POUR UNE
Mais, outre le péché et les passions, il y a eneored'autres liens à rompre : rat engagement des affaires, ce nombre infini de soins superflus; et c’est ce qui me reste à vous dire dans cette dernière partie.
T10IS1ÈME l'OIM.
Jusqu’ici, Ames chrétiennes, nous avons disputé. de la liberté contre des hommes qui nous contredisent , et que nos raisonnements ne convainquent pas sur le sujet de leur servitude; car iis ne sentent pas celle du péché, parce qu’ils n’ont fait que ce qu'ils voulaient : ils ne s'aperçoivent pas non plus que leurs passions les contraignent, parce qu’ils ne s'opposent pas à leur coure , et qu'ils en suivent la pente ; si bien qu’ils n'entendent pas cette servitude que nous leur avons reprochée. Mais dans la contrainte dont Je dois parler, j’ai un avantage, mes sœurs : que le monde est presque d'accord avec l'Évangile , et qu’il n’y a personne qui ne confesse que cet empressement éternel où nous jettent tant d’occupations différentes est un joug extrêmement importun , et dur, qui contraint étrangement notre liberté. N’employons donc pas beaucoup de discours à prouver une vérité qui ne nous est pas contestée : nos adversaires nous donnent les mains. Le monde même, que nous combattons, se plaint tous les jours qu’on n’est pas à sol , qu’on ne fait ce que l'on veut qu’à demi , parce qu'on nous ôte notre meilleur temps. C'est pourquoi on ne trouve jamais assez de loisir : toutes les heures s'écoulent trop vite, toutes les journées finissent trop tôt ; et parmi tant d’empressements il faut bien qu’on avoue, malgré qu’on en ait, qu’on n’est pas maitre de sa liberté.
Telles plaintes sont ordinaires dans la bouche des hommes du monde ; et encore que je sache qu'elles sont très-justes , je ne laisse pas de maintenir que ceux qui les font ne le sont pas : car souffrez que je leur demande quelle raison ils ont de se plaindre. Si ces liens leur semblent pesants, il ne tient qu’à eux de les rompre ; s’ils désirent d'être à eux-mêmes , ils n’ont qu'à le vouloir fortement , et bientôt ils s’en rendront maîtres. Mais, mes sœurs, ils ne veulent pas. Tel se plaint qu’il travaille trop qui , étant tiré des affaires , ne pourrait souffrir son repos. Les journées maintenant lui semblent trop courtes, et alors son loisir lui serait à charge : il croira être sans affaire quand il n’aura plus que les siennes ; comme si c’était peu de chose que de se conduire soi-même.
D'où vient, mes sœurs, cet aveuglement; si ce n'est que notre esprit inquiet ne peut goûter le repos, ni la liberté véritable? Et afin de le mieux entendre , remarquons, s’il vous plaît , en peu de
VÊT1JRE.
paroles, qu’il y a de la liberté dans le repos, et qu’il y en a aussi dans le mouvement. C’est une liberté d'avoir le loisirde sc reposer, et c'est aussi une liberté d’avoir la faculté de se mouvoir. Il y a de la liberté dans le repos : car quelle liberté plus solide que de se retirer en soi-méme, de se faire en son cœur une solitude, pour penser uniquement à la grande affaire , qui est celle de uotre salut; de sc séparer du tumulte où nous jette l'embarras du monde, pour faire concourir tous ses désirs à une occupation si nécessaire? C’est, mes sœurs , cette liberté dont jouissait cet ancien si tranquillement, lorsqu’il disait ces belles paroles : Je ne m'échauffe point dans un barreau. Je ne risque rieu dans la marchandise , je n 'assiège pas la porte des grands, je’ne me mêle pas dans leurs dangereuses intrigues ; je me suis séquestré du monde , parce que je me suis aperçu que J’ai assez d'affaires en moi-même : In me unicum negotium mihi est; si bien qu’à cette heure mon plus grand soin , c’est de retrancher les soins superflus : nihil aliud euro quam ne curem
