‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 136 sur 243 · SERMON POUR LA VÊTURE D'UNE POSTULANTE BERNARDINE · texte numérisé non relu

SERMON POUR LA VÊTURE D'UNE POSTULANTE BERNARDINE

Trois npixes île capUvllés qui existent dans le monde : rooe pflr le péché, la seconde par le» passions, ta troisième par l'empressement des sHairei. Moyens etSesces que la sic religieuse fournil dans sa discipline, se» ausUrilés; sonéloi. gueulent du munde, pour délivrer le» Ames de celle triple servitude.

Si vos fïlius Uberaveril , vert libert eritis.

Von» serer vraiment libres , lorsque le Fils vous aura dé*

livrés. Joan. vin, 36.

Encore qu’il n’y ait rien dans le monde que les hommes estiment tant que la liberté , j'ose (lire qu'il n’y a rien qu'ils conçoivent moins ; et ils se rendent eux-mêmes tons les jours esclaves , par l’affectation de l’indépendance. Car la liberté qui cous plaît, c’est sans doute celle que nous nous donnons en suivant nos volontés propres. Et au contraire nous lisons dans notre évangile que jamais nous ne serons libres Jusqu’à ce que le Fils de Dieu nous ait délivrés; c’est-à-dire, qu'il faut être libres , non point en cop tentant nos désirs , mais en soumettant notre volonté à une conduite plus haute. C'est ce que le monde a peine à comprendre , et c’est ce que votre exemple nous montre aujourd'hui , ma très-chère sœur en Jésus-Christ, puisque, renonçant volontairement à la liberté de ce monde , vous venez vous présenter au Sauveur afin d'être sou affran chie , et tenir de lui seul votre liberté ; et vous ne refusez, pour cela, ni la dureté ni la contrainte de cette clôture, vous ressouvenant que Jésus, cet aimable libérateur de nos âmes, afin de nous retirer de. la servitude dans laquelle nous gémissions, n'a pas craint de se renfermer lui-mème jusque dans les entrailles de la sainte Vierge, après que l’ange l’eut saluée par ces mots, que nous lui allons encore adresser, pour implorer le Saint- Esprit par son assistance : Ave, IU aria.

Lorsque l'Église persécutée voyait ses enfants traînés eu prison pour la cause de l’Évangile, et

que les empereurs infidèles , désespérant de les pouvoir vaincre par la cruauté des supplices, tâchaient du moins de les fatiguer et vie les abattre par l'ennui d'une longue captivité ; un célèhrc auteur ecclésiastique soutenait leur constance par cette pensée : ce grand homme, c'est Tertullien , leur représentait tout le monde comme une grande prison , où ceux qui aiment les biens périssables sont captifs et chnrgés de chaînes durant tout le coure de leur vie. • Il n'y a point,

• dit-il, une plus obscure prison que le monde, où » tant de sortes d'erreurs éteignent la véritable » lumière, ni qui contienne plus de criminels,

• puisqu’il y en a presque autant que d’hommes ;

• ni de fers plus dure que les siens, puisque les

• âmes mêmes en sont enchaînées; ni de cachots « pins remplis d’ordures, par l'infection de tant ■ de péchés et de convoitises brutales : ■ Majores tenebras habet mundus, qute hominum prtccordia excœcant, gravions eatenas induit mundus : quœ ipsas animas hominum constringunt; pejores immundilias expirât mundus, libidines hominum. « Tellement, poursuivnit-il,

• ô très-saints martyrs, qne ceux qui vous arra- « chent du milieu du monde, pour vous mettre « dans des cachots ; en pensant vous rendre cnp- » tifs, vous délivrent d’une captivité plus insup- « portable : et , quelque grande que soit leur fu- » reur. Us ne vous jettent pas tant en prison, qu’ils « vous en tirent : » Si recogitemus ipsum magis rnundum carcercm esse, exisse vos e earcere, quam in carcerem inlroisse inteltigemus '

Permettez-moi , madame, d'appliquer à l’action de cette journée cette belle méditation de Tertullien. Cette jeune demoiselle se présente à vous, pour être admise dans votre clôture, comme dans une prison volontaire : ce ne sont point des persécuteurs qui l’amènent ; elle vient, touchée du mépris du monde : et sachant qu'elle a une chair qui , par la corruption de notre nature, est devenue nn empêchement à l'esprit, elle s’en veut rendre elle-même la persécutrice par la mortification et la pénitence. La splendeur d’une famille opulente, dont elle est sortie , n’a pas été capable de l’attirer et de In rappeler ù la jouissance des biens de la terre. Bien qu elle sache qu'aux yeux des mondains un monastère est une prison; ni vos grilles, ni votre clôture ne l’étonnent pas : elle veut bien renfermer son corps , afin que son esprit soit libre à son Dieu ; et elle croit, aussi bien que Tertullien, que comme le mondeest une prison, eu sortir c'est la liberté. Que reste-t-il donc , maintenant , sinon que nous fassions parler le Fils de Dieu même, pour la for-

■ Ad Mari n* a.

