LF. JOUR DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX
Combien il en a coûté k Jésus-Christ pour le contrat de son mariage avec l’Eglise. Troi» qualité» de cet Epoux dra vierge» chrétiennes. Dan» quel dessein at-ll acquis le» hommes. Pourquoi ne devons-nous rechercher dans ce nouveau Roi aucune marque extérieure de grandeur royale. Condition* qu’il exige de celles qu’il prend pour «es épouses. Prérogative des vierges chrétiennes : pureté qui leur est nécessaire. Extrême jalousie de leur Epoux : comment elles doivent se conduire, pour ne pas offenser ses regards.
Venerunt nuptiœ Agni , et uxor ejm prœparavlt **. Les noces de P Agneau sont venues, et son éjiouse s’e&t
préparée. Apoc. m, 7.
Le mystère de notre salut nous est proposé dans les saintes Lettres sous des figures diverses , dont la plus fréquente , mes sœurs , c’est de nous représenter cet ouvrage comme l'effet de plusieurs actes publics , passés authentiquement par le Fils de Dieu en faveur denotre nature. Nous y voyons premièrement l’acte d'amnistie et d'abolition générale , par lequel il nous remet nos péchés : ensuite , nous y lisons le traité de paix , par lequel il pacifie le ciel et In terre , et le rachat qu'il a fait de nous pour nous retirer des mains de Satan. Nous y lisons aussi en plus d'un endroit le testament mystique et spirituel, par lequel il nous donne la vie éternelle , et nous fait ses cohéritiers dans le royaume de Dieu son père. Enfin il y a le sacré contrat par lequel II épouse sa sainte Église , et la fait entrer avec lut dans une bienheureuse communauté. De ces actes, et de quelques autres qu'il serait trop long de vous rapporter, découlent toutes les grâces de la nouvelle alliance : et ce que j'y trouve de plus remarquable , c’est que notre aimable et divin Sauveur les a tous ratifiés par son sang. Dans la rémission de nos crimes, il est notre propltlatcur par son sang : . Dieu l'ayant proposé pour être la victime de ré- ■ conciliation par In fol que les hommes auraient . en son sang ; » Propitiationem per fidem in sanguine ipsius '. S'il apacifié le ciel et la terre, c'est par le sang de sa croix : Paeificarut persanguinem crucis ejus \ S’il nous a rachètes, des mains de Satan, comme un bien aliéné de son domaine, les vieillards lui chantent dans l’Apo calypse que sou sang a fait cct ouvrage : > Vous . nous avez rachetés par votre sang , • lui disen'ils : Redemisti nos in sanguine luo ’ : et pour
* Hnm. ni. 25.
i Apoc. v , 9.
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«e qui regarde son testament , c'est lui-même qui a prononcé dans sa sainte cène : * Buvez ; ceci est * mon sang , le sang du nouveau testament versé « pour la rémission des péchés »
Ne croyez pas, âmes chrétiennes, que le contrat de son mariage, par lequel il s'unit a l'Église, lui ait moins eoêté que le reste. C'est à lui que convient proprement ce mot : « Vous m'étes un « époux de sang : > Sponsus sanguin u:n tu es mihi * : et ce n'est pas sans sujet que, dans le passage de l'Apocalypse que j'ai choisi pour mon texte, il est épousé comme un Agneau, c'est-àdire , en qualité de victime : Venerunl nupliœ Agni. Ainsi quoique la fête de sa croix, qui comprend un mystère de douleurs, semble être fort éloignée de la solennité de son mariage, qui est une cérémonie de joie , il y a néanmoins beaucou p de rapport ; et nous pouvons aisément traiter l’une et l’autre dans la suite de ce discours, après avoir imploré le secours d'en haut par l'Intercession de la sainte Vierge , Are.