Telle est la liberté véritable; mais elle n'est pas au goût des hommes du siècle. Cette tranquillité leur est ennuyeuse , ce repos leur semble une léthargie : ils exercent leur liberté d'une autre manière , par un mouvement éternel , errant dans le monde deçà et delà. Ils nomment liberté leur égarement; comme des enfants qui s'estiment libres , lorsque , s'étant échappés de la maison paternelle, où ils jouissaient d’un si doux repos, iis courent sans savoir ou iis vont. Voilà la liberté des hommes du monde : uuc seule affaire ne leur suffit pas pour arrêter leur àmc inquiète; ils s'engagent volontairement dans une chaîne continuée de visites , de divertissements , d'occupations différentes , qui naissent perpétuellement les unes des autres; ils ne se laissent pas un moment à eux parmi tant d'heures du meilleur temps, qu’ils s’obligent insensiblement à donner aux autres. Au milieu d’un tel embarras, il est vrai qu’ils se sentent quelquefois pressés : ils se plaignentde cette contrainte; mais, au fond, ils aiment cette servitude, et ils ne laissent pas de se satisfaire d’une image de liberté qui les flatte. Comme un arbre que le vent semble caresser, en se jouant avec ses feuilles et avec scs branches : bien que ce vent ne le flatte qu’en l’agitant , et la pousse tantôt d’un côté et tantôt d’un autre avec une grande inconstance ; vous diriez toutefois que l’arbre s’égare , par la liberté de son mouvement : ainsi , dit le grand Augustin , encore que les hommes du monde n'aient pas de liberté véritable , étant toujours contraints de céder aux divers
’• Tcrtull. de Pall. am 6.
POUR UNE VÊTURE
emplois qui les pressent ; toutefois ils s’imaginent jouir d’un certain air de liberté et de paix, en promenant , deçà et delà , leurs désirs vagues et incertains : Tanquam oiicœ prudentes in arbore, ducenlibus vends, quasi quadam libertate aura peifruentes vago quadam desiderio suo ».
Quelle est , ma saur, cette liberté qui ne nous permet pas de penser à nous , et qui , nous dérobant tout notre temps , nous mène insensiblement à la mort , avant que d’avoir appris comment il faut vivre? Si c’est cette liberté que vous perdez en vous jetant dans ce monastère , pouvez-vous y avoir regret? Au contraire, ne devez-vous pas rendre grâces u Dieu d’une perte si fructueuse? Si vous demeurez dans le siècle, il vous arrivera ce que dit l'apôtre : « Vous vous
• y occuperez du soin des choses du monde , et
• vous vous trouverez partagée etdivtsée : < Sollicitas est quœ sunt mundi, et divisus est *. Votre liberté sera divisée au milieu des soins de la terre : une partie se perdra dans les visites ; une autre dans les soins de l'économie, [dans l’attention à un mari , l’application aux affaires de sa maison, l’cdueation de ses enfants, l'établissement de sa famille. ] Parmi tant de troubles et d'empressements, presque toute votre liberté sera engagée : si vous y donnez quelque temps à Dieu, il faudra le dérober aux affaires. Dans la religion , elle est toute à vous ; il n'y a heure , il n’y a moment que vous ne puissiez ménager, et le donner saintement à Dieu.
Toutefois n’entrez pas témérairement dans une profession si relevée. L’Église , qui vous y voit avancer, vous arrête dés le premier pas : elle vous ordonne de vous éprouver, et d’examiner votre vocation. Je vous ai dit, et il est très-vrai , que la vie que vous embrassez a, sans doute, de grands avantages, mais je ne puis vous dissimuler qu'elle a de grandes difficultés, pour celles qui n’y sont pas appelées. Éprouvez-vous donc sérieusement ; et si vous ne sentez en vous-même un extrême dégoût du monde , une suinte etdlvine ardeur pour la perfection chrétienne : sortez , ma sœur, de cette clôture, et ne profanez pas ce lieu saint. Que si Dieu , comme je le pense , vous a inspiré , par sa grâce, le mépris des vanités de la terre, et un chaste désir d’être son épouse, que tardez- vous de vous revêtir de l’babit que votre Epoux vous prépare? et pourquoi vois-je encore sur votre personne tous les vains ornements du monde , c'està-dire , la marque de sa servitude? > Rejetez loin
• d'une tète libre tout ce vain attirail, qui ne peut - convenir qu’à des esclaves : • Omnem hune
1 In Pt CHX vi, u* 0, t IV , COl. ISIS.
• I. Cor. vu , 33.