POUR UiNE VÊTURE.

tifier dans cette pensée , et que nous lui fassions entendre aujourd'hui que la profession religieuse , à laquelle elle va se préparer, donne la véritable liberté d'esprit aux Ames que Jésus- Christ y appelle?

Je n'ignore pas , chrétiens , que la proposition que je fajs semble un paradoxe incroyable : que nous appelons liberté ce que le monde appelle contrainte. Mais pour faire paraître , en peu de paroles, la vérité que j’ai avancée , distinguons , avant toutes choses , trois espèces de captivités dont la vie religieuse affranchit les cœurs. Et premièrement, il est assuré que le péché nous rend des esclaves; c'est ce que nous enseigne le Sauveur des âmes , lorsqu'il dit dans son Évangile : Qui facit peccatum , tenus est peccati ' : « Celui qui fait un péché en devient l'esclave. > Secondement, il n'est pas moins vrai que nos passions et nos convoitises nous jettent aussi dans la servitude : elles ont des liens secrets qui tiennent nos volontés asservies. Et n'est-ce pas cette servitude que déplore le divin apôtre lorsqu'il parle de cette loi qui est en nous-mêmes, qui nous contraint et qui nous captive , qui nous empêche d'aller au bien avec une liberté tout entière : Per- Jicere autan non inventa’? Voilà donc deux espèces de captivités : la première , par le péché ; la seconde, par la convoitise. Mais il faut remarquer, en troisième lieu , que le monde nous rend csclavesd’une autre manière, par l’empressement des affaires, et par tant de lois différentes de civilité et de bienséance que la coutume introduit, et que la complaisance autorise. C'est là ce qui nous dérobe le temps , c’est là ce qui nous dérobe à nous-mêmes ; c’est ce qui rend notre vie tellement captive dans cette chaîne continuelle de visites, de divertissements , d'occupations , qui naissent perpétuellement les unes des autres, que nous n’avons pas la liberté de peuser à nous parmi tant d'heures du meilleur temps, que nous sommes contraints de donner aux autres ; etc'est , mes sœurs , cette 'servitude , dont saint Paul nous avertit de nous dégager, en nous adressant ces beaux mots : Pretia empli estis, h otite fieri servi hominum* : ■ Vous « êtes rachetés d’un grand prix , ne vous ren- « dez pas esclaves des hommes; » c'est-à-dire, si nous l’entendons, que nous nous délivrions du poids importun de ces occupations empressées et de tant de devoirs differents où nous jettent, presque nécessairement , les lois et le commerce du monde. Parmi tant de servitudes diverses, qui oppriment de toutes parts notre liberté , ne

1 Joan. VI» , 31.

1 Rom, vil, Ih.

* I. Cor. vu, 23.

voyez-vous pas manifestement que jamais nous ne serons libres , si le Fils ne nous affranchit , et si sa main ne rompt nos liens : Si vos f’itivs liberaverit, vert liberi eritis.

Mais s’il y a quelqu’un dans l’Église qui puisse aujourd’hui se glorifier d’être mis en liberté par sa grâce, c’est vous, c’est vous principalement , chastes épouses du Sauveur des âmes ; c’est vous que je considère comme vraiment libres , parce que Dieu vous a donné des moyens certains pour vous délivrer efficacement do cette triple servitude qu'on volt dans le monde, du péché, des passions , de l’empressement. Le péché est exclu du milieu de vous, par l'ordre et la discipline religieuse : les passions y perdent leur force, par l'exercice de la pénitence. Cet empressement étemel où nous engagent les devoirs du monde ne se trouve point parmi vous , parce que sa conduite y est méprisée , et que ses lois n'y sont pas reçues : ainsi l’on y peut jouir pleinement de cette liberté bienheureuse que le Fils de Dieu nous promet dans les paroles que j’ai rapportées; et c’est ce que j'espère de vous faire entendre, avec le secours de la grâce.

