‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 128 sur 243 · UNITÉ · texte numérisé non relu

UNITÉ

■ nous travaillons à la paix de l'Église : . Pro Chrtito legationc fvngimur, cumpaii Ecclrsiœ sluihum impendere procuramus. L'épiscopat, qui est un , aime à s'unir : c'est en s’unissant qu’il se purifie, c’est en s’unissant qu’il se règle, c'est en s'unissant qu’il se réforme, mais surtout c'est en s’unissant qu’il attire dans son unité le Dieu de la paix, et * les apôtres étaient assemblés, » dit l'évangéliste *, quand Jésus-Christ leur vint dire, ce qu'ils disent ensuite à tout le peuple : Vax vobis : • La paix soit avec vous. «

Saint Bernard, l'ange de paix, voyant un commencement de division entre l'Église et l’État , écrivit à Louis VII : « Il n’y a rien de plus oéces-

• saire que d’assembler les évêques en ce temps : » et une des raisons qu'il en apporte, c'est, dit-il a ce sage prince’ , que > s'il est sorti de la rigueur « de l'autorité apostolique quelque chose dont Vo-

• tre Majesté se trouve offensée, vos fidèles su-

• jets travailleront à faire qu'il soit révoqué ou

• adouci, autant qu'il le faut pour votre hon- « neur. »

Et pour ce qui est de la discipline, quand nous fa voyons blessée, nous nous assemblons pour proposer les canons , bornes naturelles do la puissance ecclésiastique, qu'elle se fait elle-même par son exercice. Le saint-siège aime cette voie ; le langage des canons est son langage nature), et, à ia louange immortelle de cette Église, il n’y a rien de plus répété dans ses Décrétales, ni rien de mieux établi dans sa pratique, que la loi qu'elle se fait d'observer et de faire observer les saints canons.

Les exemples nous feront mieux voir le succès de ces saintes assemblées. On rapporta dans un concile de la province de Lyon un privilège de Borne, qu’on crut contre l’ordre. Nos pères dirent aussitôt , selon leur coutume : • Relisant

• le saint concile de Chalcédoine , et les senten-

• ces de plusieurs autres Pères authentiques, le

• saint concile a résolu que ce privilège ne pou-

• voit subsister , puisqu’il n’était pas conforme

• mais contraire aux constitutions canoniques1. > Vous reconnaissez dans ces paroles l'ancien

style de l'Église : ce concile est pourtant de l'onzième siècle ; afin que vous voyiez dans tous les temps la suite de nos traditions, et la conduite toujours uniforme de l’Église gallicane. Elle ne s'élève pas contre le saint-siège; puisqu'elle sait au contraire qu'un siège qui doit régler tout l’univers , n’a jamais intention d'affaiblir la règle : mais comme dans un si grand siège , ou un seul doit répondre à toute la terre , il peut échapper

1 Jmtn. XX. 19.

1 S. Bern. F. put. OIT, t. 1, col. 2i7.

* Cotte. Anton, on. lirJô, t. ix Conc. col. 869.

igitizec

DK L'EGLISE.

quelque chose même à la plus grande vigilance , on y doit d'autant plus prendre garde , que ce qui vient d'une autorité si emincute pourrait à la (lu passer pour loi , ou devenir un exemple pour la postérité.

C’est pourquoi dans ces occasions toutes les Églises, mais principalement celle de France, ont toujours représenté au saint-siège , avec un profond respect , ce qu'ont réglé les canons. Nous en avons un bel exemple dans le second concile de Limoges , qui est encore de l'onzième siècle. On s'y plaignit d'une sentence donnée par surprise, et contre l'ordre canonique, par lepape J eanXVIII ■. Nos prédécesseurs assemblés proposèrent d'abord la règle « qu'ils avaient reçue, disaient-ils, des

• pontifes apostoliques et des autres Pères. » Ils ajoutèrent ensuite, comme un fondement incontestable , - que le jugement de toute l'Église pa-

• naissait principalement dans le saint-siège apos-

• tolique’. « Ce ne fut pas sans remarquer l’ordre canonique avec lequel les affaires y devaient être portées , afin que ce jugement eût toute sa force ; et la conclusion fut que • les pontifes apostoliques

■ ne devaient pas révoquer les sentences des évê-

■ ques , ■ contre cet ordre canonique : * parce que

• comme les membres sont obligés A suivre leur

• chef, il ne faut pas aussi que le chef afflige ses

• membres. »