BOS51ET. — T. Ul.
omatus servitulem n libero capite depellile ».
Et ne vous étonnez pas, si je dis que cet habit est la marque de sa servitude : -ar qu'est-cc que la servitude du siècle? C’est un attachement aux soins superflus : c’est ôter le temps à la vérité , pour le donner à la vanité. La nécessité et la pudeur ont fait autrefois les premiers habits; la bienséance s’en étant mêlée , elle y a ajouté quelques ornements. La nécessité les avait faits simples ; la pudeur les faisait modestes : la bienséance se contentait de les faire propres; mais la curiosité s'y étant jointe, la profusion n'a plus eu de bornes ; et pour orner un corps mortel , presque toute la nature travaille , presque tous les métiers suent , presque tout le temps s’y consume. Combien eu a-t-on employé à ce vain ajustement qui vous en x lionne? combien d'heures s'y sont écoulées? Et n'est-cc pas une servitude ? Omnem h une omatus servitulem a libero capite depellile.
Que dirai-je de la coiffure? C’est ainsi que le monde prodigue les heures, c’est ainsi qu'il se joue du temps : il le prodigue jusqu’aux cheveux ; c’est-à-dire , la chose la plus nécessaire , à la chose la plus inutile. La nature, qui ménage tout, jette les cheveux sur la tête avec négligence , comme un excrément superflu. Ce que la nature regarde comme superflu , la curiosité en fait une affaire : elle devient inventive et ingénieuse, pour se faire une étude d'une bagatelle, et un emploi d’un amusement. N’ai-je donc pas raison de vous dire que ces superbes ornements du siècle, c'est l’habit de la servitude?
Venez donc, ma très-chère sœur, venez recevoir des mains de Jésus les ornements de la liberté. On changeait autrefois d’habit à ceux que l'on voulait affranchir; et voici qu’on vous présente humblement au divin auteur de la liberté; afin qu'il lui plaise de vous dépouiller aujourd’hui de toutes les marques de votre esclavage. Qu’on ne trouble point, par des pleurs, une si sainte cérémonie; que la tendresse de vos parents ne s’imagine pas qu’elle vous perde , lorsque Jésus-Christ vous prend en sa garde. Quoi ! ce changement d’habit vous doit-il surprendre? Si le siècle jusqu’ici vous a habillée, doit-on vous envier le bonheur que Jésus-Christ vous revête à sa mode? Quittez, quittez donc ces vains ornements, et toute cette pompe étrangère. Recevez des mains de l’Église le dévot habit du grand saint Bernard; ou plutôt représentez-vous la main de Jésus invisiblement étendue : c’est lui qui vous environne de cette blancheur, pour être le symbole de votre innocence ; c’est lui qui voua couvre de cc sacré voile, qui sera le rempart de
• Tcrtull. tic Cuit. /cm. üb. Il, n* 7.
POUR UNE VÉTUHE.
votre pudeur, le seeau inviolable de votre retraite , la marque Adèle de votre obéissance.
Mais , en vous dépouillant des habits du siècle, dépouillez-vous aussi au dedans de toutes les vanltésde la terre. Ne vous laissez pas éblouir au faux brillant que jette aux yeux la grandeur humaine : songez que les soins , les inquiétudes , et encore le dépit et le chagrin, ne laissent pas souvent de nous dévorer sous l'or et les pierreries ; et que le monde est plein de grands et illustres malheureux que tous les hommes plaindraient, si l'ignorance et l'aveuglement ne les faisaient juger dignes d'envie. Réjouissez-vous doue saintement en votre Innocente simplicité, qui donnera plus de lustre ù votre famille que toutes les grandeurs de la terre. Car s'il est glorieux à votre maison d'avoir mérité tant d'honneurs, c'est un nouveau degré d'élévation de les savoir mépriser généreusement ; et je la trouve bien mieux établie de s'étendre si avant , par votre moyen , jusque dans la maison de Dieu , que de s’étre unie par scs alliances à tout ce que cette grande ville a de plus illustre. Encore que l'on ait vu vos prédécesseurs remplir les places les plus importantes , ne leur enviez pas la part qu'ils ont eue au gouvernement de l'Etat ; mais tâchez de leur succéder en la grâce que Dieu leur a faite, de se bien gouverner eux-mèmes. Quel honneur ferez-vous, ma sœur, à ceux qui vous ont donné la naissance , en purifiant tous les jours , par la perfection religieuse, ces excellentes dispositions qu'une bonne naissance vous a transmises ; qu'nne sage éducation et l’exemple de la probité , qui luit de toutes parts dans votre famille, ont si heureusement cultivées!