Dans cette cérémonie , vous parler d'autre chose, ma très-chère sccur, que de votre Époux, ce serait offenser votre amour. Parlons donc aujourd'hui du divin Jésus ; qu'il fasse tout le sujet de cet entretien. Considérons attentivement quel est cet Époux qu'on vous donne ; et , pour joindre votre fête particulière avec celle de toute l'Église, tâchons de connaître ses qualités par le mystère de cette Journée. Vous y verrez premièrement qu'il est roi , et vous lirez le titre de sa royauté gravé en trois langues nu haut de sa croix : « Jé- - sus de Nazareth , roi des Juifs !. - Vous y apprendrez en second lieu , que c'est un amant passionné ; et son sang , que le seul amour tire de ses veines, en sera la marque évidente. Enfin vous découvrirez que c’est un amant jaloux ; et il me sera aisé de vous faire voir , par les Ecritures divines, que ce grand ouvrage de notre salut, accompli heureusement sur la croix , a été un effet de sa jalousie.
rnsHisa foist.
Quand je considère , mes sœurs , cette qualité de roi des Juifs que Pilate donne à Jésus-Christ, et iju’il fait paraître au haut de sa croix , malgré les oppositions des pontifes , j'admire profondément la conduite de la Providence qui lui met cette pensée dans l’esprit , et je me demande à moi-même : D'où vient que notre Sauveur, qui a refusé si constamment le titre de roi durant les (ours de sa gloire, c'est-à-dire, quand il se mon-
• Muilh. *»T1.
’ Fx» rl. IV , 7*S.
» JWt<t. XI* , H-
trait un Dieu tout-puissant par la grandeur de se miracles , commence à le recevoir dans le jour de ses abaissements, et lorsqu’il parait le dernier des hommes par la honte de son supplice. Ou est l'éclat et la majesté qui doivent suivre ce grand nom de roi , et qu'a de commun la grandeur royale avec cet appareil d’ignominie? C’est ce qu'il faut vous expliquer en peu de paroles; et pour cela remarquez , mes sœurs , que Jésus- Christ a deux royautés, dont l'une lui convient comme Dieu , et l'antre lui appartient en qualité d'homme. Comme Dieu il est le roi et le souverain de toutes les créatures qui ont été faites par lui : Omnin per ipsum facta sunt ■ ;et outre cela, en qualité d’homme, il est roi en particulier de tout le peuple qu’il a raeheté, sur lequel il s'est acquis un droit absolu par le prix qu’il a donné pour sa délivrance. Voilà donc deux royautés dans le Filsde Dieu; la première lui est naturelle, et lui appartient par sa naissance; la seconde est acquise, et il l’a méritée par ses travaux. Ut première, de ees royautés qui lui appartient par la création, n'a rien que de grand et d'augus e; parce que c'est un apanage de sa grandeur naturelle, et qu'elle suit nécessairement son indépendance : mais il ne doit pas en être de même de celle qu'il s'est acquise par la rédemption ; et en voici la raison solide , que j’ai tirée de saint Augustin.
Puisque le Fils de Dieu était né avec une telle puissance, qu'il était de droit naturel maître absolu de tout l'univers ; lorsqu'il a voulu s'acquérir les hommes par un titre particulier , nous devons entendre, mes frères, qu'il ne le fait pas de la sorte dans le dessein de s'agrandir , mais dans celui de les obliger. En effet , dit saint Augustin, que sert-il au Roi des anges de se faire le roi des hommes; au Dieu de toute la nature, de vouloir s’en acquérir une partie , sur laquelle il a déjà un droit souverain? Il n’accrolt point par là son empire , Il n'étend pas plus loin sa puissance; puisqu’en s’ncqnérant les fidèles, il ne s’acquiert que son propre bien , et ne se donne que des sujets qui lui appartiennent déjà par le titre de la création. Tellement que s’il recherche cette royauté , il faut conclure , dit ce saint évêque, que ce n'est pas dans un dessein d'élévation, mais par un sentiment de condescendance ; ni pour augmenter son pouvoir, mais pour exercer sa miséricorde : Dignatio est, non promolio; misemtionis itulicium, non potestutis auginentum *.
Ainsi , nous ne devons chercher en ce nouveau
» JOIH. I, 3-
* In Jetait. Tr. U» n' N, 1- ni , part, n , col. «i».
