IV
* 1. Joan. Ill, 2.
4 I. Cor. xv, M.
■ md. 2 ».
POUR U .ND VÊfURK.
labo inter cos ' ; voulant signifier, par ces termes, que Dieu se dilatera en nous et sur nous par l'opération de sa grâce , et par la communication de sa gloire *. Mais cette dilatation , permettez-moi de parler de la sorte, se fait par le Fils de Dieu incarné , ainsi que nous vous l'avons fait voir. Et, fideles, vous le savez, s’il y a quelqu'un sur la terre qui attende aucune grâce de Dieu , autrement que par les mérites du Verbe fait cbair, c'est un impie , c'est un sacrilège qui renverse les Écritures divines, et la sainte société que Dieu a voulu avoir avec nous, par le moyen de son Fils unique.
Par ou vous voyez, chrétiens, que la nature divine voulant se répandre sur nous, s'est premièrement , en quelque sorte , resserrée et anéantie en nous. Le Fils éternel du Dieu vivant, le Verbe et la sagesse du Père, a voulu que sa divinité tout entière fut revêtue et chargée d'uu corps mortel, où il semblait qu'elle fût rétrécie, selon l'expression de l'apôtre 1 * 3 , et de la il l’a répandue sur tous les fidèles. L'humiliation est cause de l'exaltation. Cette amplitude , cette dilatation , dont je viens de vous parler, je ne sais si je me fais bien entendre, elle est venue ensuite de cet anéantissement; c'est le dessein du Fils de Dieu , lorsqu'il s'est fait chair pour l'amour de nous. Que reste-t-il maintenant , sinon de vous exhorter avec l'apôtre saint Paul : • Revêtez-vous - de Notre-Seigneur Jésus-Christ : ■ Induimini Dominum Jcsum Christum. Et comment nous en revêtirons-nous? « Ayez le même sentiment en • vous-mêmes, qu’avait le Sauveur Jésus : ■ Hoc senlite in vobis , quod et in Christo Jesu * : c'est ce qui me reste à vous exposer.
SECOND POINT
Retenez ce que je viens de vous dire , parce que tout ce discours , si je ne me trompe , n'a qu'une même suite de raisonnement; et comme toutes les partlcss'en Retiennent , elles demandent une attention plus exacte.
Quand on enseigne aux hommes qu'il faut modérer leurs désirs, qu'il faut sc retrancher et sc restreindre ; que ce leur est une dure parole 1 Nous sommes nés , tous tant que nous sommes, dans une puissante inclination de faire ce qu'il nous plaît. Nous sommes jaloux de notre liberté, disons-nous ; et nous mettons cette liberté à vivre comme lion nous semble, sans gêne et sans contrainte : c’est là tout le plaisir et toute la douceur de la vie. Parlez à un avare, dites-lui qu’il
1 la. VH! , s.
* II. Cor. VI , is.
* Phitipp. Il , 7.
» Md. b
est temps de donner quelques bornes a ce désir insatiable d'amasser toujours; il ne comprend pas ce que vous lui dites : sa passion n'est pas satisfaite; c'est un abîme snns fin, qui ne dit jamais : C'est assez. Dites à un jeune ambitieux . qui, dans l’ardeur d'un âge bouillant, ne respire que les grauds honneurs, qu'il faut mépriser les honneurs et qu'il faut se réduire à ce que Dieu voudra ordonner de sa vie et de sa fortune : ah! la fâcheuse sentence I Ainsi en est-il de nos autres désirs. Nous avons tous cela de mauvais, que toutes nos convoitises sont infinies; et cela vient du dérèglement de notre esprit, qui n'est pas capable de prendre ses mesures bien justes, ni de vouloir les choses modérément. Nous sommes véhéments dans tous nos désirs : s'il y en a quelques-uns, peut-être, dont nous nous départons aisément, nous avons nos passions dominantes, sur lesquelles nous ne souffrons pas qu'on nous choque : nous nous plaignons incontinent qu'on nous ôte notre repos, qu’on veut nous faire vivre dans la servitude. C'est pourquoi la vertu est si difficile et si épineuse, parce quelle entreprend de nous modérer.