* Qui pourrait rapporter les lois importunes que le monde s’est imposées î Premièrement il nous accable d'affaires qui consument tout notre loisir; comme si nous n'avions pas nous-mêmes une affaire assez importante , [dans cette application que nous devous donner ] à régler les mouvements de nos âmes ! Combien dérobe- t-il tous les jours aux personnes de votre sexe du temps qu'elles emploieraient à orner leur esprit, par le soin inutile de parer le corps ! Combien de sortes d'occupations a-t-il enchaînées les unes aux autres! quel commerce de visitas, quels détours de cérémonies a-t-il inventés, pour nous tenir dans un mouvement éternel , qui ne nous laisse presque pas un moment a nous, et dont le monde ne cesse de se plaindre! Quelle liberté peut-on concevoir dans cette cruelle nécessité de perdre le
• Rossuol a compost5 ce qui su il , Jusqu'à la fin du discours, pour donner une nmnrllo forme au troisième point de sou •cruioo. ( Edit, de Ut/ori ». )
temps, qui nous est donné pour l'éternité par tant d'occupations inutiles qui nous font insensiblement venir à la mort , avant que d'avoir appris comment II faut vivre?
Et cette autre nécessité qu'on s’impose, de se faire considérer dans le monde : n’est-ce pas encore une servitude qui nous rend esclaves de ceux auxquels nous sommes obligés de plaire; qui nous assujettit au Qu'en dira-t-on, et à tant de circonspections importunes; qui nous fait vivre tout pour les autres, comme si nous ne devions pas enfin mourir pour nous-mêmes? Quelle folle, quelle illusion , de s'établir cette dure loi de faire toujours une vie publique, puisqueenfin nous devons tous faire une fin privée I Au milieu de tant de captivités, les hommes du siècle s'estiment libres : et parmi toutes ces lois et toutes ces contraintes du monde [ils nous vantent leur indépendance]. Mais vous , ma sœur, vous êtes libre pour Jésus-Christ : son sang vous a acheté la liberté ; ne vous rendez point esclave des hommes, mais sacrifiez votre liberté â Jésus- Christ seul : Pretio empli estis, nolilejieri servi hominvm Que si le monde a ses contraintes, que je vous trouve heureuse , ma sœur, vous qui , estimant trop votre liberté pour la soumettre aux lois de la terre, professez hautement que vous ne voulez vous captiver que pour l'amour de celui qui , étant le maître de toutes choses , s'est rendu esclave pour nous , afin de nous tirer de la servitude ! Dépouillez doue courageusement , dépouillez, avec cet habit séculier, toute la servitude du monde; rompez toutes ses chaînes, et oubliez toutes ses caresses : il vous offrait des fleurs ; mais le moindre vent les aurait séchées : votre éducation et votre naissance vous promettaient de grands avantages; mais la mort vous les aurait enfin enlevés. Ne songez plus, ma sœur, à ce que vous étiez dans le siècle , si ce n'est pour vous élever au-dessus ; et apprenez de saint Bernard votre père, que la religieuse qui s’en souvient trop • ne dépouille pas le vieil homme , mais • le déguise par le masque du nouveau : ■ V clerc m hominen non exuil, sed novo palliai *.
Que vous sert de voir votre race ornée par la noblesse des croix de Malte , et par la majesté des sceaux de France, qui ont été avec tant d'éclat dans votre maison? Que vous sert d’être née d’un père qui a rempli si glorieusement la première place dans l'un de nos plus augustes sénats ; pins encore par l'autorité de sa vertu , que par celle de sa dignité? Que vous sert tant de pourpre qui brille de toutes parts dans votre famille? En ce
» I. Cor. vu, w.