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roi aucune marqueextérieurede grandeur royale. C'est ici mie royauté extraordinaire. Jésus-Christ n'est pas roi pour s'agrandir; c'est pourquoi il ne cherche rien de ce qui l'élève aux yeux des hommes : il est roi pour nous obliger; c’est pourquoi il recherche ce qui nous oblige, c'est-â-dirc, des blessures qui uous guérissent, une honte qui fait notre gloire , et une mort qui nous sauve. Telles sont les marques de sa royauté : elles sont dignes d’un roi qui ne vient pas pour s'élever audessus des hommes, par l'éclat d’une vaine pompe; mais plutôt pour fouler aux pieds les grandeurs humaines , et qui veut que les sceptres rejetés, l'honneur méprisé, la gloire du monde anéantie, fassent tout l'ornement de son triomphe.
Voilà le roi , ma très-chère soeur, que vous choisissez pour époux. S'il est pauvre, abundoimé, destitué entièrement des honneurs du siècle et de tous les biens de la terre , au nom de Dieu n’en rougissez pas. Ce n'est point par impuissance , mais par dédain : ce n'est point par nécessité , mais par abondance. Il ne méprise les avanlages du monde qu'à cause de la plénitude des trésors célestes; et ce qui rend sa royauté plus auguste , c'est qu'elle ne veut rien de mortel. C’est pourquoi dans ce bienheureux mariage, dnns lequel ce divin Epoux vous associe a son trône, il demande pour dot votre pauvreté. Nouveau mariage, mes sœurs, ou le premier article que l'Époux propose, c’cst que l’cpouse qu’il a choisie renonce à son héritage, où il l’oblige par son contrat à se dépouiller de tous ses droits; ou il appelle ses parents, non pour recevoir d’eux leurs biens temporels , mais pour leur quitter à jamais ce qu’elle peut espérer par sa succession. C’est à cette condition que ce Roi crucifié vous épouse : car si son royaume était de ce monde , il en pourrait peut-être demander les biens; mais son royaume n’étnnt pas du monde, il a raison d’exiger cette condition nécessaire : c’est que vous renonciez tout à fait au monde par la sainte profession de la pauvreté volontaire, dont il vous a donné l'exemple.
Le contrat qu'il vous propose, ma sœur, les articles qu'il vous présente à signer sont compris en ces paroles du divin apôtre : Mhi mundus crueifixus est, et etjo mundo ' : - I.e monde ■ m’est crucifié, et je suis crucifié au monde. • Où vous devez remarquer, avec le docte saint Jean Chrysostômc ■ , que « oe n'est pas assez A l'apôtre « que le monde soit mort pour le chrétien ; mais • qu’il veut encore, dit ce saint évêque, que le
• tint. VI. u.
* !Àk, n , rfr C»m}*nct. »* 2, 1. 1 , p 12.
« chrétien soit mort pour le monde : * et cela pour nous faire entendre que le commerce est rompu des deux côtés, et qu'il n’y a plus aucune alliance.
» Car, poursuit ce docte interprète, l'apôtre con- . sidérait que non-seulement les vivants ont quel-
• que sentiment les uns pour les autres ; maisqu'il « leur reste encore quelque nffection pour les
■ morts : ils en conservent le souvenir, ils leur
• rendent quelques honneurs , ne serait-ce que
■ ceux de la sépulture. C’est pourquoi l'apôtre . saint Paul ayant entrepris de nous faire enten- « dre jusqu'à quelle extrémité le fidèle doit se -dégager de l'amour du monde; ce n'est pas . assez , nous dit-il , que le commerce soit rompu » entre le monde et le chrétien , comme il l'est » entre les vivants et les morts ; car il reste assez
• ordinairement quelque affection cil ceux qui «survivent, qui va chercher les morts dans le « tombenu même : mais tel qu'est un mort à l'ë- « gard d'un mort , tels doivent être le munde et le «chrétien. » Grande et admirable rupture! Mais donnons-en une idée plus particulière.
