‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 134 sur 243 · P*. I. XXXIX · texte numérisé non relu

P*. I. XXXIX

* Eiod. III, 14.

* Joan. l , I.

* Ibid. I».

POUR UNE VÊTURE

telle grandeur, on dût jamais tomber dans une telle bassesse? Kt toutefois, ma très-chère soeur, c'est ce que le Fils de Dieu , touché d'amour pour notre nature, a fait dans la plénitude des temps. Cette immensité, dont je vous parlais, s’est comme renfermée dans les entrailles d’une sainte Vierge. L'infini est devenu un enfant; l’Éterncl s’est soumis A la loi des temps. Les hommes ont vu l'heure de sa mort, après avoir compté le premier jour de sa vie. Ainsi a-t-il plu à notre grand Dieu de faire voir sa toute-puissance, en élevant, & la dignité la plus haute, la chose du monde la plus vile et la plus infirme.

Considérez ceci , chrétiens : je vous al représenté la nature divine en bégayant, je l'avoue; et que pouvais-je faire autre chose? mais enfin je vous l'ai , en quelque sorte , représentée dans sa grande et vaste étendue , sans bornes et sans limites; et dans l'incarnation elle s’est comme raccourcie; Verbum brevialum, parole mise en abrégé. Elle s'est comme épuisée et nnéantie, ainsi que parle saint Paul • ; non pas qu'elle ait rien perdu de ses qualités naturelles : elle n’est pas capable de changement; elle s'est communiquée à nous , sans être diminuée en elle-même. Mais enfin elle s'est unie à notre misérable nature , elle s’est chargée de notre néant , elle a pris sur soi nos infirmités. « Le Fils de Dieu , égal à son « Père , étant en la forme de Dieu a pris la forme « d’esclave *. • Et cela qu’est-cc autre chose sinon se prescrire certaines bornes , sinon s’abaisser et s’anéantir? N’est-cc pas , en quelque sorte , se dépouiller de sa majesté, pour se revêtir de notre faiblesse? C’est ce que nous enseigne l’apotre , dans le texte que j’ai allégué de l épltre aux Philippiens. 0 bonté incroyable de notre Dieu! ù amour ineffable pour notre nature, qui porte le Fils de Dieu vivant à s'unir si étroitement avec nous dont la vie n’est qu'une longueur et une défaillance continuelle 1

Mais qu’est-il arrivé, chrétiens , de cette profonde humiliation? Comprenez, s'il vous plaît, ce que je veux dire. Ah! quand le Fils de Dieu est veuu au monde , Dieu n'était presque point connu sur la terre ; bien que la connaissance de Dieu soit la vie éternelle. Le Fils de Dieu, prêchant les vérités de son Père, ■ a manifesté son « nom aux hommes 3 , » ce sont ses propres paroles ; et après son ascension triomphante , il a envoyé scs disciples, qui, parcourant tout le monde , ont ramené les peuples ù la connaissance du Créateur. De tous les endroits de la terre , les fidèles se sont assemblés pour adorer le vrai

* Rom. |x , 28.

1 Plulipp. ||, 6, 7.

» Joan. xvil • t».

Dieu, nu nom de Notre-Seigneur Jésus-Qirist; s'assemblant de la sorte, ils se sont unis à cet Homme-Dieu , qulest mort pourl'amourde nous ; et par cc moyen Ils sont devenus , non-seulement les amis , mais les membres de Jésus-Christ , ainsi que l'enseigne saint Paul •.

Et comment pourrais-je vous dire , mes frères , combien cette sainte union nous a été profitable? Quel bonheur & nous autres pauvres mortels , d’être unis si étroitement à la sainte humanité de Jésus, qui est pleine de la nature divine! car c'est par ce moyen que toutes les grâces découlent sur nous. Nous unissant au Fils de Dieu selon cc qu'il s'est fait pour l'amour de nous , c’està-dire , selon la chair qu’il a prise de nous , nous entrons en société de la nature divine ; nous participons, en quelque sorte, à la divinité, parce que nous sommes en Dieu , et Dieu en nous ; et c’est la nouvelle alliance que Dieu a contractée avec nous, par Notre-Seigneur Jésus-Christ. « J’habiterai en eux , dit le Seigneur, par la bou-

• che de son prophète , et je serai leur Dieu , et

• ils seront mon peuple \ > C'est pourquoi l'apôtre nous avertit que nous sommes rempllsde l’Esprit de Dieu , et que nos corps et nos âmes sont les temples du Dieu vivant3. Dieu donc habitant en nous : comme il est un feu consumant, ainsi que parle l’Écriture divine *, il nous change et nous transforme en soi-même par une opération ineffable et toute-puissante, jusqu’à ce qu’étant parvenus à la gloire, où il nous appelle,

• nous serons semblables à lui , dit le bien-aimé « disciple3; parce que nous le verrons comme - il est : » et alors arrivera ce que dit l’apôtre saint Paul 6 , que tout ce qu’il y a en nous de mortel et de défectueux , étant dissipé par l’Esprit de Dieu , nous serons tout resplendissants de l’éclat de sa majesté divine, et « Dieu sera tout ■ en tous : - Erit Deus omnia in omnibus ’. O joie et consolation des justes et des gens do bien I

Ce que je viens de vous dire, mes frères, c’est la pure Écriture sainte. Si Dieu est tout en tous , sa gloire s'étendra sur tous les fidèles : la divinité se répandra, en quelque sorte, sur nous ; et bien qu'elle ne soi t pas accrue en soi-même parce qu'on ne peut lui rien ajouter, toutefois elle sera , en quelque façon, dilatée par la manifestation de son nom. Et c'est ce qui a fait dire au prophète , que Dieu étendra ses ailes sur nous; et ailleurs , « qu'il marchera au milieu de nous : • Inambu -

* Ephts. v, 30.

* Lrvit. xxvi , 12.

» I. Cor. iii, ie; vi, îo.

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