* /» CaHt. Serm. XVI, n“ », t. I, Col. 1315.
dernier Jugement de Dieu , où nos consciences seront découvertes , vous ue serez par estimée pat ces ornements étrangers ; mais par ceux que vous aurez acquis par vos bonnes œuvres : tellement que v ous ne devez retenir de ce que vous avez vu dans votre maison , que les exemples de probité que l'on y admire, et dans lesquels vous avez été si bien élevée.
Et que l'on ne croie pasqu’en qulttantleroonde, vous ayez aussi quitté les plaisirs : vous ne les quittez pas ; mais vous les changez. Ce n'est pas les perdre, ma sœur, que de les porter du corps à l'esprit , et des sens dans la conscience. Que s'il y a quelque austérité dans la profession que vous embrassez, c'est que votre vie est une milice, ou lis exercices sont laborieux , parce qu'ils sont forts , et où plus un se durcit au travail, plus on espère de remporter de victoires. Mesurez la grandeur de votre victoire, par la dureté de votre fatigue. Votre corps est renfermé , mais l'esprit est libre : il peut aller jusqu'auprès de Dieu ; etquand l'éme sera dans le ciel, le corps ne souffrira rien sur la terre. Promenez- vous eu esprit , et ne cherchez point pour cela de longues allées : entrez par la magnifique étendue du chemin qui conduit à Dieu ; que tous les autres vous soient fermés : vous serez toujours assez libre, pourvu que celui-ci soit ouvert pour vous; et tant que vous marcherez dans les voies de Dieu , vous ne serez jamais resserrée. Ne tenez votre liberté que de Jésus- Christ ; n'ayez que celle qu'il vous présente , et vous serez véritablement affranchie : parce que sa main puissante vous délivrera, premièrement, de la tyrannie du péché, par les saintes précautions de la discipline religieuse, par lesquelles vous tâchez de vous imposer cette heureuse nécessité de ne pécher plus; puis de celle des passions et des convoitises , par la mortification et la pénitence , par laquelle vous dompterez les maux qui vous flattent , et vous sanctifierez les maux qui vous blessent, et enfin de toutes ces lois importunes que le monde s'est imposées par ses bienséances imaginaires, qui ne nous permettent pas de vivre à nous-mêmes , ni de profiter du temps pour 1 éternité. Telle sera votre liberté dans le siècle , jusqu’à temps que le Fils de Dieu , surmontant en vous la corruption et in mort , vous rendra parfaitement libre dans la bienheureuse immortalité. Amen.
POUR UNE VÊTU RE
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SERMON
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A I.A VÊTURE D’UNE POSTULANTE bernardine.
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« loules In erratum. Trou loi» qui captivrnt dans la "T.".1"*1"1" luette J noire l'homme r,l aban- * lit union île, biens appar.nU. Combien fausse et
eonusle la liberté véritable, Toole la ooodolle el loua In ÏÏtSîr lealinn a In procurer oo a la
Si eus Filins liberaverit , erre liberi ertlis.
Vous serez vraiment libres , quand le Fils tous aura deli- Très. Joan. vm.
Cette jeune fille se présente à vous, mesdames , pour être admise dans votre cloître , comme dans une prison volontaire *. Ce ne sont point des persécuteurs qui l’amènent : elle vient, touchée du mépris du monde; et sachant qu'elle a une chair qui , par ta corruption de notre nature , est devenue un empêchement à l'esprit , elles'en veut rendre elle-même !a persécutrice par la mortification et la pénitence. U tendresse d'une bonne mère n a pas été capable de la rappeler aux douceurs de ses embrassements : elle a surmonté les obstacles que la nature tâchait d’opposer a sa généreuse résolution ; et l'alliance spirituelle, qu elle a contractée avec vous par le Saint-Esprit , a été plus forte que celle du sang. Elle préfère la’blancheur de saint Bernard à l’éclat de la pourpre, dans laquelle nous pouvons dire qu'elle n pris naissance ; et la pauvreté de Jésus-Christ lui plaît plus que les richesses dont le siècle l'aurnit vue parée. Bien qu’elle sache qu'aux yeux des mondains un monastère est une prison; ni vos grilles, ni votre clôture ne l'étonnent pas : elle veut ’ bien renfermer son corps, afin que son esprit soit libre à son Dieu; et elle croit, aussi bien que Tcrtullien ■ : que comme le monde est une prison , en sortir c’est la liberté.