Ce qui nous fait vivre au monde, c’est l'indination pour les biens du monde; ce qui fait vivre le monde pour nous, c’est un certain éclat qui nous éblouit. I-a mort éteint les inclinations; cette chaleur tempérée qui les entretient s'est entièrement exhalée : la mort ternit dans les plus beaux corps toute cette fleur de beauté, et fait évanouir cette bonne grâce. Ainsi le monde est mort pour le chrétien, en tant qu’il n'a plus d'attrait pour son cœur; et le chrétien est mort pour le monde, en tant qu'il n'a plus d'amour pour les biens qu’il donne. C’est ce qui s’appelle dans l’Écriture être crucifié avec Jésus-Christ C’est le traité qu'il nous fait signer en nous recevant au baptême : c’est le même qu'il vous propose dans ces noces spirituelles , ainsi qu’un sacré contrat , pour être observé par vous dans la dernière rigueur, et dans la perfection la plus éminente : contrat digne de vous être lu dans lu fête de la sainte Croix , digne, de vous être offert par un Roi crucifié, digne d'être accepté humblement dans une profession solennelle, où l'on voue, devant Dieu et devant ses anges, un renoncement éternel au monde.
Méditez ce sacré contrat, sous lequel Jésus - Christ vous prend pour épouse : dites hautement avec le divin apôtre : Mihi mundus crucifixv* est, et ego mundo. En effet , le monde ne vous est plus rien , et vous n’êtes pins rien nu monde. Le monde ne vous est plus rien , puisque vous renoncez à ses espérances ; et vous n'êtes plus rien au monde, puisqu'il ne vous comptera plus parmi les vivants. Votre famille vous perd , vous allez entrer dnns un antre monde, vous iw Wne» plu»
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SCO
par aucun lien à la société civile, et cette clôture vous est un tombeau, dan» lequel vous allen être comme ensevelie. Que vos proche» ne pleurent pas dan» cette mort bienheureuse, qui vous fera vivre avec Jésus- Christ. Son affection vous est assurée; puisque l'ayant acquis par la pauvreté, vous aven le moyen de gagner son cœur par la pureté virginale : c’est ma seconde partie.
SECOND POINT
Pendant que Jésus-Christ crucifié vous parle lui-même de son affection par autant de bouches qu'il a de blessures, et que son amour s'épanche sur vous avec tout son sang par ses veines cruellement déchirées , Il me semble peu nécessaire de vous dire combien il vous aime; et vos yeux attachés sur la croix vous en apprendront plus que tous mes discours. Je remarquerai seulement, ma sœur, que cet ardent amour qu'il témoigne, n’est pas seulement l'amour d'un Sauveur, mais encore l'amour d’un époux; et je l'ai appris de l'apôtre, qui, voulant donner aux chrétiens un modèle de l'amitié conjugale , leur propose l’amour Infini que Jésus-Christ montre à son Église , en se livrant pour elle à la croix. « Maris, dit • il, aimez vos femmes, comme Jésus-Christ a . aimé l'Église, et s'est donné lui-même pour . elle : • liri, diligile uxores vestras, sicul et Christus dilcxil Êcclcsiam, et tradidit seine lipsum pro ea *. Ainsi, dans cet amour du Sauveur, vous y trouverez l'amour d'un époux.
Il est bon de remarquer en passant, qu'ainsi le Fils de Dieu a aimé les hommes en toutes sortes de qualités qui peuvent donuer de l'amour. 11 les a aimés comme un père ; il les a aimés comme un sauveur, comme un ami, comme un frère, comme un époux ; et il nous aime sous tous ces titres, afin que nous connaissions que l'amour, qui le fait mourir pour nous en la croix, a toutes les qualités d'un amour parfait. 11 est fort comme J'amour d'un père, tendre comme l'amour d'une mère , bienfaisant comme l'amour d'un sauveur, cordial comme l’amour d'un bon frère, sincère comme l'amour d'un Adèle ami; mais ardent comme l’amour d'un époux. Mais cct amour de Jésus-Christ , dont parle l'apôtre, regarde généralement toute son Église : il faut montrer aux vierges sacrées leurs avantages particuliers , et les droits extraordinaires que leur donne leur chasteté sur le cœur de l'Époux céleste.