PBEUIEB POINT.

Dès le commencement de mon entreprise , il me semble , ma chère sœur, qu’on me fait un secret reproche : que c’est mal entendre la liberté , que de la chercher dans les cloîtres, au milieu de tant de contraintes et de cette austère régularité, qui, ordonnant si exactement de toutes les actions de votre vie , vous tient si fort dans la dépendance, qu’elle ne laisse presque plus rien à votre choix. La seule proposition en paraît étrange, et la preuve, fort difficile. Mais cetto difficulté ne m’étonne pas ; et j’oppose à cetta objection ce raisonnement invincible, que je propose d’abord en peu de paroles, pour vous en donner une idée, mais que j’étendrai plus au long dans cette première partie, pour vous le rendre plus sensible. Je confesse qu'on se contraint dans les monastères ; Je sais que vous y vivrez dans la dépendance : mais à quoi tend cette dépendance , et pourquoi vous soumettezvous à tant de contraintes? n’est-ce pas pour marcher plus assurément dans la voie de Notre- Seigneur, pour vous imposer à vous-même une heureuse nécessitéde suivre ses lois, et pour vous êter, s'il se peut, la liberté de mal faire, et la liberté de vous perdre? Puis donc que la liberté des enfants de Dieu consiste à se délivrer du péché; puisque toutes ces contraintes ne sont établies que pour en éloigner les occasions, et en détruire le règne et la tyrannie , ne s'ensuitil pas manifestement que la vie que vous voulez

>16 POUR UNE VÊTURE

embrasser, et dont vous allez aujourd'hui commencer l'épreuve , vous donne la liberté véritable, après laquelle doivent soupirer les âmes solidement chrétiennes? Un raisonnement si solide est capable de convaincre les plus obstinés : il faut que tous les esprits cèdent à une doctrine si chrétienne. Mais encore qu’elle soit très-indubitable, il n'est pas si aisé de l’imprimer dans les cœurs ; on ne persuade pas , en si peu de mots, des vérités si éloignées des sens, si contraires aux inclinations de la nature : mettonsles donc dans un plus grand jour, voyons-en les principes et les conséquences ; et puisque nous parlons de la liberté, apprenons, avant toutes choses , à la bien connaître.

Car il faut vous avertir, chrétiens, que les hommes se trompent ordinairement dans l’opinion qu’ils en conçoivent ; et le fils de Dieu ne nous dirait pas,dansletextequej'ai choisi, qu’il veut nous rendre vraiment libres : vere liberi eritis ; si , en nous faisant espérer une liberté véritable, il n’avait dessein de nous faire entendre qu’il y en a aussi une fausse. C’est pourquoi nous devons nous rendre attentifs à démêler le vrai d’avec le faux , et à comprendre , nettement et distinctement, quelle doit être la liberté d’une créature raisonnable; c'est ce que j'ai dessein de vous expliquer. Et , pour cela , remarquez , mes sœurs, trois espèces de liberté , que nous pouvons nous imaginer dans les créatures. La première est celle des animaux, la seconde est la liberté des rebelles; la troisième est la liberté des enfants de Dieu. Les animaux semblent libres, parce qu'on ne leur a prescrit aucunes lois; les rebelles s'imaginent l'être, parce qu’ils secouent l'autorité des lois : les enfants de Dieu le sont en effet , en se soumettant humblement aux lois ; telle est la liberté véritable , et il nous sera fort aisé de l’établir trèssolidement par la destruction des deux autres.

‘ Car pour ce qui regarde cette liberté dont jouissent les animaux, j’ai honte de l’appeler de la sorte. Il est vrai qu’ils n'ont pas de lois qui répriment leursappétits ou dirigent leurs mouvements; mais c'est qu'ils n’ont pas d'intelligeuce, qui les rende capables d'être gouvernés par la sage direction des lois : ils vont où les entraîne un instinct aveugle, sans conduite et sans jugement. Et appellerons-nous liberté cet aveuglement brute et Indocile, incapable de raison et de discipline? A Dieu ne plaise , 6 enfants des hommes , qu'une telle liberté vous plaise , et que vous souhaitiez Jamais d’être libres d’une manière si basse et si ravalée I