Et certes, ma très-chere sœur, il est véritable que , depuis la rébellion de notre nature, tout le monde est rempli de chaînes pour nous. Tant que l'homme garda l’innocence que son Créateur lui uvait donnée, il était le maître absolu de tout ce qui se voit dans le monde : maintenant il en est l'esclave, son péché l'a rendu captif de ceux dont
Ce discours a pour objet 1rs mûmes venir, que lr procèdent ; mais comme II les traite fort différemment, et contient beflurntiprle rliosra nouvelle» . nous nous sommir borni-, à en retrancher le riimnimicrment, qui était absolu muil semblable au début du premier sermon. ( Itdit. dr lirfnrh. )
■ Ad V<ir/. n* a.
POUR UNE VÊTURE
g était né souverain. Dieu lui dit dans l'innocence des commencements : Commande à toutes les créatures . Subjicite terrain; dominamini piteibus maris, et volatilibus cœli , et unieersis nnimantibus • : ■ Assujettis-toi la terre, et do- - mine sur les poissons de la mer , sur les oiseaux ■ du ciel , et sur tous les animaux ; • au contraire depuis sa rébellion : Garde-toi de toutes les créatures. Il n’y en a point dans le monde qui ne croie qu’elle le doit avoir pour sujet, depuis ■qu'il ne l'est plus de son Dieu : c'est pourquoi les unes vomissent , pour ainsi dire , contre lui tout ce qu'elles ont de malignité ; et si les autres montrent leurs appas , ou étalent leurs ornements, c’est dans le dessein de lui plaire trop , et de lui ravir, par cet artifice, tout ce qui lui reste de liberté. Les créatures, dit le Sage* , sont autant de pièges tendus de toutes parts à l'esprit de l’homme. L'or et l’argent lui sont des liens, desquels son cœur ne peut se déprendre , les beautés mortelles l'entraînent captif, le torrent des plaisirs l'emporte; cette pompe des honucurs mondains, toute vaine qu’elle est, éblouit ses yeux; le charme de l'espérance lui ôte la vue; en un mot , tout le monde semble n'avoir d'agrément que pour l’engager dans sa servitude par une affection déréglée.
Et après cela ne dirons-nous pas que ce monde n'est qu'une prison , qui a autant de captifs qu'il a d'amateurs ? De sorte que vous tirer du monde, c’est vous tirer des fers et de l'esclavage ; et la clôture où vous vous jetez n'est pas comme les hommes se le persuadent , une prison où votre liberté soit contrainte, mais un asile fortifié où votre liberté se défend contre ceux qui s'efforcent de l'opprimer : c’est ce que je me propose de vous faire entendre, avec le secours de la grâce. Mais , afin que nous voyions éclater la vraie jouissance de la liberté dans les maisons des vierges sacrées, distinguons, avant toutes, choses, trois sortes de captivités dans le monde.
Il y a dans le siècle trois lois qui captivent : il y a, premièrement, la loi du péché; après, celle des passions et des convoitises; et la troisième est celle qne le siècle nomme la nécessité des affaires , et la loi de la bienséance mondaine. Et en premier lieu , le péché est In plus Infâme des servitudes , où la lumière de la grâce étant tout éteinte , l'âme est jetée dans un cachot ténébreux , où elle soufTre, de la violence du diable , tout ce que soufTre une ville prise , de la rage d’un ennemi Implacable et victorieux. Que les passions nous captivent, c'est ce qui parait par l’exemple d'un riche avare qui ne peut retirer son
» Cnn. 1 , 2*.
* &tp. XIV, II.
âme engagée parmi scs trésors , et par ce que Di™ défend aux Israélites d’épouser des femmes idolâtres, de peur, dit-il', qu’elles n'amollissent leurs cœurs et leseutratnent après des dieux étrangers. Et d'où vient cela , chrétiens , si ce n'est que les passions ont certains liens invisibles , qui tiennent nos volontés asservies?