Un mot de l'Apocalypse nous découvrira ce secret, et je vous prie de le bien entendre. Hi sunt, qui cum mulicribus non sunt coinquinati ; virtjines enim sunt : Ai sequuntur Aqnum tjuo-
» F.ft ht s. V « ïi-
cumque ierit ■ ; « Ceux-là, dit-il , sont les vierges * qui suivent l'Agneau partout où il va. ■ Telle est la prérogative des vierges , dont le grand et admirable saint Augustin nous expliquera le mystère. Pour cela, il remarque avant toutes choses , que suivre Jésus-Christ , c'est l’imiter autant qu'il est permis à des hommes : Uunc in co quisque sequilur, in quo imitatur * ; tellement que le suivre partout où il va, c'est l’imiter en tout ce qu'il fait Ce fondement étant supposé , U est bien aisé de conclure que suivre l’Agneau partout où il va, c'est le privilège des vierges. Car si Jésus est doux et humble de cœur, si Jésus est simple et pauvre d’esprit, si Jésus est soumis et obéissant , s'il est miséricordieux et charitable ; et les vierges et lesmariés peuvent le suivre dans toutes ces voies. Quoiqu'ils ne puissent pas y marcher de la même force, Ils peuvent néanmoins, dit saint Augustin J, s'attacher dillgemmcntà tous scs pas, et insister fidèlement à tons scs vestiges : ils ne peuvent pas les remplir, mais iis peuvent y mettre le pied; ils peuvent même le suivre jusqu'à cctle noble épreuve de la charité , de laquelle lui-même a dit qu’il n’y en a point de plus grande 4, c'est -ù-dirc , jusqu'à mourir pour signaler son amour.
Jusqu'ici , ô divin Sauveur I vous pouvez être suis i de tous vos fidèles : mais après il se présente un nouveau sentier , où tous ne peuvent pas vous accompagner. Car, mes frères, « cet Agneau ■ sans tache marche par un chemin virginal ; ■ ce sont les mots de saint Augustin s : Ecce il/e Agnus graditur ilinere viryinali. Ce Fils de vierge est demeuré vierge ; et trouvant au-dessous de lui-même la sainteté nuptiale, Il ne lui a voulu donner aucun rang , ni dans sa naissance , ni dans sa vie. Que de saints ne le peuvent suivre dans ectte route sacrée I Aon omîtes capiunt verbum istud ‘ : toutefois il ne veut pas y demeurer seul.
Accourez ! ô troupe des vierges ! et suivez partout ce grand conducteur. Quclesautreslesuivcnt partout où ils peuvent, vous seules le pouvez suivre partout où il va , et entrer par ce moyen avec lui dans la plus intime familiarité. C’est la belle et heureuse suite de ce privilège incomparable : ces âmes pures et virginales s'étant constamment attachées à suivre Jésus-Christ partout, cette preuve inviolable de leur amitié fait que Jésus s'attache réciproquement à les avoir
• j4poc. xi», «.
1 De ta ne ta l'trginit. n" 27, I- VI , col. SM.
» Ibid, n* 2*.
« Jt,an. XV, 13.
• Vbi tuftra , n" 20
• Matlh. XIX, II.