Qu’a fait le Fils de Dieu? Résolu de venir au monde comme le réformateur du genre humain , il nous donne lui-même l'exemple : Je viens , dit-il , pour vous ordonner de mortifier vos appétits déréglés ; je vous défends de suivre ers vagues et impétueux désirs, auxquels vous vous laissez emporter. Gardez-vous bien de marcher dans cette voie large et délicieuse , qui vous mènerait à la mort : allez par la voie étroite, qui vous conduira au salut. Ici les hommes résistent; impatients de contrainte, ils refusent d'obéir au Sauveur, ils veulent avoir partout leurs commodités et leurs aises. Et pourquoi, disent-ils, ô Seigneur, pourquoi nous commandez-vous de marcher dans ce sentier difficile? pourquoi contraindre si fort nos inclinations, et nous tenir éternellement dans la géue?
Eh! quelle est cette manie, chrétieus? considérez le sauveur Jésus : voyez la divinité, qui a daigné sc couvrir d'une chair humaine. Autant que sa nature l’a pu permettre, elle n restreint son immensité : uu Dieu a bien voulu se soumettre aux lois qu'il avait faites pour ses créatures. Quel autre assez obscur, et quelle prison assez noire égale l'obscurité des entrailles maternelles? Et cependant ce divin enfant , qui était homme fait dès le premier moment de sa vie , à cause de la maturité de sa connaissance, s'y étant enfermé volontairement , y a passé neuf mois saus impatience. Et toi, misérable mortel, tu veux jouir d'une liberté insolente; tu ne veux souffrir aucun joug, non pas même celui de Dieu; lu
POUR UNE VÊTURE
demandes témérairement qu’on lâche la bride à tes désirs. Ah! chrétiens, ayez en vous-mêmes les sentiments du sauveur Jésus*. Ayant une étendue infinie , il s’est mis à l’étroit pour l'amour de nous ; étant en la forme de Dieu , il a pris la forme d’esclave; étant la source de tout être, îl s'est anéanti pour notre salut; et nous qui ne sommes rien, nous ne pouvons supporter la moindre contrainte pour son service. Certes si nous croyons véritablement ce que nous professonstous les jours, que le Fils de Dieu , pour nous donner la vie éternelle, a pris une chair humaine ; notre impudence est extrême de ne pas renoncer à notre volonté, pour nous laisser gouverner par la sienne.
Ainsi, ma très-chère soeur, revêtez- vous de Notre-Seigncur Jésus-Christ. Cette sainte clôture, où vous méditez de vous retirer, est-elle plus étroile que cette prison volontaire du ventre de la sainte Vierge, où le Fils de Dieu se met aujourd’hui? Ne portez point d’envie à celles de votre sexe , qui courent deçà et delà dans le monde , éternellement occupéesà rendre et à recevoir des visites. Certainement elles semblent avoir quelque sorte de liberté, mais c’est une liberté imaginaire, qui les empêche d’être à elles-mêmes, et qui les rend esclaves de tant de diverses circonspections, que la loi de la civilité et le point d’honneur ont établies dans le monde. Que si le monde a ses contraintes, que je vous loue, ma très-chère sœur, vous qui, estimant trop votre liberté pour la soumettre aux lois de la terre, protestez hautement de ne vouloir vous captiver que pour le Sauveur Jésus qui, se faisant esclave pour l'amour de nous, nous a affranchis de la servitude ! C’est dans cette sainte contrainte que se trouve la vraie liberté : c'est dans cette voie étroite que l'âme est dilatée par le Saint-Esprit, pour recevoir l’abondance des grâces divines. La charité de Jésus pénétrant au fond de nos âmes, ne les resserre que pour les ouvrir.
Remarquez ceci , ma très-chère sœur : la voie étroite, c’est une voie large; et bien qu’il soit vrai que les saints ont à marcher en ce monde dans un sentier étroit, ils ne laissent pas de marcher dans un chemin spacieux. En voulez-vous la preuve par les Écritures divines, écoutez le prophète David : Latum mandatum tuum tiitnis * : «Votre commandement est extrêmement « large. « Que veut dire ce saint prophète ? Certes , le commandement c’est la voie par laquelle nous devons avancer. D’où vient que le Sauveur a dit : • Si tu veux parvenir à la vie, observe les com-
1 Philipp. il , s.
■* Pt. CXTIll , «o
« mandements». * Les voies de Dieu et les ordonnances de Dieu , c’est la même chose dans les Écritures : . Heureux est celui, dit David’, qui . marche dans la voie du Seigneur ; • c'est-à-dire , qui garde ses lois : or te commandement est large; c'est ainsique parie David.
