du pnpc Symmnque, la cause commune de tout l’épiscopat ; ■ parce que, ■ disait ce grand homme * , quand le pape et le chef

• de tous les évêques est attaqué, ce n'est pas un

• seul évêque, mais l’épiscopat tout entier qui est

• en péril. •

Tous les conciles de ces temps font voir qu’en

1 Testam. S. Rem. np. Flod. lib. I, cap. xvm.

* Ibid, et cap. xm.

■ S. Avit. F ie n. episc. ad Clod. (. i Cône . Gall. p. Ibi.

* Epist. ad Faust. I. l Conc. Call. p. 158.

ce qui touchait la foi et la discipline, nos saints prédécesseurs regardaient toujours l’Église romaine , et se gouvernaient par ses traditions \ Tel était le sentiment de l'Église gallicane, qui, en recevant , par le ministère de saint Remi , Clovis et les Français dans son sein, leur imprimait dans le fond du coeur ce respect pour le saint-siège, dont ils devaient être les plus zélés aussi bien que les plus puissants protecteurs. Les papes connurent d’abord la protection qui leurétaitenvoyéeduciel; et ressentant dans nos rois je ne sais quoi de plus filial que dans les autres, que ne dirent-ils point alors, comme par un secret pressentiment, à la louange de leurs protecteurs futurs! Anastase II , du temps de Clovis, croit voir dans le -royaume de France nouvellement converti « une colonne « de fer que Dieu élevait pour le soutien de sa sainte « Eglise, pendant que la charité se refroidissait « partout ailleurs*. » Pelage II se promet des descendants de Clovis, comme de voisins charitables de l'Italie et de Rome, la même protection pour le saint-siège qu'il avait toujours reçue des empereurs 1 * 3 : et saint Grégoire , le plus saint de tous , enchérit aussi sur ses saints prédécesseurs, lorsque, touché de la foi et du zèle de ces rois, il les met • autant au-dessus des autres souverains, que ■ les souverains sont au-dessus des particuliers4. «•

Leur foi croissait en effet avec leur empire ; et , selon la prédiction de tant de saints, l'Église s'étendait par les rois de France. L’Angleterre le sait, et le moine saint Augustin son premier apôtre. Saint Konifnce, l'apôtre de la Germanie, et les autres apôtres du Nord ne reçurent pas un moindre secours de la France; et Dieu montrait dès lors, par des signes manifestes, ce que les siècles suivants ont confirmé , qu’il voulait que les conquêtes des Français étendissent celles de l'Église.

Les enfants de Clovis ne marchèrent pas dans les voies que saint Remi leur avait marquées : Dieu les rejeta de devant sa face ; mais il ne retira pas ses miséricordes de dessus le royaume de France. Une seconde race fut élevée sur le trône ; Dieu s'en mêla , et le zèle de la religion s’accrut par ce changement : témoin tant de papes réfugiés, protégés, rétablis, et comblés de biens sous celte race. Les papes et toute l’Église bénirent Pépin, qui en était le chefs; les bénédictions de saint Remi passèrent à lui : de lui sortit cet empereur,

* F.p. Si/n. Epise. Gall. apud. Leon. Cône. Ara ns. n, PraJ. 1. 1 Conc. GaL p. 210. Boni/, n , Kp. ad César. Arel. if>. p. 223. Cuite. F as. Il, can. lil, if, v ibid. p. 22«, 227. Conc. Aurel. III, eau. m, xxvi ibid. p. 218, 255.

* Anast. n, Kp. il, ad Cio e(. t. iv, Conc. col. 1282.

* Pci. n, Epist. ad Aunach. Autiss. tom. i Cône. Call. p. 37«.

* S. Grc j. ,V. Epist. Iit>. n, Epitl. VI, t. Il, col. 7JHI.

4 Pant. | , Epi A. x , ad Fr. I. u C onc. Gall. p. U9.

DE L'ÉGLISE

père d'empereurs, que ce saint évêque semble avoir vu ; et Charlemagne régna pour le bien de tonte l'Église. Vaillant, savant, modéré , guerrier sans ambition, et exemplaire dans sa vie, je le veux bien dire en passant, malgré les reproches des siècles Ignorants , ses conquêtes prodigieuses furent la dilatation du règne de Dieu , et il se montra très-chrétien dans toutes ses œuvres. Il fit revivre les anciens canons ; les conciles longtemps négligés furent rétablis’, et la discipline revint avec eux. Si ce grand prince rétablit les lettres, ce fut pour mieux faire entendre les saintes Écritures et l'ancienne tradition par ce secours. L’Église romaine fut consultée dans les affaires douteuses, et ses réponses reçues avec révérence furent des lois inviolables Il eut tant d'amour pour elle , que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Église de saint Pierre, comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul , et qu’il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile sous l'un de ses descendants, que « quand cette Église impo- « serait un joug à peine supportable, il le faudrait • souffrir5 * plutôt que de rompre la communion avec elle. Elle n’imposait point de tel joug; mais ce sage prince voulait tout prévoir, pour affermir l'union dans tous les cas. Au reste les canons que lui envoya son sagect intime ami, le pape Adrien, n’étaient qu'un abrégé de l'ancienne discipline, que l'Église de France regarde toujours comme la source et le soutien de ses libertés : nous demandons encore d'ét rej u gés par les canons en voy és à ce grand prince; et, sous un nouveau Charlemagne, nous souhaitons d’avoir toujours à vivre sous une semblable discipline.

Jamais règne n'a été ni si fort ni si éclairé; jamais prince n’a été moins guidé par un faux zèle; jamais on n'a mieux su distinguer les bornes des deux puissances. On voit parler dans les décrets du concile de Francfort, tantôt les évêques seuls, tantôt le prince seul, et tantôt les deux puissances ensemble 4. Je ne veux pas m’étendre sur les diverses matières qui donné- , rent lieu à cette diversité; je remarquerai seulement que les évêques ayant prononcé seuls la condamnation de la nouvelle hérésie qu'on vit

1 Di tchol. intlil. Capit. Raluz. t. I, p. 20*2, 203.

* Conc. Franco f. cari, viii, t. il Conc. Gall. p. 190. Capit. Aquin. an. Imp. lit, cap. IV, Raluz. 1. 1, p. 380, 381. Capit. de divin. Rtgni, cap. XV, ibid. p. 444.

1 Capit. Car. M. de hoir. sed. A fm.it. air. Imp. l, Raluz. t. I, p. 367. Conc. Tribur. sub. Am. lmp. can. XXX, I. IX Conc. col. 460. Capit. Anyilr. data, I. H Conc. Gall. p. il». Epit. can. ab Adr. C ar. M. obtat. Conc. t VI, col. 1800.

* laite. Franco/, cnn. I, II; «i«. III, v; can. IV, v, Vf,

vil, t. il, Conc. Gall. p. Iu3 et *w|q. i

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