Mais j'ose dire que le joug le plus empêchant que le monde impose à ceux qui le suivent , c'est celui de l'empressement des affaires , et la bienséance du monde. C'est là ce qui nous dérobe le temps , c’est là ce qui nous dérobe à nous-mêmes ; c’est ce qui rend notre vie tellement captive, dans cette chaîne continuée de visites , de divertissements, d’occupations, qui naissent perpétuellement les unes des autres , que nous n'avons pas la liberté de penser à nous. O servitude cruelle et insupportable , qui ne nous permet pas de nous regarder ! c'est ainsi que vivent les enfants du siècle. Parmi tant de servitudes diverses, nous nous imaginons être libres. De quelque liberté que nous nous flattions, jamais nous ne serons vraiment libres, jusqu'à ce que le Fils de Dieu nous ait délivrés.
Mais qui sont ceux qui seront plus tôt délivrés par votre toute-puissante bonté, ô miséricordieux Sauveur des hommes , si ce n'est ces âmes pures et célestes, qui out tout quitté pour l’amour de vous? C’est donc vous , mes très-chères sœurs, c’est vous que je considère comme vraiment libres; parce que le Fils vous a délivrées de la triste servitude qu'on voit dans le monde, du péché , des passions , de l’empressement. Le péché doit être exclu du milieu de vous, par l’ordre et la discipline religieuse; les passions y perdent leur force, par l’exercice de la pénitence; la loi de la prétendue bienséance, que la vanité humaine s'impose , n’y est pas reçue , par le mépris qu'on y fait du monde; et ainsi l'on y peut jouir pleinement de in liberté bienheureuse que le Fils de Dieu a rendue à l’homme : Si r os Filius liberat'erit, vere libericritis. C’est ce que j’espère vous faire entendre aujourd'hui avec le secours de la grâce.
PREMIER POINT
C'est uue juste punition de Dieu, que l'homme après avoir méprisé la solide possession des biens véritables, que son Créateur lui avait donnés, soit abandonne à l'illusion des biens apparents. Les plaisirs du paradis ne lui ont pas plu ; il sera captifdes plaisirs trompeurs qui mènent les âmes à la perdition : il ne s’est pas voulu contenter de l’espérance de l’immortalité bienheureuse , il se repaîtra d'espérances vaincs, que souvent le mau-
' Exod. xixif , i«.
POUfl UNE VÊTU R K.
Tais succès , et toujours la mort , rendra inutiles : Il n’a point voulu de la liberté qu’il avait reçue de son Souverain; il se plaira dans la liberté Imaginaire, que sa raison volage lui a figurée. Justement, certes justement, Seigneur: car il est juste que ceux-là n'aient que de faux plaisirs , qui ne veulent pas les recevoir de vos mains; qu'ils n'aient qu'une fausse liberté, puisqu'ils ne veulent pas la tenir de vous ; et enfin qu’ils soient livrés à l’erreur , puisqu’ils ne se contentent pas de vos vérités.
En effet , considérons , mes très-chères sœurs, quelle image de liberté se proposent ordinairement les pécheurs. Qu’elle est fausse, qu’elle est ridicule, qu’elle est, si je puis parler ainsi, chimérique! Écoutons- les parler, et voyons de quelle liberté ils se vantent.Nous sommes libres, nous disent-ils, nous pouvons faire ce que nous voulons. Mes sœurs, examinons leurs pensées, et nous verrons combien ils se trompent , et nous confesserons devant Dieu , dans l’effusion de nos cœur», que nul pécheur ne peut être libre, que tous les pécheurs sont captifs. Tu peux faire ce que tu veux , et de là tu conclus : Je suis libre. Et moi je te réponds , au contraire : Tu ne peux pas faire ce que tu veux ; et quand tu le pourrais, tu n’es pas libre. Montrons premièrement aux pécheurs qu’ils ne peuvent pas ce qu’ils veulent.