Et comment est-ce donc qu’il est dit , que les voies du salut sont étroites ? Ab ! chrétiens, sentons en nous-mêmes ce que le Sauveur Jésus a senti. 11 s'est mis à l'étroit, afin de se répandre plus abondamment : ainsi nous devons être dans une salutaire contrainte, pour donner à notre âme sa véritable étendue. Contralgnons-nons en domptant nos désirs, en mortiliant notre chair; mettons-nous à l'étroit par l'exercice de la pénitence, et notre âme sera dilatée par l'inspiration de la charité. ■ La charité élargit les voies, dit « l’admirable saint Augustin3 : c'est elle qui di- « late l'âme, et qui la rend capable de recevoir . Dieu. • ■ Mon âme se dilate sur vous, A Corin- « thiens ; vous n'étes point à l’étroit dans mon • coeur, « disait l’apôtre saint Paul3; c’est qu'il les aimait par une charité très-sincère. Kt ailleurs le même saint Paul : ■ Lacharité de Jésus-Christ . nous presse s. • Grand apôtre, si elle nous presse, comment est-ce qu'elle nous dilate? Ah! nous répondrait-il , chrétiens , plus elle nous presse , plus clic nous dilate : autant qu’elle presse nos cœurs, pour en chasser les délices du monde; autant elle les dilate, pour recevoir les grâces célestes et la sainte dilection.
Ainsi réjouissez-vous, ma très-chère sœur : autant que la vie à laquelle vous êtes résolue de vous préparer est difficile et contrainte , autant est-elle libre et aisée ; autant qu’elle a d’incommodités scion la chair et selon les sens, autant elle abonde en esprit de divines et bienheureuses consolations. Mais si vous y voulez proliter, revêtez-vous auparavant de Notre-Seigneur Jésus- Christ ; prenez les sentiments du Sauveur : il a voulu que le mystère que nous célébrons aujourd'hui fût préparé et accompli par obéissance. Si l’ange parle a Marie , c’est de la part de Dieu qu'il lui parle : si Marie conçoit le Sauveur, elle le conçoit par l’obéissance : ■ Je suis la servante . du Seigneur6. « Cçttc parole de soumission n attiré le Fils de Dieu, du plus hautdescicux , dans scs bénites entrailles : carelle l'a conçu , non par l’opération de la chair, mais par l’opération de l'Esprit de Dieu ; et le Saint-Esprit ne repose que dans les âmes obéissantes. Enfin le Verbe est
1 Slntlh. \ix . 17.
5 Pt. CXTIll, 1.
* Enarr. il, in Pt. ni , n* 15, t. iv, col- IW.
* II. Cor. ri, ||.
• Ibid, v, 14.
• Luc 1 . 39.
POUR UNE VÊTURE. SIS
descendu sur la terre , mais il y était envoyé par son Père, et le premier acte qu'il lit ce fut un acte d'obéissance. » 11 est écrit , dit-il , au com-
• menecment du livre, que je ferai voire volonté ,
• ô mon Père. • Ce sont les propres paroles que l’apêtre saint Paul lui fait dire, au moment qu'il entre en ce monde : Ingrédient mundum dicil ... In capite libri scriptum est de me, ut faciam, lieu t, nolunlatem tuam'.
Prenez donc les sentiments du sauveur Jésus. Gardez-vous bien d'entrer dans ce nouveau genre de vie , si vous n'y êtes appelée de la part do Dieu. L'Église ne veut pas que vous vous y engagiez témérairement ; et c'est pour cette raison qu'elle vous donne ce temps d'épreuve. Éprouvez quel est le bon plaisir de Dieu ; étudiez-vous vous-même; consultez les personnes spirituelles. La vie , à laquelle vous vous destinez, est la plus calme et la plus tranquille de toutes , pour celles qui sont bien appelées ; mais pour celles qui ne le sont pas , Il n'y a point de pareilles tempêtes : et telle que serait la témérité d'un homme qui , ne sachant ce que c'est que la navigation , se mettrait sur mer sans pilote; telle est la folie d'une créature qui embrasse la vie religieuse , sans avoir la volonté de Dieu pour son guide.