Où sont ici ccs hommes brutaux , qui trouvent toutes les lois importunes; et qui voudraient les voir abolies, pour n’en recevoir qued’eux-memes

et de leurs désirs déréglés? S’ils se souviennent du moins qu'ils sont hommes, et qu'ils n'affectent pas une liberté qui les range avec les bêtes ; qu'ils écoutent ccs belles paroles, que Tertulllen semble n'avoir dites que pour confirmer mon raisonnement : « Il a bien fallu, nous dit-il, que Dieu « donnât une loi à l’homme ; » et cela , pour quelle raison? était-ce pour le priver de sa liberté? - Nul-

• lement, dit Tertullien ’ , c'était pour lui témoi-

• gner de l’estime : » Lex objecta homint, ne non tam liber quam abjectus videretur. Cette liberté de vivre sans lois eût été injurieuse à notre nature. Dieu eût témoigne qu'il méprisait l’homme, s'il n'eût pas daigné le conduire, et lui prescrire l’ordre de sa vie; il l’eût traité comme les animaux, auxquels il ne permet de vivre sans lois qu'à cause du peu d’état qu’il en fait , et qu’il ne laisse libres que par mépris : Æquandus cœteris animantibus , sotutis a Deo et ex Jastidio liberis, dit Tertullien*. Si donc 11 nous a établi des lois , ce n’est pas pour nous ûter notre liberté , mais pour nous marquer son estime; c'est qu’il a voulu nous conduire comme des créatures intelligentes; en un mot, il a voulu nous traiter en hommes. Constitue, Domine, legislatorem super eos : • O Dieu , donnez-leur un législateur ; « modérez-les par des lois : > lit sciant gentes guoniam homines sunt3: ■ afin qu’on sache que

• ce sont des hommes » capables de raison et d’intelligence , et dignes d’être gouvernés pax une conduite réglée : Constitue, Domine, legislatorem super eos.

Par où vous voyez manifestement que la liberté convenable à l’homme, n’est pas d’affcctcr de vivre sans lois. Il est juste que Dieu nous en donne; mais, mes sœurs, il n’est pas moins juste que notre volonté s’y soumette : car dénier son obéissance à l’autorité légitime, ce n’est pas liberté, mais rébellion; ce n’est pas franchise, mais insolence. Qni abuse de sa liberté jusqu’à manquer de respect, mérite justement de la perdre : et il en est ainsi arrivé. « L’homme ayant mal usé de « sa liberté , il s’est perdu lui-même , et il a perdu « tout ensemble cette libellé qui lui plaisait tant : • Ubero arbitrio male viens homo, el se perdidit et ipsum3. Et cela, pour quelle raison? C’est parce qu’il a eu In hardiesse d’éprouver sa liberté contre Dieu; il a cru qu’il serait plus libre s’il secouait le joug de sa loi. Le malheureux, sans doute, mes sœurs, a mal connu quelle était la nature de sa liberté. C’est une liberté, remarquez ceci; mais ce n’est pas une indépendance : c’est

1 Adv. Marc- lib. Il, n*4.

* Ibid.

5 P», ix, ai.

« S. Jiitjnst. Enchir. cap. \\\ , n* 9, t. Tl, col. 7tf)

POUB UNE VftTÜRE.

une liberté; mais elle ne l'exempte pas de In sujétion qui est essentielle à la créature; et c'est ce qui a abusé le premier homme. Un saint pape a dit autrefois , qu'Adam avait été trompé par sa liberté : Sua in œlemum liberiaie deceptus Qu'est-ce à dire trompé par sa liberté? C'est qu'il n’a pas su distinguer entre la liberté et l'indépendance; il a prétendu êtrelibre, plus qu’il n'appartenait a un homme né sous l'empire souverain de Dieu. Il était libre comme unbonfils sous l’autorité de son père ; il a prétendu être libre jusqu'à perdre entièrement le respect , et passer les bornes de la soumission. Ma sœur, ce n’est pas ainsi qu’il fout être libre; c'est la liberté des rebelles. Mais la souveraine puissance de celui contre lequel ils se soulèvent , ne leur permet pas de jouir longtemps de cette liberté licencieuse : bientôt ils se verront dans les fers, réduits à une servitude éternelle, pour avoir voulu étendre trop loin leur Hère et Indocile liberté.