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toujours dons sa compagnie. Il fait toujours éclater sur elle* un rayon de laveur particulière : il se met en leurs mains dans sa naissance , il les pose sur sa poitrine dans sa sainte cène , il ne les oublie pas à sa croix ; et les ayant tendrement aimées , il les aime jusqu'à la (in : In Jincm dilexit eos Une mère vierge , un disciple vierge y reçoivent les dernières preuves de son amitié ; et ne voulant pas sortir de ce monde sans les honorer de quelque présent, comme il ne voit rien de plus graud que ce que consacre la virginité , il les laisse mutuellement l'un à l'autre : ■ Femme,
• lui dit-il, voilà votre fils ; » et : * Fils , voilà votre - mère*. » Il n’est pas jusqu’à son sépulcre qu’il veut trouver vierge ; tant il a d'amour pour la virginité I
Recherchons encore, mes soeurs, pourépuiser cette matière importante , d’où vient que le Fils de Dieu fait ses plus chères délices d’un cœur virginal, et ne trouve rien de plus digne de ses chastes embrassements. C’est à cause qu'un cœur virginal se donne à lui sans aucun partage, qu'il ne brûle point d'autres flammes , et qu’il n'est point occupé par d’autres affections. Qui pourrait assez exprimer quelle grande place y tient un époux, et combien il attire d’amour après soi? Ensuite naissent les enfants, dont chacun emporte sa part , qui lui est mieux due et pluB assurée que celle de son héritage. Parmi tant de désirs divers, à combien de sortes d’objets le cœur estil contraint de s’ouvrir ? L’esprit , dit l’apôtre , en est divisé : Sollicitus et divisus est 5; et dans ce fâcheux partage, nous pouvons dire avec le Psalmiste : Sicut aqua effusvs sum 4 : • Je suis ré- « pnndu comme de l'eau; • et cette vive source d'amour, qui devait tendre tout entière au ciel , multipliée et divisée en tant de ruisseaux , se va perdre deçà et delà dans la terre. Pour empêcher ce partage, la sainte virginité vient fermer le cœur : Ut signaculum super cor tuum s : elle y appose comme un sceau sacré qui empêche d'en ouvrir l'entrée , si bien que Jésus-Christ y règne tout seul : et c'est pourquoi il aime ce cœur virginal , parce qu'il possède en repos , sans distraction , toute l'intégrité de son amour.
C’est ainsi, 6 pudique épouse! que vous devez aimer Jésus-Christ : tout l’amour que vous auriez pour un cher époux, vous le devez, dit saint Augustin , au Sauveur des âmes. Mais que dis-je? vous lui en devez beaucoup davantage : car cette femme que vous voyez , qui chérit si tendrement son mari , ordinairement ne le choisit pas ; mais
' Joan. uni. I.
1 Ibid. XIX, 26, 27.
* 1. Cor. Tll , 33.
* Pt. xxi, l&
s Coût. T III, I.
plutôt il lui est échu en partage par des conjonctures imprévues. Elle aime celui qu'on lui a donné; mais avant qu’on le lui donnât , son cœur a erré longtemps sur la multitude par un vague désir de plaire : s'il ne s'est donné qu’à un seul , il s'est du moins offert à plusieurs; et ne discernant pas dans la troupe eet unique qui lui était destiné , son amour est demeuré longtemps suspendu, tout prêt à tomber sur quelque autre. Il n’en est pas de la sorte de l'Époux que vous embrassez : jamais vous n’avez balancé dans un si beau choix , et il a emporté d'abord vos premières inclinations. Comme donc vous le voyez attaché en croix , attachez - le fortement à tout votre cœur : Toto t obis Jigaturin corde, qui pro vobis fixus est in crucc. ■ Cédez-lui dans votre esprit
> toute l'étendue que vous n'avez pas voulu lais-
> scr occuper par le mariage : • Totum teneat in animo vextro, quidquid notuistis occupari ronnubio Cédez, vous lui en devez même beaucoup davantage, parce que vous devez chérir, bien plus qu’un époux , celui qui vous fait résoudre à ne vous donner jamais à aucun époux ; et il oc vous est pas permis de l'aimer d'une affection médiocre, puisque vous renoncez pour l'amour de lui anx affections les plus grandes, et tout ensemble les plus légitimes.