Car je vous prie de considérer, ma très-chère sœur, que ce n'est pas par vos propres forces, que vous pouvez accomplir les devoirs de la vie religieuse. C'est donc par l’assistance divine : et a vec quelle confiance imploreriez-vous l’assistance de Dieu pour exécuter une chose , si vous l'aviez entreprise contre sa volonté? Par conséquent songez quelle est votre vocation , et que ce soit là toute votre étude. Sachez que la perfection de la vie ch rétienne n’est pasde se jeterdans un cloître, mais de faire la volonté de Dieu; c'est là notre nourriture , selon ce que dit le Sauveur : Meus cibus est, ut faciam voluntatem ejus gui misit me‘.
Cependant recevez, des mains de la sainte Église, le voile, qu'elle vous donnera, béni par l'invocation du nom de Dieu qui sanctifie toutes choses. Mais, en même temps, recevez invisiblement de l'Esprit de Dieu un voile spirituel , qui est la simplicité et la modestie : qu'elle couvre et vosyeux et votre visage : qu elle ne vous permette pas d’élever la vue, sinon à ces saintes montagnes d’où vous doit venir le secours. Épouse de Jésus-Christ , si quelque chose vous plait , excepté Jésus, vous êtes une infidèle et une adultère, et votre virginité vous tourne en prostitution. Dé-
1 Hebr. X, 5, 7.
* Juan. IV, 34.
pouillez-vous donc généreusement de l'habit du siècle : laissez- lui sa pompe et ses vanités ; ornez votre corps et votre âme des choses qui plaisent à votre Époux : que la candeur de votre innocence soit colorée par l'ardeur du zèle , et par la pudeur modeste et timide. Ce n'est que par le silence, ou par des réponses d'humilité, que votre bouche doit être embellie. Insérez a vos oreilles, c'est TertulUen qui vousy exhorte’ ; insérez à vos oreilles la sainte parole de Dieu : ayez votre âme élevée a Dieu; alors votre taille sera droite, et votre contenance, agréable. Quetoutesvosactions soient animées de la charité, et tout ce que vous ferez aura bonne grâce. C'est la seule beauté que je vous souhaite ; parce que c’est la seule qui plait au Verbe incarné votre Époux.
Et vous, mes très-chères soeurs, recevez cette jeune fille, que vous avez si bien élevée. Hé Dieu , que pourrai-je vous dire pour votre consolation? sans doute votre piété a déjà prévenu tous mes soins. Ab ! que le Fils de Dieu vous aura donné de douceurs en mangeant cette même chair, cette chair sainte, cette chair vivante et pleine d'esprit de vie, qu’il a prise aujourd'hui pour notre salut I Achevez votre course avec le même courage : veillez en prières et en oraisons ; et surtout, dans ces oraisons , priez pour l’ordre ecclésiastique, afin qu’il plaise à la bonté divine de nous faire selon son cœur, à la gloire de la sainte Église, et à la confusion de ses ennemis. Certes, je ne craindrai pas de le dire, il semble que la Providence divine vous a conduites en ce lieu , non sans quelque secret conseil : ces âmes que Dieu a retirées des ténèbres de l'hérésie , pour les donner à l'Église par votre main, en sont un témoignage évident. Heureuse» mille et mille fois d’être employées au salut des âmes , pour lesquelles le Sauveur Jésus a répandu tout son sang! rendez à sa bonté de continuelles actions de grâces ; imprimez la crainte de Dieu dans ces âmes tendres et innocentes que l’on vous a confiées.
Et pour vous, ma très-chère sœur; car puisque cet entretien a commencé par vous, il faut que ce soit par vous qu’il finisse : revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; souvenez-vous toute votre vie , pour votre consolation , que vous vous êtes dédiée ù l’épreuve d’une vie plus retirée et plus solitaire, le même jour que, par une bonté infinie , il s’est jeté dans une prison volontaire. N'oubliez pas aussi que cette même journée est sainte par la mémoire de la très-pure Marie. Priez-ladc vous assister par scs pieuses intercessions ; imitez sa pureté angélique et son obéis-
' Dr Cuit, frmin. lit», n , n* 13.
POUR UNE VÊTURE
«ance fidèle : dites avec elle . de tout votre coeur : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit . fait selon sa parole. * Vivra, ma très-chère sœur, selon la parole de Dieu , et vous serra récompensée selon sa parole. Si vous faites selon la parole de Dieu , il vous sera fait selon sa parole. Amen.