Quelle étrange franchise , mes sœurs , qui les rend captifs du péché, et sujets à la vengeance divine 1 Voyez donc combien les hommes se trompent dans l’idée qu'ils se forment de la liberté, et adressez-vous au Sauveur, alln d'être vraiment affranchies : S* vos Filius UbentverU, vire liberi eritis. C’est de là que vous apprendrez que la liberté véritable , c'est d’être soumis aux ordres de Dieu et obéissant à ses lois; et que vous la bâtirez solidement, sur les débris de ces libertés ruineuses. Et il est aisé de l'entendre par là, si vous savez comprendre la suite des principes que j’ai posés : car, comme nous l’avons déjà dit ; étant nés sous le règne souverain de Dieu , c’est une folie manifeste de prétendre être indépendants. Ainsi , notre liberté doit être sujette ; et eile aura d'autant plus de perfection , quelle se rendra plus soumise à cette puissance suprême.

Apprenez donc , ô enfants des hommes , quelle doit être votre liberté , et n’abusez pas de ce nom pour favoriser le libertinage. Le premier degré de la liberté, c'est la souveraineté et l’indépendance; mais cela n’appartient qu'à Dieu : et c’est pourquoi le second degré, où les hommes doivent se ranger, c’est d’être immédiatement audessous de Dieu , de ne dépendre que de lui seul ; de s'attacher tellement à lui, qu’il soit, par ce moyen, au-dessus de tout Voilà, mes sœurs, dltTertullien, la liberté qui convient à l’homme; une liberté raisonnable , qui sait se tenir dans son ordre : qui ne s’emporte ni ne se rabaisse, qui tient à gloire de céder à Dieu, qui s'estimerait ravilie de se rendre esclave des créatures; qui croit ne se pouvoir conserver, qu’en se soumet-

• innocent. J. Ep . xxif, Cohc. Carth . Lab. (. il, col.

tant à celui qui lui a soumis tontes choses. C'est ainsi que les hommes doivent être libres : lit animai ratwnale , inteltectus et sdcntiœ eapax , ipsa quoque liberlate mtiima/i conlinerctur, ei subjectus qui subjeceral illi omnia C'est ce que je vous prie de comprendre par cette comparaison. Nous voyons que, dans un État, le premier degré de l’autorité , c’est d’avoir le maniement des affaires; et le second, de s'attacher tellement à celui qui tient le gouvernail , qu'en ne dépendant que de lui nous voyions tout le reste au-dessous de nous.

Ainsi , après avoir si bien établi l'idée qu'il faut avoir de la liberté, Je ne crains plus, ma sœur, qu’on vous la dispute; et je demande hardiment aux enfants du siècle, ce qu'ils pensent de leur liberté en comparaison de la vôtre. Mais pourquoi les interroger; puisque nous avons devant nous un homme qui , ayant passé par les deux épreuves de la liberté des pécheurs, et de la liberté des enfants de Dieu, peut nous en instruire par son propre exemple. C’est vous que j entends, ô grand Augustin : car peut-on se taire de vous , aujourd’hui que toute l’Église ne retentit que de vos louanges, et que tous les prédicateurs de l'Évangile, dont vous êtes le père et le maître, tâchent de vous témoigner leur reconnaissance? Que j'ai de douleur, ô très-saint évêque , ô docteur de tous les docteurs, de ne pouvoir m’acquitter d’un si juste hommage! Mais un autre sujet me tient attaché; et néanmoins je dirai, ma sœur, ce qui servira pour vous éclaircir de cette liberté que je vous prêche. Augustin a été pécheur, Augustin a goûté cette liberté dont se vantent les enfants du monde : il a contenté ses désirs; il a donné à ses sens ce qu'ils demandaient : c’est ainsi que les pécheurs veulent être libres. Augustin aimait cette liberté ; mais depuis , il a bien conçu que c'était un misérable esclavage.

Que) était cet esclavage, mes sœurs? Il faut qu'il vous l'explique lui-même par une pensée délicate , mais pleine de vérité et de sens. J'étais dans la plus dure des captivités. Et comment cela? Il va vous le dire en un petit mot : • parce que . faisant ce que je voulais, j’arrivais où je ne vou- « lais pas : » Quoniam vote ns, quo nollem perveneram'. Quelle étrange contradiction! se peutil faire, âmes chrétiennes, qu'en allant où l’on veut on arrive où on ne veut pas? 11 se peut , et n’en doutez pas ; c’est saint Augustin qui le dit , et c'est où tombent tous les pécheurs. Iis vont où ils veulent aller; ils vont à leurs plaisirs, ils font ce qu’ils veulent : voilà l’image de la liberté qui les trompe; mais ils arrivent où ils ne veulent pas

* .Hv. Mare. Illi. u , n" 4.

» Confets. Uli. VIII, cap. V, t. I, COl. 149.

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