Comme ç’a toujours été la coutume de l'Église de France de proposer les cations, c'a toujours été la coutume du saint-siège d'écouter volontiers de tels discours , et le même concile nous en fournit un exemple mémorable. En évêque* s’était plaint au même pape Jean XVIII , d'une absolution que ce pape avait mai donnée au préjudice de la sentence de cet évêque. Le pape lui fit cette réponse vraiment paternelle, qui fut lue avec une incroyable consolation de tout le concile3 :

• C'est votre faute, mon tcès-chcr frère, de ne » m'avoir pas instruit : j’aurais confirmé votre

• sentence , et ceux qui m'ont surpris n'auraient

- remporté que des anathèmes. A Dieu ne plaise ,

• poursuit-il , qu'il y ait schisme entre moi et mes

• coévêques ! je déclare à tous mes frères les

• évêques, que je veux les consoler et les secourir;

« et non pas les troubler ni les contredire dans

■ l’exercice de leur ministère. » A ces mots, « tous

■ les évêques se dirent les uns aux autres : C'est à « tort que nous osons murmurer contre notre

• chef; nous n'avons à nous plaindre que de

- nous -mêmes, et du peu de soin que nous pre-

• nous de l'avertir. •

• Conc. Lemov. n, Ses*. H, t. ix Conc.

• Ibid. CO!. 909.

• F.licime, évéque de Clermont.

• Cône. Lemov. n, Sets. u, t. ix Conc. col. WiM»

Vous le voyez, chrétiens : les puissances suprêmes veulent être instruites , et veulent toujours agir avec connaissance. Vous voyez aussi qu’il y a toujours quelque chose de paternel dans le saint-slege et toujours un fond de correspondance entre le chef et les membres, qui rend la paix assurée pourvu qu’en proposant la règle on ne manque jamais au respect que la même règle prescrit. L'Église de France aime d’autant plus sa mère l'Église romaine, et ressent pour elle un respect d'autant plus sincère , qu'elle y regarde plus purement l'institution primitive et l’ordre de Jésus-Christ. La marque la plus évidente de l'assistance que le Saint-Esprit donne à cette mère des Églises c'est de la rendre si juste et si modérée, que jamais elle n'ait mis les excès parmi les dogmes. Qu'elle est grande, l’Église romaine , soutenant toutes les Églises , * portant , • dit un ancien pape ■ , le fardeau de tous ceux qui « souffrent, » entretenant l’unité, confirmant la foi , liant et déliant les pécheurs , ouvrant et fermant le ciel ! Quelle est grande , encore une fois , lorsque pleine de l'autorité de saint Pierre , de tous les apôtres , de tous les conciles , elle en exécute , avec autant de force que de discrétion , les salutaires décrets! Quelle a été sa puissance lorsqu’elle l'a fait consister principalement A tenir toute créature abaissée sous l’autorité des canons , sans jamais s'éloigner de ceux qui sont les fondements de Indiscipline; et qu’heureuse de dispenser les trésors du ciel, elle ne songeait pas à disposer des choses inférieures que Dieu n'avait pas mises en sa main !

Dans cet état glorieux où vous parait l'Église romaine, et les rois et les royaumes sont trop heureux d'avoir à lui obéir. Quel aveuglement quand des royaumes chrétiens ont cru s’affranchir en secouant , disaient-ils , le joug de Rome , qu’ils appelaient un joug étranger I comme si l’Église avait cessé d’être universelle ; ou que le lien commun qui fait de tant de royaumes un seul royaume de Jésus-Christ, pût devenir étranger a des chrétiens. Quelle erreur, quand des rois ont cru se rendre plus Indépendants en se rendant maîtres de la religion! au lieu que la religion, dont l’autorité rend leur majesté inviolnble, ne peut être pour leur propre bien trop indépendante, et que la grandeur des rois est d’être si grands qu’ils ne puissent , non plus que Dieu dont ils sont l'image , se nuire a eux-mêmes, ni par conséquent A la religion qui est l’appui de leur trône. Dieu préserve nos rois très-chrétiens de prétendre A l’empire des choses sacrées, et qu’il ne leur vienne jamais une si détestable envie de régner! Ils n’y ont

' Juan, vin , Epini. lxxx , t. ix Conc. col. sa.

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