Courez donc apréscet Amant céleste ; joignezvous à cette troupe innocente qui le suit partout où il va , accompagnant ses pas de pieux cantiques. Les Agathcs et lesCécilcs, les Agnès et les Luccs vous tendent les bras , et vous montrent la place qui vous est marquée. Pour entrer dans cette assemblée, soyez vierge d’esprit et de corps ; que cet amour de la pureté, qui se forme dans votre cœur, se répande sur tous vos sens. Conservez votre ouïe ; c’est par là qu’Ève a été séduite : gardez soigneusement votre vue, et songez que ce n’est pas en vain qu’on vous donne
• un voile, comme un rempart de votre pudeur , « qui empêche vos yeux de s'égarer, et qui ne
• permette pas , dit le grave Tertullicn , à ceux
• des autres de se porter sur vous : • Valium txrecvndiœ, quod n ec tuos emittat oculos, nec admillat alienos Surtout gardez votre cœur , et ne dédaignez pas les petits désordres, parce que c'est par là que les grands commencent , et que l'embrasement , qui consume tout, est excité souvent par une étincelle. Ainsi un chaste agrément vous conservera ce que la grâce de votre Epoux vous a accordé : ainsi vous posséderez toujours son affection , et jamais vous n'offenserez sa jalousie. Il faut encore vous dire un mot de la ja-
» Dr Saur ht f'injiml. n" 56, t. Tl , col. 308.
* De Pirj. vrlmnd. 0° If».
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■ouste de votre Époux , et e'est par où je m’eu vais conclure.
raoisiKUF. point.
Que Dieu soit jaloux, chrétiens, il s'en vante si souvent dans son Écriture , qu’il ne nous permet pas de l'ignorer. C'est une des qualités qu’il se donne dans le Décalogue : « Je suis, dit-il, le « Seigneur ton Dieu, fort et jaloux, • Fortin , seloles ' ; et cette qualité de jaloux lui est si propre et si naturelle, quelle fuit un de ses noms, comme il est écrit dans l'Exode : Domina* , selales nome n ejus * . il parait donc assez que Dieu est jaloux, et peu de personnes l'ignorent : mais que l’ouvrage de notre salut et la mort du Fils <ie Dieu à la croix soient un effet de sa jalousie, C’est ce que vous n'avez pas peut-être encore entendu , et ce qu’il est nécessaire que je vous explique, puisque mou sujet m’y conduit.
A la vérité , chrétiens, il n’est pasaisé de comprendre de quelle sorte s'accomplit un si grand inystcre. Car que la jalousie du Dieu des armées le porte à châtier ceux qui le méprisent, je le conçois sans difficulté; c’est l’effet ordinaire de la Jalousie , et je remarque aussi dans les saintes Lettres que Dieu n'y parle guère de sa jalousie, qu’il ne nous fasse en même temps craindre ses vengeances. » Je suis un Dieu jaloux , dit le Sei- « gneur, • Deus srlotes; et il ajoute aussitôt apres ; « visitant les iniquités des pères sur les « enfants : ■ visitons inii/uitates pat ru ni in fi- Hos 5. Dieu est jaloux , dit Moïse : il dit dans le même lieu , « que le feu de sa jalousie brûle les « pécheurs : » Dominas Drus tuus iynis connumens est, Deus œmutator* . Et le prophète Nahum a joint ees deux choses : • Le Seigneur est . un Dieu jaloux , et le Seigneur est un Dieu « vengeur, » Deus œmulalor, et uleiseens Dominas 5 ; tant ces deux qualités sont inséparables!
Que s’il est ainsi, chrétiens, se peut-il faire que nous rencontrions le principe de notre salut dans la Jalousie , qui semble être la source des vengeances; et après que 1e prophète a uni le Dieu jaloux et le Dieu vengeur , oserons-nous espérer de trouver ensemble un Dieu jaloux et un Dieu sauveur? Peut-être aurions-nous peine a le croire, si nous n'en avions appris le secret de la bouche d'un autre prophète. C’est le prophète Isale, dont voici des paroles remarquables : De Jérusalem exihunt reüquiœ , et sal ratio de monte Sion: selus Domini exercituumfacielislud6:
* F.iod. xx, 5.
* Ibitl. XXX IV | U.
1 /but. X\ , S.
* tPrut. IV, 34.