Et certainement nous pourrions leur dire qu’ils ne peuvent pas ce. qu’ils veulent, puisqu'ils ne peuvent pas empêcher que leur fortune ne soit inconstante , que leur félicité ne soit fragile , que ce qu’ils aiment ne leur échappe ; que la vie ne leur manque comme un faux ami, au milieu de leurs entreprises , et que la mort ne dissipe toutes leurs pensées. ISous pourrions leur dire véritablement qu'ils ne peuvent pas ce qu’ils veulent , puisqu'ils ne pcuventpasempêcherqu’ilsne soient trompés dans leurs vaines prétentions. Ou Ils les manquent , ou elles leur manquent : ils les manquent , quand ils ne parviennent pas à leur but ; elles leur manquent, quand, obtenant ce qu'ils veulent , ils n’y trouvent pas ce qu’ils cherchent. C’est ainsi que nous pouvons montrer aux pécheurs qu'ils ne peuvent pas ce qu'ils veulent.
Mais pressons-les de plus près encore; et déplorons l'aveuglement de ces malheureux qui se vantent de leur liberté, pendant qu’ils gémissent dans un si honteux esclavage. Ah ! les misérables captifs, ils ne peuvent pas ce qu’ils veulent le plus ; ce qu’ils détestent le plus, Il faut qu’il arrive. Que prétendez-vous, ô pécheur, dans ces plaisirs que vous recherchez, dans ces biens que vous amassez par des volerics; que prétendezvous? Je veux être heureux. Eli quoi , heureux, même malgré liieu ? Insensé, qui vous imaginez
avoir aneun bien contre la volonté du souverain bien ; digne , certes , qu’on dise de vous ce que uous lisons dans les Psaumes : • Voilà l'homme ■ qui n'a pas mis son secours en Dieu , mais qui « a espéré dans la multitude de scs richesses , et « s'est plu dans sa vanité'. > Mais non-seulement vous ne pouvez obtenir ce que vous avez le plus désiré : ce que vous détestez le plus , il faut qn’U arrive; cette justice divine qui vous poursuit, ces étangs de feu et de soufre , ce grincement de dents éternel : car quelle force vous peut arracher des mains toutes-puissantes de Dieu, que vous Irritez par vos crimes, et dont vous attirez sur vous les vengeances?
Telle est la liberté de l’homme pécheur : malheureux, qui, croyant faire ce qu'il veut, attire sur lui nécessairement ce qu’il veut le moins ; qui , pour trop faire ses volontés, par une étrango contradiction de désirs s'empêche lui-même d’être ce qu'il veut, c’est-à-dire, heureux; qui s'imagine être vraiment libre, parce qu’il est en effet trop libre à pécher, c’est-à-dire , libre à se perdre, et qui ne s'aperçoit pas qu’il forge ses fera par l'usage de sa liberté prétendue. Et de là nous pouvons apprendre que ce n’est pas être vraiment libres, qne de faire ce que nous voulons ; mais que notre liberté véritable , c'est de faire ce que Dieu veut. De là vient que nous lisons dans notre évangile , que les hommes sont vraiment libres quand le Fils les a délivrés : où nous devons entendre, mes soeurs, que le Fils de Dieu nous parlant d’une liberté véritable, nous explique assez qu'il y en a aussi une fausse.
La fausse liberté, c'est de vouloir faire sa volonté propre; mais notre liberté véritable, c’est que notre volonté soit soumise à Dieu : car puisque nous sommes nés sons la sujétion de Dieu , notre liberté n’est pas une indépendance. Cette affectation de l'indépendance, c'est la liberté de Satan et de ses rebelles complices qui ont voulu s’élever eux-mêmes contre l’autorité souveraine. Loin de nous une liberté si funeste, qui a précipité ces esprits superbes dans une servitude éternelle. Pour nous, songeons tellement que nous sommes libres , que nous n’oubliions pas que nous sommes des créatures, et des créatures raisonnables, que Dieu a faites à sa ressemblance. Puisque notre liberté est la liberté d’une créature , Il faut nécessairement qu’elle soit soumise , et qu’il y ait de la servitude mêlée. Mais II y a une servitude honteuse, qui est la destruction de la liberté; et une servitude honorable, qui en est la perfection. S'abaisser au-dessous de sa dignité naturelle, c’est une servitude honteuse : c’est
1 Pu. u, a.